Ne le dis pas, on les paye moins
Je sortais de l’école et je commençais tout juste mon métier d’illustrateur.
Après avoir envoyé mon book, je suis invité à la rédaction du supplément hebdomadaire d’un journal national pour un entretien. « On aime beaucoup ton boulot, on veut travailler avec toi. On a peu de budget, mais ça te fera une bonne visibilité. » Les illus (A4 pleine page) sont payées 75 euros (« ne le dis pas aux autres illustrateurs, on les paye moins »), mais j’ai besoin de boulot et de « visibilité » donc j’accepte.
Après quelques semaines, la première commande arrive. Après avoir envoyé un croquis qui est validé par la direction artistique, je commence à travailler. Deux - trois jours de boulot plus tard, j’envoie mon illustration terminée. « Finalement, on va pas la prendre, désolé. » Est-ce que je vais être payé? « Non, désolé. Tu sais, le budget est vraiment serré. » Malgré mes protestations je m’assois sur mon salaire…
Quelques semaines plus tard, nouvelle commande que j’accepte. Je suis tout content: cette fois, ça va marcher ! De nouveau, le croquis est validé. Je commence à travailler sur l’illustration. Au cours des jours qui suivent, je suis renvoyé vers trois personnes différentes qui me font chaque fois des retours différents. Je me dépêtre du mieux que je peux avec les infos qu’on me donne, les corrections à faire, et après une nuit blanche, j'envoie l’illu à 10h du matin, le jour de la deadline. Épuisé, je vais me coucher.
A 14h, mon téléphone sonne, on m’apprend que mon illustration, validée le matin, est finalement refusée par la directrice artistique freelance qui vient juste d’arriver à la rédaction (et qui découvre l’illu). Très agacée, la personne au téléphone me fait savoir que « le journal doit partir à l’impression, on est en retard, on n’a pas de solution et c’est un peu de ta faute… Qu'est-ce qu'on fait ? ». Je finirai par obtenir la publication de mon illu (sans la colorisation que j’avais passé la nuit à faire) et mon « salaire », mais j’ai décidé de ne plus travailler pour cette rédaction.