Article historique sur Robespierre, Condorcet, révolution française et intérêt général
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Article historique sur Robespierre, Condorcet, révolution française et intérêt général
[J]e pense que personne n'a le droit, pas même le législateur, d'établir des bornes au-delà desquelles on ne peut plus être citoyen. L'homme est citoyen par la nature ; personne en saurait lui arracher ce droit, qui est inséparable de celui qu'il a d'exister sur la terre.
Maximilien Robespierre à l’Assemblée constituante le 23 octobre 1790 (OMR, t. VI, p. 553, cité dans Yannick Bosc, Le peuple souverain et la démocratie. Politique de Robespierre, 2019, p. 177).
Je souscris à la volonté du plus grand nombre, ou à ce qui est présumé l'être ; mais je ne respecte que la justice et la vérité. J'obéis à toutes les lois, mais je n'aime que les bonnes. La société a droit d'exiger ma fidélité, mais non le sacrifice de ma raison : telle est la loi éternelle de toutes les créatures raisonnables.
Maximilien Robespierre, “Sur le respect dû aux lois et aux autorités constituées”, Le Défenseur de la Constitution, n° 5, juin 1792, OMR, t. IV, p. 145, cité dans Yannick Bosc, Le peuple souverain et la démocratie. Politique de Robespierre, Paris, Éditions critiques, 2019, p. 100.
Extrait de l'introduction de l'ouvrage de Yannick Bosc, Le peuple souverain et la démocratie. Politique de Robespierre, Paris, Éditions Critiques, 2019, 208 p.
Introduction de l'ouvrage Hannah Arendt, la révolution et les droits de l’homme, Paris, Kimé, 2019, 192 p., sous la direction de Yannick Bosc et Emmanuel Faye.
L’essai De la révolution, paru en 1963, représente, après Condition de l’homme moderne et La crise de la culture, le troisième essai de la série d’ouvrages dans lesquels Hannah Arendt expose sa pensée politique. Arendt se propose de tirer les leçons de l’histoire, en opposant ce qu’elle nomme le « désastre » de la Révolution française, aspirée par « la question sociale », aux leçons d’une révolution supposée réussie, incarnée par la « Déclaration des droits » américaine.
Il importait donc qu’historiens et philosophes analysent ensemble la façon dont Arendt envisage les Révolutions américaine et française et se détermine par rapport à la Déclaration des droits de l’homme et la remise en cause de celle-ci dans la pensée contre-révolutionnaire d’Edmund Burke. La formule arendtienne du « droit à avoir des droits » amorce-t-elle par exemple, comme certains le soutiennent aujourd’hui, un tournant politique dans la considération des droits de l’homme ? Ne représente-t-elle pas plutôt une machine de guerre contre la notion de droit naturel qui se trouve au fondement de ces droits ?
A propos de l'ouvrage de Marc Belissa et Yannick Bosc : Le Directoire. La république sans la démocratie.
L'ordre des termes liberté, égalité, fraternité que les gardes nationales porteront sur leur uniforme [d'après le discours de Robespierre du 18 déc. 1790] est important, non pas parce qu'il traduirait une hiérarchie entre eux mais parce qu'il expose un enchaînement de conséquences qui établit les principes exposés dans la Déclaration des droits, c'est-à-dire les principes du droit naturel. Selon cette tradition jusnaturaliste, la liberté est la condition naturelle de l'homme. Cette qualité lui est inhérente, autrement dit elle est un droit naturel de l'homme. Etre libre c'est n'être soumis au pouvoir d'aucun autre homme et être esclave c'est dépendre de la volonté d'un autre. Si la liberté est une qualité de l'homme, c'est celle de tout être humain. Ainsi chaque être humain a un droit égal à la liberté. C'est là la définition de l'égalité : nul n'a plus de pouvoir que l'autre, en d'autres termes, être libre c'est n'être soumis au pouvoir d'aucun autre homme et ne soumettre aucun autre homme à son pouvoir. L'égalité est donc la réciprocité de la liberté. Quant à la fraternité, elle est l'expression de cette réciprocité, elle est la réciprocité mise en acte. Ce que dit la fraternité c'est donc qu'il ne peut pas y avoir de liberté sans égalité. La liberté est conçue comme non-domination, elle n'est pas seulement attachée à l'individu, mais pensée dans le rapport à l'autre. Dans un état de liberté, tout le monde est donc libre. Sinon il n'y a pas de liberté, mais des maîtres et des esclaves.
Yannick Bosc, “Sur le principe de fraternité” (2010).