[INTERVIEW #35] On n’avait plus eu de nouvelles d’Austra depuis environ deux ans. Le groupe canadien mené par Katie Stelmanis a pris son temps pour travailler sur des nouvelles chansons qu’on pourra retrouver sur un nouvel album à paraître en 2016. Alors que le groupe se produisait ce mois-ci au festival Loud & Proud, on en a profité pour rencontrer Katie et lui poser toutes nos questions. Au programme : son voyage au Mexique, ses nouvelles influences et son activisme politique. En avant ! Tu as récemment passé du temps au Mexique. Comment a été ce voyage ? Katie : C’était vraiment super. J’y suis restée trois mois, je n’y étais jamais allée avant mais j’avais une envie de longue date de visiter ce pays. Il y a plusieurs raisons à cela. Je trouvais la culture mexicaine vraiment belle, toutes ces couleurs, c’est luxuriant, les gens y sont aimables. Je suis restée principalement à Mexico et je suis aussi allée quelques jours sur les plages aux alentours. Tu as travaillé sur des nouvelles chansons là-bas ? Katie : Oui, j’ai réussi à avoir un appartement via une personne que j’avais trouvée sur Airbnb et qui avait un studio. Il faisait venir des groupes pour jouer. J’ai donc passé ces trois mois avec ce studio à ma portée. Ça m’a beaucoup aidée et j’ai ainsi travaillé seule sur ces chansons. On a aussi vu cette photo de toi dans une église sous la terre. Tu peux nous en dire plus ? Katie : Oui, c’était à Mexico. Il s’agit d’une galerie d’art. Une grande partie de Mexico a été construite comme des mines directement sur un lac. Les Européens sont venus et ont construit sur ces mines. Le sol de la ville est donc très instable. A chaque fois qu’il y a un tremblement de terre, le sol est durement touché et les bâtiments s’affaissent comme ce fut le cas pour cette église. Tu as seulement écrit là-bas ou tu as aussi enregistré ? Katie : Les deux. Pour cet album, j’ai eu mon propre microphone, ce qui m’a permis d’enregistrer les voix toute seule. J’ai donc réussi à faire quelques prises mais Mexico est en altitude et je ne pouvais pas respirer, ce qui m’a pas mal gêné ! (Rires)
Tu as t’es perfectionnée au niveau de la production ? Katie : Oui. J’ai travaillé bien plus sur la production sur ce nouvel album. Pour ‘Feel it Break’, mon premier album, je ne savais pas trop ce que je faisais. J’avais des sons mais je ne réfléchissais pas trop, c’était instinctif et assez naïf je dirais. Sur ‘Olympia’, j’avais écrit des chansons squelettiques qu’on avait ‘boostées’ ensemble ensuite. Sur cet album, je voulais vraiment faire la production que je désirais. Ça a beaucoup à voir avec le DJing. Je voulais devenir plus sensible aux sons. J’essaie encore de voir si j’arrive à faire quelque chose de tout ça. Tu ressens cette évolution sur les nouvelles chansons ? Katie : Je pense, oui. C’est bizarre parce que parfois j’écris une chanson sur une journée et j’en suis satisfaite mais pour d’autres je les réécris sans cesse sur plusieurs années et je n’en suis jamais satisfaite ! A quel stade en es-tu sur ce nouvel album ? Katie : Je dirais 80%. L’album devrait être fini dans les prochains mois et en comptant les six mois pour que ça sorte, je pense que l’album sortira en 2016. On a lu que tu es devenue une grande admiratrice de Chavela Vargas. C’est un modèle pour toi ? Katie : Effectivement. Quand j’étais à Mexico, je me suis intéressée à toute cette culture sud-américaine. Chavela Vargas en faisait partie. C’était une révolutionnaire. J’écoutais sa musique et puis j’ai lu plein de choses à propos d’elle : elle était queer et elle a commencé à chanter dans la rue. Je l’ai découverte parce qu’elle avait une chanson dans un film de Frida Khalo.
On peut parler du festival Loud & Proud pour lequel tu vas jouer ce soir. Tu as l’air d’être fan du line-up. Tu connais des groupes personnellement ? Katie : J’ai rencontré Planningtorock et SSION à plusieurs reprises, Perfume Genius seulement quelques secondes. On est tous amis sur internet et je suis surtout excitée à propos de passer cette soirée avec eux. Ce sont des artistes que j’aime beaucoup et que je respecte profondément. Comment tu te sens connectée à la culture queer ? Katie : Je ne sais pas, c’est une sorte de club avec des artistes qui se ressemblent dans leur liberté. On forme une petite communauté qui se soutient. Trouves-tu important qu’il faille définir une culture queer ? Katie : Je ne sais pas s’il est important de définir la culture queer comme telle, mais j’aime juste l’idée de pouvoir être visible. La visibilité est la chose la plus importante maintenant, alors si ça peut aider, c’est bon à prendre ! On a lu ton article sur Pitchfork contre la culture du viol notamment supportée par le rappeur Action Bronson. Tu as reçu des messages après ça ? Katie : Oh oui… ! J’avais posté l’article sur la page d’Austra et j’ai eu du soutien. Sur notre page, ce sont des fans qui nous supportent mais sur Pitchfork, ça a été tout à fait différent. J’ai eu beaucoup de messages négatifs. Ils n’étaient pas nécessairement impolis et vulgaires mais juste souvent très condescendants. Du genre : « Oh Katie, ce n’est pas vrai, tu devrais réfléchir un peu même si tu es une femme ». Et ce n’étaient que des hommes qui écrivaient de telles choses. J’ai aussi pu lire : « La culture du viol n’existe que si la personne est réellement violée ». Toute cette bêtise m’a révoltée.
