La différence entre tendinite et tendinose
Résumé
Je vous propose de vous expliquer la différence entre tendinose ou tendinopathie, et tendinite. Si vous souffrez d’une problématique de tendon, assurez-vous que le diagnostic soit fait entre une tendinite et une tendinose. Ce n’est pas nécessairement toujours facile de distinguer, mais c'est important car les approches thérapeutiques vont être vraiment différentes. Gardez en tête que le repos relatif, fondamental, prend passablement de temps à se remettre. Donc une des armes thérapeutiques est votre patience, mais aussi de la réhabilitation avec du stretching, de l’excentrique, s’assurer de la fonction musculaire locale, très important. Le froid peut servir, les ondes de choc également dans certains cas. Surtout, évitez les infiltrations, évitez ce qui est ultra-sons qui ne fonctionnent pas. Le laser peut être utile. Enfin, ne négligez pas cette composante neurologique au niveau de la sensibilisation générale de votre système et le travail de contrôle moteur de la zone.
Transcription
Dans cet épisode, nous allons parler de la différence entre tendinose ou tendinopathie, et tendinite.
Parce que la vie est bien trop magique pour être petite et que nous avons tous besoin d‘une prescription pour grandir en conscience et faire que nos rêves dévorent notre vie. Bonjour, je suis le Docteur Yannick Pauli, bienvenue à un nouvel épisode d’Une Grande Vie où je vous propose chaque semaine des stratégies pratiques, pragmatiques, pour grandir en conscience, qu’elle soit d’ordre physique, émotionnel, psychologique ou spirituel, parce que c'est cette conscience qui est au cœur d’une vie pleinement vécue et de notre évolution en tant qu’être humain.
Aujourd’hui, nous allons revenir dans le médical. J’avais envie de vous présenter la différence entre ce qu’on appelle les tendinoses ou tendinopathies, et les tendinites, suite à une consultation avec un patient qui avait des problèmes au niveau du coude, une épichondylite. Les mots en -ite comme épichondylite laissent penser à une forme d’inflammation. En effet, il ne répondait pas aux traitements médicaux classiques et se posait la question de pourquoi cette tendinite ne s’améliorait pas. Je lui ai expliqué que la problématique qu’il avait n’était pas une tendinite, mais une tendinose ou une tendinopathie, et que ce mécanisme-là est vraiment quelque chose de très différent.
Physiologie
Précisons ce qu’est un tendon. Il s’agit d’un tissu qui va faire le lien entre un muscle et un os. Le tendon est donc la partie de tissu qui va connecter un muscle à vos os. On imagine bien que ces tendons vont être soumis à contribution dès le moment où il y a du mouvement. Ces tendons sont composés de différentes fibres, notamment des fibres collagène de type 1.
Un tendon peut être traumatisé, notamment à la suite de blessures, mais aussi à la suite de mouvements répétitifs ou de surcharges. On a donc plusieurs mécanismes qui vont se mettre en place. Le premier est la tendinite, qui, comme son nom l’indique avec la terminaison -ite, est une inflammation dans les tissus. A l’intérieur du tissu, suite à la blessure, il va y avoir une inflammation qui se crée et des cellules du système immunitaire vont entrer dans cette zone. Si tout se passe bien, ce tendon va guérir selon les 3 phases classiques de la guérison des tissus : d’abord une phase inflammatoire va durer quelques jours, jusqu’à 72 heures, puis une phase de granulation où le corps va commencer à redéposer du collagène de type 3 à l’intérieur, c’est un collagène de remplacement qui n’est pas encore suffisamment solide, phase qui dure environ 3 semaines, et enfin la phase de remodelage, c’est-à-dire que lorsqu’on remet de la tension sur ce tendon, ces fibres collagène de type 3 vont être remplacées de nouveau par des fibres de type 1, et on va voir cette consolidation des tissus qui n’arrivent peut-être jamais à la consolidation, la même force initiale, mais ça récupère en général jusqu’à 80%. Bien évidemment, ça dépend de la sévérité de la blessure sur le tendon.
