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Le rideau bleu…
Ottawa, 2006. Photos by Steve Brandon
Common Goldeneye on the Rideau River
La lumière comme offrande terrible, tout juste parvenue à travers le voile bleu. Décor immobile, à la manière d'un dolmen dressé au milieu de la campagne rase ; il ne bougera pas de sitôt. Ces repères si inchangés, si égaux à la mémoire d'une enfance lointaine, me sont aussi rassurants qu'inquiétants. Entre la résignation à laisser vivre les choses, ou bien l'obstination pour les dompter, les dominer – une lutte entre l'agitation tant féconde que stérile, contre les méfaits évidents d'une paralysie mortifère. L'éternelle question :
— Jusqu'où est-ce que l'on en fait trop, ou pas assez ?
Œil sidéré, gourmand, qui lèche la moindre particule de soleil. Débarrassé de toute préoccupation quant à son sort... Mémoire sublime, aussi précieuse qu'insignifiante ; au mieux, éphémère. Vaincus les moments, apparitions chevrotantes parmi les songeries, perdus... Une perte ! lente disparition, discret et impalpable écoulement... Il y a quelque chose qui dégouline, comme une mer calme et imprévisible, un flux ardent, un chuchotement – ton souffle – quelques perles de lumière, un scintillement. Des petits trésors, des pépites. Les larmes impuissantes qui pourtant ne savent pas se tenir, incapables d'en rester-là. Au fond des paupières. Quelque part, les vibrations d'une voix narrent amoureusement la comptine.
Des colliers de souvenirs, aussi précieux que lamentables, aussi doux que quelconques, communs... et une splendide affection, sous un ciel indifférent. Spectateur imperturbable, étiré dans l'impermanence.
Tiens, c'est beau, ce bleu.
Design de rideau, 1966.
Ferme les yeux Et vois le monstre à l’intérieur Ouvre grand les rideaux Regarde de l’autre côté
Je sens l’air frais rentrer Par une fenêtre sale et brisée… Tel est mon vieux miroir, Mais mon reflet sans visage Ne pénètre pas l’esprit
Le regard tourné vers l’avant, Je laisse mon dos sans surveillance Les animaux sauvages me suivent, Étant chargée comme une carabine Oubliée au sous-sol
Derrière moi rôde la bête noire Comme une silhouette lisse et glaciale En moi, des ombres ensorcelantes S’invitent sans permission; N’entre pas réfraction sans réflexion
Ferme les yeux, ouvre grand Les rideaux et tu sauras
Le mal prend racine et me coupe Du monde, une terre déserte Mon âme devient une jungle d’idées Dont les lianes étranglent mon cou Ma voix se noue comme une corde Autour d’un homme pendu à un arbre Dont la pointe est celle d’un couteau
Les crocs crochus de la colère Caressent cruellement mon cœur… Des crocodiles, j’ai le sang froid… Des serpents rouges et venimeux Glissent lascivement sur ma peau Quatre fleuves ondoient dans la nuit M’y rejetant telles des eaux usées
-Poésie: "Le monstre invisible", à lire dans "Genèse d'une femme" par Marine Mariposa, disponible gratuitement sur https://sites.google.com/view/papillondusublime/gen%C3%A8se-dune-femme -Image: ''The Sleep of Reason Produces Monsters'', Francisco Goya
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Château d'Azay-le, Rideau, FRANCE