Journal d'une expat' a 3 ans aujourd'hui !
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Journal d'une expat' a 3 ans aujourd'hui !
Ma Che Bello!
Mes chers lecteurs, je tiens à vous présenter mes plus plates excuses pour cette si longue absence. J’ai pensé à vous, croyez-moi, je vous imaginais languissants de tristesse devant votre écran, attendant le moindre geste de ma part, le plus petit signe de vie. Je me représentais vos pâles minois guettant ma page dans l’espoir de voir apparaître une nouvelle publication dézinguant tout ce bon peuple qui nous entoure. Mon absence a dû être si terrible pour vous, le manque de ma personne se faisant un peu plus cruel chaque semaine, chaque jour, chaque heure. Alors que vos questionnements et vos craintes de ne plus jamais lire ma prose vous submergeaient, me voici de retour. Du fond de mon petit cœur contrit, je vous fais la promesse de ne plus jamais vous abandonner et de prendre soin de vous, dans la santé comme dans la maladie, dans la richesse comme dans la pauvreté, bref, dans le bonheur absolu ou dans la merde la plus totale. Puisque mon immodestie n’a d’égal que mon indifférence vis-à-vis des rires moqueurs que je perçois par- delà les Dolomites, je voudrais vous faire part de mes nouvelles expériences. A ceux qui sont désireux de connaître différentes cultures, de voyager et découvrir de nouvelles traditions, de s’imprégner des us et coutumes d’autres peuples, ce billet d’humeur est pour vous. Si vous souhaitez vous expatrier de l’autre côté des Alpes, il faut savoir une chose. L’hospitalité transalpine est un concept très particulier, assez insaisissable par certains aspects. En effet, ayant passé le stade de la pré adolescence depuis quelques années déjà, je m’impose une certaine rigueur lorsque je reçois des amis pour un dîner aussi informel qu’il soit. Je prépare tout de A à Z, je m’applique à préparer une jolie table avec des assiettes, des verres et des couverts IKEA ( j’ai les moyens de mes ambitions moi ) ainsi que des serviettes colorées en papier que je dispose dans une vaisselle prévue à cet effet. Je mets du soin à ma cuisine que je prépare avec l’ambition qu’elle plaise à tout à chacun. Je ne fais nullement participer mes invités à quelconque tâche qui me revient et ne leur impose aucune contribution florale, gastronomique ou financière. Et bien sûr, comme toute bonne maîtresse de maison, je ne leur fais pas sentir qu’il est temps de rentrer chez eux quand j’estime qu’ils ont assez squatter mon canapé et que je ressens le besoin d’aller dormir parce qu’il y a école demain. J’aime suivre les conseils de ma bonne copine Nadine, vous le savez si vous suivez mon blog O combien actif et créatif. Si vous avez adopté la même philosophie que Nad et moi, ce texte vous est d’autant plus destiné. Si au contraire vous estimez que je fais bien trop de chichis et que vous êtes plutôt du genre à faire descendre les poubelles à vos amis et à quémander des bières et des Fritelle, vous êtes un plouc et je vous prie de bien vouloir quitter cette page. Je suis comme ca moi, entière, je vous demande de cliquer sur la petite croix si vous n’êtes pas contents ou pas d’accord avec moi, j’ai raté ma vocation de Youtubeuse beauté. Vous avez saisi le concept, j’aime les bonnes manières et le savoir-vivre, le tralala et les façons. En échange, j’estime qu’il est normal de me rendre la pareille avec enthousiasme ou à au moins essayer, je ne suis pas mégère à ce point, c’est mon côté Rock’n Roll. Et bien grâce aux amis de mon cher et tendre, je ne suis pas déçue du voyage ! Ils ont un sens de l’hospitalité assez… personnel ! Quand on accepte une invitation à diner, on peut être assez surpris de constater qu’il se résume en fait à l’achat de sa propre pizza dans la pizzeria d’en face, dégustée à même la boite, généreusement découpée à l’aide de l’un des trois couteaux présents dans l’antre chauffée à 15 degrés des aimables hôtes. Surprise aussi lorsque ces derniers annoncent un fameux dessert, et qu’en guise de régal de fin de repas mes papilles affutées se voient proposer un pauvre paquet de gâteaux secs déjà entamé. Mais l’on comprend aisément le désintérêt qu’il suscite, il s’agissait de pâles imitations de Prince au chocolat. Mais pas vache pour deux sous, j’ai tout de même renouvelé l’expérience. La saveur des pâtes préparées par mon homme pour soulager la petite copine de son ami qui n’à rien d’autre à foutre de ses journées de pseudo étudiantes à domicile a quelque peu été annihilé par l’arrière-goût de merde qui émanait des assiettes en plastique qui nous avaient été données. Il en va de même pour l’eau qui fut versée dans les verres eux aussi en plastique sur lesquels nous avons TOUS du écrire nos noms. L’ambiance boum chez les parents, Champomy et première pelle était au rendez-vous. Fermez vos bouches déformées par la stupeur mes Nadinettes, ce n’est pas terminé. U soir, poussée par la fatigue, j’acceptai de récidiver, convaincue par mon homme qu’il est important de se sociabiliser. Au lieu de la sempiternelle tarte chimique imbibé de carton du Lidl, l’hôtesse nous annonce non sans fierté en début de soirée qu’elle a elle-même confectionné un gâteau « oh trois fois rien, juste pour dire ! ». Bouche bée, je l’encourage avec vigueur en lui disant que c’est déjà un plaisir de goûter à son mets et qu’elle ne doit pas dévaloriser son effort. Toute à ma honte d’avoir cassé sa chaise pourrie sans fond, je me ravise soudain et étouffe mon éclat de rire quand elle apporte une moitié de pâtisserie à table. Quelle classe ! quelle audace ! Grand seigneur, son conjoint nous signifie qu’ils avaient eu un petit creux quelques heures auparavant et que « c’est bon quoi ! moi j’ai faim je mange ! » Bien sûr mon petit bonhomme, si tu as faim tu manges, c’est bien naturel , et c’est normal de pinailler pour 10 centimes qui auraient servi à l’achat de la farine. Allez, j’exagère, je suis un peu casse-couilles moi aussi. Par exemple, je ne mange pas de viande, tous le savent. Gentiment, une de nos amies me promet une quiche végétarienne pour son barbecue. Naïve, je la remercie par avance. Cela fait 6 mois, j’attends toujours. Vous l’aurez compris mes chers lecteurs, j’ai encore fait ma snob, et je l’assume totalement ! au prochain dîner qui est déjà prévu pour Noel, je penserai à vous, vous penserez à moi, et tout ira pour le mieux. Joyeuses fêtes à tous, même si vous êtes obligés de les passer dans la belle-famille, que vous soyez cathos, musulmans, juifs ou bouddhistes, hétéros ou homos, Français ou Italiens, dans la paix et dans l’amour. Accordons-nous un peu de répit, nous l’avons bien mérité.
