Critique : Ronin Island de Greg Pak & Giannis Milonogiannis
Je dois bien l’admettre ; les trois tomes de Ronin Island, scénarisés par Greg Pak, sont les premiers que je lis qui ne soient pas du DC ou du Marvel. Les éditions Kinaye m'ont permis de les lire en intégralité et en français. J’ai choisi cette série par simple curiosité et parce que la couverture m’attirait, mais sans grand engouement. Et j’ai été très agréablement surprise.
De quoi ça parle ?
Ces trois tomes forment une histoire simple, mais tout de même efficace : nous suivons deux ami·es, Hana et Kenichi, dans un monde qui a été ravagé par le « Grand Vent ». Les populations du Japon, de la Chine et de Corée ont été presque complètement décimées par cette catastrophe. Nos deux héro·ïnes vivent sur une île qui promet un meilleur futur pour l’espèce humaine. Cependant, l’île va très vite être menacée par des forces mystérieuses, comme des espèces de monstres, et les personnages vont se retrouver pris dans le piège vicieux de la guerre, entre motivations chamboulées et conflits...
Pourquoi est-ce que vous devriez donner une chance à cette BD ?
Les dessins
Vous me direz que c’est une qualité indispensable pour une BD qui met en scène des combats de samouraïs, mais les dessins sont très beaux et très fluides. Les scènes de combats, qui sont assez nombreuses, sont lisibles et assez créatives : on ne s’ennuie pas, et les enjeux sont suffisamment différents à chaque fois pour passionner læ lecteur·rice. Le mélange de la couleur rouge du feu et des maniements secs de l’épée offre de belles planches. On est pris dans l’action avec les personnages qui risquent leur peau à chaque instant. Soulignons également la qualité du design des personnages : les visages sont expressifs et les traits sont doux dans l’ensemble, ce qui permet aux lecteur·rices de s’attacher à elleux, juste en les regardant. Donc, bravo à l’artiste, Giannis Milonogiannis.
Les personnages
Dans l’ensemble, les personnages sont réussis : le duo principal, composé de Hana, jeune fermière coréenne, et de Kenichi, fils d’un grand samouraï, fonctionne bien, qu’iels soient seul·es ou ensembles. Leurs interactions sont soit drôles et mignonnes, témoignant de leur relation amicale qui se développe au fil des ans, soit conflictuelles. Malgré certaines oppositions, leur relation reste touchante et c’est rafraîchissant d’avoir une amitié fille/garçon qui tient, sans la transformer en romance.
Iels ont toustes les deux une bonne évolution : Hana est un personnage féminin que j’aime énormément, pour sa force, son intelligence et son agilité au combat, mais aussi pour ses moments de doute, notamment en ce qui concerne sa vision naïve et biaisée de l’île, et sur le monde en général. Greg Pak donne à Hana l’opportunité de grandir, devenir moins naïve, tout en se battant pour ce qui lui semble juste.
Kenichi a aussi une évolution prenante, classique certes, mais réussie. Au début, ce personnage m’agaçait un peu, car il semblait être l'archétype classique du personnage un peu bête et maladroit, mais avec un grand cœur. Or, il n’est pas que ça, bien au contraire : passé son côté impulsif et un peu simpliste, il devient plus sûr de lui et s’affirme dans les scènes de combat.
Les personnages secondaires sont aussi attachants dans l’ensemble, comme Sato qui se démarque dans sa manie d’obéir aux ordres aveuglément et dans son envie de se rebeller. La doyenne de l’île est combative et sage, mais mise en relief par des défauts qui ne sont pas toujours présents chez les « personnages mentors ». Elle ne donne pas uniquement des leçons de sagesse à nos jeunes héros : elle apprend.
Le commentaire sur la guerre
Un autre aspect de la BD qui m’a beaucoup plu est le commentaire qu’elle donne à la guerre et aux conflits entre êtres humains de manière générale. Les monstres ne sont que des prétextes pour aborder cette question, et la BD le fait assez finement : chaque personnage a sa propre motivation pour se battre, sa propre vision du conflit et chaque lecteur·rice jugera si elles sont justes et défendables ou non. Sato veut survivre, Hana veut protéger les humain·es de manière générale, Kenichi est animé par sa loyauté sans faille envers l’île et par l’ombre de son père... On est loin du camp du mal contre le camp du bien.
J’ai tout de même quelques réserves à noter : l’antagoniste principal est plat et lisse, et c’est dommage. Il reste banal dans ses motivations, ce qui peut être un peu gênant car nous avons d’autres personnages plus complexes et nuancés en comparaison. Surtout que l’antagoniste d’une histoire est censé être un socle très solide, et ici, il semble assez anecdotique.
L’autre petit défaut selon moi est que l’on aurait aimé que la lecture dure plus longtemps, et que l’histoire développe bien plus le monde fictif de nos héros pour le rendre plus tangible et plus riche.
She-Captain