Diagnostic différentiel
Dans ces tendinites, vu qu’il y a de l’inflammation, vous allez avoir les signes classiques de l’inflammation : la douleur, la rougeur, un peu d’oedème, de la chaleur, et puis une perte de fonction. Toutes les interventions qui sont d’ordre anti-inflammatoire vont avoir un effet potentiellement bénéfique sur cette tendinite. Bien évidemment, je vais vous proposer de vous limiter à des mesures anti-inflammatoires naturelles, parce que de trop limiter l’inflammation, ça va empêcher le mécanisme de guérison. On sait, c’est assez clair dans la littérature que quand on utilise des anti-inflammatoires, des médicaments anti-inflammatoires, on perturbe ce mécanisme de guérison et les tissus vont être beaucoup plus faibles que si on les laisse guérir naturellement. Donc une action anti-inflammatoire, oui si c’est nécessaire, s’il y a beaucoup d’inflammation, mais faites-le de manière naturelle avec de la glace, avec des suppléments qui ont un impact sur l’inflammation, et n’allez pas prendre des anti-inflammatoires parce que ça augmente votre risque que la guérison ne se fasse pas de manière optimale, sans parler de tous les effets secondaires de ces médicaments sur votre estomac, au niveau cardiologique, qui commencent dès la moindre dose. Donc la tendinite, c’est assez classique.
Parlons maintenant de la tendinose ou tendinopathie. C’est vraiment quelque chose de très différent. D’abord, on pensait que toutes les formes de blessures, même les blessures répétitives et de surcharge, étaient des tendinites. En fait, on s’est rendu compte dans les études que le fait d’appliquer des moyens anti-inflammatoires classiques n’amélioraient pas les choses. Donc ils ont observé au microscope ce qu’il se passait : ils ont découvert qu’il n’y avait pas vraiment d’inflammation dans les tissus, d’où la notion de tendinopathie, de tendinose. On a en fait une dégénérescence, une désorganisation des fibres de collagène. On croyait que c’était de l’inflammation, puis on est passé de l’autre bord sans aucune inflammation dedans, mais en fait, avec des mesures beaucoup plus précises, ils ont découvert qu’il y a un peu d’inflammation, mais l’inflammation qu’il pourrait y avoir dedans est très différente de l’inflammation aiguë classique. Ça ressemble beaucoup plus à une microinflammation chronique. Il faut garder à l’esprit cette différence : dans une vraie tendinite, il y a vraiment une inflammation dans les tissus, donc une partie de la stratégie thérapeutique va être cette prise en charge naturelle de l’inflammation, alors que dans les tendinoses, c’est vraiment une désorganisation, une dégénérescence des tissus au niveau des fibres de collagène. Ça veut dire aussi les approches thérapeutiques dont on va avoir besoin sont différentes aussi.
Durée
On a vu qu’il y a 3 phases de guérison. Dans la phase de remodelage à la fin où on réorganise les fibres, ça peut prendre jusqu’à une année. Ça ne veut pas dire que vous allez avoir mal pendant une année, mais en général sur une tendinite, en l’espace de 3 à 8 semaines, vous allez pouvoir récupérer.
Une tendinose peut vraiment durer longtemps, être chronique. Voici quelques exemples de tendinoses les plus classiques. Si vous avez des tendinites du tendon d’Achille, la plupart du temps ce sont des tendinoses. Lorsque vous avez des problèmes avec la bande iléo-tibiale sur la partie latérale de la cuisse, ce sont typiquement des tendinoses. Lorsque vous avez des problèmes de coiffe des rotateurs, le tendon sus-épineux par exemple, ce sont très souvent des tendinoses. Une chose importante, notamment si vous êtes sportif, c’est que pour ces tendinoses, le traitement numéro 1 est le repos. C’est le seul moyen de permettre cette guérison des tissus. On n’aime pas entendre ça parce qu’on a tous envie d’être actifs, de récupérer rapidement. Le thérapeute, notamment les thérapies manuelles, a envie de faire quelque chose au niveau manuel pour vous, mais pour ces tendinoses, le repos est vraiment très important. Pour vous donner une notion de ce que ça prend : si vous avez une tendinose qui dure depuis moins de 3 semaines, il va falloir compter quasiment 3 mois de repos (on va revenir sur la notion de repos), si vous avez une tendinose depuis plus de 6 semaines, ça va prendre jusqu’à 6 mois. Un des outils thérapeutiques dont on va avoir besoin pour cette tendinose est la patience, la patience de ne pas vouloir faire trop vite.
Quand je parle de « repos », ce n’est pas nécessairement du repos absolu en restant au lit et en ne faisant plus rien. C’est de décharger suffisamment la zone pour pouvoir vraiment lui donner le temps de guérir.