Journal d'une expat' a 2 ans aujourd'hui !
Liberté chérie
Mes chers lecteurs, cela fait bien longtemps que je n'ai pas pris le temps de vous écrire. Malgré des fourmis dans les doigts, les soucis et les empêchements divers et variés me faisaient repousser au lendemain l'écriture d'un nouveau texte. La banalité du quotidien, mêlée à l'angoisse de la page blanche commençaient à l'emporter sur mon envie d'écrire.
Si ce soir, j'ose me (re)mettre à nu, ce n'est pas pour pousser mes habituels coups de gueule, si dérisoires face à la dureté de la vie. Ce n 'est pas pour vous faire rire, ni pour détourner votre attention de vos propres servitudes, de vos propres habitudes, bien au contraire.
Quand j'ai allumé mon poste de télévision aujourd'hui, je ne m'attendais pas à subir un tel choc. Lorsque j'ai appris l'horreur, l'indicible, je n'ai pas réalisé tout de suite. Je n'ai pas compris, je n'ai pas pris conscience de cet enfer parce que je croyais que dans mon pays, la France, on respectait la liberté de la presse. Je croyais que rien ni personne ne pouvait attenter à Notre République dont je me targue si souvent d'être l'enfant. Malgré toutes les douleurs et les incompréhensions, malgré les conflits les oppositions, ce qui nous unissait était la possibilité de prendre la parole, de nous emparer d'une plume pour exprimer nos idées, nos choix, pour revendiquer nos droits et contester la plus petite censure. C'était ce pouvoir de crier au monde nos différences, nos protestations, d'exhiber comme un droit inaliénable cette liberté dont nous sommes le fruit.
Il faut croire que j'étais trop naïve, trop idéaliste, parce que visiblement, même avec toute la douceur, l'intelligence, l'humour et la malice du monde, on ne peut pas tout dire. Malgré tout ce chemin parcouru par notre vieille nation, on ne peut pas tout écrire. On ne pourrait donc pas (plus?) rire de tout, parce qu’une poignée d'individus ignorants et sans foi ni loi se dressent comme un seul homme pour nous bailloner. Ils veulent nous faire taire parce qu'ils ne savent rien de la tendresse, de la solidarité, du rire de l'homme car pas une seule once d'humanité ne sommeille en eux, aucune lumière n'est venue éclairer leur sombre vision du monde et des gens, aucune main ne s'est tendue vers eux pour les empêcher d'accomplir leurs horribles desseins. Quelques âmes égarées ont aujourd'hui pris le pouvoir, ont fait régner la peur au sein de Charlie Hebdo, sentiment qu'ignoraient alors Cabu, Wolinski, Charb et Tignous, victimes collatérales de l'obscurantisme, de la bêtise et de la lâcheté.
Ce soir, j'écris, le coeur si lourd, et si mon stylo glisse aussi vite sur ma feuille, c'est parce que c'était, plus qu'un besoin, une évidence, comme un cri de douleur ou un sanglot que l'on ne saurait réprimer. Comment pouvais-je faire autrement?
Le choc et la peur ont laissé place à la tristesse, de ne pas me trouver là où je devrais être en ce moment, à Paris, Place de la République. Parce que je tiens à cette République et à ses valeurs de tolérance et de courage avec lesquelles j'ai grandi, parce que je suis fière de dire en Italie que je suis Française, parce que je ne fermerai pas ma gueule, parce que je sais mon pays riche des cultures qu'il abrite et capable de surmonter l'horreur de cet acte inqualifiable.
J'ai vu les réactions sur Internet de mes compatriotes. Malgré nos différends, une seule chose nous a uni aujourd'hui, la volonté de protéger cette liberté d'expression pour laquelle tant se sont battus et ont payé de leur vie ce combat qui ne connaît pas de répit, comme nous l'a malheureusement prouvé cette journée noire.
Après la douleur et l'effroi vient la dignité. Les têtes se relèveront car ils ne sont pas morts pour rien.
Aujourd'hui je pense aux victimes, connues ou inconnues, à ces 12 personnes qui ne voulaient de mal à personne, je pense aussi aux musulmans de France qui sont horrifiés et dévastés par ce geste de fous qui ne leur ressemble pas. Je suis envahie par le chagrin mais pas par la haine, car elle ne résout rien, elle ne fait que détruire et briser des vies. Aujourd'hui je ne suis pas "Journal d'une Expat", aujourd'hui je suis Charlie.
