Nous avons passé un mois a Wallis, en décembre et janvier. C’est une île charmante, fort peu touristique et toute petite. La communauté wallisienne et futunienne est plus importante en Nouvelle-Calédonie que sur ses terres d’origine, c’est dire. Il y fait très chaud, les gens y ont de beaux visages et mesurent tous deux mètres. Il y a une église pour dix habitants (à vue d’oeil) et des croix habillées de tissus chatoyants. Aussi, il y a des rois, et vous ne pouvez être roi que si vous faites partie des familles royales historiques - et si vous êtes un garçon, évidemment, malheureuses !
Il n’y a presque pas de plage, mais des petis îlots paradisiaques sur lesquels il faut vous rendre en kayak, si vous êtes costaud comme moi, sinon en bâteau. Il n’y a pas de ciné ou quoi que ce soit, l’activite dominicale (après la messe) c’est de faire le tour de l’île avec toute la famille debout à l’arrière d’une jeep, à côté de deux grosses enceintes crachant de la musique. Vous pouvez faire coucou aux policiers métropolitains, ils s’en fichent, ils sont torses-nus.
Faites attention aux râles quand-même, des gros oiseaux débiles au long cou, qui traversent sans arrêt la route ventre-à-terre. Il n’y a pas de légumes à Wallis (20 euros le kilo de salade) mais beaucoup de cochons. Tout le monde se balade avec des colliers de fleurs et de graines très odorantes autour du cou, c’est à celui qui aura le plus gros. L’odeur typique de Wallis, c’est celle des fleurs de frangipanier qui flotte par dessus celle du lisier. Inattendu.
On mettra une heure et demi a vous servir un hot-dog (ou une salade de crudités, dans mon cas) dans le seul snack de l’île. Même s’il n’y a pas d’autre client. L’alcool coûte tres cher, mais vous pouvez boire du kava à la place. C’est une plante qui est censée rendre un peu stone, mais qui perso m’a surexcitée et fait passer une nuit blanche, les machoires crispées, les nerfs à vif et les yeux fous. Ci-dessous, la cérémonie du kava, qui est préparé dans cette grande soucoupe qu’on appelle un tanoa. A cette occasion, ils nous ont joué de la musique. Les chants traditionnels, a capella, sont magnifiques, à faire dresser les poils. Les chansons modernes sont sirupeuses et cucul.
La nature est luxuriante, parce qu’il pleut un petit peu chaque jour. Il y a beaucoup de cocos, que j’étais la seule a manger puisque les wallisiens sont persuadés que “les cocos, c’est pour les cochons” (sic), et que les humains, ben ça mange du cochon, évidemment. Lorsque Laurent est venu me chercher a l’aéroport avec cette coco, les filles de la patronne se sont abondamment foutu de sa gueule. Grâce à ce principe alimentaire, les Wallisiens sont aussi gras que leurs cochons, dès la fin de leur adolescence. Et les nappes phréatiques ainsi que la mer sont pollués par les déjections des porcs.
Il y a des lacs volcaniques incroyablement circulaires, dans lesquels on ne peut pas se baigner. D’une part parce qu’ils sont entourés de falaises. D’autre part parce qu’ils sont hautement toxiques apparemment, depuis que les américains y ont largué tout leur matériel avant de repartir à la fin de la seconde guerre mondiale (Wallis était l’une de leurs arrière-bases). D’après les locaux, il y a toujours des chars et autres trucs très nature-friendly au fond de l’eau. Gob bless USA. (Sur la photo, c’est le beau Bassen.)
A Wallis, j’ai eu la chance de pouvoir voler avec Laurent et ses collègues, et même d’aider à la mission, parce qu’un des scientifiques était malade. Mon job, c’était de noter le plus vite possible sur un ordi les observations d’oiseaux et de gros poissons que faisaient les scientifiques : “Obs’ a droite, un gygys dans la bande ! Obs’ a gauche, dix greter en dehors de la bande ! Obs’ a droite, trois SMADEL dans la bande ! ”. Moi non plus je ne comprenais rien au début. Parce que non seulement ils parlent par codes, mais en plus ces codes sont basés sur le nom LATIN des animaux... Super pratique ! Sinon, survoler la mer pendant des heures à moins de 200 mètres de hauteur, ben c’est très beau. Et très bleu.