Partir
Ça y est, nos papiers sont imprimés, réunis dans le classeur administratif le mieux tenu de nos vies. Sans rire. Maintenant, avec la peur au ventre d’un contrôle un peu trop strict, nous partons pour l’aéroport.
D’abord, j’aimerais vous parler de la difficulté pour une fille de faire sa valise. Il ne s’agit pas là de sexisme ordinaire, j’imagine que les drag queens (et perfomers de tous genres) ont tout autant de mal à faire entrer leurs tenues de lumière et leurs mille paires de chaussures dans un seul contenant.
Être fabuleux, c’est un choix, ok ?
Il a été nécessaire pour moi de faire un grand tri, et pas seulement dans les vêtements. Quand on déménage et qu’on compte trouver du travail, il faut par exemple penser à amener un dresscode business, et un steamer (un fer à vapeur) histoire que ses chemises n’aient pas l’air de torchons.
J’ai dû aussi réfléchir longuement à la lecture que je prendrais avec moi, car aimant profondément les livres, il y a certains ouvrages desquels je ne peux me séparer. Même si je les ai déjà lus cent fois. Jack London avait sa place maîtresse en haut de la liste.
Bref, à force de plusieurs tris, j’ai réussi à tout faire tenir dans une seule valise. Heureusement pour moi, un ami de Julien se séparait de la sienne car la poignée était cassée. Peu m’importait, avant que je réalise - après remplissage- qu’elle pesait le poids d’un cheval mort. Mais bon, qu’est-ce qu’un peu d’exercice contre des lectures enchantées et des tenues fabulous, hein ? Vraiment, dîtes-le moi.
Ce n’était pas vraiment l’avis de la femme du comptoir Air France. Elle m’a dit que c’était interdit de faire porter un cheval mort aux agents chargés de mettre les bagages en soute. Interdit par la commission européenne, en plus. Très peu cheval mort, ces gens-là.
Nous avons donc dû transvaser des choses dans les valises de Julien, ce pauvre homme qui n’avait rien demandé. Il était assez drôle d’entrer en compétition avec les deux filles à côté de moi, qui avaient elles aussi des valises trop lourdes qu’il fallait calibrer. Elles dansaient à deux sur la pauvre valise, en faisant jouer la fermeture éclair (qui a déclaré forfait au premier pas de danse), tandis qu’un agent Air France chantait à la cantonade “Mais si ça va marcher !!”. Une pièce de théâtre plutôt loufoque.
Avant l’aéroport, l’autre difficulté qui m’attendait dans le processus, c’était forcément de dire au revoir à mon chat.
Voulant d’abord l’emmener, je me suis effectivement rendue compte qu’elle passerait plus de dix heures dans sa caisse - à cause des mesures très longues imposées pour la covid-19.
J’ai eu énormément de chance car ma mère s’est finalement désignée volontaire pour la garder chez elle, et autant vous dire que chez ma mère, c’est la colonie de vacances des chats. Jardin immense, lieux à explorer très divers, 35 espèces d’oiseaux et de rongeurs au menu.
Il n’est sans doute pas nécessaire de vous dire qu’au bout de 2 minutes, elle n’en avait absolument plus rien à faire de nous.
Azari, le fauve en question, dans son nouvel environnement en Creuse.
Nous comptons bien sûr amener Azari au Québec dès que nous aurons notre appartement. J’ai cette chatte depuis maintenant 10 ans (son anniversaire est mi-mai, et je serai à 5,645 km, je suis une mère indigne), et c’est pour moi, littéralement, ce qui se rapproche le plus d’un enfant. Et aussi ma meilleure copine, faut pas l’oublier.
- fin de l’interlude féline -
Donc, une fois les bagages (34kg chaque quand même) mis en soute, nous avons atterri à Charles de Gaulle, Paris. Le périple commença ici.
Lors de notre correspondance, nous sommes arrivés à l’enregistrement pour le vol vers Montréal. Quelle ne fut pas notre surprise de voir une file indienne qui s’étendait bien sur une trentaine de mètres.
C’est ici le deuxième contrôle de nos papiers. Ce ne sera pas le dernier. Nous avons bien passé le premier à Toulouse, mais nous ne sommes pas à l’abri que ce contrôleur-ci ait un avis qui diverge.
Ouf ! au bout d’une demi-heure, c’est notre tour et nous sommes autorisés à passer. Grâce à notre certificat de mariage. Si je n’étais pas mariée à Julien, je serais restée bloquée en France, et lui aurait dû faire un choix. Partir retrouver sa famille qu’il n’a pas vu depuis presque deux ans et laisser sa femme en arrière, ou l’inverse. On s’essuie discrètement la sueur du front, exacerbée par nos masques dans lesquels nous avons très chaud.
Nous avons embarqué dans l’avion, un gros Airbus A350. Le genre d’avion à trois rangées, avec un espace Première Classe dont les sièges ressemblent aux chambres des hôtels capsule de l’Asie de l’Est. Le décollage était prévu à 15h40, nous sommes partis à 17h45, car tous les passagers devaient être contrôlés et leurs raisons de voyager justifiées.
Nous étions partis pour 6 heures de vol, avec une arrivée à 18h, heure locale.