Trop tendre à mon goût…
Dear Europe, we are sorry. http://deareuropewearesorry.eu #EP2014
Luigi
La leçon de conduite
Comme je vous l'avais annoncé dans un précédent billet d'humeur enragé, j'ai décidé de passer mon permis de conduire pour enfin rentrer dans les rangs et faire comme tout le monde. A mon âge, on ne grandit plus, on vieillit, pour atteindre l'hypothétique sagesse qui nous faisait défaut et nous fait voir la vie d'un autre oeil. On devient plus tolérant, plus respectueux, plus compréhensif, on accepte l'altérité dans son entière différence, on apprend à vivre avec les qualités et les défauts des autres, à aimer son prochain et même son ennemi. Rassurez-vous, je n'en suis pas encore là. Déjà que je passe le permis, je ne vais pas en plus aller gratter l'amitié au premier neuneu qui passerait par-là.
Maintenant que les paramètres sont établis, passons à la vitesse supérieure et rions aux éclats à mon jeu de mot pourri.
Dans un précédent billet, je vous expliquais ma rencontre avec la dame de l'auto-école. Je vous faisais part de ma sympathie pour cette dernière, l'appelant tantôt la connasse, tantôt la sale conne raciste et collabo. Egale à elle-même, la vieille garce, surprise et dégoûtée qu'une chinoise, un brésilien et moi-même ont passé le code de la route avec succès, coiffant au poteau ses chouchous italiens, à savoir Michaelo-pois-chiche et son acolyte, non moins con. En effet mes chers petits lecteurs, votre dévouée a passé son examen théorique avec succès du premier coup, contrairement à ses compagnons de galère, pourtant si sûrs d'eux et qui avaient passé un temps si précieux à lécher les bottes de la vieille peau. Comme quoi, la flatterie est un art que seuls maîtrisent les faibles d'esprits mais qui, dans certaines situations, dessert autant celui qui s'en inspire qu'elle salit celui qui la reçoit.
Après cette romanesque parenthèse et cette fureur poétique façon 17ème siècle qui vient de m'animer, je ne vous cache pas ma joie à la vue de la mine déconfite qu'a affiché ma professeur lorsque je lui ai annoncé mon triomphe, en prenant l'air le plus innocent que j'ai en ma possession dans ma galerie de faces d'hypocrite, alors que ses plus beaux éléments avaient été recalés.
Malheureusement pour moi et heureusement pour vous, perfides bloggers qui mugissez de plaisir quand vous me voyez en difficulté avec des cons, la guerre était loin d'être finie, je n'avais remporté qu'une bataille.
En effet, vint rapidement le moment de m'assigner un moniteur. Son regard vicieux, empreint d'une malice presque diabolique aurait pourtant dû me faire douter quant à la supposée bienveillance de son choix. La fielleuse acariâtre avait bel et bien décidé de venger ses poulains. Pour ce faire, elle m'attribua le pire des instructeurs. Fabrizio, la trentaine, un air nonchalant, un catogan et une incapacité chronique de sourire.
Il est fort dommage que les César et les Oscar soient passés, et qu'aucune cérémonie récompensant les gens de tous les jours n'ait encore été crée. Parce que voyez-vous, mon Fabrizio, mon poulain à moi, dans la catégorie du gros bâtard qui se la pète, il aurait raflé tous les prix.
Dès la première leçon, j'ai pressenti qu'il était, bien avant d'être un professeur, un méga branleur. J'ai profité de son quart d'heure de retard pour me friter avec la vieille peau. je n'ai donc pas tout perdu.
Mon enfoiré de chevalier servant s'est enfin décidé à bouger son cul et a commencer sa "leçon de conduite".
Après m'avoir seulement ordonné d'attacher ma ceinture, nous partîmes faire des slaloms dans un parking. Je m'attendais à l'habituelle question dont l'oralité est déclenchée par mon accent. Mais cette fois-ci, le trou du cul n'y est pas allé de main morte. Il a passé la première demi-heure à me dire que j'étais folle et l'autre accroché à son téléphone. Fabrizio le moniteur de Belluno trouve que j'ai eu une mauvaise idée de venir m'installer en Italie. Ma vie est foutue, je n'ai pas l'approbation de Fabrizio, je crois que je vais aller me suicider.
Je lui aurais bien balancé que toute folle que j'étais, j'avais quand même eu du courage, contrairement à lui, et que sans cette précieuse qualité, on restait toute sa vie moniteur d'auto-école à Belluno. Evidemment je n'ai rien dit. C'est justement quand on ne peut pas l'ouvrir qu'une super répartie vient nous chatouiller le cerveau et nous torturer pour le reste de la journée.
La première leçon n'était que le préambule de notre grande histoire d'amour. En effet, le sale con ne m'avait montré qu'une infime part de sa personnalité. A tort, je n'avais considéré Fabrizio que comme un simple con ordinaire qui s'autorise à dire tout ce qu'il pense sans imaginer qu'il puisse blesser autrui, un bon gros con comme il en existe tant, un être décérébré, grossier, ignorant tout de la bienséance et sans ambition, par-dessus le marché.
C'était mésestimer non seulement la vieille peau, mais aussi son poulain.
Déjà, à la deuxième leçon, le vilain, qui ne devait pas être en plein disposition de ses moyens lors de notre première entrevue les avait semble t-il retrouvé. Tel une chenille à l'orée de la puberté, le con s'est transformé en grandiloquent enfoiré, en odieux bâtard, le genre qui devait soulever les jupes des filles et s'amuser à les faire pleurer lorsqu'il était enfant.
Le sale connard d'enfoiré de merde m'a fait passer la pire heure de ma vie. Alors que j'étais plutôt confiante au vu de mes progrès, le débile profond à réussi à me porter bien au-delà de ce que je croyais être chez moi le point de non-retour.
