François Arnaud (also joined by Ken Scott later) Pénélope, Dec 8, 2021
Alors, on va commencer tout de suite avec François Arnaud parce que depuis plusieurs années, il tourne un peu partout sur la planète, dont ici. Et là, on l'attrape entre deux tournages alors qu'il est en promo pour Au revoir le bonheur. Bonjour François.
Bonjour Pénélope.
C'est un plaisir d'avoir le temps de s'asseoir ensemble ce matin et de se parler comme ça plus longuement. On va faire du rattrapage François Arnault 101. Ok, on va faire ça ce matin parce que…
D'accord, je suis prêt.
Ok, il y a plein de projets sur la table. Alors, t'habites où? Comment se passent tous ces projets-là? Comment t'aménages un peu ta vie à travers tout ça?
Pas mal dans ma valise, c'est quand même, je dirais. Officiellement, j'habite à New York, à Brooklyn, depuis 6-7 ans. Mais j'ai passé pas mal de temps ici au Québec pendant la pandémie. Et puis, à mon plus grand bonheur, en fait, ça m'a fait vraiment renouer avec ma famille, mais aussi avec des projets ici auxquels j'étais vraiment content de participer.
Puis pourquoi New York, plus que Los Angeles, par exemple, ou plus qu'ailleurs, ou plus qu'en fait être au Québec parce que tu tournes vraiment plus à partir de là?
Oui, ça s'est comme fait naturellement. Los Angeles, j'ai essayé puis j'étais pas capable. C'est vraiment pas mon beat. Ça me rendait fou, je pense. Tout le monde parle juste de cinéma. Le monde qui en fait, veut plus en faire. Les gens qui en font pas assez veulent en faire plus. Tout est construit autour de ça. Il y a quelque chose… C'est pas une ville, je trouve, qui a beaucoup… Beaucoup d'armes.
D'armes. C'est d'accord avec toi. Puis les quartiers aussi. Il y a pas comme mille et un quartiers où on peut juste se tenir. Puis tu sais, il y a des vies de quartiers, mais ça a rien à voir. On dirait que tout le monde à Los Angeles vient d'ailleurs.
Oui, puis je trouve que c'est une ville où les gens sont très, très solitaires. En tout cas, moi, je me sentais bien seul. On est rarement surpris, je trouve, par ce qu'on croise, comme à New York, par exemple, dans le métro, où tellement de gens différents se côtoient. À Los Angeles, on part d'un point A à un point B en voiture. Je sais pas, c'est dur, je trouve, d'être surpris par la vie. Puis c'est comme très, très porté l'anxiété dans le souffle.
OK, d'accord. Alors, on s'éloigne de l'anxiété étonnamment dans une ville qui, pour certains, est anxiogène. Mais où toi, tu trouves ton confort et tu trouves ton pied, finalement. Alors là, on t'attrape entre deux tournages. T'es entre quoi et quoi et entre où et où?
En fait, là, je finis le tournage d'un film de Neil Jordan qui s'appelle Marlowe. J'ai travaillé avec Neil, moi, sur les Borgia pendant trois ans. Et puis, il m'a rappelé. Alors, j'étais très heureux.
Et pourquoi? Pourquoi t'étais particulièrement heureux de retrouver Neil Jordan? Qu'est-ce qu'il faisait dans le travail que t'as fait avec lui qui te donnait envie et le goût de replonger dans cette projet-là qui est tellement différent, il faut le dire, là, Marlowe?
Oui. Oui. Mais parce que c'est comme une des premières personnes qui m'a fait confiance, je pense, dans ma carrière, dans ma carrière, puis certainement dans ma carrière hors Québec. Je pense aussi que Neil, étant Irlandais, a une certaine sensibilité pour les Québécois. Parce qu'ils sont un peu… Je pense qu'ils sentent une certaine… pas une parité, mais…
Fraternité, oui, OK.
Fraternité, avec le Quebec, entends que peuple on primer. [mumbled] Donc, oui, Neil, c'est quelqu'un qui m'a quand même confié un grand, grand défi, là, il y a 10 ans, 10, 11 ans, avec les Borgia. Et puis, je sais pas, d'avoir… On a quand même gardé contact, mais d'avoir un appel comme ça, aujourd'hui, ça me… Je sais pas, on dirait que ça valide un peu le chemin qu'on a parcouru ensemble.
