Les Marées de l'Aube Rouge
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Chapitre 18 : L’illusion de la paix
Chapitre 17 - Chapitre 19
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S'infiltrer au cœur du quartier général de la Marine demande plus que du courage : cela exige une confiance absolue en ses alliés. Tandis que les pirates de Barbe Blanche et l'équipage de Shanks s'unissent pour une mission périlleuse, Béatrice joue un jeu dangereux entre deux mondes. Sa certitude désarme : avec son Gardien sur l'île, elle ne craint rien. Mais Shanks observe, intrigué et inquiet. Qui est cet homme capable de garantir une telle protection ?
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« Il y a dans les armes une noblesse qui ne vient pas de l’acier, mais du cœur de celui qui la manie. » Anonyme
Ambre, à côté, gloussa. Elle avait compris la référence à Mihawk qui lui avait sûrement conseillé d'attendre le lendemain. Les plans n'étaient pas du tout ceux auxquels Béatrice pouvait s'attendre.
— Salut, fit le capitaine aux cheveux roux, vite accompagné par ses compagnons.
La Marine avait l'air de les avoir plus dérangés en plein petit-déjeuner qu'en réunion. Le contraste entre la tension qui planait autour de la rencontre imminente et l'ambiance décontractée des pirates lui paraissait presque irréel. Béatrice balaya la scène, fascinée par leur capacité à rester si détendus malgré les enjeux.
Prenant un siège et un croissant, elle était encore dans son lit trente minutes auparavant, Béatrice passa outre la surprise. Les odeurs chaudes de pâtisseries venaient briser la gravité de la situation, mais dans son esprit, la tempête de ses pensées tournait sans relâche.
— Shanks a accepté, ajouta Joz, dont la carrure imposante contrastait avec le ton presque désinvolte qu'il avait pris.
Shanks, qui finissait son café, hocha la tête pour confirmer.
— Ils voulaient se joindre à l'action, et qui suis-je pour refuser un coup de main ?
Vista, toujours élégant, fit un signe poli de la main en direction de Béatrice et d'Ambre.
— Ce n’est pas tous les jours qu’on peut venir en aide à nos alliés.
Béatrice savait qu'elle ne pouvait pas vraiment s'énerver contre eux, bien qu'elle leur reprocherait volontiers de ne pas comprendre le principe de « discrétion ».
— Et du coup, toi, t'es pas partie ? relança Aaron,qui s'était installé plus près de sa sœur.
— Ils avaient besoin de moi pour rester aujourd'hui, notamment avec la réunion des Grands Corsaires, répondit Béatrice en haussant les épaules, résignée. Je n'ai pas le luxe de disparaître comme ça.
Elle savait que l'équipage de Marco, et surtout Aaron, ne repartirait pas sans avoir mis la main à la pâte. Mais elle ne pouvait s'empêcher de penser aux complications supplémentaires possible. Plus il y avait de monde impliqué, plus le risque de tout compromettre augmentait.
Pendant le petit-déjeuner, Ambre en profita pour partager les dernières informations recueillies, expliquant son altercation avec les deux vice-amiraux, sauvetage de Béatrice inclus. Inévitablement, cette mésaventure modifiait les plans.
— De ce fait, il va falloir que je passe dans la base avec Béatrice pour dire bonjour, histoire d’éviter les méfiances, termina la blonde. J’ai dû improviser, mais maintenant, il faut assurer la suite.
— Ce serait un problème que tu repartes avec Béatrice, pour dissiper toute suspicion ? demanda Yasopp, pragmatique comme à son habitude.
— Pas vraiment... Enfin, ça dépend, qui t'a escortée jusqu'ici ? questionna à son tour Ambre, se tournant vers elle.
— C’est mort. C’est Smoker m’a amenée, répondit immédiatement Béatrice, tuant tout espoir. Je te laisse imaginer la galère si je repars avec toi.
Ambre souffla un soupir, déçue. Smoker, ce nom pesait comme une pierre. Son tempérament rigide rendait la situation plus complexe qu'elle ne l'aurait espéré. Partir avec elle risquerait d'éveiller encore plus de soupçons.