Comment l’article s’est alors retrouvé sur Pitchfork ? Katie : Erica Sheiner a commencé la pétition. Je ne l’avais même pas rencontrée personnellement mais j’ai tweeté cette pétition parce que j’avais le même avis. J’ai eu plein de retours sur Twitter. Ça m’a donné envie d’écrire. La personne qui publie ce genre d’articles sur Pitchfork est une amie et c’est comme ça que mon article a été publié. Tout s’est fait en 24h, c’est allé très vite ! Tu as aussi écrit sur l’accord de libre-échange nord-américain. Tu as notamment écrit que cet accord faisait du mal aux agriculteurs mexicains qui rencontraient de plus en plus de difficultés et qui étaient contraints de partir à la ville. Tu as vu cela de tes propres yeux lorsque tu étais sur place ? Katie : A Mexico, j’ai eu la chance de rencontrer des personnes très impliquées politiquement. Elles m’ont tout expliqué et j’ai pu voir les effets de cette politique. Le Mexique est vraiment une terre de repli pour les États-Unis. Les agriculteurs sont exploités et ne peuvent pas entrer en concurrence avec les compagnies américaines. Je suis arrivée après le kidnapping des quarante-trois étudiants. Les soutiens s’élevaient à travers le pays. Il y avait cette boutique devant laquelle je passais tous les jours où étaient exposées les photos de toutes ces personnes disparues. Tout cela concourt à entretenir le rejet du voisin nord-américain. Les sœurs Sari et Romy Ligthman ont quitté le groupe pour se consacrer à leur projet Tasseomancy [on avait chroniqué le premier album du duo sorti cette année par ici]. Tu continues à les voir ? Katie : Oui, elles avaient mis leur projet de côté les trois années pendant lesquelles elles ont tourné avec nous. Maintenant elles sont totalement impliquées dans Tasseomancy et elles sont d’ailleurs en tournée [le groupe a joué le 24 juin au Pop-Up du Label parisien]. Je suis très contente pour elles. C’est difficile de nous voir parce qu’aucune d’entre nous ne vit dans la même ville et on ne s’est pas vues depuis longtemps mais on est tout de même restées très proches ! Maya [la batteuse d’Austra] a aussi son projet solo Princess Century. Elle arrive à s’y atteler en parallèle d’Austra ? Katie : Je ne sais pas comment elle fait ! Elle a un album qui sortira cet automne. Son projet n’est pas fait pour le live, elle peut le développer pendant qu’Austra est en tournée avec des DJ sets un peu partout.
Quelles sont les principales influences qu’on pourra retrouver sur les nouveaux morceaux ? Katie : Le nouvel album va avoir plein d’influences différentes, je pourrais presque en citer des différentes pour chacune des chansons. J’ai intentionnellement été à la recherche active d’inspiration. Aller au Mexique en a fait partie. J’ai découvert un nouveau genre de musique dont j’ignorais l’existence et ça a changé mon style. Toute la musique là-bas y est lente et sexy ! (Rires) On a vu que tu t’es découverte une nouvelle passion pour la lecture. Tu peux nous en dire plus ? Katie : Quand j’ai fini l’université, j’ai totalement arrêté de lire. Je me sentais stupide. Dans les interviews, j’avais l’impression de perdre mon vocabulaire. C’est pourquoi j’ai voulu m’y remettre activement. J’ai découvert plein de choses auxquelles j’étais passée à côté. J’ai voulu absorber tout ce que je pouvais. Ça s’est aussi manifesté dans mon apprentissage récent du français et de l’espagnol. Y a-t-il des groupes que tu pourrais nous recommander ? Katie : Le nouvel album ‘Deep in the Iris’ de Braids est génial [notre chronique par ici] ! J’aime beaucoup aussi le groupe Evvol [dont on vous avait déjà parlé par là et dont le premier album va être chroniqué sur cette page très bientôt]. Quelle est ta relation avec la France ? Katie : J’aime beaucoup la France, c’est un de mes endroits préférés où jouer. J’ai une relation particulière parce que le français influence grandement la culture canadienne. Et même si je suis encore très mauvaise en français, je commence à observer des similarités. Les publics français sont supers. Et surtout, vos fromages sont si bons ! (Rires) Notre chronique de ‘Olympia’, le dernier album en date de Austra est à retrouver par ici : http://bit.ly/1NQh6rC A&B











