I've got this pain in my chest every time I swim to consciousness
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LES YEUX DE LA FORÊT (The Watcher in the Woods), QUAND DISNEY SE FAIT PEUR * ( ⚠️ spoilers ⚠️)
Synopsis :
Un couple d'Américains, Helen et Paul Curtis, s'installe avec ses deux filles, Jan et Ellie, dans un manoir de la campagne anglaise. Cette grande bâtisse est la propriété d'une mystérieuse vieille dame, Mme Aylwood, qui vit dans la maison d'hôte voisine. Jan, l'aînée des enfants, ressemble à Karen, la fille de madame Aylwood, qui a disparu trente ans plus tôt, dans une chapelle abandonnée de la forêt. Jan ne tarde pas à percevoir des phénomènes étranges et inquiétants…
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DISNEY ET LES FILMS POUR ADULTES
« La célèbre formule de Disney : Du divertissement pour toute la famille n’est en fait qu’une pirouette marketing. Ceux qui croient encore que le géant du loisir ne vise que le divertissement strictement familial sont de grands naïfs. » C’est ainsi que parle en 1998, Patrick McDurrah, ex exécutif de chez Miramax** à propos de l’histoire cinématographique de la firme Disney ***.
Car dès le début des années 70, peu après la mort du grand chef Walt Disney (1966), la société, souffrant d’une image de plus en plus vieillotte, veut élargir ses horizons. Si en premier lieu, les Studios Disney restent en terrain sûr avec des comédies bon enfant — comme Du Vent dans les Voiles (1970) ou Superdad (1973) — très vite, suivant la montée en puissance mondiale d’un cinéma d’horreur ultra créatif (Suspiria, Alien, Halloween, L’Exorciste, Les Dents de la Mer…), la Walt Disney Company lorgne volontairement du côté horrifique. En 1981, l’une de ses premières fictions « d’épouvante » se nomme Les Yeux de la Forêt (The Watcher in the Woods).
UN RÉAL' QUI CLAQUE
À la tête du projet, le producteur Ron Miller accompagné du réalisateur John Hough, tous deux déjà connu des circuits Disney. La filmographie de Hough est impressionnante : en plus d’avoir travaillé quelques épisodes de la célèbre série Chapeau Melon et Bottes de Cuir (1961-1969) ainsi qu’un film de la Hammer (Les Sévices de Dracula (1971)), il dirige d’autres pépites à suspense comme La Maison des Damnés (1973), La Montagne Ensorcelée (1975) et sa suite Les Visiteurs d’un autre monde (1978). De sérieux projets qui convainquent les Studios Disney de le laisser prendre les rênes des Yeux de la Forêt. Mais les choses vont s’avérer plus difficiles que prévu.
DES BÂTONS DANS LES ROUES
La production du film est un vrai cauchemar. L’équipe de production, craignant pour l’image lisse de Disney, se perd dans d’interminables tergiversations techniques et narratives. Jugeant par exemple le récit d’origine trop sombre et effrayant —il est tiré du roman A Watcher in the Woods (1976) de Florence Engel Randall — la production contraint maintes fois les scénaristes de remanier l’histoire d’origine. Le script final n’est alors validé qu’en juillet 1979, soit un mois à peine avant le début du tournage.
UNE FIN INDÉCISE
Si le choix des acteurs et leur jeu satisfait pleinement les décideurs, la scène finale, par exemple, présente de sérieux problèmes… La version finale du film doit révéler un dénouement en partie tourné dans un immense vaisseau spatial avec la découverte d’un extraterrestre insectoïde, créature géante sensée entrer en interaction subtile avec les protagonistes. Malheureusement, la scène est si ambitieuse que les studios d’effets spéciaux externes employés par Disney n’ont pas le temps de terminer la séquence climax du film avant son avant-première, à New York en 1980. Un événement capital ne pouvant être repoussé en raison de la célébration prévue de longue date des 50 ans de carrière de Bette Davis, actrice du film (Miss Aylwood), icône du cinéma hollywoodien et caution qualité du projet…
SORTIE CATASTROPHE
Au pied du mur et pour garder la face, le studio bricole à la hâte une scène de climax sans vaisseau. La créature, quant à elle, bien que finalisée à temps, manque de subtilité par son aspect « cheap » exposé frontalement aux yeux du public. Un détail pas si insignifiant qui casse tout bonnement l’atmosphère énigmatique de départ.
Le bon scénaristique utilisé pour colmater les manquements du studio voit ainsi les protagonistes expliquer gauchement ce qu’il s’est passé une fois le « danger » surmonté. Un « danger » qui n’est jamais montré, ni même suggéré. Le climax du film, sa scène sensée être la plus marquante n’existe pas. Les critiques sont acerbes et le public déçu.
Pire encore, à la suite de la débâcle, les studios Disney se passent des services du studio additionnel, puis décident de confier la fin des travaux, non pas à John Hough, mais à deux internes de la boîte : Vincent mcEveety à la réalisation et Harisson Ellenshaw en tant que responsable des effets spéciaux. S’ils rattrapent tant bien que mal les écueils de leurs prédécesseurs, aucuns des deux hommes ne seront cependant crédités au film pour des raisons contractuelles.
TOP OU FLOP ?
Après tant de péripéties, le film sort le 7 octobre 1981 dans sa version revue et corrigée. Ne reste à Disney qu’à tenir ses engagements : attirer un public plus adulte tout en gardant la signature « Disney ». Mais malgré les efforts publicitaires colossaux de la firme, rien n’y fait. Le public est confus et The Watcher in the Woods se plante au box office. La pellicule, bien que très correctement distribuée en salles ne récolte alors que 5 petits millions de dollars sur les 9 millions investis.
Malgré la débandade, Disney réitère deux ans plus tard avec La Foire des Ténèbres (Something Wicked this Way Comes) pour un résultat similaire.
RENAISSANCE CULTE
Cependant, les années passant, les deux productions se voient réhabilitées au statut de films cultes par une grande fourmilière d’amateurs de cinéma de genre. Leur atmosphère sombre et leur statut d’outsider expérimentaux « made in Disney » continuent à ce jour à séduire de nouveaux cinéphiles. De son côté, Disney change de stratégie en 1984 sous la direction de son nouveau PDG, Michael Eisner, premier directeur non-affilié à la famille Disney. Ce dernier procède à l’achat direct de sociétés de productions cinématographiques comme Touchstone Films ou Miramax, ce qui permet par la suite à la multinationale de ne plus afficher directement son nom à l’écran. Ainsi, la firme continue à ce jour ses expérimentations filmiques à l’abris des regards…
Fun Fact : En 2017, un remake du film sort sur la chaine américaine Lifetime. Réalisé par Melissa Joan Hart — actrice phare de la série 90s Sabrina l’Apprentie Sorcière (1996-2003), il remet en lumière l’actrice icône Anjelica Huston, célèbre figure 90s des films Les Sorcières (1990), La Famille Addams (1991) et sa suite Les Valeurs de la Famille Addams (1993).
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*Crédits au site Chronique Disney.
**Ancienne société appartenant aux frères Weinstein et rachetée par la Walt Disney Company en 1993.
***Citation tirée du livre Disney The Mouse Betrayed, Peter & Rochelle Schweizer, 1998.
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