Traitements
Si c’est parti chronique, il y a d’autres choses à faire. La première est vraiment ce « repos » relatif, en déchargeant suffisamment cette zone pour lui donner le temps de guérir. Puis il y a différentes formes de réhabilitation :
- Typiquement, ce qui marche plutôt bien, c’est le stretching. Vous pouvez commencer très gentiment à stretcher et dès le moment où le stretching passif (quand quelqu’un vous le fait) devient indolore, vous pouvez passer dans des formes d’exercices excentriques, c’est-à-dire de commencer de charger le tendon, mais en allongeant le muscle. Par exemple, si je fais une contraction du muscle, l’excentrisme est l’étirement opposé, c’est-à-dire que mon muscle va mettre une tension sur mon tendon, mais elle se fait lorsque le muscle s’allonge. N’importe quel kinésithérapeute, phytothérapeute, chiropraticien peut mettre ça en application. Une chose qu’on voit très souvent chez les personnes qui ont des tendinoses chroniques, c’est qu’il y a un impact musculaire, il y a déjà trop de tensions ou dysfonctions dans le muscle, qui crée déjà une forme de surcharge sur le tendon de par la dysfonctionnelle musculaire, et donc il va être très important de restaurer cette fonction au niveau musculaire, pour que le tendon puisse bien guérir. C’est important car très souvent, on va se focaliser sur ce tendon et on oublie le muscle qui met la tension dessus.
- Dans ces dysfonctions musculaires, on trouve beaucoup de « trigger points », des formes de zones hypercontractées à l’intérieur d’un muscle. Certaines personnes ont des tendinoses, on a l’impression qu’elles ont des problèmes avec le tendon, mais en fait, ce sont des douleurs référées. Ce « trigger point » a des zones où, quand on appuie dessus, ils vont faire diffuser la douleur. On a donc l’impression d’avoir mal sur le tendon, mais en fait ça vient d’ailleurs. C’est quelque chose à vraiment considérer. Donc si vous avez des tendinoses chroniques, la première question pour votre thérapeute est : a-t-on vraiment bien appliqué ce repos relatif ? Est-ce qu’on a fait cette séquence réhabilitation/stretching avec de l’excentrique, de manière optimale, est-ce que le système musculaire a été vraiment traité, réhabilité de manière optimale ?
- Ensuite, même s’il n’y a pas vraiment d’inflammation, le froid peut amener un soulagement par son action analgésique, et on ne risque rien bien évidemment, à moins de laisser la glace directement sur la peau. Si vous faites une application correcte, il n’y a aucun risque à mettre du froid sur la zone.
- Certains thérapeutes utilisent des ondes de choc. Pour certaines formes de tendinose, ça peut être efficace. C’est un peu controversé au niveau de la recherche, des études montrent que ça ne marche pas trop et d’autres montrent que ça peut apporter un soulagement, en sachant aussi que les ondes de choc ne sont pas toujours des plus agréables au niveau du traitement.
- Un autre élément qui peut vraiment apporter aussi un soulagement est le laser. Le laser a plusieurs applications : une action anti-inflammatoire, une action de production énergétique au niveau cellulaire qui favorise la guérison. Donc on n’a pas vraiment cette composante inflammatoire, ce sont d’autres mécanismes, mais ce laser peut vraiment aider.
Ce qui ne fonctionne vraiment pas avec la tendinose, et la science est très claire à ce niveau-là, ce sont les ultra-sons. Donc si vous êtes chez un kiné ou un physiothérapeute qui fait des ultra-sons encore et encore sur votre tendinose, on sait que c’est quasiment inutile. Il faut également faire très attention à cette tendance à proposer des infiltrations pour ces infiltrations. Certains types d’infiltration comme les infiltrations de PRP peuvent être utiles dans certaines indications, mais les infiltrations à base de cortisone, on sait que ça va potentiellement vous donner un soulagement à très court terme, mais ça va par contre vraiment augmenter le risque de rechute plus tard, en ayant fragilisé les tissus. L’injection de cortisone dans les tissus, on a l’impression que ça soigne, mais en fait c’est quelque chose de vraiment toxique pour les tissus. Même chose dans les cas de tendinites, parce que ça va de nouveau calmer massivement l’inflammation, mais l’inflammation fait partie du processus de guérison. Dès le moment où vous allez manipuler, moduler chimiquement cette inflammation, vous affectez la guérison naturelle des tissus.
