CONTEXTE.
Les prunelles s'élèvent du bouquin posé sur ses genoux, son attention elle-même happée par une ambiance bien plus sombre et dramatique que celle écrite par l'imagination tordue d'une écrivaine maudite. C'est l'oppression nocturne qui a enserré son cœur et l'a attiré hors de sa littérature dévoratrice. Ses mains claquent fermement l'œuvre romantique, et son regard s'enfuit par delà la petite fenêtre encastrée jaunie par le temps. Sa vision ne réussit à capter que la brume qui embrasse comme à son habitude l'édifice. C'est comme si l'âme haineuse de Heathcliff s'était matérialisée et venait hanter les environs. Il devrait être terrifié, il ne l'est pas. Sensation dérangeante de se nourrir du morbide. Rêverie interrompue par l'omniprésence écrasante du silence, le calme a quelque chose de plus alarmant que l'horreur elle-même. Colocataire absent, probablement parti vadrouiller dans les entrailles de l'enfer que sont les couloirs de l'université. Ses propres jambes hors du lit et ses pas le mènent vers la porte de sa chambre. Ton assuré dans sa démarche, contrastant avec la moiteur de sa main qui s'avance vers la poignée et la tourne, hésitante. Il sait. Fermée. Regard rapide sur son téléphone, confirmant seulement ses suspicions. 3 heures 44, le 8 novembre. Il s'en doutait, mais maintenant qu'il le sait, ses pulsations s'accélèrent et la sueur coule de ses tempes. Hésitation malsaine entre le besoin de faire comme si de rien n'était et l'envie curieuse d'en savoir plus. Pulsion méphitique gagne toujours, son oreille se colle contre le battant dans l'espoir d'entendre la moindre chose. Le silence, le silence complet, rien que le silence. Et pourtant, ce silence crie, hurle et lui provoque des suées froides dans tout son corps tétanisé. Impression malfaisante d'une présence de l'autre côté du miroir qui l'observe tout autant. Les cinq minutes les plus longues de sa vie. 3 heures 49, et clic. La porte de sa chambre déverrouillée, et d'une pulsion peur paniquée, il l'ouvre en grand et passe sa tête. L'angoisse se dissipe instantanément. Rien, personne. Si ce n'est les étudiants qui rugissent furieusement dans les intestins de l'université. Le glas de la liberté et de la dépravation vient de sonner.
Ce n'est que le début de la fête sombre, le scintillement obscur de l'alcool coule à flot, sur le sol du savoir, dans les gosiers gourmands et dans les veines pourpres. Rires qui masquent à peine la décadence, les étreintes amicales cachent les couteaux dans le dos ; des vampires modernes qui se délectent du luxe et de la luxure. L'élite, qu'ils disent. Celle entrain de s'enivrer à en oublier leur propre fatalité, jusqu'à en vomir et s'endormir dans un coin de cette école qui causera leur perte. Le refus de voir leur propre mort droit dans les yeux, la vie est un jeu qui ne peut pas bien se finir.