Et que c'était pas juste de passage et qu'il y a quelque chose qui dure, et ça, c'est toujours extrêmement valorisant comme artiste, quand on, je présume, quand on se fait rappeler, puis que les gens ont été hyper contents la première fois, puis qu'ils ont envie de retravailler. Surtout qu'ils nous voient dans autre chose. Parce que Marlowe, c'est quoi? Il faut le dire, c'est avec Liam Neeson, Jessica Lange, Diane Kruger, notamment Danny Houston. On est encore dans une proposition d'époque, mais c'est assez différent. Qu'est-ce que c'est?
C'est pas un très gros rôle que j'ai dans le film. En fait, c'est un rôle clé, c'est un rôle important, mais c'est pas un… J'ai pas tant de scènes. En fait, c'est Marlowe joue un… Liam Neeson joue Marlowe, qui est un détective qu'on a vu au cinéma dans les années 50, mais qui revient, là. Alors, ça se passe en 1939 à Hollywood. Et puis, il y a Diane Kruger, un personnage de Diane Kruger qui vient voir Marlowe et qui lui dit que son amant est disparu. Je suis l'amant disparu. Alors, je suis pas là pour un certain moment. Mais quand même, Liam Neeson me trouve. Donc…
Mais là, il y a une… Là, il y a une… Il y a une… Il te trouve. OK, il te trouve.
Il me trouve. Il finit par me trouver.
Ce qui m'amène un peu à une question qu'on… Il y a quelque chose de tellement mythique pour avoir couvert des tapis rouges, pour avoir fait ce qu'on appelle des junkets avec plusieurs, plusieurs stars. Tu sais, il y a quelque chose… On a beau les voir comme des artistes et comprendre leurs démarches et se dire, bon, ils ont tous les mêmes préoccupations, ça demeure très impressionnant quand même à chaque fois qu'on rencontre une grande, grande star. Tu as travaillé avec Liam Neeson. Tu as travaillé avec Jeremy Irons. Je sais pas si t'as rencontré Reese Witherspoon, qui est la productrice de Surface ou ça s'est fait autrement. Mais comment se passent vos rencontres?
Sur Zoom.
Sur Zoom. OK. Comment se passent ces premières rencontres-là alors que vous êtes tous là pour participer à un projet commun? Mais tout le monde arrive aussi avec sa personnalité et ses a priori. Comment ça se passe?
Je trouve que les premières rencontres pour un projet, quelle que soit sa nature ou sa taille, il y a toujours une fébrilité parce qu'on ne sait pas en fait… Si on va trouver comme un terrain d'entente avec les autres, si ce qu'on propose va à l'encontre de ce qu'eux proposent… Il y a quand même… C'est normal, je pense, d'être nerveux. Je suis toujours un peu nerveux au début aussi. Mais il y a des gens qui te font… Ben oui, qui te font sentir assez à l'aise plus rapidement. Donc, ils ont comme une présence bienveillante. J'ai beaucoup aimé rencontrer Jessica Lange sur le plateau. On n'a aucune scène ensemble, mais elle est formidable. Son travail de photo aussi est superbe. Et elle est très intéressée à parler de ça. C'est super.
Puis avec Reese Witherspoon aussi, on sait à quel point son travail de productrice est devenu important dans sa vie. À quel point aussi elle choisit des projets qui sont intéressants. Qu'est-ce qu'on peut dire sur cette série, donc Surface, qui va être présentée, on ne sait pas trop quand, mais sur Apple TV Plus, réalisée par Sam Miller qui a fait "I May Destroy You", qui est une série folle. Tu l'as vu cette série?
Ben oui, bien sûr, bien sûr. Je suis très heureux de travailler avec Sam qui est allé à Los Angeles au milieu de tournage pour gagner ses amis avec Michaela Coel. Donc oui, évidemment, un travail formidable sur "I May Destroy You". C'est une série assez différente de la nôtre. Nous, c'est vraiment… C'est un thriller un peu dans la veine de "Big Little Lies," "The Undoing". Un peu un thriller sur des gens qui en apparence ont tout, et qui ont tout pour être heureux, mais qui, sous la surface, ne le sont pas.
