Poils de bras et sacs Prada
Ma nouvelle vie m’impose certaines contraintes, autres que les dimanches en famille, les soirées pizza entre amis hebdomadaires et l’épilation quotidienne des sourcils. En effet, mon cadre de vie m’oblige désormais à m’ouvrir à l’autre, en mettant de côté mes préjugés et mes a priori. Je me dois d’instaurer un dialogue sain et non-agressif avec les gens afin de construire des relations durables me permettant ainsi d’avoir une vie sociale épanouie, ce qui par extension, engendrera mon accomplissement personnel. Je dois donc me faire des amis, chose qui peut s’avérer difficile voire impossible pour une certaine partie de la population dont je fais partie. Je ne suis effectivement pas très douée pour me faire aimer, en général. Non pas que je ne le souhaite pas, bien au contraire, j’adorerai être une chef de bande appréciée mais on ne m’a tout simplement pas donné le mode d’emploi à la naissance, et je ne suis pas venue au monde avec l’option savoir-vivre.
Prenant toutefois mon courage à demain, j’ai décidé de faire amie-amie avec les femmes des amis de mon cher et tendre (tout le monde suit ?). Je me suis rappelée le jour de la rentrée au cours préparatoire, où tous les enfants se dirigent naturellement les uns vers les autres pour partager ensemble les joies que procurent les jeux de récré, et où j’avais bien dû faire l’effort d’au moins essayer de m’intégrer. Je me suis donc avancée vers elles, j’ai écarquillé ce qui me sert de bouche et montré une partie mes dents (mais pas trop pour ne pas susciter l’animosité), j’ai levé ma main en signe de paix et de fraternité entre les peuples et par le plus grand des miracles, j’ai réussi à ajouter un numéro de portable dans mon répertoire.
Je devenais alors membre de la sororité des « meufs de ». Cette nouvelle appartenance tacite à un groupe de filles m’a inéluctablement amenée à faire des virées shopping avec elles. Et je l’affirme haut et fort, ce fut la première et la dernière fois que je me rendais complice du processus de dégradation du statut de la femme. Après cette journée, j’en suis arrivée à la conclusion navrante que je n’ai pas encore défini mon genre. J’ai un peu le cul entre deux chaises (ou entre deux sexes si j’ose dire). Mais ne croyez pas que je suis une femme des cavernes hostile et mal fagotée, ignorant l’existence du mascara et des méthodes pour combattre la cellulite. Je ne fais tout simplement pas partie, comme beaucoup d’autres représentantes du sexe faible, de ces femmes qui se rendent aux toilettes des restaurants en troupeau, qui se maquillent dans le métro et qui ont besoin de consulter l’avis de 150 000 personnes pour savoir si elles ont pris du cul. Moi, je sais quand je prends du cul, et je n’ai besoin de personne pour me le faire remarquer. D’ailleurs, les personnes qui s’y sont risquées ne sont plus là pour en parler. Bref. Mon shopping, je le fais seule, mes écouteurs dans les oreilles et une paire de baskets aux pieds. Mais étant motivée par la perspective d’échanger avec autrui, je me devais de faire l’effort cette fois-ci de m’adapter et de transformer en fille le temps d’une journée.
Je suis donc partie faire chauffer la carte bleue entre copines, riant comme une gourdasse, m’extasiant devant une fringue à coups de « bellissimo !!! », discutant de l’importance capitale de posséder un sac de bourge avant ses 50 ans et débattant férocement autour d’un dilemme millénaire et cornélien de la plus grande valeur : cire ou crème dépilatoire ?
D’où le titre de ce billet un peu bizarre mais justifié. Mais la teneur de ces discussions n’est malheureusement pas le seul aspect négatif de cette journée. J’ai atteint le point de non-retour dans les cabines d’essayage, après plusieurs heures passées à persuader l’une que telle paire d’escarpins va mieux avec tel jean et à couvrir l’autre de compliments sur sa robe. Je suis sortie de cette expérience traumatisée, je tiens à le signaler.
J’étais pareille à l’homme qui attend sa femme dans la cabine sur les fauteuils d’une boutique de luxe, à l’ado pleine de boutons que j’étais qui se voyais remettre sans qu’elle n’ait rien demandé des échantillons de crème contre l’acné à la caisse du Sephora, à cette jeune fille en surpoids que j’ai vue et qui admirait sa superbe copine dans des robes moulantes qui n’étaient pas de son âge et qui la faisait ressembler à une professionnelle du sexe. Bref, je n’étais pas à ma place. J’aurais quand même essayé !
Mais je tiens à préciser que toutes les filles ne sont pas des écervelées qui se sentent réalisées après l’achat d’un haut fleuri ou qui passent leur temps à valoriser leur mec parce qu’il a baissé les lunettes des toilettes, elles restent une minorité très attachante, il faut l’avouer.
Et ouvrez l’œil, car la plupart des femmes sont mêmes géniales.