Après Soukot, tout recommencera
Quand on vient s’installer en Israël, on apprend aussi à redéfinir certaines expressions. « C’est bientôt la période des fêtes ». En France on parle de deux dates, d’une semaine à tout casser, au milieu de l’hiver. Ici, on veut parler d’un mois de réjouissances, de quatorze jours en tout, où même une journée de jeûne est considérée comme une fête. D’ailleurs il suffit de regarder les bus dans cette période pour comprendre que quelque chose se manigance dans le pays. Quelques jours avant Rosh Ha-Shana, le nom du terminal de la ligne n’est plus affiché. A la place, c’est un grand « Shana tova », bonne année, qui s’est installé à côté du numéro. Quand les deux premiers jours de l’année sont passés, on passe à « Hatima tova », bonne signature, souhait qui va nous accompagner jusqu’au lendemain de Kipour. Et puis, à partir du moment où les jours redoutables sont derrière nous, alors la joie explose et c’est un chaleureux « Hag Sameah », bonne fête, qui s’affiche au dessus du pare-brise. Ces nuances dans les vœux de ce début d’année, nuances connues en France que par les hébraïsants aguerris, devient ici le lot du commun des mortels. Je vous l’ai dit, même les bus les connaissent ! Et puis, avouons-le, c’est quand même spécial ces fêtes juives qui sont en grande partie des moments de réflexion sur l’année passée : nous sommes en plein jugement et plus tard attendons la délibération de la sentence. Il n’y a peut-être que les « bonnes résolutions » qui sont communes au nouvel an français et à celui israélien. Mais je dois avouer qu’en tant que juifs, la plupart du temps nous commémorons le nouvel an juif et ses fêtes aussi en France. Mais c’est là que d’autres détails deviennent incontournables. En France, Rosh ha-Shana est synonyme du début de l’automne. La pluie accompagne trop souvent les fidèles sur la route de la synagogue. En Israël, l’été est bien présent et la pluie ne viendra, que si D veut et quand on la demandera, après la fête de Soukot. En France la fête de Kipour c’est le moment où tant de juifs arrêtent complètement leur quotidien alors que la vie française, elle, continue. En Israël, c’est un jour où les piétons reprennent le contrôle des routes et où les vélos fleurissent à chaque coin. En France on s’habille chaudement pour descendre à la soukah, alors qu’en Israël, c’est le ventilateur que l’on prend avec nous. Et puis quand on arrive ici, on apprend rapidement la chanson de Naomie Shemer, célèbre auteure de Yéroushalayim Shel Zahav, qui nous parle du lendemain des fêtes. « Après les fêtes, tout recommencera ». C’est devenu une expression du quotidien. «Après les fêtes on en reparlera, on s’en occupera, on rouvrira le dossier, on finalisera ça.. » Oui tout recommencera . Tout se calmera. Le tourbillon des offices, des repas de famille, d’un pays tout entier vivant l’effervescence de son calendrier juif retrouvé. Et comme le dit Shemer dans la chanson, nous aussi, après les fêtes, nous nous renouvellerons.
Copyright Eliana Gurfinkiel et Actu J, septembre 2021