Impact du cerveau
Pour ceux qui ont des problématiques chroniques, il y a une dimension très importante dans la dimension de notre système nerveux et de ce qu’il se passe dans notre cerveau, c’est de comprendre que le boss de tout le corps est notre cerveau. Il va falloir prendre cela en compte. Je vais juste vous parler de 2 choses. Deux études sont vraiment fascinantes :
- Je sais que certaines personnes n’apprécient pas vraiment qu’on parle d’études qui ont été faites sur des animaux, mais je vais en citer une vraiment intéressante pour notre compréhension. Dans cette étude, ils ont pris des lapins et ont stimulé ces lapins avec de l’exercice, pour voir l’impact que le fait d’entrainer cette musculature avait sur la charge que les muscles mettent sur les tendons. Ils n’ont entrainé ces lapins que d’un côté du corps. Vous imaginez que la musculature va être stimulée au côté du corps qui est entrainé, et du côté du corps où il n’y a rien qui est fait, la relation entre la force musculaire et la charge que cela met, de traction sur le tendon, va être affectée du côté où on travaille, mais ne va pas être affectée sur l’autre côté. Ce n’est pas ce qu’ils ont trouvé ! Ils ont trouvé qu’en stimulant, avec de l’activité physique sur un côté, bien évidemment cette musculature se renforce sur le côté travaillé et va mettre plus de traction sur les tendons, mais la même chose s’est passée du côté qui n’a pas été travaillé. Cela veut dire qu’il y a des mécanismes neurologiques qui sont impliqués, où cette stimulation par l’activité physique va avoir un impact sur le système nerveux qui va ensuite avoir un impact sur la relation de tension entre le muscle et le tendon des 2 côtés du corps.
- Une autre étude très importante a été faite sur la sensibilisation, en 2015. C’est la manière dont votre système nerveux répond à la douleur. Ils ont pris un groupe de 2000 adultes qui avaient de l’arthrose du genou. Ils ont voulu connaître la relation entre le degré d’arthrose dans le genou, la sévérité de l’arthrose et la sévérité de la douleur. Ils ont pris des radios des genoux de ces personnes pour voir la quantité d’arthrose à l’intérieur, mais ils ont aussi déterminé la sensibilité du système nerveux. Certaines personnes développent, pour de nombreuses raisons, une sensibilité plus marquée à la douleur. Ils ont pu mettre en évidence que le degré de douleur au niveau articulaire n’avait rien à voir avec le degré d’usure, le degré d’arthrose dans le genou, mais avec le degré de sensibilisation du système nerveux. Donc une personne qui a des douleurs de genou dues à l’arthrose, ce n’est pas seulement dû à l’arthrose du genou, c’est aussi dû principalement, beaucoup plus même encore, au degré de sensibilisation de son système nerveux. Cela signifie que dans ces tendinoses, une partie de la douleur n’est pas nécessairement liée à ce qu’il se passe au niveau local de votre tendon, mais au niveau de la sensibilisation de votre système nerveux. Donc si vous avez des formes chroniques de tendinoses, il faut évaluer aussi votre système nerveux et cette sensibilisation, et travailler à désensibiliser votre système nerveux.
Deuxième élément lié au système nerveux, on est également en train de se rendre compte que finalement, pour améliorer cette relation de charge et de traction entre le tendon et le muscle, ce n’est plus juste une question de force musculaire, c’est aussi une question de contrôle moteur. Des études très intéressantes ont été notamment réalisées par des phytothérapeutes australiens, avec des techniques qui s’appellent « Tendon Neuroplastic Training », entrainement neuro plastique des tendons, où la réhabilitation se fait non seulement par du mouvement local sur la zone des tendons qui sont touchés, mais également en appliquant un effet ou une intervention centrale. Par exemple, on peut vous faire faire des exercices de réhabilitation en combinant des mouvements des yeux, ou en faisant cette réhabilitation sur un rythme métronomique. Il s’agit donc de combiner une forme de réhabilitation musculaire avec une réhabilitation focalisée sur des zones de contrôle moteur de notre système. C’est émergent, mais des études de cas montrent que ça permet d’ajouter un plus dans cette prise en charge.
Pour résumer
Donc si vous souffrez d’une problématique de tendon, assurez-vous que le diagnostic soit fait entre une tendinite et une tendinose. Ce n’est pas nécessairement toujours facile de distinguer, mais cela veut dire que les approches vont être vraiment différentes. Puis partez dans cette notion de savoir que le repos relatif, fondamental, prend passablement de temps à se remettre. Donc une des armes thérapeutiques est aussi votre patience, de la réhab avec du stretching, de l’excentrique, s’assurer de la fonction musculaire locale, très important, le froid peut servir, les ondes de choc dans certains cas. Surtout, évitez les infiltrations, évitez ce qui est ultra-sons qui ne fonctionnent pas. Le laser peut être utile. Enfin, ne négligez pas cette composante neurologique au niveau de la sensibilisation générale de votre système et le travail de contrôle moteur de la zone.
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