Visite guidée du premier rempart de Bruxelles - Compte-rendu de la journée du 4 mai 2013
Lorsque j’ai tiré mes tentures, en ce beau matin de ce samedi 4 mai 2013, j’ai compris que la première visite guidée de Belgallica réunissait d’ores et déjà quelques chances de réussite : pas de pluie battante, mais au contraire, un soleil rayonnant sur un ciel d’azur ! Un fait suffisamment rare, dans notre bonne ville de Bruxelles, que pour être remarqué et souligné ! J’ai donc rallié, comme prévu, notre point de rendez-vous, à l’entrée principale de la gare centrale où je fus bientôt rejoint par Frédéric Kisters, notre conférencier. J’ai sorti d’un sac une pancarte de fortune, soit un morceau de carton de boîte photocopieuse, sur lequel j’avais maladroitement écrit le nom de « BELGALLICA », puis, Fred et moi avons attendu. A 9h55, étant d’un naturel impatient et ne voyant arriver personne, je trépignais déjà en imaginant le pire et nous voyant, Fred et moi, écumant les cafés du centre de Bruxelles pour noyer un désappointement né de l’absence de participants. Or, dans les cinq à dix minutes qui suivirent, nous nous trouvâmes bientôt une dizaine ! Le quart d’heure diplomatique passé, nous pouvions commencer la visite.
Notre groupe fit mouvement vers le Mont des Arts, et là, entre quelques bâtiments d’une horreur toute contemporaine et d’étranges structures déployées face à la Bibliothèque royale afin de célébrer la fête bruxelloise de l’Iris, Fred Kisters nous a parlé du Cantersteen, de l’anéantissement de ce quartier par la monstrueuse jonction Nord-Midi, de la signification du terme « steen » (maison de pierre qu’occupait jadis la noblesse locale) et de l’histoire de la confection du faro que la légende situe quelque part à la fin du 10ème siècle. Quelques enjambées supplémentaires nous menèrent au pont du boulevard de l’Empereur qui surplombe la rue de Ruysbroeck. Remontée de ladite rue entre, d’une part, d’autres abominations immobilières modernes et d’autre part, quelques superbes maisons du 17ème siècle, miraculeusement préservées et objets de notre visite. Nous étions si bien engagés dans la présentation des anciennes maisons de Bruxelles que je proposai à Fred de pousser jusqu’aux rues des Six Jeunes Hommes et des Quatre Fils Aymon où l’on peut admirer d’anciennes demeures qui seraient aujourd’hui - j’insiste sur le conditionnel - les plus anciennes maisons de Bruxelles.
La date de « 1503 » qui figure sur l’une d’elle reste toutefois à prendre avec la plus grande prudence. Petit détour par le quartier du Petit Sablon qui nous a permis d’admirer brièvement la superbe église Notre-Dame du Sablon dont nous n’avons fait toutefois qu’effleurer l’histoire. Partie remise : ce n’était pas le thème de notre visite.
Descente vers la place du Sablon et son marché d’antiquités - dans lequel nos troupes risquèrent de peu de se voir disperser ! -, avant d’emprunter la sympathique rue de Rollebeek qui nous permit de renouer avec notre parcours d’origine, via l’ancienne Steenpoort. A cet endroit ne subsiste plus que ce que l’on nomme la « Tour Anneessens », cette petite tourelle –l’une des cinquante qui entouraient Bruxelles- dans lequel le doyen des métiers, François Anneessens, opposé au pouvoir autrichien, aurait été torturé, avant d’être décapité sur la Grand Place, en 1719. Las, la tourelle et le morceau de rempart qui subsistent à cet endroit étaient en pleine rénovation ! Echafaudages, bruit et poussière ! Mais il en fallait plus pour décourager notre petite troupe qui avait d’ores et déjà envahi la zone de travaux, provoquant l’énervement de quelques ouvriers laborieux. Nous avons néanmoins réuni tout le monde sur le trottoir d’en face et Fred Kisters a ainsi pu poursuivre son exposé, malgré les bruits de chute de gravats qui eux-mêmes furent intégrés dans ledit exposé : n’était-ce point ce genre de choses que l’on balançait à la tête des assaillants du haut des murs d’enceinte du 13ème siècle ?