— Bon, de toute façon, intervint Shanks, fidèle à lui-même. Nous allons faire comme convenu. La réunion des Grands Corsaires va bientôt commencer, et nous allons nous introduire grâce à tes connaissances des lieux, Ambre, jusqu'à l'unité des informations.
L'atmosphère changea subtilement. Même si ses paroles restaient calmes, les yeux de Shanks se firent plus acérés. Les pirates présents comprenaient que le jeu d'échecs commençait vraiment.
Jusqu'à là, le plan était simple.
— Pour cela, le groupe de Marco sera avec toi et t'escortera, poursuivit Shanks. Le mien suivra de loin, au cas où il faut agir. Une fois les documents en main, Béatrice et toi ferez votre tour dans la base Marine.
À ce moment précis, une pensée jaillit dans l'esprit de Béatrice comme une étincelle.
— Au fait, vous connaissez le motif de la réunion ?
— Pas vraiment, répondit Shanks avec indifférence.
— Ils vont choisir les nouveaux Grands Corsaires, révéla Béatrice, ses yeux sondant les réactions autour de la table.
Elle observa les différents pirates : plus ils réagissaient ou semblaient concernés par l'information, plus elle comprenait qu'ils saisissaient le poids de la réunion qui devait se dérouler. Les iris des pirates s'assombrirent, plus attentifs.
— Ils ont réfléchi à une liste de pirates et aujourd'hui, ils les ont conviés au sein même du QG de la Marine.
Pour elle, c'était de la pure stupidité. Franchement, qui accepterait de venir à New Marineford avec la possibilité de ne pas en ressortir ? Ça sentait la manœuvre de Sakazuki. Au vu de l'importance, le plan avait été décidé avec son patron, Zantel, Sengoku et le côté exécutif. Béatrice passait ces derniers instants dans ces lieux : son mentor avait dû choisir de l'exclure des grosses réunions pour que petit à petit sa présence se fasse oublier sans trop interpeller. Heureusement que l'homme magma n'était pas là, et surtout qu'il n'avait pas eu vent de la dernière rumeur par rapport à sa démission et son départ.
— Du coup, la partie Ouest est confinée en attente de l'arrivée des pirates intéressés par un poste de Grand Corsaire.
Le silence s'installa autour de la table, le poids des paroles de Béatrice pesant sur chacun. Les pirates savaient que leur infiltration pourrait être facilitée par cette agitation, mais que tout faux pas pourrait avoir des conséquences dramatiques. Ils avaient Ambre pour sa connaissance des lieux et, désormais, Béatrice qui pouvait être le filet de sécurité dont ils avaient besoin.
Aaron, pensif, brisa finalement le silence.
— Au fait, Béa, dit-il en captant son attention. Tu peux vraiment démissionner d'un poste comme ça, en ayant des infos confidentielles et en étant une Shine ?
La question fit mouche. Béatrice leva les yeux, croisant ceux des autres pirates, tous curieux de connaître la réponse. Chacun des pirates présents n'avait jamais entendu parler d'un ancien directeur de la branche intérieure connaissant une retraite tranquille en tant que civil. Ambre avait expliqué avoir profité de son congé maternité pour démissionner et s'isoler sur les îles des Shine, impossibles à atteindre. Rien n'empêchait le Gouvernement Mondial de la poursuivre pour lui faire du mal.
— J'ai pris mes dispositions pour ne pas me faire tuer, t'inquiète, expliqua Béatrice d'un ton presque désinvolte.
Le visage interloqué de son frère lui signifia qu'il ne pensait pas forcément à une tentative d'assassinat à son encontre.
Shanks, plus attentif que jamais, l'étudiait soigneusement. Il cherchait à lire entre les lignes : elle semblait convaincue de ne rien craindre. Les iris de la concernée trouvèrent les siens en le voyant dubitatif. Elle avait dû comprendre qu'il attendait des faits fiables, plutôt que de simples paroles. Même Izou, Marco et Vista semblaient peu convaincus. Après tout, ils ne comprenaient pas comment ce bout de femme pouvait faire grand-chose contre le Gouvernement mondial. Compréhensible.
— Je suis ici, non pas pour participer à la réunion, mais pour être un soutien pour mon Gardien. Avec lui sur l'île, je ne risque absolument rien.
