Je sais pas trop par où commencer... Mon copain a eu un accident.
C'était lundi 8 janvier. Trafic contre voiture. Le trafic a gagné.
Les pompiers ont mis presque 2h à le sortir de la voiture. J'entends encore ses hurlements au moment de le sortir... Ils résonnent dans ma tête quand je ferme les yeux.
Bilan : fémur et nez cassé. Il a eu tellement de chance.
Je suis aller voir la voiture à la casse... J'ai eu des sueurs froides rien qu'à regarder la carcasse difforme. Comment peut-il avoir eu si peu de dégâts ? Une bonne étoile sûrement.
J'ai d'abord cru ne plus jamais le revoir. Puis j'ai cru le voir amputé. Et finalement plus de peur que de mal. Néanmoins, la convalescence va être longue et pénible.
Trois jours post-opératoires le revoilà déjà chez lui à gambader avec son déambulateur à faire des aller-retour entre la table, le fauteuil roulant et les toilettes.
Il fait des progrès de dingue :
Mardi : crise d'angoisse par peur de bouger, incapacité à se lever, nuit très difficile.
Mercredi : dors mieux, se met debout, fait deux aller-retour dans le couloir, mais très affaibli après chaque marche.
Jeudi : est moins fatigué par la marche, bilan nickel, peu rentrer chez lui, mange mieux.
J'appréhende le moment où les progrès stagneront et où le mental deviendra la seule chose qui le poussera car il ne faudra pas abandonner.
Panique, crises d'angoisse, insomnies, perte d'appétit, etc... J'ai l'impression d'être un fantôme. Je ne suis pas retourner en cours depuis l'accident, j'en suis incapable. J'ai l'impression qu'à tout moment une autre catastrophe va arriver...
J'ai de plus en plus de mal à me contenir, à rester calme, à ne pas craquer devant lui. Je ne veux pas me plaindre, je ne veux pas pleurer alors qu'il est en vie. Mais c'est compliqué car je me sens à l'écart : visites à l'hôpital compromises car je ne suis pas de la famille, je ne peux rien faire pour le soulager, je suis nerveuse pour le moindre truc donc je fais des boulettes plus ou moins grave, je suis maladroite à souhait... J'ai l'impression d'être fasse à une épreuve pour laquelle je n'ai pas les épaules...
Alors de jours en jours j'essaie de prendre mes marques, de faire attention à chaque geste, chaque mot. J'ai peur de le gêner, de le déranger, de lui faire mal. J'ai peur la nuit, qu'il se réveil en crise de douleur, qu'il s'étouffe, que je ne puisse rien faire. J'ai peur la journée, qu'il me repousse car je parle trop, car je plaisante trop, car je lui fais mal, car je fais mal les choses. J'ai peur constamment.
J'aimerai être plus forte que ça.