LA NOUVELLE MAISON DU POULPE!
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@thepoulpefiction
LA NOUVELLE MAISON DU POULPE!
SOOO LOOOOONG MARIANNNNE
- Dites…Avec tout le respect que je vous dois…est ce que c’est normal lorsque je tente d’ouvrir la fenêtre qu’il y ai un jet d’eau bouillante qui m’éclate dans la face ?
- Pardon ?
- Je m’explique : Dans l’encadrement de la fenêtre, vous avez foré un trou afin d’y faire passer la conduite d’eau chaude, n’est -ce pas ?
- Tout à fait, et donc ?
- Et bien je me suis aperçu que la jointure entre deux tuyaux se trouve justement dans ce trou…Donc lorsque j’ouvre la fenêtre, eh bien la jointure s’échappe et le tuyau éclate…
- Vous êtes un comique vous, il suffit de ne pas ouvrir la fenêtre de la salle de bain ! Hahahahhaha !
- …
Revenir au Népal c’est comme enfiler à nouveau de vieilles chaussures avec lesquelles l’on a parcouru des kilomètres. Au début ça fait un peu mal, mais après quelques heures on se rend compte qu’il n’y a pas plus confortable.
Même si elles sentent un peu.
36 heures et trois déménagements plus tard, me voici enfin installé dans mes pénates. Je suis passé du squatt d’accroc au crack à un penthouse digne d’une réception du petit monde de la publicité New-Yorkaise.
J’ai un peignoir en soie, un cochon nain me suit partout en respirant bruyamment et voilà que je me surprend à appeler tout le monde « mon chéri »… Le luxe on s’y fait vite, mais n’oublions quand même pas qu’on est là pour bosser nom de dieu !
Mentalement il faut se préparer :
La route de Katmandou à Shivalaya n’est pas ce que l’on peut qualifier, dans l’imaginaire collectif, une partie de plaisir…
Des lacets à n’en plus finir, une piste défoncée, la chaleur suffocante, des tigres et les américains qui nous bombardent sans relâche. C’est couverts de sueur et de poussière que nous arrivons, 10 heures plus tard, à la petite Guest house de l’ami Nima (« Vendredi » pour ceux qui suivent…)
La route aura été éreintante, les hommes sont fatigués, l’on s’installe en riant bruyamment, n’ayant cure des trekkeurs présents. Très vite l’ambiance est à la fête, le Rhaksi coule à flots, la nourriture fumante arrive à table, et l’on se raconte les nouvelles de la capitale.
- Sonam, le frère de Kami, a dû payer seul l’enterrement de son père. Ses oncles ont touché l’argent de l’héritage et refusent de lui donner une païsha (centime Népalais)
- M’enfin c’est des « radis » (insulte typique du Népal) ces types. Pourquoi ils ne veulent rien donner ?
- Hé bien il se trouve qu’il y a 15 ans de cela, une des filles du père de Sonam a regardé bizarrement une des bufflonnes des oncles, et la bête à subitement arrêté de donner du lait. Les mamelles à sec, la bufflonne ne représentait plus vraiment d’intérêt financier pour l’oncle, et depuis il existe ce vieux contentieux entre les deux hommes.
- Bah ! du coup pourquoi les autres ne donnent pas non plus ?
- He bien si un ne donne pas, les autres trouveraient ça injuste de devoir donner également…
- Ouais mais eux n’ont aucune bonne raison…C’est dingue ça !
- Que faire ? (Phrase n°1 du peuple népalais, symbolisant fatalisme ou détachement, c’est selon). C’est comme ça !
Chez Nima, c’est toujours à double tranchant.
Sa femme est une magicienne de la gastronomie. A l’aide d’un je ne sais quoi de surnaturel elle sublime n’importe quel plat banal en une fantaisie gastronomique démultipliant les sens, exaltant les goûts.
D’un autre côté, ces festins se finissent inéluctablement par un séjour prolongé dans la salle d’offrandes. Accroupi, suant, les boyaux se tordant dans tous les sens et certaines parties de votre corps qui vous rappellent sans pitié à quel point vous mangez piquant…
Tel est le lourd tribu à payer pour se repaître de l’art culinaire de Nima, la femme de Nima.
(Dans la culture Sherpa, il n’y a pas de genre pour les prénoms…)
Le lendemain c’est donc affaibli et sérieusement déshydraté qu’il s’agit de gravir les 1000 premiers mètres de dénivelé de la journée.