Ah oui, OK. On va rentrer dans le projet Norbourg, mais là, je reviens il y a cinq minutes où je disais que tu étais entre quoi et quoi, puis finalement, je ne t'ai pas laissé compléter parce que je t'ai comme happé avec Marlowe. Donc, tu es en géographie. Vas-y.
Oui. J'ai tourné "Surface" à Vancouver pendant cinq mois. En fait, j'ai fait Norbourg au printemps ici. J'ai tourné "Surface" à Vancouver pendant cinq mois. Je suis parti à Barcelone directement de Vancouver le lendemain pour commencer Marlowe. Et puis là, il me reste, je suis à Montréal pour la promo du film de Ken Scott. Et je m'en vais dans deux jours à Dublin pour ma dernière scène dans Marlowe. Et puis, je reviens à Montréal pour la grande première du film de Ken.
Ça va, le décalage?
On va en République Dominicaine. On va en République Dominicaine trois jours tourner un plan qui manque pour Norbourg.
Ha ha ha! OK! Le décalage, ça va?
Moyen, non.
Ha ha ha!
Je dors quand je peux. Je fais mes siestes.
OK. On va plonger dans Norbourg. Et tout de suite après, Ken Scott va se joindre à la discussion parce qu'effectivement, hier, il y avait première. Parce qu'à cause de Barcelone, t'as manqué certaines premières, dont celle aux îles de la Madeleine. Il y en avait une à Gatineau hier en présence de ta famille. Mais je réserve tout ça pour quand Ken Scott va arriver tout à l'heure. Mais parlons de Norbourg, qui est donc ce projet, ce film prévu pour février, très attendu. C'est un scénario de Simon Lavoie, une réalisation de Maxime Giroux sur l'histoire de Vincent Lacroix et de tous ces gens floués dans le scandale de sa firme. Donc, Norbourg, on est au début des années 2000. À quoi ressemblait, François Arnaud, la préparation pour ce projet qui est très près de nous et très émotif encore pour ceux et celles qui ont été floués et qui ont tout perdu, ces petits investisseurs?
Une grande partie de la préparation pour moi, c'était de me sortir de mon point de vue à moi sur cette histoire-là, qui est évidemment beaucoup plus empathique envers les victimes et les gens floués. Mais pour incarner Vincent Lacroix, puis surtout le moment autour duquel Simon et Maxime ont choisi de se centrer, qui est le moment, ce qui est comme les années de gloire, si on veut, de Norbourg. Alors qu'ils commencent à y avoir des doutes sur leur pratique, mais on ne suit pas le procès de Vincent Lacroix. On voit Vincent Lacroix quand il est dans son ascension et au top. Donc, il ne fallait quand même pas jouer la suite des événements. Donc, il faut se sortir un peu de ce qu'on connaît de tout ça. En même temps, évidemment, les actions illégales et pas correctes ont commencé bien des années avant, mais je pense que c'est rentré dans la mentalité de quelqu'un qui s'enfonce de plus en plus dans son désir de pouvoir, d'ambition, d'argent. Puis, en même temps, quelqu'un qui a énormément de plaisir là-dedans.
Oui, c'est ça, parce qu'il faut rappeler…
C'est un gars de party, c'est un gars qui est charismatique, c'est un gars convaincant. C'est sûr que, comme là, nous, les images qu'on voit de Vincent Lacroix, ce qu'on connaît, c'est comme le Vincent Lacroix en procès, là, un peu…
Et qui sort de prison avec ses sacs de poubelle, puis c'est la déchéance, là, tisse.
Oui, c'est en est jusqu'au menton, parce que… Mais c'est pas le Vincent Lacroix dont on fait le portrait dans le film. Et puis, en fait, moi, ce que j'ai trouvé formidable du scénario de Simon, dès la lecture, c'est que… D'aucune façon, on excuse ce que Vincent Lacroix a fait, mais en même temps, on n'excuse surtout pas la société capitaliste qui permet à des gens comme Vincent Lacroix de commettre des crimes comme ça. Et puis, les valeurs, même sociétales, même en reprochant à ces gens-là de leurs crimes, on continue quand même de valoriser cette espèce de…
D'ascension, oui.