À cette référence, même Ambre sentit son cœur être rassuré. Béatrice n'était pas du genre à s'engager dans des plans risqués sans préparation, et si Mihawk jouait un rôle, ça changeait tout. Sa présence conférait une protection presque absolue.
Shanks arqua un sourcil en entendant la réponse de Béatrice. « Avec lui sur l'île, je ne risque absolument rien. » Ses paroles résonnèrent dans son esprit, mais quelque chose sonnait faux. Un Gardien ? L'idée n'était pas nouvelle pour lui. Il avait entendu parler de ces protecteurs des employés de la branche intérieure, mais jamais en détail. Ce qui l'interpellait, c'était la manière presque désinvolte avec laquelle Béatrice l'avait dit, comme si cette protection absolue allait de soi.
Il la dévisagea attentivement, cherchant à déceler ce qui se cachait derrière cette confiance affichée. Quel genre d'homme pourrait vraiment garantir une sécurité totale dans un endroit aussi dangereux que New Marineford ? Shanks savait mieux que quiconque que personne n'était à l'abri, pas même les plus puissants. Mais qui pourrait bien jouer ce rôle pour quelqu'un comme Béatrice, une femme qui a tant à cacher ?
Un Gardien capable de la protéger contre tout danger... Cette idée lui laissait un goût d'inconnu, et Shanks détestait ça. Si quelqu'un avait assez de pouvoir pour offrir une telle protection, il devait être un géant parmi les géants. Un homme d'une puissance impressionnante, ne l'égalant peut-être pas, mais assez fort pour être jugé fiable. Et pour connaître la vérité sur Béatrice.
Ses yeux se plissèrent légèrement alors qu'il détaillait les traits de Béatrice. Elle ne laissait rien paraître, pas une once d'inquiétude. Trop calme. Cette sérénité cachait quelque chose, et Shanks savait, au fond de lui, que ce « Gardien » n’était pas n’importe qui.
— Pour l'heure, il vaut mieux que j'aille me mettre en uniforme pendant que vous vous préparez. Quel est votre point de départ ?
Les pirates échangèrent un dernier coup d'œil. Ils avaient leurs doutes, mais ils savaient aussi que l'heure était venue d'agir.
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— Argh, il faut qu’on aille l’aider, s’écria Roux, soucieux pour la jeune femme.
Depuis leur cachette, les pirates pouvaient sans difficulté voir et entendre l'échange qui se déroulait à quelques mètres d'eux. Le temps que Béatrice les rejoigne dans sa tenue de Marine, un équipage pirate, inconnu des bataillons, s'était approché d'elle. Malheureusement, le poste de la Shine était écrit en gros sur sa veste blanche et les pirates n'eurent aucun problème à comprendre l'étendue du pouvoir qu'elle possédait.
Shanks serra le poing en examinant les malfrats essayer de l'encercler. Les risques qu'ils prenaient s'ils intervenaient allaient causer plus de tort à Béatrice qu'autre chose. En même temps, pourquoi un équipage Empereur et celui du feu Barbe-Blanche iraient protéger une Marine, qui plus est, ayant ce poste ?
À côté de lui, Aaron fulminait intérieurement. Ambre, quant à elle, resta étrangement calme, suivant la scène sans ciller. Béatrice se retrouvait dans une situation délicate, mais rien qu'elle ne pouvait gérer, en tout cas, aux yeux d'Ambre. La blonde mettait sa main à couper que sa meilleure amie avait déjà un plan en tête. Après tout, Béatrice n'était pas du genre à être prise au dépourvu. Elle devait certainement avoir anticipé ce genre de scénario.
Aaron se tourna vers Ambre, perplexe face à son sang-froid.
— Il faut faire quelque chose, Ambre ?
— Non.
Les pirates autour d'eux la dévisagèrent avec étonnement, notamment parce qu'ils remarquèrent l'attitude sereine de la blonde.
— Nous sommes sur une île du Gouvernement Mondial. Ce sont eux qui devraient se demander comment ils vont finir.
En temps normal, les pirates auraient ri face à une telle déclaration. Mettre sa foi dans la Marine ?
