Interview: L.A. Witch (FR)
Dimanche 5 mars, lors d’une après-midi pluvieuse, j’ai rendez-vous dans un endroit secret pour la session des L.A. Witch au Studio 603 à Vevey. L’endroit est petit mais rempli, et l’ambiance est sympa. Une fois le concert terminé et les présentations faites, je retrouve le trio de Los Angeles pour une interview. Nous parlons de beaucoup de choses- leur vie à L.A. en tant que musiciennes et les problèmes d’argent qui vont avec, leur album à paraître, chanter devant des gens, le vol de leur matériel à Bristol et la vague de soutien qui a suivi… Parfois drôles, parfois touchantes mais surtout talentueuses et passionnées par ce qu’elles font, rejoignez-moi alors que je fais connaissance avec Sade, Irita et Ellie, alias L.A. Witch.
Bienvenue de retour en Suisse! Est-ce que vous avez aimé jouer ici à Vevey?
Sade Sanchez : Nous avons adoré ! C’était une expérience très intime. Tu sais, nous avons joué dans différentes salles avec différentes capacités et c’était très agréable. Comme les gens étaient assis, cela signifiait aussi qu’ils écoutaient plus. Je pense que c’était vraiment cool, et tout le monde était tellement sympa.
Irita Pai : Ouais. Nous étions au Paris Psych Fest hier soir et il y avait probablement des centaines de personnes. Mais tu sais, je pense que la taille de l’audience n’a pas d’importance. C’est plutôt la manière avec laquelle tu te connectes au public, et c’était très agréable.
J’ai bien aimé moi aussi ! On aurait dit qu’on vous regardait jouer dans votre salle de répétition !
Sade : Ouais, j’avais cette impression !
Irita : C’est plus sympa que notre salle de répète par contre ! (rires)
À quoi ressemble votre vie à L.A. lorsque vous n’êtes pas en tournée ?
Ellie English : Eh bien, lorsque je suis chez moi j’aime beaucoup le jardinage. Alors la première chose que je fais, c’est enlever toutes les mauvaises herbes qui ont poussé. Parfois j’achète de nouvelles plantes, et je donne aussi des cours de batterie à des petits enfants. Et je promène des chiens, j’essaie de le faire autant que possible. Et ensuite je répète autant que je le peux et j’essaie d’apprendre quelques nouveaux trucs. Et après, je vais voir des gens ! (rires)
Sade : Nous habitons le plus proche l’une de l’autre avec Irita. Je vis à Silverlake et elle vit à Echo Park. Ces deux quartiers sont des communautés d’artistes, il y a une grande scène musicale.
Irita : Ouais. En fait, je pourrais marcher jusqu’à ta maison si je voulais marcher pendant une longue journée.
Sade : Nous aimons beaucoup marcher chez nous. J’aime faire de la randonnée. J’ai un chien, qui est comme mon fils ! Je vais faire du jogging avec lui près du panneau Hollywood. Pour moi, ce panneau symbolise mon chez moi, à Los Angeles. Et j’ai une moto, alors je fais des virées. Aussi, j’essaie d’apprendre à faire du skate… C’est ma vie en gros !
Cela me semble si différent d’ici ! Ça a l’air génial.
Sade : Eh bien, c’est la Californie tu sais ! (rires) Nous avons beaucoup de soleil, alors nous faisons beaucoup d’activités en plein-air.
Irita : Tu peux tout faire. Tu peux aller au bord de l’océan qui est à une heure, et il y a des montagnes et de la neige à deux heures.
Sade : Tu peux aller dans le désert !
Irita : Oui, tout ce que tu veux- tu peux le faire en Californie. C’est génial.
J’adore cette photo où vous êtes toutes les trois dans ce fleuve asséché qui traverse L.A…. J’ai oublié son nom-
Irita : Oh, la L.A. River ? Oui, c’est la L.A. River. En fait, il y a beaucoup plus d’eau maintenant, parce qu’il a plu. Mais il y a eu un moment où le fleuve était juste du sable, et il y avait des cactus qui poussaient au fond ! (rires)
Sade : Une très forte sécheresse.
Est-ce que vous parvenez à vivre de votre musique ?
Sade : Non.
Ellie : C’est toute une histoire.