Il est vrai qu'à ce moment-là, j'ai pris conscience que j'avais mûri. Il y a un an, j'aurais longuement songé à lui enfoncer le frein à main dans le séant. Aujourd'hui, je me contente seulement de freiner brutalement quand il ose me gueuler dessus pour réduire en bouillie son dos déjà souffrant. Les moniteurs ont sur leur siège un dispositif qui leur permet de ressentir doublement le freinage en accroissant ses effets. Maintenant, vous le savez.
Ce connard m'aura au moins permis d'avancer dans la recherche de sagesse.
Mais un jour, un miracle se produisit. J'attendais fébrilement mon tour devant l'auto-école. Les dix minutes de retard réglementaires étant passées (oui, le connard n'est pas ponctuel), j'appris par un gentil monsieur à la chevelure blanche et aux yeux bleus perçants qu'en plus d'être une raclure, le connard est un imbécile puisqu'il m'avait donné rendez-vous pile à l'heure où il n'était pas disponible.
Je fis alors la découverte du plaisir de conduire avec un moniteur. Le vieux monsieur, d'une grande gentillesse, m'a appris des rudiments de conduite que l'autre connard n'avait même pas eu l'idée de mentionner. Sans jamais élever la voix, toujours avec patience, je passai une heure de conduite sans heurts avec le vieux monsieur.
En rentrant, je n'ai pas hésité à demander à changer d'instructeur en présence de la sous-merde, vous imaginez bien.
Cette dernière, dans sa plus profonde nullité fécaloïde à même essayé d'humilier le vieil homme, en le traitant de vieux déchet incontinent. Il n'a bien entendu pas utilisé ce vocabulaire, le sien affichant seulement une cinquantaine de mots au compteur.
Au moment où je perdais foi en la bonté des moniteurs Italiens, je remercie ma bonne étoile d'avoir fait en sorte que mon chemin croise celui du vieux monsieur. Ma vision positive de l'Italie et de ses habitants en a été bouleversée.
Dans les aéroports
Ma vie d’expatriée a fait de moi une experte en aéroports, billets d’avion à réserver suffisamment à l’avance, montée d’adrénaline avant le départ et autres contrôles de sécurité. Et bien qu’étant désormais aguerrie à ma nouvelle vie, je ressens parfois le besoin de me ressourcer auprès de ma famille et de mon chat, qui ne tarde pas à me rappeler les lois de la nature lorsqu’il vient lécher mon front à 6 heures du matin en me sautant dessus. Ce ronronnement bruyant et impressionnant émanant d'un si petit être me confirme alors que je suis arrivée à bon port.
Je retrouve ma vigueur d’autrefois et mes réflexes de parisienne fort peu aimable. Si bien qu’au départ de Paris, me revoilà toute énervée et prête à en découdre sur mon blog.
J’en viens au thème de ce jour ; les voyages. La proximité avec les gens en général et les inconnus en particulier n’est pas ma tasse de thé et cette singularité asociale propre à ma charmante personne prend alors tout son sens lorsqu’il me faut rejoindre mes montagnes. Quoi de plus naturel que de vouloir écorcher avec des ciseaux rouillés le voyageur qui décide au moment précis où l’équipage nous informe que nous traversons une zone de turbulences et qu’il est donc impératif de rester assis qu’il est temps pour lui de traverser l’allée pour soulager sa pauvre vessie de passager low cost ?
Si en plus ce dernier, enhardi par sa palpitante aventure aérienne et choqué par la réaction des membres d’équipage qui l’invitent à se rasseoir s’en prend alors à eux, une envie subite et légitime de lui sauter à la gorge et de le balancer au-dessus des Alpes peut nous envahir. Bien souvent dans ce cas, ce casse couilles de première est aussi celui qui allume la petite lumière au-dessus de sa tête à la seconde ou celles de l’avion s’éteignent, parce que blasé par tous ses précédents vols, sa grille de Sudoku ou le dernier Yann Moix lui semblent être l’unique chose au monde qui puisse l’élever au-dessus de sa misérable condition de simple mec dans un avion.
Est-il utile de vous parler des gamins qui donnent des coups dans votre siège et qui vous regardent avec insolence quand vous les engueulez, devant l’indifférence la plus totale de ses géniteurs, voire avec leur concours complice ? Est-il bien nécessaire de vous décrire l’expression de la vieille dame à qui vous demandez pardon, mais c’est mon siège, pourriez-vous me laisser passer s’il-vous-plaît, et qui continue de vous regarder comme si vous étiez Xavier Dupont de Ligonnès, sans aucune autre réaction ? Est-ce courant de voir arriver une femme , yeux bandés, qui feint de ne pas entendre les voix des passagers et des employés qui annoncent la destination, alors que son fiancé, sourire béat collé au visage, tente de la guider en essuyant les rires gras de ses congénères, tel le bachelor emmenant une quelconque poufiasse dans un hôtel de luxe dans l’espoir de la sauter tout en essayant de passer pour un gentleman ? Pourquoi certaines personnes applaudissent lors de l’atterrissage ? Est-ce que ces gens ont pour habitude de dérouler le tapis rouge à la caissière une fois qu'elle a bipé leurs poireaux?
Mais je ne vous apprends rien, vous connaissez ces énergumènes, vous même faites peut-être partis de ceux qui baissent le petit volet du hublot pour protéger leurs fragiles rétines de la lumière du jour ou pour priver leurs voisins du spectacle, par pur sadisme, ce que je comprendrai davantage.
J'ai certainement oublié ou n’ai tout simplement pas eu le plaisir de rencontrer d’autres individus relous en avion. En revanche, le destin a fait que ma route a croisé celle d’un autre spécimen qui gagne à être connu en cas de déprime hivernale. Mieux que le magnésium ou le chocolat, pourtant très prisé par nos amies les connes car il leur renfloue le cul et confère ainsi toute puissance à leur féminité, le blaireau de l’aéroport, pris à faible dose, réussit à changer un Benjamin Biolay en Michel Telo. A l’image du Sudoku ou du dernier Yann Moix, il permet aussi de tuer le temps de façon saine, certes nullement constructive mais assez réjouissante lorsqu’il est ingéré au deuxième degré.