Mais ils savaient qu'Ambre n'était pas une femme ordinaire. Elle était la meilleure amie de Béatrice, ancienne Directrice dans la Marine. Si Ambre était aussi tranquille, c'est qu'elle avait une raison. Ils comprirent rapidement : soit Béatrice avait une stratégie, soit les Marines présents dans ce secteur étaient suffisamment puissants pour assurer sa protection. Les deux options étaient plausibles, surtout à New Marineford, cœur du pouvoir militaire du Gouvernement.
— Après tout, Béatrice n’a qu’à se défendre, supposa Vista en observant les pirates adverses.
Shanks secoua la tête, connaissant bien la raison pour laquelle Béatrice ne pouvait se permettre de se défendre ici.
— Les Marines de la branche intérieure ne sont pas censés savoir se défendre, précisa-t-il, le regard sombre. Elle doit maintenir les apparences.
Ambre hocha la tête. Béatrice devait perpétuer son image de la « petite femme Marine de la branche intérieure », trop fragile pour se protéger elle-même. Cette façade était une vraie plaie, mais nécessaire pour ne pas éveiller les soupçons.
— Exactement. C'est pour ça que les Marines comme nous, « incapables de se défendre », ont des Gardiens, ajouta-t-elle, d’un ton ironique.
À la nouvelle mention de ce terme, quelques têtes se retournèrent vers Béatrice. Elle paraissait aussi confiante que lorsqu'elle avait été sur le Red Force pour la première fois.
Enfin, un groupe de Marines arriva derrière Béatrice. En reconnaissant l'équipage pirate qui se tenait devant elle, certains des Marines reculèrent, effrayés. Béatrice, elle, pesta intérieurement en voyant Mashikaku, un sergent qu'elle jugeait totalement incompétent, à la tête de ce petit groupe de soldats.
Son visage se durcit tandis que son esprit tournait à toute vitesse, cherchant une issue.
Ambre soupira, partagée entre la frustration et le désespoir en apercevant le subordonné de Smoker approcher avec ses six pauvres soldats. Ils tremblaient déjà de peur, face à la trentaine de pirates les fixant comme des proies faciles.
— Nan, pas ce lourdaud… gémissait presque Ambre, visiblement désabusée. C’est à se demander si ce mec possède une paire de…
— Tiens, tiens, tiens, intervint le chef des pirates d'un ton moqueur, s'avançant vers Béatrice. Il semblerait que la cavalerie se soit ramenée pour te sauver, ma belle.
Les pirates éclatèrent de rire en apercevant les Marines trembler devant eux. C'était risible. Ces soldats semblaient sur le point de s'évanouir à la simple vue de leurs épées. De son côté, Béatrice se mordit la lèvre intérieurement. Maintenant, elle devait endosser le rôle de la demoiselle en détresse.
Quelle bande d’incapables…
Le pirate glissa son sabre sous sa gorge.
— Allez, ne fais pas ta difficile, tu vas venir avec nous.
Shanks et ses alliés se préparèrent à dégainer leurs armes en voyant le danger se rapprocher, mais Ambre, toujours stoïque, prit la parole avant qu'ils n'agissent.
— Ne faites pas ça. Savez-vous au moins qui est le Gardien de Béatrice depuis maintenant cinq ans ?
Mais personne ne répondit à sa question. Ils étaient confus par son calme imperturbable. Pourtant, quelque chose dans son attitude les incitait à ralentir.
— Béa a le meilleur Gardien que ce monde puisse offrir, affirma-t-elle, un sourire énigmatique aux lèvres.
Le capitaine des malfrats ricana, pensant que la femme reculait par peur. Il abaissa son arme, tentant de l'attraper par surprise. Cependant, une bourrasque de vent soudaine souleva un nuage de poussière, aveuglant temporairement les pirates autour de Béatrice.
— Qu’est-ce que… ?
Mais il n’eut pas le temps de finir.
Le silence tomba brusquement alors qu'une silhouette apparut au cœur du tourbillon de poussière. L'air se fendit sous un coup de sabre net et précis. Quand le nuage se dissipa, les pirates alliés retinrent leur souffle en reconnaissant la silhouette imposante.
Dracule Mihawk.