Irita : On fait ce qu’on doit faire. En fait, nous ne sommes pas à la maison assez longtemps pour pouvoir assurer un boulot. Nous sommes littéralement chez nous par tranche de deux semaines environ. C’est impossible.
Sade : Nous trouvons des moyens de gagner de l’argent, que ce soit avec notre magasin sur Etsy, en promenant les chiens de nos amis, ou en déplaçant des choses avec notre van. Est-ce que vous avez craigslist ici ?
Oui, nous avons des sites similaires.
Sade : Alors je cherche des boulots d’un jour sur craigslist pour gagner de l’argent pour payer mes factures. Je promène des chiens, ou quelqu’un me paie 50 dollars pour que je déplace un matelas avec mon van. Alors nous avons toutes des boulots bizarres, mais ça va.
J’espère que cela ne devient pas trop bizarre non plus !
Sade : C’est clair que c’est bizarre, mais tu sais quoi ? Nous sommes libres, et c’est ce qui est important pour nous. Nous sommes libres de faire ce dont nous avons envie. Nous ne gagnons pas d’argent, mais nous avons notre liberté de faire de la musique.
Irita : C’est plus important que tout le reste.
Je suis d’accord avec vous. Je voulais parler de votre magasin Kill My Baby Tonight sur Etsy aussi.
Irita : Eh bien, nous nous en sommes occupées pendant un moment. Sade et Ellie étaient les modèles, et je pense qu’elles faisaient de supers mannequins ! Mais tu sais, nous avons tellement été en tournée que c’était devenu difficile de le tenir à jour. Tu ne peux pas vraiment envoyer des choses depuis la route. Alors c’est en pause pour l’instant, mais nous avons travaillé sur notre site de merch, ce qui je pense est vraiment cool. Sade s’est occupée du design des t-shirts, et nous avons réalisé des pins et tout. Alors je pense que cela remplace le magasin pour l’instant.
Au fait- quel est le titre de la dernière chanson que vous avez jouée ce soir ? Est-ce que c’est une nouvelle chanson ?
Sade : La chanson du rappel ? Elle s’appelle Feel Alright. Nous ne l’avons jamais sortie. Elle sera sur l’album, qui pourrait paraître en août. C’est cela que nous visons en ce moment. Nous venons d’être signées sur un label pour la première fois, qui s’appelle Suicide Squeeze.
Irita : Ils sont merveilleux, on les adore.
Ouais, les Guantanamo Baywatch sont aussi sur ce label !
Irita : Ouais, c’est des gens vraiment cools ! Nous les avons rencontrés à Dallas.
Je les ai aussi rencontrés ! Ils m’ont même offert de la pizza.
Tout le monde : Aaaaaw, c’est vraiment adorable !
Irita : En passant, on vous aime !
Sade : Les Coathangers sont aussi sur Suicide Squeeze, un autre de nos groupes favoris.
Aaaw, je les rate à chaque fois qu’elles viennent jouer par ici !
Irita : Tu dois aller les voir ! Elles sont tellement géniales en live !
Sade : Ouais, elles sont le rêve !
Sade, j’aime beaucoup ta manière de chanter ! Dans quel état d’esprit es-tu lorsque tu es sur scène ?
Sade : Lorsque je chante, je pense aux raisons pour lesquelles les chansons ont été écrites. Je suis très passionnée en ce qui concerne donner tout ce que je peux aux personnes qui sont venues nous voir, et j’essaie d’être aussi honnête et sincère que possible envers elles. Je suis quelqu’un de très timide, alors je ne parle pas beaucoup et je peux donner l’impression d’être très réservée, alors qu’en réalité je fais de mon mieux pour me connecter aux gens autant que je le peux.
Ellie et Irita étaient aussi supers, mais parfois nous ne vous entendions pas assez ! Peut-être que c’était à cause des micros ? (ndlr : après avoir parlé au staff, on m’a dit qu’il y avait en effet un problème technique à cause des interférences des micros et des instruments, car la salle était très petite).
Sade : Eh bien, elles viennent de commencer à chanter cette année, et je pense que chanter est quelque chose de très effrayant tu sais.
Irita : C’est très personnel.
Sade : C’est quelque chose de très difficile à faire, et je pense que plus elles le feront- au fur et à mesure, on les entendra plus. Je pense que pour l’instant c’est au stade du début, et c’est difficile de montrer ton vrai visage aux gens et d’être si vulnérable.