Journal de bord, 8 septembre 1923
Le soleil tape fort et les hommes sont à bout de force. Une diarrhée virale décime les troupes. Notre mission s’en trouve menacée. J’avais bien dis à Jean le boiteux de se tenir éloigné de ces boissons douteuses que nous offraient avidement les indigènes.
J’ai des doutes quant à la réussite de notre tentative d’ascension…Chaque jours nous éloigne un plus de cette chimère que nous poursuivons depuis bientôt dix ans…
Dix ans de préparation, pour en être réduit à un tas de misère se calfeutrant dans les buissons tous les 150 mètres…
Reprendrai mes notes à l’arrivée au bivouac.
Les népalais aiment mettre les petits plats dans les grands, ce n’est pas nouveau.
Une cérémonie d’ouverture se trouve donc être l’occasion parfaite pour mettre en œuvre tout leur talent en matière d’organisation de festivités.
Aujourd’hui nous fêtons l’eau courante, fraîchement arrivée dans ce petit hameau tranquille de l’Himalaya.
Il arrive que l’homme puisse être effrayant de stupidité. Hier soir mon ami et collègue du cru arrive les yeux remplis d’espoir, une bouteille de Rhum Népalais à la main.
- Il faut qu’on boive !
- A quoi ?
- A l’eau pardi ! Demain c’est la cérémonie d’ouverture pourquoi ne pas prendre un peu d’avance…
- Bon ok mais juste un verre, parce que bon, j’ai envie d’être en forme demain. Déjà que je suis blanc, mais en plus si j’arrive pâle !
- Uncha uncha, juste un verre !
Bah tient !
Me voici assis sur une estrade, le soleil me pourchassant et tentant de me faire devenir sot. On attend de moi que je sourie, dise oui et applaudisse le moment venu…
Je sens la mort rôder, pernicieuse et sans pitié. Elle est là, elle plane…La fourbe engeance était tapie dans le fond d’une bouteille, que je me suis obligé à finir, coûte que coûte, sur la tête de tous les belges…
Ça y est je divague…Seul sur mon estrade et ces centaines d’yeux qui me dévisagent. Au loin un discours, des fanions et une ambiance de fancy-fair himalayenne.
Putain, pourquoi on a éclusé cette bouteille de poison.
- Guim ? GUIM !
- Euhh…ouais ?
- C’est le moment de ton discours en népali, tiens, prend le micro !
- Meeerde…
Flashback de la veille :
- Et de-de-demain, j’vais leur leur leur faire un de ces di-di-discours, tu verras Furba, ce-ce sera fédérateuuuur. Oui fédérateuuuuur, parce qu’au fond, tu sais quoi Furba, hein ? Tu sais quoi ? Hé bien he bien on est-t-tous frèèèèères ! Voilà c’est ça la vérité ! On est tous frèèèèèèèèères. Hein, qu’est ce t’en pense ? Un beauuuu discourrh ! Tout le monde va aimer !
Voilà, une fois de plus l’alcool a parlé, bien que le corps eu dit non.
Me voici donc debout, tremblotant, avec dans l’air un de ces silences qui précèdent la tempête…
- Hum…Bonjour…Aujourd’hui l’eau beaucoup ! Travail très bien. Profiter très bien. L’eau, beaucoup. Oui ! Très bien ! Merci. Santé…
Tout le monde se regarde amusé et ensuite la foule en furie décide de battre des mains à tout rompre.
On n’ a rien compris à ce que le blanc a dit mais bon, bien parlé quand même !
Heureusement que les Sherpas sont « fair-play » et bon public.
Cette longue journée officielle se prolongea tard dans la nuit, n’ayant aucune pitié pour ma lutte acharnée contre la grande faucheuse.
Le tout se termina devant une soupe d’orties.
On the road again
Vu de l’extérieur, les règles de circulation dans la ville poussière peuvent paraître un tantinet anarchiques.
Absence totale de la priorité de droite, les feux tricolores ne fonctionnent pas, dû à la pénurie d’électricité et personne ne fais vraiment attention au malheureux policier s’égosillant au milieu du carrefour.
Ici on y va quand bon nous semble, n’ayant que faire de ce qu’il est écrit dans un vieux livre poussiéreux.
L’Europe a ceci de surprenant : le système est trop bien fait. Peu à peu nous devenons un régime d’assistés, ne sachant même plus vraiment d’où vient le lait. Pour ce qui est de la conduite nous nous retrouvons dans le même cas de figure : Nous nous appuyons sur des règles abstraites afin de justifier notre manière de faire voguer notre véhicule dans le flux constant du trafic. Absence totale de réflexe, béatitude de la priorité de droite et confiance absolue en des lumières aux couleurs imposées. Etrange n’est-ce pas ?
