Ikebana
Rose morte, tome 4
Auteurice : Céline Landressie
Maison d’édition : Milady
Date de publication : 2017
Nombre de pages : 566
Genre : Fantastique
Ce qu’en pense Seli :
Je vous parle ici d’un roman de vampires, mais pas n’importe lequel. Bon, ne vous faites pas tout un monde, ce n’est pas du Anne Rice, mais ça change très largement de la littérature jeunesse ou de la bit-lit (ne vous fiez pas à la maison d’édition où le présent roman est édité). J’entends par là qu’on a droit à un traitement mature et plausible des vampires, qui se comportent réellement comme des êtres immortels et très âgés et qui ne tombent pas en pamoisson devant le premier jouvenceau qui croise leur chemin au point de tout envoyer balader pour vivre un amour terriblement fort.
Je suis très heureuse d’enfin pouvoir évoquer le travail de Céline Landressie sur ce blog, car en plus d’être une personne absolument charmante, c’est aussi une très bonne autrice, avec de bonnes idées et un style fluide et très élégant. Le principe de cette saga m’a immédiatement séduite : suivre l’évolution des mêmes personnages au fil de leurs longs siècles d’existence, chaque roman exploitant le contexte historique où il se déroule.
J’aimerai d’abord revenir sur le style, qui est élaboré comme je l’ai dit, mais qui est également “justifié” dans la démarche du roman. Notre héroïne, Rose, dont nous suivons le point de vue, est née au XVIème siècle, et pour bien retranscrire cette origine, le style des dialogues et de la narration est très imagé, et parfois précieux (vraiment, j’ai appris plein de nouveaux mots dans ces romans). Cela trouve un réel impact durant ce quatrième tome, dont l’action se déroule dans les années 80, car il permet de rappeler l’âge de Rose et l’antériorité de problèmes et d’angoisses qu’elle traîne parfois depuis des siècles. C’est également un pur plaisir de lecture, moi qui me formalise très rarement du style. J’irai même jusqu’à dire que ce style jure parfois avec le contexte eighties, dans le sens où à présent qu’il est proche de nous, cela créé un réel décalage entre la société obscure et celle des humains. Voir un vocabulaire soutenu côtoyer des bouts de parole de The Final Countdown (et bien d’autres chansons emblématiques de cette décennie) créé une espèce de distorsion du temps qui nous rappelle d’où viennent nos personnages. On sent que la société obscure à du mal à se projeter dans la modernité, bien qu’elle y soit intégrée, comme si elle la rejetait. En témoigne l’appartement de Rose, dont l’autrice nous décrit à foison le mobilier style Louis XVI, qui lui est familier, tandis que la comtesse est gérante d’un night-club très à la mode qui sert de couverture à ses activités.
Justement, cette nostalgie que semble ressentir Rose est au centre de ce roman, entre tentative de se séparer de son passé et ses attirances pour Artus qui la poussent encore et toujours à faire un pas en arrière. Au début du roman, Rose est devenue exactement celle que j’espérais depuis le début : elle a enfin pris la mesure de son indépendance et s’est taillée une place de choix dans la société new-yorkaise. Mais ce que j’ai trouvé intéressant est son comportement presque totalement paradoxal : d’un côté elle essaie de s’émanciper d’Artus et de l’oublier, et de l’autre elle liquide consciencieusement tous ceux qui ont participé à la torture de son créateur durant la guerre. Ce comportement est à le reflet de toute la dualité du personnage, partagée entre ce à quoi elle aspire et les certitudes qu’elle a sur Artus, qui malgré tout fait encore battre son coeur. SPOILER. Même si la laisser de nouveau transie d’amour à la fin du tome m’a un peu agacée. FIN SPOILER. Rose est une héroïne qui aspire à être forte : elle est puissante aussi bien dans sa position qu’au combat, mais elle finit toujours par retourner dans le giron d’Artus, car elle est follement amoureuse de lui, en plus d’être son infante. C’est d’autant plus dommage que sa détermination est forte et qu’elle possède un très solide sens de la répartie.
“ Quel besoin d’un ennemi lorsqu’il faut subir votre faveur... mon seigneur...”
Ce que j’attendais de Rose envers Artus... et que j’espère toujours...
Je ne saurai dire si je déteste ou si j’aime la relation Rose/Artus. D’un côté, elle a traitement très mature et complexe, fait de non-dits, de méfiance, mais aussi de dévotion. D’un autre côté, Rose finit toujours par se soumettre à son amant qui de son côté distille ses informations, dissimule ses sentiments, a des comportements très ambigus, et qui après s’étonne de la défiance de son infante. A cause de lui, il faut tout de même souligner que Rose vient à remettre en question la confiance qu’elle porte à Vassili et Adelphe, au point de se sentir très isolée.