Ouais, je pense que monter sur scène est l’une des choses les plus terrifiantes que tu puisses faire.
Tout le monde : Oui.
Je voulais aussi vous féliciter de la campagne cowdfunding que vous avez faite après vous avoir été fait voler à Bristol.
Irita : Merci, c’était une situation très mauvaise.
Ellie : C’était merveilleux de voir combien de nos amis et nos familles ont fait des dons. Ça a fini par devenir quelque chose de magnifique et fou. Nous avons toutes pleuré.
Irita : Je veux dire, c’était une situation tellement difficile. Et le fait que cela se soit produit, c’était comme y arriver en quelque sorte. Parce que tu réalises alors combien de personnes tenaient à toi, et à quel point les gens peuvent être généreux. C’est fou.
Sade : En fait, cela nous a rendues plus fortes. Parce que nous ne réalisions pas à quel point les gens tenaient à nous tu sais. Lorsque tu es dans une situation si difficile et que tellement de gens t’aident et te soutiennent, que ce soit en donnant de l’argent, en te laissant emprunter du matériel ou juste en relayant ton histoire- ils ont montré leur amour et nous ont fait réaliser…
Irita : …Simplement à quel point la communauté dans laquelle nous existons est incroyable. Ils sont tellement encourageants, tellement merveilleux.
Sade : Ouais, nous voulons juste leur rendre au centuple.
Ellie : Même des gens que nous ne connaissions pas nous envoyaient des sms et des messages, et nous nous disions « tu t’intéresses à nous, tu sais ce qu’il s’est passé ?! ».
J’ai l’impression que- se faire voler ses instruments en tournée est la pire chose qu’il puisse arriver à un groupe. Pourtant vous avez réussi à retourner la situation, et cela s’est même amélioré…
Sade : Ouais, mieux que lorsque nous avons commencé.
Ouais. Maintenant vous êtes plus fortes, et si j’étais à votre place je me sentirais aussi plus confiante car tellement de fans se sont mobilisés.
Sade : Exactement.
Je voulais aussi parler de votre album à paraître.
Sade : C’est le premier album que nous ayons sorti, cela nous a pris un moment. L’enregistrement a été une expérience d’apprentissage pour nous toutes. Nous sommes toutes nouvelles en ce qui concerne l’enregistrement studio au niveau professionnel, et nous sommes impatientes. Nous visons le mois d’août.
Allons-nous y trouver de nouvelles chansons ?
Sade : Ouais je crois. Il y a quelques chansons que nous avons déjà sorties, mais il y a beaucoup de choses que nous n’avons jamais sorties auparavant.
C’est intéressant que tu dises que cet album est votre première expérience d’enregistrement professionnel, parce que je trouve que vos EPs sonnent vraiment bien. Je pensais que l’aspect garage était voulu !
Irita : C’est vraiment cool, j’aime vraiment l’atmosphère de ces enregistrements. Nous avons travaillé avec notre ami Joel, il est dans un groupe appelé Dios et il est super talentueux. Il a enregistré presque tous les singles que nous avons sortis, et ils ont cette atmosphère très cool.
Sade : Aussi, il y a une différence entre enregistrer une chanson et neuf chansons. Notre album est plus comme une plus longue histoire, tandis qu’une chanson en est une petite partie. Et lorsque tu fais le truc en entier- c’est une chose à laquelle nous n’avions jamais pensé lorsque nous avons commencé le groupe. Nous ne pensions jamais à l’avance. Par exemple, nous ne pensions jamais que nous jouerions dans des festivals un jour ou que nous allions enregistrer un album. Nous étions juste heureuses de nous être trouvées et d’être en mesure de sortir de la musique.
C’est beau. Et vous voilà aujourd’hui !
Irita : Ouais, c’est fou en fait ! (rires)
Sade : C’est vraiment étrange pour nous, mais nous sommes très reconnaissantes.
Enfin, si vous deviez manger quelque chose de Suisse pour le restant de vos jours, que choisiriez-vous entre le chocolat et la fondue ?
Irita : Nous mangerions les deux, si c’est une option !
Ellie : J’imagine que nous allons toutes manger de la fondue !
Irita : Fon-don’t-do-that !
Ellie : The fon-do’s and don’ts of life. (rires)
http://lawitch.tumblr.com/