- Bah Guim pourquoi tu t’arrêtes ?
- Hé bien parce que le feu est passé au rouge Furba…
- Ouais mais ya personne là, tu peux passer.
- Bah non c’est rouge
- Mais si ya personne, qu’est ce que ça change ? Vous êtes bizarre vous les étrangers !
Au Népal, on conduit à l’instinct, un œil sur la route et un autre sur le côté anticipant enfants, vaches, singes, cochons, vieux éméchés…
Une règle universelle : ne te préoccupe pas de derrière, devant est ta seule responsabilité. On klaxonne pour se signaler, on ne s’insulte (presque) jamais et on s’observe avec insistance à chaque arrêt.
Certes il existe de la préventions routière « Nepali-style »… On y voit des photos plutôt gore d’accident ou le bitume est sorti vainqueur d’un combat gagné d’avance contre un crâne sans casque…
La communication dans ce petit pays se veut avant tout visuelle et percutante, sans mauvais jeux de mots, bien évidemment.
Il me tarde de voir à quoi ressemblera la prévention SIDA lorsqu’elle arrivera…
Un de mes petits plaisirs lors des trekkings c’est de lire la bd de la diarrhée, affichée à l’entrée de chaque village, ou presque.
On y voit la courte vie de madame la chiasse, essayant tant bien que mal de contaminer un maximum d’humains. Heureusement monsieur le savon arrive in-extremis, et fait déguerpir sur le champ notre protagoniste liquide.
Ouf, encore une victoire pour Dettol® !
Au Népal, dans certains cas, on va à l’essentiel et au diable la belle narration.
Tant qu’à faire, autant se plier aux coutumes locales.
Ce post est fini.
Merci/Daniébaad.
Et pendant ce temps-là à l’aéroport de Doha...
Ni plus, ni moins.
Poulpement vôtre.
MONTAGNE
- Bonjour à toutes et tous, je m’appelle Guim et suis enchanté de faire votre connaissance. Je suis convaincu que notre future collaboration sera enrichissante pour chacun. Nous allons faire du bon boulot tous ensemble !
- Tu peux toujours me lécher la chatte ouais ! Pfff, tous pareils ces anglais !
- Heuuu…Pardon ? Veuillez m’excuser mais mon népalais est un peu rouillé, je ne suis pas sûr d’avoir bien entendu.
Les sourires figés de l’assemblée me confirment que j’ai très bien compris ce que ce petit bout de femme octogénaire venait de me dire.
- Hum…Ne faites pas attention…Elle est bourrée du matin au soir…Nous aussi sommes enchantés de faire votre connaissance !
Une journée chez les Sherpas ça commence au lever du jour, lorsque le ciel se pare de ses plus beaux atouts pour te foutre hors du matelas de « paille-qui-gratte ».
Après s’être brossé les dents tout en se raclant bruyamment la gorge, c’est avec du dentifrice séché au coin de la bouche que la première jarre de Chang© est bue. Pour les lecteurs assidus du Poulpe, une brève description de ce breuvage a été faite lors d’un précédent post. Pour les néophytes, voici l’occasion de s’endormir un peu moins con.
La Tchang© est un breuvage blanchâtre acidulé fabriqué à partir de millet, orge, riz ou encore de maïs, selon les disponibilités. Cela va sans dire que cette boisson est faiblement alcoolisée (Une bonne vieille Maes en somme…)
Ce n’est pas délicieux, mais pas forcément dégueulasse non plus…Je dirais plutôt que tout est question de contexte.
Après une rude journée montagnarde, nos corps transis par le froid et l’altitude n’aspirent qu’à une seule chose ; la chaleur de l’âtre et le regard bienveillant de Pemba, notre hôte pour la nuit. Le vent glacial s’engouffrait par bourrasque dans le « cottage » faisant chanter d’un cantique lancinant l’humble structure construite de bâches et de bambous. Au dehors la nuit noire et silencieuse déchirée ça et là par le scintillement des étoiles, tenait ses promesses de rudesse hivernale. Pemba réapparut de sa cuisine avec une jarre remplie d’un liquide fumant. La Chang coula le long de notre œsophage, chauffant nos âmes et réconfortant nos cœurs.
- Putain Pemba, tu déchires ta race ! Merci mille fois Fieu !
- De rien les gars, y’en a encore, buvez !
Un avant goût du paradis !