Son manteau flottait derrière lui, son sabre Yoru tranchant l'air avec une précision mortelle. En une fraction de seconde, il avait décimé les pirates ennemis. Il se tenait là, à côté de Béatrice, la main protectrice posée sur sa hanche. Le manteau sombre du sabreur enveloppait la jeune femme, formant un bouclier autour d'elle.
Les deux équipages pirates observèrent la scène avec incrédulité. Ils savaient que Mihawk était un homme redoutable, mais le voir ainsi, protéger Béatrice, était une révélation.
— Elle n'est pas la protégée d'Œil de Faucon pour rien, lança Ambre, un rictus malicieux aux lèvres. Je vous l'avais dit.
Shanks, stupéfait, sentit sa mâchoire presque se décrocher. Mihawk ? Protéger Béatrice ? Il se tourna vers Ambre, une centaine de questions bouillonnant dans son esprit.
— T'es en train de me dire que Mihawk s'est porté volontaire pour protéger Béatrice ?! demanda-t-il, ébranlé par la révélation.
— Tout à fait, acquiesça Ambre avec un sourire satisfait. Il s’est porté volontaire.
Shanks n'en revenait pas. Ce qu'il venait de voir confirmait ce qu'il avait commencé à soupçonner. Et lui, Shanks, n'avait pas été mis au courant. Était-ce volontaire de la part de Mihawk, ou simplement un oubli ? Ce genre de choses ne lui échappait jamais. Leur relation dépassait manifestement le cadre purement professionnel. Ils avaient l'air d'être... amis. Alors que ça faisait des décennies qu'il forçait l'épéiste juste pour boire avec lui.
Shanks ignorait s'il devait se sentir déçu ou commencer maintenant à bouder... Il se demanda combien de temps il lui avait fallu pour gagner cette confiance. Combien de duels, combien de bouteilles partagées. Et elle, en quelques années…
— J’ai bien cru que tu ne viendrais pas, chuchota Béatrice au pirate.
— J'ai eu quelques empêchements sur le trajet, répondit simplement Mihawk, le ton égal. Certains m'ont réveillé de ma sieste.
L'ombre d'un sourire passa sur ses lèvres, mais son expression resta impassible, concentrée sur la situation. Béatrice savait qu'il plaisantait à moitié. Rien ne semblait pouvoir vraiment troubler l'imperturbable Dracule Mihawk, mais elle devinait que sa présence ici n'était pas qu'une coïncidence. Il surveillait toujours les événements de près, surtout avec l'imminente réunion.
— Dra... Dracule Mihawk ! s'exclama Mashikaku, suant à grosses gouttes. Je... je te remercie d'avoir porté assistance à madame Cassipan. Nous allons l'emmener avec nous, désormais.
Béatrice grimaça. Ces soldats, lâches et incompétents, étaient bien loin d'inspirer confiance. Elle avait ressenti un dégoût palpable en les apercevant trembler face aux pirates, mais elle devait faire attention à sa réaction. Ses alliés étaient tout proches, cachés à quelques mètres seulement. Elle devait impérativement éviter de les mettre en danger.
— Mademoiselle, vous allez bien ? demanda l'un des soldats, s'approchant prudemment.
La cape de Mihawk recouvrait toujours Béatrice, la protégeant des yeux indiscrets. Elle pouvait sentir leur proximité. Ils étaient trop près.
— Vérifions s’il n’y a pas d’autres…, ajouta un autre soldat de la deuxième section.
Soudain, une idée peu motivante et dégradante la traversa grâce à ce marine. S'efforçant de penser à quelque chose de gênant, elle sentit sans problème ses joues se réchauffer. L'instant d'après, elle laissa son corps s'affaisser doucement contre Mihawk, simulant une faiblesse soudaine. Son clin d'œil discret confirma son intention, et elle sentit Mihawk soupirer légèrement. Le grand sabreur savait ce qui venait. La mise en scène de Béatrice, aussi théâtrale qu'efficace, ne lui échappait jamais.
Béatrice écarta légèrement le manteau noir et rouge de Mihawk pour que le marine puisse constater son état, tout en se ventilant à l'aide de sa main.
— J’ai eu si peur… Je ne me sens pas très bien, murmura-t-elle d'une voix faiblissante.