Parmi tous les blaireaux qui nous entourent, il est facilement reconnaissable. Déjà, pour être un blaireau d’aéroport, il faut se trouver dans un aéroport. Il faut parler (très) fort, bousculer le maximum de personnes avec un énorme sac à dos, chercher pendant des heures sa carte d’embarquement, souffler très fort pour afficher son impatience et remettre en cause de manière claire et audible les consignes de sécurité, même si cette démarche est strictement inutile puisque ton sac, tu vas devoir le foutre dans ton bagage cabine et avaler cul sec ta Vittel.
Celui dont je vous parle réunissait toutes ces spécificités. Sauf que mon blaireau à moi, il avait ce petit truc en plus qui l’a rapidement fait basculer dans la catégorie des abrutis qui s’assument. Ce blaireau de compétition n’a pas été seul dans l’exécution de cette ingrate mais néanmoins honorable tâche qui l’a élevé au rang de con du jour, non seulement pour moi, mais aussi pour tous les autres passagers, d’après ce que leur échange de regards tantôt désespérés, tantôt belliqueux ont pu me faire comprendre.
En effet, notre blaireau était accompagné d’une fille, du reste charmante mais que j’ai vite soupçonné d’appartenir à la secte des connes. Les rires sonores qui répondaient aux tentatives d’approches vaseuses du blaireau m’ont été d’un grand secours dans ma recherche d’indices, je dois l’admettre.
Moi et les quelques 150 personnes qui ont assisté à la rencontre pré-accouplement sachons désormais, et pour notre plus grand bonheur, que le blaireau est trilingue, qu’il vit chaque jour des histoires incroyables, qu’il est révolté par l’interdiction d’emporter des liquides dans son bagage à main et, au vu des gloussements de sa conquête, il doit être d’un drôlerie extrême.
Flattée et hilare, la conquête en question était ouvertement ravie par ce dialogue. Celle qui l’était moins, c’était la mère de cette dernière.
J’ai conscience que chez les Italiens, plus qu’ailleurs, l’avis de la matriarche est d’une importance capitale. Mais de là à choisir son partenaire et à se laisser outrageusement draguer en sa présence, il y a des limites.
Ne soyez pas jaloux, vous aussi, lors de vos prochains voyages, vous pourrez peut-être faire la connaissance du blaireau d’aéroport. Maintenant, vous ne pouvez plus le louper.
Les connes
D’ores et déjà, je vous prie de bien vouloir me pardonner ce titre au langage fleuri qui je le sens commence déjà à choquer mon cher père. Je vous invite tout d’abord à aller jusqu’au bout de ce billet et vous aurez ensuite je vous le jure, tout le loisir de me jeter en pâture à la population dont je m’apprête à vous faire la description, ou alors vous pourrez descendre dans la rue hurler à la face du monde votre indignation et votre mépris viscéral à l’égard de celles que l’on appelle ici des gentilles filles.
Vous souvenez-vous de cette chaude et moite journée d’été où je n’avais rien trouvé de mieux à faire que d’aller traîner mes tongs un samedi à Zara ? Si tel n’est pas le cas, j’attire votre attention sur le billet « Poils de bras et sacs Prada » qui pourrait vous rafraîchir la mémoire. En tous les cas, moi je n’ai pas oublié cette journée mémorable et riche en rebondissements. Je vous vois venir d’ici, vous pensez que j’ai remis le couvert, donc qu’il ne faut pas que je vienne me plaindre si j’ai encore bousillé 5 heures de ma vie à attendre sur un pouf la sortie faussement complexée d’une de mes « copines » en robe moulante et chaussures plateformes, et qu’à un moment il faut arrêter de vouloir ressortir le même billet ni vu ni connu. Détrompez-vous mauvaises langues !
J’ai mené mon enquête sociologique de mon ordinateur, bien calfeutrée dans mon donjon, et sans mettre mon bout de nez glacé dehors. Je n’ai eu besoin que d’un outil sur lequel nombre d’entre nous passe d’interminables heures s’en rendre compte : Facebook !
Ce qu’il y a d’horriblement génial avec ce réseau, c’est que l’on peut avoir des nouvelles de gens dont on se fout, comme ça, sans rien demander à personne ! Pour tous ceux qui viennent de sortir d’un coma de 20 ans et qui, je n’en ai pas le moindre doute, se précipiteraient sur mon blog à peine ont-ils ouvert les yeux, j’explique la chose.
Les gens qui entrent en contact avec nous via Facebook et que l’on accepte par amitié/voyeurisme/hypocrisie/ennui/obligation familiale/flatterie peuvent se manifester, se matérialiser en une fraction de seconde grâce à une publication. Cette dernière, souvent inutile et vide de sens permet en général de nous renseigner sur l’état d’esprit de son ami virtuel.
Voilà le lien entre ma journée shopping ratée et mes nouvelles amies les connes, amies qui par ailleurs ne m’ont étrangement jamais donné de nouvelles. Enfin bref !