Je me rappelle de cet été sicilien où tout était possible. Nous étions de simples êtres nourris à l’innocence et au bonheur. Cette petite chambre donnant sur la place du village voyait nos corps s’aimer à l’infini. Le matin, les rayons du soleil filtrant au travers des volets de bois jouaient malicieusement sur les plis de nos draps de soie. Souvent, lorsque le soleil était au Zénith, nous nous reposions sur la terrasse de « Sergio’s », à l’ombre de ce platane bicentenaire, nous repaissant de mets fins et exquis délicatement composés de mozzarela di buffala, rucola, tomates sêchées…
- Signore, votre verre de Chang©
- Sergio, avec tout le respect que je te dois, tu peux te le foutre au cul.
A 8h30, après 2 heures de Chang, on mange le midi. Un menu frugal composé le plus souvent de choux en saumure, riz et soupe de lentilles.
Lorsque les équipes arrivent sur le chantier à 9 heures, tout le monde est à 7 grammes. Minimum. Parfois, il n’y en a qui n’arrivent jamais. Cette alcoolisation massive assure une ambiance de franche rigolade tout au long de la rude journée de travail en tong.
Avant de continuer ce post, je me permettrais d’éclairer à la lanterne de la connaissance quelques zones d’ombres de l’ignorance.
Un Sherpa n’est pas quelqu’un qui porte les diverses tuniques montagnardes du blanc, afin que celui-ci accède sans peine à sa destination de selfie idéal.
Les Sherpas sont un groupe ethnique vivant principalement dans la région de Solukhumbu, au sud de l’Everest, ayant une culture et langue propre descendant des marchands nomades tibétains.
Dire qu’un porteur est un Sherpa, revient à comparer tous les wallons à des chômeurs chroniques, mal rasés et ayant dans le fond de la bouche une écume de bière passée, leur donnant une haleine fétide.
Sur les cimes perdues dans le brouillard, le 21 ème siècle s’est invité sans crier gare. Tel un châtelain vulgaire et répugnant, il s’est installé à la table de ceux qui n’avaient pas d’assiettes pour le recevoir. Il laisse derrière lui une traînée gluante de matérialisme.
Du jour au lendemain, ceux-là même qui nourrissaient les vallées de délicieuses pommes de terre, ont du s’équiper d’un smartphone dernière génération afin de ne pas être exclu du cercle social ainsi que de ce nouveau monde virtuel qui leur ouvre ses portes.
Depuis une petite dizaine d’années, les montagnes sont seuls témoins d’une étrange maladie venant de l’ouest. Un vent glacial et cynique aurait introduit cette nouvelle tendance qu’est le suicide.
Au début, il ne s’agissait que de cas isolés, et peu à peu, cette atroce épidémie s’est répandue dans les foyers, autrefois insouciants, aujourd’hui déprimés.
Un virus rampant inéluctablement entre les rizières et monastères, se nourrissant des vies de ceux qui n’ont pas réussi à nager dans le courant de la mondialisation.
Noyés dans la « modernité ».
Le soir, autour du feu, les histoires ne sont plus racontées, on se contente de « Liker » le selfie de Pemba dans son taxi à Kathmandou.
L’eau courante est inexistante dans ces villages, néanmoins la 3G arrose de ses ondes les flancs abrupts de la montagne. Une part supplémentaire de la civilisation est contaminée par la médiocrité dont nous sommes les créateurs.
Quelle image de l’occident donne le dernier clip de Rihanna ?
Cela voudrait dire que tous ces braves gens n’auraient donc pas le droit à Internet sous prétexte que tu puisses te conforter dans le mythe du bon sauvage ?
C’est évident qu’ils y ont droit, mais il est désolant de constater qu’à l’instar de nos régions, une vie sociale riche et débordante est reléguée au second plan, faisant place à des relations virtuelles superficielles à base de « share and like ».
En Europe nous avons vu la transition petit à petit; ici c’est une déferlante qui est venue s’écraser du jour au lendemain sur tout un pays.
Dans 10 ans lorsque toute l’humanité sera connectée et que nous serons réduits à des millions de metadonnées, nous trouverons « So vintage » de demander son chemin dans la rue…
La diversité s’effacera peu à peu pour laisser la place à une masse informe et insipide. Une gelée modifiable à souhait afin de « matcher » les nouvelles idées des grands publicitaires.
Selon moi, ce que veux réellement Larry Clark et sa bande c’est un gros bouton rouge sur lequel il serait inscrit « Conditionner l’humanité ».
Non merci…Je m’en retourne de l’autre côté de la montagne, là où la fumée de l’âtre me pique les yeux et le réseau 3G est bloqué par une crête à 3000 mètres.