L'un des soldats tenta de se rapprocher encore plus, son air lubrique à peine caché par un rictus. Ce genre d'homme la dégoûtait profondément. Elle sentit un frisson de répulsion, mais garda son jeu d'actrice intact.
— Œil de Faucon, donne-la-moi. On va l'emmener à l'infirmerie. Tu as fait ton taf, ordonna l'un des soldats, tendant les bras pour saisir Béatrice.
Il n'était visiblement pas conscient du danger qu'il courait.
Les yeux de Mihawk se durcirent, devenant aussi tranchants que sa lame. Un silence glacial s'abattit sur la scène.
— Certainement pas, trancha Mihawk d'une voix froide et mortelle, ses yeux dorés jetant un coup d'œil noir au soldat.
Sans attendre, il se pencha, ramassant Béatrice dans ses bras avec une aisance déconcertante. Elle se laissa faire, jouant toujours la femme vulnérable, tandis qu'il commença à marcher tranquillement vers le QG de la Marine, la tenant fermement contre lui.
Mashikaku sortit enfin de sa torpeur et se précipita pour les suivre.
— Même si tu es un Grand Corsaire et le Gardien de mademoiselle Cassipan, on ne peut pas te laisser errer sans surveillance dans le QG ! Attends-nous !
La dernière escouade de la partie Ouest qui devait surveiller cette zone ramassa rapidement les pirates et put libérer toute la zone des derniers malfrats cachés. Désormais, ils avaient quartier libre pour avancer sans même avoir besoin de se faire discrets jusqu'à l'entrée de l'unité.
Ainsi, les deux groupes s'éloignèrent des pirates cachés. Cependant, juste avant de ne plus être visible, l'homme aux yeux étranges tourna ses iris en arrière afin de rencontrer une paire couleur acier qu'il connaissait bien.
Shanks n'en revenait juste pas de ce qu'il venait de voir, et l'expression que son ancien rival venait de lui lancer ne faisait que confirmer les événements qui venaient de se dérouler. Cet homme si froid et solitaire avait décidé de devenir ami avec cette femme.
— Ils ont quoi comme relation, Ambre ? s'écria William, le visage pâle.
— Comme je l'ai dit, continua calmement Ambre. Ça fait cinq ans que Mihawk a demandé à être le Gardien de Béatrice.
Le rival de l’épéiste fit face à son nakama.
— Elle a raison. Œil de Faucon nous avait dit qu'il avait trouvé une Marine intéressante, il y a de ça quatre ans...
La meilleure amie de Béatrice écarquilla les yeux à cette mention. Ambre ne voyait pas le Grand Corsaire étaler sa vie à qui que ce soit, et encore moins ses intérêts personnels. Cela voudrait dire que les deux étaient, d'une, assez proches pour qu'ils puissent discuter de ce sujet. Et de deux, que Mihawk voyait sa relation avec Béatrice assez importante pour être évoquée, et ça quatre ans auparavant.
— Tu peux me déposer maintenant, murmura Béatrice à l'oreille de Mihawk, s'assurant que les Marines ne puissent entendre.
Le sabreur lui répondit sans même lui accorder son attention, continuant de marcher d'un pas tranquille mais déterminé.
— Pas avant que je t'aie amenée à l'infirmerie avec Joshua.
Béatrice ne tenta pas d'insister. Elle savait, par expérience, qu'il était inutile de discuter avec lui quand il avait pris une décision. Aussi têtu qu'il puisse être, Mihawk battait tous les records. Il avait raison, de toute façon. Elle serait bien plus en sécurité en compagnie du médecin en second de la Marine et ami de Béatrice.
Une fois arrivé devant la porte de l'infirmerie attitrée de Joshua, le plus grand sabreur du monde ne jeta même pas un coup d'œil en arrière avant de parler.
— Vous pouvez partir. Le docteur Joshua va prendre en charge Lisa à partir d'ici.
Le ton n'admettait aucune objection, et les soldats n'osèrent pas protester. La porte s'ouvrit, cinq secondes plus tard, pour révéler Joshua, qui sourit calmement en apercevant ses visiteurs. Ça eut l'effet escompté, car les soldats décampèrent. Le fait que la femme soit désormais avec le médecin en second de la base justifiait leur départ précipité.