Abordons enfin le cœur du problème. Pour commencer, la conne est énervante. Tout ça parce qu’elle est dotée d’attributs féminins, elle estime qu’elle peut parler au nom de toutes les femmes. Elle s’érige sans vergogne en porte-parole de la gente féminine, se sentant soudain investie d’une mission quasi divine d’apprendre à l’humanité entière que la femme, cet être fragile, hyper sensible, consommatrice férue de culottes en dentelle, vouée à nourrir en son sein fertile un enfant auquel elle sacrifiera sa vie, ce colosse au pied d’argile en somme pourrait tout bonnement diriger le monde s’il n’y avait pas les soldes et que son vernis séchait en moins d’une minute. Car la plus grande peur pour une femme, toujours selon la conne, c’est d’écailler son vernis à ongles à peine eût-il été posé. En fait, son temps est bien trop précieux pour qu’elle le passe à réfléchir. Son air concentré au bord du lavabo, il est seulement consacré à protéger sa manucure.
Une fois son vernis bien sec, elle est ravie d’aller acheter un fer à repasser, mais pour le mode d’emploi, il faudra demander à chéri, parce que la femme, elle ne sait pas lire les modes d’emploi, c’est bien trop compliqué ! Alors elle appuie sur le bouton jusqu’à ce qu’il soit vert !
Heureusement que chéri est là sur les photos aussi. Sinon, elle n’aurait aucune raison de changer sa photo de profil quotidiennement, prenant un jour un air emprunt de mélancolie mais aussi de foi en l’avenir et affichant le lendemain un doux visage habillé d’un sourire mystérieux à la Mona Lisa. La pêche aux compliments passerait alors simplement pour de l’arrogance, et ses autres amies les connes y verraient alors l’empreinte nauséabonde de Narcisse se noyant dans les abîmes de l’auto-satisfaction.
En effet, la conne ne manque pas d’auto-dérision. Ses perpétuels « demain je me mets au régime » ne l’empêchent pas pour autant de proclamer, non sans un certain plaisir que ce qu’une femme aime le plus au monde, avec le shopping et « Mamour », c’est de s’enfiler dans un jogging puis s’enfiler un pot de Nutella devant un programme de télé relatant les folles aventures d’autres connes à l recherche de leur robe de princesse pour leur mariage. Voilà pourquoi la conne exhibe fièrement son gros cul, se justifiant comme elle peut avec un argument directement emprunté à un macho dévirilisé : « une femme maigre, c’est pas une vraie femme ». Eh oui, toi qui me lis, assise tranquillement dans ton 34, je t’annonce que tu n’es pas une vraie femme, tu es donc une fausse femme, on t’a menti toute ta vie, mais grâce à la conne tu peux désormais en prendre conscience !
Et puis bien évidemment, mais faut-il encore le dire, la conne est amoureuse. Quand on lui demande quel est son genre d’homme, la conne répond, contre toute attente « le plus beau c’est mon chéri ! ». Elle n’hésite jamais à aduler son bonhomme parce qu’il sait planter un clou et n’a de cesse de dire, à bientôt 30 ans, que la seule chose qui compte vraiment dans la vie, c’est de se trouver un homme. Une passion, un accomplissement personnel, une réalisation spirituelle ? Que nenni braves gens ! Je suis sûre que les chômeuses en fin de droits, les femmes blessées, celles en proie à leurs démons et toutes les autres ne me contrediront pas.
D’ailleurs, quand j’exprime mes propres difficultés, bien souvent liées à ma vie d’expatriée, les connes qui m’entourent me répètent souvent qu’au moins j’ai « trouvé l’amour et c’est tout ce qui compte pour une femme ». La conne prend effectivement trop son cas pour une généralité.
Simone de Beauvoir disait « on ne naît pas femme, on le devient ». J’ajouterai qu’on ne naît pas nunuche, on le devient. Pour empêcher la propagation des connes qui nuisent à toutes les femmes, faites attention à vos filles, elles sont bien trop précieuses.
Distorsion
La dame de l'auto-école
Il fallait bien que je m’y résolve un jour. Après deux tentatives avortées, des dizaines de manuels donnés et des années de harcèlement parental, j’ai décidé de passer mon permis. Mais là c’est pour de vrai. Plus d’histoires de déménagement qui tiennent ! Et vu ce que j’endure cinq fois par semaine il serait bien dommage d’abandonner encore une fois. Venons en au fait :
Pourquoi les dames des auto-écoles sont-elles trop bizarres ? Et croyez-moi, maintenant je m’y connais. Mon inscription, déjà douloureuse du fait que remettre les pieds dans une auto-école me fait bien ch***, avait déjà été perturbée par la dame de l’accueil qui visiblement et malgré son âge avancé entamait son premier jour de saisonnière. Les quelques contrariétés administratives que je rencontrai m’obligèrent rapidement à revenir au siège et revoir la dame au comportement étrange, au moins autant que ne l’était son odeur buccale. Bien consciente de ses lacunes, elle me dirigea sans attendre vers son collègue. Mon accent chanteur l’amena à m’interroger sur ma provenance. Je précisai alors que c’était le vent de Paris, et plus précisément celui de Seine-et-Marne qui m’avait portée jusqu’ici. Il me demanda donc très logiquement et très naturellement si je connaissais son pote Jean-Louis M., qui habite en Seine-et-Marne. Jean-Louis, si tu me lis et si tu te reconnais, tu pourras dire à ton pote que la région parisienne, c’est grand. Bisous Jean-Louis !
Enfin, j’ai eu mon premier cours.
En Italie, on aime le contact avec les gens. Pour mieux vous rendre compte de ce détail, prenons un exemple : quand j’explique à mon proprio que la neige (oui dans les montagnes il neige depuis mi-août) qui fond s’infiltre à travers les parois du mur près du velux de la cuisine, celui-ci, bienveillant et soucieux du bien-être de ses locataires, se sent obligé de venir constater, même si la seule solution qu’il propose est de recueillir les gouttes d’eau dans une casserole, parce que c’est ce qu’il fait chez lui.