Oui, sans surveillance, débridée, donc… En tout cas, je trouve que ça nous fait… Idéalement, là, le film, en tout cas, moi, à la lecture, puis surtout en le faisant, ça m'a fait me poser la question, finalement, à quel point il y a du Vincent Lacroix en nous, là? Et puis, qu'est-ce qu'on fait… C'est ça que je trouve, en tout cas, plus intéressant, moi, que de le positionner comme l'autre, le méchant, en effet, c'est épouvantable. Puis les victimes, je pense que Maxime, c'était un désir constant d'honorer aussi…
Oui, son histoire est effectivement incroyable, mais c'est ça, tu ne peux pas charrier avec toi ce qu'il a vécu après. Parce que, oui, il a été condamné à 18 ans de prison, à 5 ans de civil, à 13 ans de criminel, il a passé 3 ans en prison, 3 ans aussi en maison de transition, libération conditionnelle complète, il y a encore des conditions. Puis là, cet automne, bon, il a fait un petit retour en maison de transition parce qu'il a eu une dispute avec un voisin, puis il a fallu appeler la police. Mais tout ça, toi, ton personnage ne le sait pas au moment où tu le joues, donc il faut comme…
Et il ne le sait pas, non.
Et il y a aussi l'enquêteur, c'est intéressant, parce que cet enquêteur, donc joué par Vincent Guillaume-Otis, va finir par faire quoi?
Mais ça ne s'invente pas, en fait, cet histoire-là. Éric Asselin, qui était chargé… Il faisait partie de la commission qui enquêtait sur Vincent Lacroix, et sur FICM, et puis il a été convaincu par Vincent Lacroix. Il a changé de camp, et il s'est servi de tout ce qu'il connaissait sur la commission pour permettre à Vincent Lacroix, et à lui-même, évidemment, de s'en tirer pendant plusieurs années encore. Il est rentré dans le bureau une fois pour enquêter sur Vincent Lacroix, puis il n'en est jamais ressorti. C'est quand même incroyable.
Et pour montrer à quel point Vincent Lacroix est un personnage charismatique et qui est capable d'enrouler les gens, et à cause du système aussi dans lequel on est, puis François Arnaud, tu l'expliques très très bien. Est-ce qu'il y a eu des personnages, parce que les acteurs disent qu'il faut aimer les personnages… On n'est pas obligé d'aimer, en fait, les personnages pour les jouer. Il faut les comprendre, les respecter, ou je ne sais pas exactement comment ça se passe, mais est-ce qu'il y a eu des personnages avec qui tu as vraiment dû négocier dans ta vie pour les maîtriser? Des personnages qui étaient loin de toi, ou qui avaient des valeurs aux antipodes, puis tu as eu à avoir des conversations dans ta tête avec ces personnages-là toi-même pour dire, OK, moi, je le joue quand même.
Mais Vincent Lacroix en étant évidemment, en même temps, je pense que c'est quelqu'un, et puis souvent aussi, même César Borgia, en fait, est un peu aussi dans la même peine. C'est quelqu'un auquel c'est plus facile de romancer son histoire parce que c'est tellement une époque lointaine, ça fait plus de 400 ans, donc les sensibilités sont moins heurtées. Je pense qu'on en fait un peu un héros romantique malgré ses côtés horribles que Vincent Lacroix, mais souvent, c'est juste quelque chose qui m'aide, moi, à me réconcilier avec ça, surtout quand c'est des personnages principaux, c'est que les gens ne pensent jamais qu'ils sont le méchant de leur propre histoire. Alors, il faut… La plupart des gens… César Borgia était peut-être un peu machiavélique, d'ailleurs Machiavel a écrit Le Prince, basé sur l'histoire de César Borgia, mais la plupart des gens ne sont pas dans un désir de faire le mal, ils sont souvent dans un égocentrisme ou un narcissisme qui leur permet de le faire sans soucier des conséquences sur les autres. Alors, en fait, je trouve que quand on se détache de ça, ça devient assez facile et léger, finalement, parce que c'est souvent pas réfléchi. Alors, il suffit vraiment juste de pas y penser.