— Toujours aussi forte en théâtre, mademoiselle Cassipan, commenta Joshua en hochant la tête, visiblement habitué aux stratagèmes de la jeune femme.
Les trois entrèrent dans l'infirmerie, prenant soin de refermer la porte à clé et d'être loin des oreilles indiscrètes.
— Je finis quelque chose et j'arrive, mais je suppose que tu n'as pas vraiment besoin de soins ? Joshua se dirigeait déjà vers son bureau.
— Non, effectivement, merci Josh.
Pendant que Joshua s'occupait de ses affaires, Mihawk s'installa sur l'un des lits de l'infirmerie, posant Yoru à côté de lui, ses bras croisés derrière la tête. Béatrice le rejoignit, s'asseyant sur le bord du lit.
— Merci pour le coup de main. Je me demande comment ces pirates ont pu passer à travers la surveillance des escouades censées les escorter.
Mihawk resta silencieux, comme à son habitude, cherchant quelque chose dans les poches de son long manteau noir. D'un geste lent et calculé, il en sortit deux attaches que Béatrice reconnut immédiatement. Il était temps pour lui de partir.
— C'est l'heure pour toi d'y aller, n'est-ce pas ? demanda-t-elle, un léger voile de tristesse dans la voix.
L'idée de se séparer de Mihawk et de la sécurité qu'il représentait créa une boule dans sa gorge.
— Essaie soit de rester avec eux, soit avec les exécutifs, répondit-il simplement, sans même lui jeter un coup d'œil.
Ce qui avait valu à Béatrice de ne pas être pointée du doigt par ses supérieurs, et en particulier par Sakazuki, c'était ce respect mutuel entre elle et Mihawk. Le pirate lui faisait suffisamment confiance pour qu'elle le « canalise », un fait rare et inestimable dans un monde aussi imprévisible.
Lors des réunions pacifiques, il était habituellement exigé de se désarmer et de confier ses armes aux officiers. Cependant, Mihawk s'y opposait fermement.
Ils avaient donc dû trouver une autre solution.
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Quelques années plus tôt, au cours d'une de ses visites à Kuraigana, Béatrice avait été saisie par l'envie de découvrir ce que ça faisait de tenir Yoru, le sabre du plus puissant épéiste du monde. Face à sa détermination et à sa curiosité sincère, Mihawk n'avait pas pu refuser. Elle voulait comprendre un peu mieux cet homme énigmatique et, ne serait-ce qu'un bref laps de temps, se mettre à sa place.
Béatrice se souvenait encore de l'instant où elle avait agrippé le manche de Yoru pour la première fois. Un choc électrique, aussi violent qu'inattendu, l'avait traversée. Ce simple contact l'avait projetée dans un cocon ténébreux, où le monde extérieur semblait disparaître. Un univers étrange et inconnu s'était ouvert à elle.
Soudain, une main ferme l'avait saisie par le bras, la tirant de ce tourbillon d'hallucinations. Mihawk, impassible, l'avait ramenée à la réalité.
— Que s'est-il passé ? demanda-t-elle, encore hébétée et un peu penaude, cherchant à comprendre ce qu'elle venait de vivre.
— Tu viens de devenir la Protectrice de Yoru, expliqua-t-il avec une simplicité désarmante, comme si ça allait de soi.
Il récupéra le sabre d'un geste précis, puis tourna les talons, prêt à repartir.
Avant de disparaître de son champ de vision, il se retourna une dernière fois et lança avec sa froideur habituelle :
— Regarde le premier livre de la deuxième rangée, dernière étagère.
Béatrice resta figée, le suivant des yeux tandis qu'il s'éloignait. Elle grattait machinalement son avant-bras, une sensation de brûlure persistante l'envahissant depuis cet événement. Cet homme pouvait être si énigmatique. Il ne restait jamais pour répondre aux questions, la laissant toujours avec plus de mystères que de réponses.
Cependant, elle avait traîné et elle ne savait pas où était parti l'homme pour l'assaillir de questions. Autre chose qu'elle avait comprise en prenant le temps de le connaître depuis qu'il était son Gardien depuis quelques mois désormais : il fallait suivre ses instructions ou être sûre d'être rembarrée au mieux, sinon, ignorée.