Donc, puisque le téléphone, le mail, le fax et le pigeon voyageur sont mis à l’écart et que seuls comptent le sens du toucher et de l’odorat, je prends mes cours de code non pas avec un DVD ennuyeux et un boîtier mais avec d’autres gens, des jeunes, des moins jeunes, des Italiens, des moins Italiens, sous la houlette d’une dame, plutôt vieille, et qui considère qu’en cette seule qualité de vieille, elle peut donner des leçons de morale à la terre entière.
Il est vrai que quand je dis que je n’aime personne et que je suis un ours, j’exagère (un peu). Moi de loin, j’aime tout le monde ! Mais la dame de l’auto-école là, vraiment, j’ai du mal (beaucoup de mal). Bref, je ne l’aime pas, et elle me le rend bien. Mélangez les adjectifs odieuse, moralisatrice, raciste et bigotte et vous obtiendrez le cocktail parfait de la détestable septuagénaire made in Italy !
En général, j’aime bien quand on me demande d’où je viens, parce qu’on sent un léger accent super mignon quand je prononce certains mots. C’est aérien, c’est frais, c’est une manière élégante et éduquée de me demander de confirmer que je suis Française, ca change des : « Ton accent, wahou il est hyper prononcé quand même ! », même si l’on s’y fait, tout le monde n’a pas la chance d’avoir dans sa bibliothèque le livre Les Bonnes Manières de cette chère Nadine, alors on passe à autre chose (après avoir fait son regard de killer à la Roberto Succo, cela va sans dire). En revanche, ce qui me hérisse les poils des bras et me fait dilater mes douces narines, tel un taureau prêt à embrocher un torero, c’est quand on me fait répéter mon nom de famille devant tout le monde, avec un geste du bras signifiant au mieux du mépris, au pire une mise à mort par Jules César. Parce que j’ai attendu toute ma vie de dire mon nom de famille d’origine italienne en Italie, parce que j’ai passé une partie de ma scolarité à rectifier les professeurs qui l’écorchaient, et l’autre partie à me foutre de la gueule de ceux qui n’arrivaient même pas à sortir la première syllabe, parce que j’ai passé des années à l’épeler 4 fois avant qu’on ne l’écrive correctement, parce que j’engueule encore mes copines qui n’arrivent toujours pas à l’écrire et parce que j’ai répété 1 million de fois qu’il n’était pas polonais.
Alors quand une aigrie me fait passer pour une quiche qui ne sait même pas prononcer son propre nom, oui, ça m’énerve. Surtout quand elle réitère plusieurs fois sa question et qu’au bout d’un mois, elle me redemande encore ma carte d’identité. Pour bien l’emmerder jusqu’au bout, je lui ai filé la française. C’est peut-être un détail pour vous, mais pour moi ça veut dire beaucoup. Parce qu’en plus d’être mal élevée, elle est raciste. Cela ne lui suffisait pas de n’être qu’une connasse, il faillait qu’elle aille encore plus loin. Elle n’est d’ailleurs pas la seule dans le groupe du matin dont je fais partie. Au championnat de la connerie humaine, j’ai l’honneur d’annoncer le favori, le Johnny Depp des années 21 jump Street de Belluno, le Dylan de Beverly Hills, celui qui fait autant rêver les retraitées des Magnolias et la protagoniste de ce billet que Laurent Romejko : Michaelo, 19 ans, une connaissance parfaite du code de la route et un pois-chiche pas cuit à la place du cerveau !
Grâce à lui et aux porcs qui l’encouragent à en remettre une couche, cette auto-école ressemble à un congrès du FN. Je pourrais me lever et crier « Mort aux juifs ! », tout le monde m’applaudirait. Cela dit, ce serait un bon moyen de créer des liens, puisque ca ne choque personne que le bad-boy de Belluno s’écrie à travers la salle qu’ « il manquerait plus que ça que les négros qui viennent en Italie rapportent pas une tune ! » C’est vrai qu’en plus, il y en a énormément à Belluno. Le seul que j’ai vu, il était dans le bus, sur une affiche qui invitait les étrangers à apprendre l’italien, dans ce merveilleux pays si accueillant.
J’imagine que ce crétin passe pour un beau gosse, ayant constaté l’effet qu’il produisait sur ma professeur. Avec son brushing impeccable et sa Tena propre toujours à portée de main, ma prof serait-elle, sous ses airs de vieille bonne femme sortie d’un tableau de Norman Rockwell, une insatiable cougar, une nymphomane expérimentée en recherche active d’un lionceau à apprivoiser ?
Ce qui est sûr, c’est que cela ne lui ferait pas de mal un petit entretien avec Nadine. On ne dit pas que ça nous écorche la gueule de prononcer le mot "gauche" parce que ça nous fait penser au parti politique et qu'on croit encore à la réhabilitation de Berlusconi, surtout quand on enseigne le code de la route. On ne balance à 10 personnes innocentes et sans raisons que son mari vous a trompée mais que puisque c’est dans son ADN de vieux salaud dégueulasse, il faut laisser passer. On n’appelle pas le basané du fond de la salle « le marocain », surtout quand on ne sait pas s’il est vraiment marocain, et on n’appelle pas la Française qu’on ne peut pas blairer « ma chérie », ça sonne faux et ça énerve. Et puis on ne se mêle pas de la vie des autres.
D’ailleurs, c’est vraiment à se demander ce qu’elle faisait pendant la guerre, la mamie. En effet, cela ne nous regarde pas mais elle a vu un élève du cours acheter de l’herbe à un délinquant juvénile à la gare, mais cela ne nous regarde pas. Ceci dit la mamie, encore vaillante en matière de délation, elle est quand même allée le dénoncer aux instructeurs parce que franchement, après le pétard, c’est l’héro, la coke, le trafic d’organes et le blanchiment de l’argent des putes et de la drogue, voilà ! Alors remercie mamie de t’avoir sauvé d’une déchéance certaine ! et puis viens lui faire un bisou aussi…
Si j’étais optimiste, je dirais que ce sont autant de raisons de tout faire pour avoir mon code le plus tôt possible.