Ce qui est intéressant, est-ce que… Je regarde ta liste de films ou de projets ici, à l'étranger, François Arnaud, puis je me dis… Ça, c'est un personnage qui est multicouche pour toi. Là, on est vraiment à l'extérieur du beau gosse dans lequel on aurait pu t'enfermer. Je pense peut-être plus à l'international qu'au Québec. Je pense qu'au Québec, on a envie… Je sais pas. On est plus petit, puis on est capable d'offrir des choses plus complexes parce que notre public veut ça. Le public aussi veut ça de nos artistes. Puis, je regardais quelque chose que t'avais dit à l'époque. T'étais content, au final, de ne pas avoir été choisi pour faire Fifty Shades of Gray. Mais tu t'es dit des fois, juste des fois, je me demande si j'aurais pas dû davantage jouer la game. Si t'avais davantage joué la game à l'époque, tu penses que tu serais où aujourd'hui par rapport à où t'es dans tes choix de rôle, puis…
Je travaillerais probablement en France.
Oui!
Je pensais, moi, que ça serait une progression plus naturelle. J'ai passé beaucoup de temps en France, moi, étant petit. Mon père est comme un grand amoureux de la France. Il a fait comprendre que c'est nos vacances là-bas. Et puis, j'ai grandi avec le cinéma français. Mais en fait, justement, la game qui se joue en France, en tout cas pour moi, est plus difficile. En fait, c'est pas juste que je l'aime pas la game ou que je suis pas capable de la respecter. Par exemple, de devenir ami avec les agents de casting, d'avoir dans ses contacts le président du festival de Cannes. Pour moi, c'est pas juste que je l'aime pas cette game-là, c'est que je suis pas bon. Ça m'intéresse pas. Je me sens pas bien. Ça me crée de l'anxiété. Je dors mal la nuit si je fais ça.
T'es à côté de ta vie. Si tu fais ça, c'est pas ta vie, c'est pas toi. Tu serais comme un rôle, non seulement devant les caméras, mais tu serais un rôle aussi dans ta vie.
Ouais, exactement.
Il y en a qui ont du talent pour ça.
C'est pas que j'adore ça. C'est pas que j'adore ça, passer des auditions et devoir me prouver à chaque fois. Sauf qu'au moins, quand on a passé une audition ou quand on arrive en audition, on est là pour présenter son travail. C'est pas que c'est une méthode de copinage.
De marketing.
Oui, puis en fait, ce qui est formidable aussi, quand on a passé une audition, quoique, si les réalisateurs m'entendent, je veux des offres. Sans audition. Mais ce qui est formidable, c'est qu'au moins, on est conscient que les autres savent ce qu'on a envie de proposer pour leur rôle. Donc, on a déjà comme… La première journée est vraiment moins stressante sur le plateau.
T'avais dit… T'as dit à la presse il y a quelques années… Bon, je vois pas pourquoi je dirais non à un rôle dans un film de Steven Soderbergh pour continuer à jouer dans Caméra Café. Moi, je vais être dans le prochain Bernard Raymond.
Il m'en a pas offert. Il m'en a jamais offert.
Il est d'accord. Mais t'es encore jeune. Moi, je vais être dans le prochain Bernard Raymond, mais aussi dans le nouveau Batman. Ce que j'ai pas envie, par contre, ce sont des projets minés d'avance, où tout le monde sait que c'est de la merde et où tout le monde espère que personne va s'en rendre compte. Est-ce que t'as réussi… Ben, je présume que oui, mais je te pose la question. T'as réussi à éviter les projets merdeux?
Non, ben non, bien sûr que non. Non, mais j'ai réussi à éviter les projets, je pense, où, un peu comme je dis, où on sait que, tu sais, on fait de la saucisse, puis on sait qu'il y a pas d'espoir, en fait, pour ce projet-là. Puis les gens se pointent au travail en sachant que, ben écoute, c'est ce que c'est. Je veux dire, jamais j'irais voir ça. J'essaie quand même de faire des projets que ça me… Même si c'est dans des genres différents que ça m'intéresserait d'aller voir. Mais j'en reviens pas de mon arrogance.
Attends, je vais te citer un autre moment, mais plus… Ben, c'était pas arrogant. Ben, c'est pas arrogant.
