Clepsydre à deux têtes
Vague à lame sublunaire,
La marée du temps réifié,
Détrempe les sables millénaires
Avant d’y être torréfiée.
Sur des plages blanches,
Les gouttes d’eau misent en pluie,
Édifient des châteaux qui s’emperlent
De bulles d’écumes éblouies.
Tel est l’insaisissable nuage de présent
Qui se meurt dans l’instant.
Halo sans cesse renaissant,
L’espace-temps,
Géniture de néant,
S’hallucine dans la pensée et le mouvant.
Dans un jeu de déséquilibre constant,
Le temps est un enfant
Qui joue avec les sentiments.
Leur bouleversement
Ecrit chaque histoire
Différemment.
L’une virevolte
Sans répliques,
L’autre est révolte
Sans reliques.
Quel est donc ce registre fibré
Qui façonne le tissu de la durée
Et qui, dans l’étendue de notre ingénuité,
Donne l’impression d’une continuité ?
Seul le rire peut ébranler
Cette remarquable identité
Qui construit le "Moi" en menteur chronique.
Le présent est un sable brûlant
Où jamais nous ne pouvons poser
Ne serait-ce qu’un bout de petit doigt de pied.
Mais par l’archer qui glisse sur les cordes
Qui tiennent l’édifice debout,
Nous en saisissons sa mélodie
Dans l’entrelac que sont nos vies.
«çà déprime» toute vie bohémienne
D’avoir «Carpe Diem» pour antienne
Prisonnier d’une bulle de temps,
Laissons-nous flotter dans les vents,
Loin, si loin, au-dessus de l’étant ;
Le temps est notre maître.
D’un grain de son sablier
Émerge son éternité.
De la lucidité bourgeonne une tristesse
Qu’illuminent les traces de nos mouvements.
L’avenir est obscurité
Et le passé s’assombrit
A mesure qu’il grandit.
Il est en nous une flamme,
Un clair de chair,
Sans lune ni terre,
Foudroyant de beauté.
Sa lumière trahie le début d’un chemin.
Dans la mousse de bulles
Aux iris d’étincelles,
Certaines,
Mutines,
Enfiévrées de soleil,
Par un grand chassé-croisé,
Se frôlent et s’agglutinent.
Leurs amours ne meurent
Jamais d’un oubli du présent,
Mais toujours d’une absence à l’instant,
Ce cadeau du présent,
Des uns, chacun un,
Tout contre l’Autre.
AD
Avec le concours du génial « chambouleur » de lettres : Jacques Perry Salkov dont l’anagramme d’un célèbre fragment d’Héraclite : « on ne se baigne jamais deux fois dans le même fleuve » devient le très poétique « La vague sans fin modifiée emmène nos jeux de sable » qui a inspiré mon texte ( qui en contient une autre, toujours de cet-te h-auteur)