Il y a toujours des explications rationnelles, bien entendu, et bien entendu, elles ne valent rien.
Jérôme Ferrari, Aleph Zéro (via sethorphic)
Les soirs d'été
Si par miracle, après être passé sur mon blog, l'envie vous prend de programmer vos prochaines vacances d'été en Italie, et si bien évidemment vous n'êtes pas morts ou ruinés d'ici là, je me permets de vous distiller quelques précieux conseils afin de vous préparer, en douceur, au voyage dans le temps que vous effectuerez malgré vous si, animés d'une curiosité qui pourrait vous jouer des tours, vous vous laissez aller à participer à une "sagra". Pour vous mettre un peu dans l'ambiance, essayez d'imaginer ce que peut être une "sagra". C'est une sorte d'hybride entre la fête foraine de votre enfance et du bal populaire où vos grands-parents se sont rencontrés et où peut-être certains y ont été conçus. Elles démarrent en été et se terminent début septembre; à mon grand désespoir, c'est déjà fini!
La "sagra", c'est un peu comme les vieux qui vous racontent leur vie dans l'ascenseur, au début on en rit, on les trouve mignons et attachants, tout empreints de leur banalité de vieux, et puis rapidement, à moins d'avoir passé une excellente journée, ils commencent vite à nous gonfler avec leur santé qui défaille, leur défunt compagnon qu'ils ont hâte de revoir et leur livreur en retard, parce qu'ils nous ramènent sûrement à notre propre finitude et parce qu'on sait inconsciemment au fond de nous qu'on finira par raconter nos vies, nous aussi, dans les ascenseurs ou les halls d'immeuble à des petits cons qui s'en foutent. Et bien la "sagra" c'est un peu pareil, on hallucine d'abord de se retrouver dans la France d'après-guerre et le charme de ces sauteries de campagne fait que l'on se croit dans un roman de Régine Deforges. Mais très vite, l'impatience nous gagne, peut-être parce que la "sagra" nous ramène à ce que l'on a toujours fui, aux 25 ans de mariage de je-ne-sais-qui ou au 85 ans de grand-maman qui n'a même pas jugé bon de nous faire un chèque pour le déplacement parce qu'elle n'a de toute façon jamais pu nous blairer. Le pire, c'est que pour une fois, on y va volontairement.
En ce qui me concerne, la première fois que j'ai atterri dans une "sagra", je me suis d'abord demandé comment en sortir le plus rapidement possible et si je devais pour cela me tatouer le plan de la salle des fêtes sur le dos et puis, motivée par mon désir d'ouverture à l'autre et de recherche de dialogue, je me suis laissée prendre au jeu. Et pas qu'une fois. Pourtant j'aurais dû me méfier, la dernière fois que j'ai essayé de créer des rapports sociaux factices avec des humains, cela s'est terminé en une interminable journée shopping entre personnes de sexe féminin, d'intelligence discutable et à la conversation inexistante de laquelle je ne me suis toujours pas remise.
Pleine de bonne volonté, je suis donc restée sans broncher sur mon banc, entre les gamins qui braillent, les vieux en fauteuil roulant qui crachent leurs poumons, les groupes d'ados bourrés et les familles nombreuses, entourée d'assiettes remplies de cerfs morts et de polenta, alors que je ne mange pas de viande et que la polenta ne m'évoque que le ciment encore frais qu'on étale sur le plâtre. Je laisse parler votre imagination que je pressens débordante et florissante pour vous représenter mon expression faciale; maintenant que j'ai hérité de la réputation d'une Angélique Marquise des Anges cul-cul à vie, j'estime que mon devoir est de la respecter.
Je ravalai les larmes de désespoir qui menaçaient de tomber sur mon assiette en plastique lorsque le coup de grâce arriva, en fin de soirée. Un chanteur ringard et ses choristes venus d'un autre âge ont entamé devant un public déchaîné leur répertoire tarte et dépassé, vêtus de tenues toutes plus brillantes et chamarrées les unes que les autres, réhaussées par des coiffures sculptées à la brillantine parsemées d'anglaises tout juste dessinées par un coiffeur qui n'a pas dû ouvrir un seul magazine de mode depuis les années 80. Les jeunes nymphes -que j'aurais volontiers inscrites à un concours de tee-shirts mouillés- répétaient soigneusement les gestes d'une chorégraphie dont on sentait qu'elle était l'oeuvre d'une mère de famille pointilleuse, sans doute Présidente de l'association des parents d'élèves dans le lycée de la petite dernière, pour laquelle le fait d'apparaître sur cette scène éclairée par des spots de toutes les couleurs semblait être une fin en soi. Sur le devant de celle-ci, des danseurs, des habitués de ces bals populaires hors du temps, la soixantaine flamboyante, glissant élégamment et toujours de la même façon sur le dance-floor endiablé, aussi bien sur des valses que sur du disco ou de la variété. N'en jetez plus, je venais de trouver l'inspiration pour un nouveau billet. Il serait injuste de garder tous ces beaux souvenirs pour moi et de ne pas vous en faire profiter.
Ces fêtes de village manquent un peu de fraîcheur certes, mais en tout cas pas de poésie. Mais il n'est pas moins vrai que l'été prochain, j'essaierai d'échapper à la corvée de "sagra" et à cette tradition qui, plus que régressive, est par certains aspects carrément passéiste. Je préfère largement mes clichés à la Dolce Vita. Ou bien j'amènerai directement ma bouteille de vin.
Si vous passez dans un petit village en Italie l'été prochain et que vous vous aventurez dans une de ces fêtes un soir, pensez à moi et profitez du spectacle!