Mais c'est confiant, c'est confiant.
Ben, oui, mais on comprend la palette que t'as envie d'explorer. Une autre citation, puis on termine là-dessus avant de dire bonjour à Ken Scott. Dans le Journal de Montréal, on t'a posé la question il y a trois ans. Sur tes désirs d'écriture ou de réalisation, t'avais répondu, j'y pense souvent, mais je bloque à l'étape de l'écriture, mais on en reparlera l'année prochaine. Ça fait trois ans de ça.
Je peux encore dire, on en reparlera l'année prochaine.
Oui.
Oui. Ben, c'est des envies que j'ai, surtout de réalisation, de mise en scène du cinéma, mais en effet, je suis comme mon plus dur qui est très critique, puis comme dans le jeu, il y a quelque chose de l'abandon, là, où il faut qu'on se lance, les yeux fermés, puis on a un réalisateur, puis un filet qui, dans l'idéal, on lui fait confiance, puis il nous rattrape si on se trompe. Dans l'écriture, je suis comme mon propre filet trop souvent. Je m'auto-senseur, je veux dire, combien de pages que j'ai déchirées, puis de fichiers supprimés. Alors, c'est ça mon problème, en fait. Il faudrait que je m'interdise de jeter la page pour y revenir.
Peut-être qu'être moins sur le décalage aussi, ça aiderait à créer de l'espace mental et une espèce de paix, mais en ce moment, le timing n'est pas, est clairement…
On va travailler là-dessus.
Pas tout à fait là. Alors, le film Norbourg de Maxime Giraud avec un scénario de Simon Lavoie va sortir en salle en février, puis on va attendre le film Marlowe puis la série Surface quelque part en 2022. Alors, il est là, il nous… il attend au bout du fil. Ken Scott, bonjour.
Bonjour.
Allô, Ken Scott. Les deux, vous avez des carrières internationales et je suis étonnée, Ken Scott, de savoir que vous ne vous êtes jamais croisé dans un festival ou à quelque part comme ça. Est-ce que vous vous connaissiez, Ken Scott, avant?
Non, non. On ne s'était jamais croisé avant ce projet, en fait.
OK. Et là, donc, pour ce projet-ci, ça s'est passé en audition, François Arnaud.
Sur Zoom, sur Zoom.
Sur Zoom. Une audition en Zoom, en plus. Double le défi. Et pourquoi Arnaud fait partie de cette famille, donc composée aussi de Louis Morissette, d'Antoine Bertrand et de Patrice Robitaille?
En fait, pour moi, c'est un retour au Québec. Ça faisait 10 ans que je n'avais pas tourné ici. Donc, j'avais la chance de retrouver quelques acteurs avec qui j'avais déjà travaillé, comme Antoine Bertrand, Julie Le Breton, Patrice Robitaille. J'ai déjà travaillé avec eux. Donc, ça, c'était assez simple. À ce moment-là, ça se passe plutôt comme une rencontre, en fait. Je leur fais lire le scénario, on discute du personnage et puis on s'entend. Mais pour moi, le processus d'audition, j'y crois beaucoup. Et pour moi, vraiment, l'exemple de François Arnaud, c'est l'exemple parfait. Moi, quand je demande à François de venir faire un essai, je ne suis pas en train d'explorer, voir si François a du talent.
Oui, oui. Ce n'est pas le doute. Ce n'est pas le doute qui…
Il n'y a aucun doute.
Moi, c'est…
Attends, François, quoi?
Mais moi, oui, moi, je suis en train de voir ce que j'ai dit.
Ah oui, c'est ça. Toi, tu es dans le doute pendant le processus d'audition. OK, alors, Ken Scott, ce n'est pas le doute, c'est la vérification autre chose.