Nouveau mouvement vers la tour de Villers et son bout de rempart aux créneaux certes bien romantiques mais également bien récents : il s’agit d’ajouts. Et là encore, on nous croira ou non : des échafaudages ! Toujours point de découragement, loin s’en faut ! Fred se montre éloquent. Je place quelques infos ici et là. Notre groupe est détendu. L’ambiance est excellente. Et puis voilà arrivée l’heure de l’apéro ! Il est grand temps, me dis-je, de rallier un établissement typique de la rue des Alexiens : la Fleur de Papier doré. La proposition est bien vite acceptée. Et nous voilà bientôt attablé autour de solides tables en bois, dans un décor d’une rusticité et d’une ancienneté quelque peu nostalgiques, mais au combien réconfortantes. Après la première tournée, nous sommes deux ou trois à faire en sorte d’en placer une seconde ; c’est que le conférencier et moi-même avons soif ! Et puis c’est l’un des rares endroits de Bruxelles où l’on sert encore de la gueuze Cantillon. Exclu toutefois de terminer là notre périple : en route pour la Grand Place ! Nous dévalons la rue des Alexiens (où se situait l’ancien fossé de la première enceinte qui servira ultérieurement de lieu d’entraînement au tir pour les arbalétriers de Saint-Georges), nous tournons dans la rue de l’Etuve et débouchons inévitablement sur le Manneken Pis, costumé et, comme il se doit, assiégé par une foule immense de touristes. Une ou deux légendes sur le ketje de Bruxelles et nous aboutissons sur la Grand Place.
Nous n’y resterons pas longtemps. De fait, la Grand Place mériterait à elle seule une visite. Nous nous en tiendrons donc à expliquer brièvement le Maure, les Moines buveurs et le Scupstoel, gravés dans la pierre de l’Hôtel de Ville, de même que l’histoire d’Herkenbald et de T’Serclaes, dont les touristes s’évertuent à caresser le bras du gisant, alors que celui-ci est en réfection : il ne s’agit là que d’une copie. Nous traversons la place, non sans perplexité à la vue des choses étranges qui y sont exposées et qui font, nous dit-on, office d’ « œuvres d’art » dans le cadre de la fête de l’Iris. Contraste saisissant avec la délicatesse et le raffinement des sculptures admirées précédemment sur la façade de l’Hôtel de Ville. Passons. Descente de la rue au Beurre et passage devant les restes de l’église des Récollets près de la Bourse. Nous traversons ensuite le boulevard et rallions bientôt la place Sainte-Catherine, puis la place du Samedi où se dresse l’ultime vestige non encore visité de la première enceinte : l’une des cinquante tourelles de jadis, enclavée dans les murs d’un hôtel de stature internationale. Sauvée jadis par le bourgmestre de Bruxelles Charles Buls, elle a survécu jusqu’à nos jours et cela seul suffirait à la rendre particulièrement remarquable dans une ville où le patrimoine ancien fut de tous temps poursuivi par les promoteurs et les constructeurs de modernité. Fred Kisters se lance dans une dernière présentation et nous dépeint à merveille ce vestige médiéval cher à nos cœurs bruxellois. Et voilà que déjà, notre visite prend fin. Il est temps de nous dégager des fresques d’antan et de regagner notre univers contemporain, mais non sans nous promettre de nous revoir très bientôt pour une nouvelle visite de l’Ancien Bruxelles !
Nous espérons, en tout cas, vous avoir donné l’envie de participer à notre prochaine visite, voire, si vous n’êtes pas de Bruxelles, d’organiser vous-mêmes une visite dans votre ville, dans votre région, à laquelle, il va sans dire, nous nous ferons un plaisir d’assister !
A très bientôt !
Éric Timmermans, pour Belgallica















