Up The F* Toffees
Dans le train pour Liverpool est assis ce monsieur tatoué sur la nuque du blason du club sous-titré d'un UPFT des familles. Il est monté dans la rame à Manchester où il réside et prend un malin plaisir à afficher la couleur là-bas, sachant que malgré l'animosité locale envers les Toffees nul n'ira lui demander des comptes vu son gabarit. Sa femme assise en face est tatouée aussi (mais un peu moins), elle semble très fière de lui.
À peine arrivé il faut prendre un bus qui parcourt un cauchemar. D'abord on longe Sida chinese market, puis Cohen chemist, ensuite Orange grand lodge, véridique, en montant péniblement comme un ivrogne qui se relève. Puis l'on arrive sur le plateau de la ville haute où l'on respire enfin, lieu du parc Stanley, lieu du quartier d'Everton avec ses écoles, ses églises, sa population. Nous quittons le bus.
Sous le ciel au loin le stade bleu apparaît au bout des champs, avec l'établissement appelé L'Abbaye sur sa gauche. Des vendeurs de souvenirs crient en boucle "hats, badges and scarves". Odeurs de steak pie, sièges bleus, plancher en bois. Gars en Lacoste, vieux messieurs à béret sicilien, retraités bourrus en Adidas Spezial qui fraternisent en levant le menton, pintes en or qui scintillent sous le soleil, églises, croix partout. Retentit la sirène de l'hymne du club. Au coup d'envoi le voisin se signe.
La première fois j'étais venu par hasard. J'avais emmené une gauchiste voir la ville des Beatles, elle me planta, je fis le voyage seul. Ce fut magnifique. Le foot exactement comme je l'avais rêvé se trouvait enfin là, offert, dans ce stade posé au ras des rangées de maisons, avec ses vieux tourniquets d'entrée en roue à aube, avec ses écoles, ses églises, la pelouse au milieu ouverte sur le ciel comme le cloître d'une abbaye.
Pourquoi Everton?
Pour ce maillot bleu et blanc comme les rubans des jours de fête mariale, presque aussi beau que celui de Chelsea.
Chelsea c'est noble aussi mais c'est éventé, et puis sa culture de fond est protestante. Celle d'Everton est catholique, populaire, irlando-anglaise, comme celle de plusieurs villes du nord-ouest d'ailleurs (Preston, Lancaster, Blackburn).
Everton et son écusson. Une tourelle et deux couronnes de lauriers surplombent une devise en latin.
Un stade ancien où s'élève une église au coin de Main Stand et Gwladys End. Un étagement des gradins tel qu'on les construisait autrefois, prévu pour accueillir des spectateurs debout et non pas assis comme c'est la loi depuis 40 ans, un vrai terracing.
La ville de Liverpool honnie par ce pays, à cause de sa pauvreté, de son accent impossible, de la réputation de "cambrioleurs de bijouteries" de ses habitants.
Liverpool ville pionnière du style Casual avec la coupe wedge dès 1978, avec le magasin Wade Smith dès 1982. Ville de Lacoste et Adidas, ville de Neil Primett et de Dave Hewitson, ville de musique, ville de la vraie Culture.
Liverpool seconde ville des docks après Londres, qui héberge les restes d'un entrepôt de tabac grand comme la Défense. Ville pauvre qui fit la fortune des marins et des dockers 300 ans durant puis qui continua de régner sur le monde en basculant sur le prestige culturel le jour même de la fermeture des docks, lorsque les Beatles entamaient leurs premières tournées. Soral a rappelé la seule chose qu'il faut retenir des Beatles: les mélodies. Et où déménage cet été Everton après 150 ans de présence à Goodison Park? Dans un nouveau stade construit au bord de la mer, en face de l'entrepôt de tabac, sur les docks de Liverpool.
"The people's Club" est le surnom d'Everton, le club du peuple prisé des travailleurs, des familles, des enfants et des vieux, à l'encontre du Liverpool FC dont les soutiens viennent en masse d'autres villes et pays les jours de match. "Now get back on your planes and f* off home" est le sympathique chant adressé aux footix par ici. Locals only. Et moi. L'un des rares étrangers du stade avec quelques Irlandais de Belfast venus en bateau, suis pas peu fier d'être le seul Français.
En 2019 Everton a battu United 4-0 ici même le jour de Pâques, avec notamment un troisième but splendide de Lucas Digne. C'était tellement beau que j'en ai pleuré. J'étais tellement fier.
C'est Everton qui a permis l'éclosion de Wayne Rooney, d'origine irlandaise-catholique, élevé à Croxteh, quartier pauvre de la ville. Rooney dont le premier but de sa vie à l'âge de 17 ans à Goodison Park en 2002 avait permis de battre Arsenal qui poursuivait alors une série d'une année complète d'invincibilité. Aparté sur Arsenal: noblesse d'Arsène Wenger, ignominie de Thierry Henry. Les vrais savent que le naufrage de Knysna 2010 avait eu lieu par sa faute, parce qu'il pouvait rétablir l'ordre et ne l'a pas fait, qu'il s'était écrasé comme un petit collabo de la racaille en secret alors qu'en public il mimait le bonhomme.
En Juin 1996, Deschamps faisait la couverture de Onze Mondial en tant que milieu défensif. Les joueurs de l'équipe de France à la fin du printemps s'appelaient Alain Roche, Vincent Guérin, Paul Le Guen, Laurent Blanc, tout cela a existé. Cette situation normale venait de loin et devait durer toujours. Thierry Roland, Aymé Jacquet, Guy Roux, Roland Courbis et d'autres, étaient les statues du commandeur. La France était un grand-père tranquille et bienveillant qui attendait que l'on atteigne l'âge adulte pour nous confier l'héritage.
Passons sur l'abominable période 2000-2006 où mon pays et moi avons tout perdu, tout.
Les clubs de Marseille puis Paris sont devenus infréquentables et l'on sait à cause de quelle racaille encouragée par quels Marbello à haggar les babtous. Les clubs encore blancs trouvent amusants de se former en gangs et de se taper dessus pendant que la canaille rigole de les voir éparpillés. Cela ne m'amuse pas du tout et le hooliganisme de Blancs contre Blancs porte quelque chose de suspect. Hors de France j'ai cherché en Europe 30 ans durant de beaux maillots affichant un sponsor pas trop voyant, pas trop honteux, de beaux emblèmes, de beaux stades, et surtout un bel esprit de stade: pacifique, familial, chantant, bref, célinien, et qu'on me fiche la paix. Cela aurait pu être Real Sociedad ou AS Roma qui entraient bien dans les critères, mais c'est toujours le hasard qui choisit pour vous en devançant vos critères prédéfinis. Dans Ever il y a toujours. C'est Everton.