Non, mais c'est la vérification d'envie. Est-ce qu'on a envie de raconter la même histoire de la même façon? Et est-ce que, en tant qu'écrateur, moi, en tant que réalisateur et acteur, est-ce qu'on parle le même langage? Donc, est-ce que moi, je peux le diriger de la bonne façon? Est-ce que c'est agréable? Est-ce qu'on voit les mêmes choses? C'est une comédie dramatique. Alors, évidemment, il y a un ton qui est particulier aussi que j'essaie de créer, qui soit uniforme avec tous les acteurs, en fait. Donc, c'est ça que je vais chercher. Évidemment, j'ai la chance de travailler avec de très, très, très bons acteurs. Mais ce processus-là, c'est-à-dire l'essai, et puis je trouve que c'est aussi valable pour l'acteur. Est-ce qu'il a envie de se faire diriger par moi de la façon que moi, je dirige? Est-ce que j'exige, en fait, en termes de ton et puis d'approche par rapport à…
Et Ken Scott?
Mais moi, j'y crois beaucoup, en fait, à ce processus-là.
Je vais laisser François Arnaud répondre sur la direction. Est-ce que Ken Scott t'a proposé à partir de quel moment? François t'a fait… Ouais, OK, moi, on voit pareil. Ah, on n'a plus le son. On n'a plus le son de François. Ah oui, c'est bon, c'est bon, c'est bon. C'est bon, on t'écoute.
Mais non, pour moi, l'audition avec Ken a comme décuplé mon envie de voir le film. Parce que j'aimais le scénario. Puis en même temps, ça m'a fait comprendre. Juste même à l'audition, pendant une demi-heure, j'ai compris que Ken était aussi intéressé, malgré les archétypes des quatre sphères différents au scénario, était intéressé à… J'ai servi de ces archétypes-là pour humaniser, pour explorer l'humanité des personnages, puis été intéressé à plein de niveaux, de couches et d'histoires, de ce qui se passe entre les répliques, de ce qui s'est passé dans la vie complète de ces quatre frères-là avant. C'est quoi leur histoire? C'était beaucoup plus profond que je pensais, en fait, le travail de Ken.
Et on va écouter, si vous voulez bien, un extrait de la bande-annonce, et on poursuit la discussion après.
[... trailer...]
Donc, cette histoire de quatre frères qui retournent aux Îles-de-la-Madeleine pour régler la succession de leur père. François, t'avais pas encore vu le film sur grand écran avant hier soir, à Gatineau, dans ton hood. Où y avait ta famille? Comment ça s'est passé?
Bien, je suis né à Montréal, mais beaucoup de ma famille vient de la région. Alors, il y avait des tantes et des oncles dans la salle. Vraiment bien. Et puis, la réaction de la salle était tellement chaleureuse. Non seulement dans les rires, mais aussi dans l'émotion. On sentait vraiment comme l'énergie palpable dans la salle. Je pense pas que c'était mes deux tantes et mon oncle. Donc, c'était super. Puis de le voir aussi sur grand écran, les images sont magnifiques. Ça nous replonge évidemment dans des souvenirs d'un tournage tellement heureux. Un des grands bonheurs de ma carrière.
Oh!
Juste au niveau de à quel point c'était plaisant, en fait. Puis facile, mais de la meilleure façon qui soit. Dans le sens qu'on se donne des défis. C'est un challenge quand même. Mais juste une super bulle.
Est-ce que c'était Ken Scott, effectivement, entre guillemets, mais facile? Dans le sens où ça devait se faire en Provence. Finalement, ça s'est fait aux Îles-de-la-Madeleine. Ça s'est fait, bon, en zone jaune. On est un peu en COVID. Tu sais, septembre, octobre, novembre. C'est pas les mois les plus faciles aux Îles-de-la-Madeleine. Yvante. Bon. Comment Ken Scott qualifiait ce tournage?
Bien, on était un des premiers films, une des premières productions à reprendre le travail, la production. Après un arrêt complet, pas juste au Québec, mais à travers le monde. Tous les projets de cinéma s'étaient arrêtés pendant plusieurs mois. Et quand on a recommencé, évidemment, c'était compliqué. Puis il y avait beaucoup d'incertitudes. Mais ce que j'ai trouvé, c'est que les gens qui travaillent en cinéma, que ce soit les techniciens, que ce soit les acteurs, on est des gens de patience. Si on fait ça dans vie, c'est parce qu'on a envie de faire ça. Alors, de recommencer à travailler, il y avait vraiment un grand désir de réussir ce film, de recommencer à travailler. Puis l'accueil des Madolinos était similaire. C'est-à-dire, on sentait qu'il y avait un désir aussi qu'on puisse réussir ce projet. Et en fait, le fait de pouvoir tourner aux îles, ça a été un hasard, en quelque sorte. Mais on ne peut pas imaginer, en voyant le film, que ce soit ailleurs.
