Fleetwood Golf Course.
I agree with whoever said that golf is a good walk ruined. i thought it was Samuel Johnson, but I looked it up to be sure. It appears nobody knows who originally said it.
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Fleetwood Golf Course.
I agree with whoever said that golf is a good walk ruined. i thought it was Samuel Johnson, but I looked it up to be sure. It appears nobody knows who originally said it.
Joyeux Anniversaire, Samuel.
L’unique fleur est allongée sur la table en bois, son reflet s’y mêlant à son ombre. Un pétale en est déjà tombé et gît à présent au sol, tragiquement malmené par les griffes d’un chat de gouttière. Le raclement de ses pattes sur le parquet et ses miaulements s’ajoutent aux rares bruits dans l’appartement : un robinet coule, une musique étouffée parvient de la chambre à coucher. - Je t’entends faire des conneries… L’animal redresse ses oreilles et cesse tout mouvement, pétale sur la langue. Son maître, l’un de ses maîtres du moins, coupe l’arrivée d’eau avant de sortie de la salle de bain. Il a cette étrange habitude de s’appuyer contre le montant des portes, d’une seule épaule, tout en croisant les chevilles et les bras. En cet instant, c’est exactement ce qu’il fait, mais son regard brillant et le sourire attaché à ses lèvres sont adressés au petit animal qui lui répond d’un miaulement. Ca a le mérite de le faire soupirer tranquillement. Enfin, Joshua se redresse, appose ses doigts sur l’interrupteur de la salle de bain pour en éteindre la lumière : celle-ci, qui formait un halo derrière lui, se mue en une forme sombre qui le recouvre presque intégralement. Seuls ses yeux parviennent à rester éblouissant, jusqu’à ce qu’il se dégage de l’obscurité pour revenir dans la clarté du salon. D’un regard lancé vers l’horloge du salon, puis vers la montre qu’il portait au poignet droit, il conclut qu’il était temps de se mettre en route. Il y avait bien longtemps qu’il ne s’était plus référé au temps humain, au temps qui passe : la notion lui semblait presque abstraite. Néanmoins une à deux fois par ans, il faisait l’effort de s’en remettre à ces aiguilles qui tournent toujours alors que les siennes sont arrêtées depuis longtemps - du moins, celles de l’horloge, pas celles de sa montre. Huit heures, annonçaient-elles. Dans un délicat mouvement, il récupéra la veste noire savamment posée sur un dossier de chaise et l’enfila sur ses épaules. Il fit rabattre le col, ajusta celui de la chemise blanche par-dessous, puis lissa les pans noirs qui vinrent scinder sa silhouette. - Bon…Qu’est-ce que t’en penses ? A part lui-même, et le chat, il n’y avait toujours personne dans l’appartement. Mais Joshua ne s’adressait à personne d’autre qu’au petit animal, dont la tête se pencha aussitôt sur la droite. - Tu as raison, il manque quelque-chose… Ses lèvres se pincèrent un bref moment, aussi court que celui qui lui fut nécessaire pour s’emparer de la cravate qui était restée sur la chaise. Ses pas le ramenèrent quelques pas en arrière et, fixant son reflet dans la salle-de-bain éteinte, tout en étant lui-même baigné dans lumière extérieure, il enroula le tissu autour de son cou et l’y noua. - Mieux. Il s’adressa un sourire - ou il adressa un sourire au vague, car il s’était déjà détourné de lui-même. Revenu près de la table, ses doigts s’accrochèrent à la rose endormie pour la réveiller : il caressa la tige du plat du pouce, découvrit ses épines, ébouriffa ses pétales. Entre ses mains, elle parut plus rouge, plus éclatante. Il semblait redonner vie aux inanimés, aux morts. Mais ce n’était guère le cas. Lui-même n’était qu’un mort parmi d’autres : un mort dont l’unique amour fêtait aujourd’hui ses vingt-trois ans. Ça lui paraissait sans doute dérisoire à lui qui ne voyait même plus le temps passer. Mais pour Samuel, et même si celui-ci ne lui en avait jamais fait la demande, il se forçait à revenir, l’espace de quelques heures au moins, à ce qu’ils étaient avant : deux individus normaux, se souvenant des anniversaires, des fêtes, des rendez-vous avec les vivants. C’est ainsi qu’il s’était d’ailleurs retrouvé seul aujourd’hui, encourageant Samuel à rejoindre Mary - il aurait poussé jusqu’à lui dire de rejoindre Dante, mais cela aurait aussitôt paru suspect. Il avait eu besoin de temps, d’un peu de temps, seul, pour se préparer et prévoir le déroulement de la soirée. Evidemment à ses yeux, tout cela n’était pas grand-chose. Il n’avait jamais été un très grand spécialiste des soirées, des rendez-vous romantiques et des grandes déclarations d’amour : Joshua, lui, aimait en silence et il fallait s’en contenter. Mais ce soir, il ferait une exception. - Souhaite-moi bonne chance. L’animal s’était approché de lui, abandonnant l’unique pétale arraché à son triste sort, là-bas sur le plancher. Lorsque sa queue vint s’enrouler autour du mollet de l’homme, il s’abaisse pour lui caresser la tête et lui offrir quelques chatouillis derrière l’oreille : le ronronnement du chat l’apaisa mieux et plus que n’importe quoi d’autre. Mais il devait partir, l’heure approchait. Ils se séparèrent alors d’un commun accord, une sorte de rituel déjà bien rodé entre les deux âmes qui s’étaient rencontrées en bord de route un soir comme celui-ci, un soir de pluie. Sans un regard en arrière, Joshua se mit en route vers la sortie : il s’arrêta uniquement face à un miroir pour enrouler une mèche rubis à son index et la glisser ensuite derrière l’oreille. Elle retomberait bientôt, il en était certain, mais ces quelques réflexes typiquement humains qui lui revenaient laissaient présager de la vie qui, de temps à autre, semblait encore couler dans ses veines. Depuis que Samuel était entré dans sa vie, puis lorsqu’il l’eut rejoint dans la mort, Joshua était transformé. Il aurait incapable de le dire lui-même, mais ce sourire, sur ses lèvres, était d’une sincérité indicible. La porte se referma derrière lui, après qu’il eut saisit une boîte en velours noir enrubannée d’argent. Ils avaient rendez-vous et il ne fallait pas qu’il arrive en retard.