{SPOILER}
Par ailleurs, Artus nous refera le coup avec son frère Adelphe, quand ce dernier lui confiera qu’il n’a jamais osé lui révéler son homosexualité pendant leurs 800 ANS DE VIE COMMUNE (à peu près), car il ne savait pas comment il réagirait du fait de son caractère dissimulateur. Ce à quoi Artus répond qu’il ne comprend pas comment son frère à pu se méfier de lui... Bravo mec, tu as tout compris....
{FIN SPOILER}
Adelphe et Vassili s’étoffent également peu à peu dans ce tome. Déjà, leur propre relation se concrétisent. Adelphe est enfin honnête avec son frère alors que durant trois tomes, on avait clairement l’impression qu’il idéalisait son aîné au point de tout lui passer et de ne pas lui faire le moindre reproche. J’ai toujours eu du mal avec Vassili, car son comportement d’iceberg monolithique ne m’a jamais touchée. Il dissimule ses émotions à l’extrême, se vexe comme un poux pour tout et n’importe quoi, et il faut attendre quand même la fin du roman pour qu’il s’ouvre à Rose alors que cette dernière se sent blessée par son comportement. En fait, c’est surtout des gens qui ne parviennent pas à communiquer qui créent les problèmes.
En terme d’intrigue et de développement de l’univers, il y a globalement surtout du très bon. La seule chose que je regrette est que le mystère autour des pouvoirs de Rose stagne, sans réel avancement ou un embryon de réponse, et qu’elle même à l’air de s’en foutre royalement, alors que ses capacités la rendrait capable de prendre la tête de la maison Arimath en un claquement de doigts. Cela justifierai le fait qu’Artus essaie de la ramener à lui sans cesse. D’ailleurs ces extraordinaires pouvoirs donnent lieu dans le roman à un couple de scènes très impressionnantes et qui font de Rose un personnage badass, voir terrifiant au possible. L’occasion de signaler que l’intrigue permet de finalement statuer sur le positionnement moral du personnage. Si elle est capable de bonté et d’affection (comme celui qu’elle porte à son nouvel associé mortel rencontré durant la guerre et qu’elle protège depuis lors), il reste très clair qu’elle a un comportement souvent cruel, machiavélique et qu’elle ne recule devant rien pour servir ses intérêts. Enfin un personnage réellement gris !
L’univers est clairement enrichi, notamment avec l’arrivée des Immortels japonais et de leur histoire récente qui entre en écho avec les bouleversements qu’à connu la société japonaise après les bombardements nucléaires. C’est grâce à eux que la société obscure comprend peu à peu qu’autrefois au sommet de la chaîne alimentaire, une arme humaine a été à même d’exterminer la moitié d’une maison en un coup. De même, il y a quelques révélations au sujet des métamorphes aperçus dans le premier tome, mais après autant de montée de tension, de mystère au sujet de ces êtres, j’ai peur que la résolution devienne décevante dans la suite.
Le seul point qui m’a réellement gênée dans ma lecture, c’est le rappel constant de l’incroyable beauté des personnages. Je ne sais pas comment le prendre exactement. Cela semble être un attribut de la race des vampires, mais je ne crois pas savoir exactement comment cela fonctionne : est-ce une attirance liée à leur esprit, où une beauté physique sur leurs traits ? Si tel est le cas, cela peut créer des incohérences historiques, les canons de beauté ayant beaucoup changé depuis les croisades en occident (l’époque d’où viennent Artus et Adelphe). Dans ce cas, pourquoi le premier Oström que l’on croise est-il loin d’être aussi beau ? Difficile à dire... Donc si on pouvait réduire au moins de moitié les allusions aux prunelles de banquise de Vassili ou aux longues jambes de Rose, cela ne changerai pas grand chose... Voir en permanence des mannequins c’est plausible si ce sont des vampires, mais nous rappeler à quels points ils sont tous si merveilleusement magnifiques sans arrêt, c’est agaçant...
J’attends la suite avec une extrême impatience, ne serait-ce que pour avoir la satisfaction de me plonger à nouveau dans la plume de Céline Landressie. J’aimerai que davantage de littérature vampirique ressemble à son travail, car malgré les défauts qui ont pu me gêner, cela reste une oeuvre que j’ai été heureuse de découvrir et que je recommande à tous !
Ma note : 16/20