Bien, c'est ça. Je me demandais un peu, Ken Scott, pourquoi? Parce que c'est devenu un plan B, on va se le dire. C'est un plan B COVID. Alors que les îles, la Madeleine, c'est un plan A. C'est comme quand on est allé aux îles, on veut juste retourner. François Arnaud, tu étais allé quand tu étais jeune, mais je pense que tu n'étais pas retourné depuis.
Non, c'est ça. Non, non, je n'étais pas retourné depuis que j'aimais beaucoup les huîtres.
Alors, ça aurait pu être un plan A, Ken Scott, finalement.
Oui, mais honnêtement, ça devait se passer en Provence pour Épigua-Cazon, au niveau de l'histoire. Moi, j'aime écrire des histoires où, évidemment, l'histoire, le récit, arrive à travers les personnages et à travers leurs dialogues. Mais aussi, j'aime utiliser les lieux pour raconter l'histoire. Je me rends compte à travers les films que je fais. Alors, quand j'avais choisi l'histoire en Provence, c'est que j'avais l'impression qu'il y avait un côté mystique. Et j'aime raconter des histoires qui sont juste un peu une espèce de réalité amplifiée, juste un peu. Alors, c'était le choix. Mais en fait, quand on nous a refusé la possibilité de tourner à l'extérieur du pays, il a fallu trouver, comme tu disais, le plan B, en fait, il ne faut jamais se dire que c'est un plan B. parce qu'il y a tellement de difficultés qui arrivent quand on fait un tournage comme ça au quotidien. Des difficultés que si chaque fois qu'il y a une difficulté, on va vers le compromis, le film sera un compromis. Alors, il faut plutôt regarder ces difficultés comme étant une opportunité d'améliorer le film. Ce choix-là d'aller aux îles, ça a vraiment amélioré le film, en fait. Parce que le langage, la thématique du film, c'est le deuil. Il y a une nostalgie. Il y a même une mélancolie.
Vénérante aux îles.
Dans l'histoire. Mais aux îles, surtout d'un tournage à l'automne, il y a les couleurs, il y a le vent. Il y a tout ça qui vient appuyer, en fait, la lumière. Ça vient appuyer, en fait, l'histoire. Alors, ça a été vraiment un plus de pouvoir tourner. Et c'est Patrice Robitaille, quand il a vu le film pour la première fois, il a bien dit que quand on voit le film, il y a une fierté, en fait, d'être Québécois, de dire que le lieu est traditionnel, c'est chinois. Donc, ça rajoute quelque chose au film. Et moi, j'en suis très, très fier.
Absolument. Alors, Au revoir le bonheur, ça en salle le 17 septembre. Entre-temps, il y a des grandes premières un peu partout. Québec ce soir. Ensuite, Chicoutimi, demain, Trois-Rivières, Cherbourg, puis Montréal, le 16 décembre. Donc, François Arnaud, tu seras de retour au Québec à ce moment-là. Mais là, tu files vers Dublin vendredi?
Oui, oui, mais je vais absolument être de retour, sans faute.
OK, tu prends une pinte pour nous, s'il te plaît, à Dublin. Et puis, Ken Scott, est-ce qu'il y a un voyage à l'étranger qui s'en vient à un autre tournage déjà de prévu? Ou pour l'instant, c'est vraiment la concentration de la promo?
Un petit peu de tout ça. Un petit peu de triceuil. Donc, c'est difficile à prévoir en ce moment quels seront les prochains projets. Je dois avouer que la pandémie bouleverse un peu des plans, mais il y a des belles choses qui s'en viennent.
OK, d'accord, on va continuer de suivre ça. Je pense que j'ai peut-être dit 17 septembre, je pense que j'ai fait un lapsus. Alors, c'est 17 décembre, bien évidemment, donc dans une dizaine de jours. François-Arnaud, Ken Scott, merci beaucoup d'avoir été avec nous ce matin. C'est un plaisir.
Merci de donner la place.
Bye, bye.








