La prophétie des Xhosas
C’était en février 1856, contrairement à l’image d’Epinal, cette partie d’Afrique n’avait rien de la savane aux troupeaux de gazelles s’abreuvant sous l’œil fainéant du roi lion. En fait d’animaux, il y avait principalement des buffles domestiqués et des peuples dont le plus important fut les Xhosas. Ces semi-nomades d’origine vivaient reclus dans des villages fortifiés. Bien qu’ils ne fussent en guerre avec les nouveaux arrivants anglais ou hollandais, ces peuples africains connurent quelques tensions causés par la présence de fermiers ou de militaires trop impétueux.
Nongqawuse était vouée à la pratique de la sorcellerie. On disait qu’elle avait un don. D’ailleurs, son oncle un sorcier réputé, l’éleva comme sa fille et sa successeuresse si ce mot existe dans notre langue. Elle devait donc hériter de ses pouvoirs surnaturels. Tout se passa dans le meilleur des mondes pour la petite fille. Elle grandit dans un clan important, elle participa aux préparations guérisseuses ou envoutantes de son oncle. De même, elle assista les sages-femmes aux accouchements car cette fonction sera la plus importante de sa vie avec les fêtes cérémonielles.
Elle avait environ quinze ans quand elle partit chercher de l’eau avec Nombanda son amie aussi la plus jolie fille du village promise au fils d’un chef. Leur promenade fut courte car l’embouchure du fleuve n’était pas loin. Pendant que Nombanda enfonça la cruche dans la rivière, Nongqawuse vit un brouillard se former de l’autre côté de la rive. Elle observa mieux et remarqua deux personnes étranges traverser le fleuve sans même toucher l’eau de leurs pieds. Ils étaient entièrement peints en blanc de la tête aux pieds. Leur tenue était celles de grands guerriers Xhosas. Durant leur traversée, elle entendit des murmures qui l’appelaient et lui demandaient d’écouter ses ancêtres car il s’agissait de deux de ses ancêtres. Dès lors, elle tourna la tête et appela sa copine qui curieusement ne bougeait plus, ses mains dans l’eau retenaient la cruche en peau qui se remplissait encore. Pendant ce temps, le fleuve devint immobile, l’eau ne coulait plus. Elle comprit que les esprits avaient quelque-chose à raconter.
Leurs yeux ne ressemblaient à rien de ce qu’elle avait déjà vus. Ils avaient une pupille si dilatée qu’elle prenait toute la place apportant un regard noir aux deux hommes. Nongqawuse voulut les saluer mais aucun mot ne sortit de sa bouche. Alors, elle écouta avec attention les déclarations qui annoncèrent des jours heureux. En effet, les deux fantômes annoncèrent la restauration de la puissance des Xhosas, les morts se relèveront, les troupeaux et les champs seront renouvelés, de même les anglais seront chassés si les Xhosas acceptaient d’abattre leur bétail, de détruire les récoltes et les réserves alimentaires. Et ensuite, le dieu Uhlanga sortira des mondes souterrains avec le bétail divin. Puis, les deux spectres repartirent comme ils étaient venus en marchant sur le fleuve Gxarha.
L’apprenti sorcière ne regarda pas ses ancêtres disparaitre dans la brume temporelle. Elle aida son amie sortie de sa paralysie, qui n’arrivait pas à remonter la cruche. Puis, elles remplirent une seconde cruche avant de retourner au village. Là-bas, sa première réaction fut d’avertir son oncle. Au début sceptique mais la longue il fut convaincu par la prédiction, l’oncle convoqua le chef de la tribu. Des messagers partirent aux quatre coins du territoire Xhosa annonçant la prophétie au peuple. Ce dernier sortait à peine d’une épidémie de variole. De même une autre épidémie toucha quelques mois avant les bovins obligeant un abattage important. Sans oublier une guerre contre les blancs, qui fut terrible parce qu’elle repoussa les Xhosas vers des terres plus arides. Quand le peuple Xhosas entendit la nouvelle, ils acceptèrent de tuer les quatre cent mille têtes de bétail et de détruire les récoltes jusqu’aux outils et ustensiles de cuisine avec interdiction de semer.
Le jour annoncé pour la résurrection des morts ne marqua pas les esprits. Il ne se passa rien ce 16 août 1856. Se sentant coupables d’avoir commis une faute, les Xhosas arrêtèrent de manger de la viande, on accéléra les tueries d’animaux, en espérant que cela suffise à faire revivre les morts. On partit demander aux blancs de faire de même et de renoncer à leur religion, ils refusèrent bien entendu amplifiant la colère des Xhosas contre eux. Mais le pire arriva en 1857 lorsque la famine apparut. Les Xhosas durent manger du foin, de l’herbe, des écorces, de la chair humaine. La prophétie déchira le peuple en deux entre ses partisans et ses opposants. Une partie fuit vers des terres plus accueillantes ou demanda l’aide des anglais. Deux ans plus tard, la population du territoire Xhosa passa de 105 000 à 27 000, on recensa au moins 40 000 morts de faim.
Nongqawuse préféra quitter son peuple afin d’éviter un lynchage par quelques furieux. Elle trouva refuge auprès des britanniques qui la gardèrent prisonnière pour sa sécurité. Elle mourut dans une ferme en 1898.
L’histoire est romancée mais la prophétie et ses conséquences ont réellement eu lieu. La photo est le portrait de Nongqawuse.
Alex@r60 – mai 2020













