Des fois, K., je me dis que t’avais raison de manger ton fusil. De t’éclater partout dans la pièce. Même si crisse que ça a été douloureux. J’étais pu capable d’aller en bas, les souvenirs, vrais et inventés, de ton suicide n’étaient jamais bien loin. Fuck le lavage, je ne veux plus aller en bas. Ça fait que je suis partie en faire ailleurs.
Après avoir repris contact avec ma famille, ayant perdu les seuls membres qui ont été là, pas tout le temps, mais quand ils le pouvaient, je ne comprends toujours pas. Pourquoi on met des enfants au monde sans les aimer, les soutenir, sans vouloir qu’ils réussissent et tout faire pour pas qu’ils se retrouvent où moi, en ce moment, je suis. Pognée, pas capable de rien, avec un crédit chié, fini. Même pas capable de passer au crédit pour une carte. Pour une voiture à 13000$, on demande 2000$ d’accompte pis on m’offre comme on offre un crachat un taux de 19%. On me dit que je suis donc chanceuse d’avoir passé au crédit. Je voulais une carte de crédit, pas mettre le montant financé d’un char sur une carte, vous vous êtes trompé…
C’est facile à détruire pis pratiquement impossible à rebâtir, un crédit. J’ai détruit le mien à petits feux à essayer de faire quelque chose de moi… évidemment, j’ai raté.
Tout le monde s’en crisse de ton enfance difficile pis de tes tumeurs pis t’empêchaient de travailler, de gagner ta fucking vie si tu peux appeler ça de même. Tout le monde s’en crisse que tu sois une pauvre p’tite victime de viols, d’inceste… on s’en calice. On en a rien à faire de t’aider. Arrange-toi. On va t’aider, mais juste assez pour te mettre encore plus dans la marde. Quand tu auras vraiment besoin d’aide, tu t’arrangeras avec tes troubles ma grande. Que ta vie soit un cancer, on en a rien à chier, nous, les banques. Nous, c’est pas notre job de t’aider. Reste dans ton pathétisme, ou, encore mieux, enlève le peu de dignité qu’il te reste pis tue-toé.
Je sais que tu regrettes ton geste. Je le sais que la seconde que t’as tiré, ti t’es dit “fuck”, t’as compris que c’était pas la bonne chose à faire. Tu voulais pas laisser ta blonde, ton chien, tes amis… Tout le monde en a souffert, ton chien s’est laissé mourir, le pauvre. Ca a pris 3 semaines pis il était parti, lui avec. Après ton départ, déjà, y avait pu de vie dans l’bloc. Sans Chinook, vent du noir, ton beau golden retriever, c’était encore pire.
On arrosait ton jardin comme on pouvait, tour à tour, comme si on prenait soin de toi par après, en sachant qu’on aurait dû le voir que t’allais nous quitter.
Mais maudit que je veux faire la même chose, je suis juste trop lâche pour t’imiter. Je veux pas dire te suivre, parce que j’y crois pas. Je pense pas jamais te revoir, même si ça me ferait du bien. Me reconnaîtrais-tu? Je sais même pas. On dit que le suicide, c’est lâche, mais il fait des couilles en ostie pour se tirer dans la tête. Je voudrais juste pouvoir en faire le choix, donnez-moi un IV plein d’opiacés et bye bye.
Moi, je pense que j’ai une face à me faire « fourrer » par tout le monde. Mon problème, c’est que je ne suis pas capable d’agir avec les autres comme on agit avec moi. J’aide pareil, je tends l’autre crisse de joue pis je passe à autre chose, complètement consciente d’avoir été abusée, parce que ça a toujours été de même. Je sers à ça, moi. Être abusée. Servir le monde, sourire comme une épaisse, me faire traiter comme un tas de marde pis continuer à sourire pis à me faire avoir. Par ceux qui disent m’aimer, par ceux qui me détestent, c’est un all you can eat. Gâtez-vous!
Le seul moment où je me sens bien, c’est quand j’oublie.. quand je me donne à une histoire, dans un livre ou bien une série, surtout dans un livre… quand je fais de la peinture à numéros dans le but avoué de ne penser à rien. Penser, ça fait mal. Au passé comme à l’avenir…
Quand on a eu un passé trop difficile, trop éprouvant, on ne peut pas croire à l’avenir. C’est pour ça que t’as mangé ton fusil, K. T’en as cherché de l’aide… pis t’as bien vu que c’était futile.
On voudrait tous recommencer au début. Mais on refait toujours les mêmes erreurs.
Nous, les humains, on est imbéciles. J’ai voulu aider les autres, je suis toujours en train d’aider, sans rien demander… je verrais penser de façon à « fourrer » le monde moi aussi.
Pas capable d’acheter un char, de le négocier vraiment pas cher pis de le revendre avec du profit 2 mois plus tard, avec tellement de profit que je me suis payé presque totalement des vacances en famille d’un mois dans l’Ouest. Je n’ai pas non plus deux belles filles, un chalet à Magog pis une maison achetée avant que ça coûte la peau du cul non plus. Parce que j’ai pas de parents qui m’ont toujours aidée, appuyée, torchée, des parents qui aident trop, alors que j’en ai pas besoin.
Moi, j’ai perdu à la lotto des parents. Je perds tout le émis à toute anyway.