« Ce fut un beau voyage, à travers l’Allemagne, l’Autriche, avec un arrêt à Salzbourg, où il me fut donné de vivre une authentique expérience de ce que C. G. Jung et R. Otto appellent le “numineux”. Visitant la ville, j’entrai par hasard dans une église. Je fus pris dans un tourbillon d’encens [et dansant – ndr], d’instruments à cordes, de voix célestes ; c’était une messe de Mozart… J’aimais beaucoup Mozart, j’avais écouté des disques, assisté à des concerts, mais cela n’avait rien à voir avec cette “vraie” messe, avec évêque mitré et les grands gestes solennels avec lesquels on célèbre les mystères. Les voix changent lorsqu’elles prient, ce n’étaient pas des voix de concert, les chœurs priaient, et je découvrais dans la musique de Mozart une puissance d’émerveillement et d’adoration que je n’avais pas soupçonnée. Je n’étais pas en train d’enrichir ma culture, je célébrais un culte où la beauté élevait l’âme jusqu’au plus haut silence. Dostoïevski disait que la beauté sauvera le monde. À cet instant je pouvais le croire. Si être sauvé, selon les étymologies hébraïques, c’est “être mis au large”, cette messe de Mozart célébrée aujourd’hui dans une église de Salzbourg ouvrait l’espace. La terre ferme était prise dans la barque du vent... » (Jean-Yves Leloup) ‣ J.-Y. Leloup, « L’absurde et la grâce », éd. Albin Michel – Spiritualités, col. « Espaces Libres », 1991, poche 1994, 2001, p. 165-166. — Ill. : Église franciscaine de Salzburg, 12e siècle, https://files.structurae.net/files/photos/963/franziskanerkirche04b.jpg —