Peu habituée aux lieux, elle avait mis un certain temps à trouver la bibliothèque de Kuraigana. Le château était aussi froid et isolé que son propriétaire. Lorsqu'elle avait enfin localisé l'endroit, elle trouva le fameux livre qu'il lui avait conseillé : « Les secrets des lames de premier rang. » L'ouvrage semblait ancien, usé par le temps et les nombreuses mains qui l'avaient feuilleté avant elle. Elle n'avait aucun doute, il contenait des informations capitales sur Yoru et les douze lames légendaires auxquelles il appartenait.
Ses yeux parcouraient attentivement les pages jaunies. Plus elle avançait, plus elle comprenait la profondeur et le mystère entourant ces armes surpuissantes. Puis, soudain, un paragraphe attira son attention, la glaçant sur place :
« Dans ce monde, douze lames de premier rang possèdent une âme, capables de choisir un porteur en plus de leur propriétaire original. Le porteur désigné est une personne de confiance, proche du propriétaire, choisie par l'arme elle-même après un échange spirituel intense. Lors de ce rituel, l'âme de l'arme teste la personne pour juger si elle est digne de la porter en l'absence de son maître. Si elle est jugée digne, l'arme accorde à ce porteur temporaire un accès à sa puissance, lui permettant de la manier même sans compétence dans la discipline martiale concernée. L'arme adapte également son poids à la force de son porteur et peut transférer des souvenirs et des techniques de combat à ce dernier pour l'aider à se défendre en cas de besoin. »
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Yoru soigneusement installé dans son dos, entre celui-ci et son manteau, en diagonale, puisqu'elle était trop courte sur pattes comparé à l'homme et à la taille de ce sabre. Ça faisait plus de quatre ans qu'elle était devenue la « Protectrice de lame » de Kokuto Yoru. Douze autres Protecteurs existaient dans le monde. Tous partageaient un lien spécial avec leurs propriétaires, un lien assez fort pour que l'arme les reconnaisse comme dignes de la porter.
Cependant, Yoru n'était pas qu'une simple arme. Parfois, Béatrice se sentait davantage comme la psychologue de substitution de l'âme qui résidait dans la lame. Cette âme, bavarde et souvent sarcastique, semblait s'amuser à l'irriter autant que possible. D'ailleurs, Mihawk n'avait aucun scrupule à « lui refourguer » Yoru dès que l'âme devenait trop loquace à son goût. Mais malgré ça, Béatrice trouvait un réconfort inestimable à avoir cette arme avec elle.
Heureusement pour elle, Yoru ajustait son poids en fonction de ses capacités physiques. Sans cette adaptation, elle se serait effondrée sous le poids du sabre.
— Coucou, p'tite Reine, qu'est-ce qu'on fait aujourd'hui ? Shopping ? fit entendre la voix dans son esprit, immédiatement familière et toujours aussi exubérante. J'espère que tu vas enfin m'écouter et acheter ce superbe ensemble de lingerie noir...
— J'ai mieux à te proposer, l'interrompit-elle doucement, son ton éveillant aussitôt l'intérêt de l'âme. On va en mission ultra risquée avec d'autres gros épéistes.
— Épéistes ?répéta-t-elle, intéressée.
Béatrice avait appris à connaître Yoru et ses penchants un peu... sadiques à abattre tout épéiste qui souhaitait défaire son propriétaire et montrer sa supériorité.
Elle pouvait communiquer avec l’âme avec une étonnante facilité, grâce à l’allumette de Mihawk, qui faisait le lien avec la marque apposée sur son bras. Le fait que Mihawk soit un Oracle ne faisait que renforcer ce lien.
Pendant ce temps, Mihawk vérifiait les préparatifs, s'assurant que rien ne compromettrait l'identité de Béatrice. Sa froideur apparente cachait une attention méticuleuse à la sécurité de sa protégée.
— Pas de prise de risque inutile, compris ? lança-t-il d'une voix sèche, autant à Béatrice qu'à l'âme de Yoru.
— Oui ! répondirent-elles en chœur, prêtes à l'aventure.
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