La nature, en définitive, a toujours le dernier mot. Ne l’oublions pas.
Working class hero
En Europe, même si cela pique un peu de le reconnaître, les gens pensent généralement que quelqu’un qui vient d’un pays « sous-développé » ne sera pas aussi vif qu’un Suédois ou un Canadien…
J’entends déjà des « Mais enfin, pas du tout… »
Taisez-vous et avalez la crue vérité sans broncher…
Quelle ne fût pas ma surprise de remarquer que de l’autre côté du globe, cette croyance est inversée, tel le croissant de lune scintillant dans une nuit sans nuages.
- Attends, tu fais quoi là ?
- Baaaah je prends la machette pour débroussailler…
- Bêh non puisque t’es blanc…Ce n’est pas possible ! Les blancs ça ne travaille que sur un ordinateur, c’est bien connu.
- …
- Bah ouais, vous n’êtes pas fait pour le travail manuel, donne moi cette machette, tu vas te faire mal.
- Tu déconnes ?
- J’ai l’air de rire ? Aller, arrête de te donner bonne conscience !
- Mais non, regarde …TCHAKTCHAKTCHAK
- Ho putain, tu sais t’en servir, dingue !Hé les gars, venez voir !
- Hé ouais, et figure toi que lorsque je suis en forme j’arrive même à compter deux par deux et lacer mes souliers !
- … ( Le second degré, contrairement à la Duvel, n’est pas encore arrivé au Népal ! )
Essayer de se fondre dans un groupe d’ouvriers Sherpas n’est pas chose aisée pour quelqu’un qui, de part la blancheur de sa peau réfléchit le soleil à 75 kilomètres à la ronde !
Tel un phare, je brille dans la montagne, l’écume des vents desséchant mes bras trop maigres.
Je ne comprends pas pourquoi tout le monde se marre.
Je pioche, ça rigole.
Je regarde un aigle (Ici tout ce qui vole est dénommé de la sorte…), ça rigole.
Je bois un thé, ça rigole….
Qu’à cela ne tienne, je décide de briser la glace !
- Ca va les gars ?
- Ca va les gars ! Hahahahhah !
- Vous avez bien fêté le Noël Népalais ?
- Vous avez bien fêté le Noël Népalais ! Hahahahah !
C’es d’autant plus énervant que cela leur paraît tout naturel…
Instrospection.
Je suis en Belgique travaillant laborieusement derrière un bar.
Rentre un chat et pose ses coussinets sur le comptoir. Après un ou deux ronronnements, il me dévisage et prononce :
« Hé fieu, mets moi un peu un Orval ici ! »
Soit je m’encoure, soit j’éclate de rire tout en répétant ce qu’il vient de me dire, prenant les autres clients à témoin !
Ici, lorsque je salue les gens en Sherpa, parfois, ils s’enfuient à toutes jambes…
Je me suis simplement fais à l’idée qu’un chat qui débroussaille à la machette ne fera jamais partie des choses «normales» de la montagne.
Et puis je dois bien l’avouer, bien que cela m’effrite l’égo, dès le premier jour, mes coussinets étaient recouverts de cloches…
- Bon Furba, je m’en vais taper un rapport sur l’avancement du projet…
Tashidelek !
VOIR UN AMI CHILLER
Par moments dans la vie il est bon de déconnecter complètement, s’oublier dans les méandres du vice et de la facilité.
Un endroit parfait sur la surface du globe pour ce genre d’activités hautement constructives : Bangkok.
Une personne fort recommandable pour explorer les fondements de nos propres limites : l’Ami.
Se rejoindre dans un hôtel, à une heure précise dans la ville des anges, n’est pas chose aisée lorsque l’une des composantes de la « dream team » arrive en droite ligne de Katmandou.
- Mesdames et Messieurs, suite à une coupure de courant généralisée, la tour de contrôle est hors service et par conséquent ne peut pas nous donner la permission de décoller…
- Putaaaaaaiiiiiinnnnn….Jusqu’au bout le Népal !
C’est avec une heure de retard que j’arriverai au château, espérant y retrouver mon comparse affalé devant une demi douzaine de bouteille de Léo Beer.
Qu’elle ne fût pas ma surprise de me rendre compte qu’ici, il n’y avait pas âme qui vive.
Ni dans la chambre, ni dans le lobby, et chose plus étrange encore, personne au bar…
- Ouais c’est moi, ça fait un quart d’heure que je te cherche partout, t’es où nom de dieu ?
- Ha bah j’étais sorti me balader, comme je savais que tu arriverais maintenant, je me suis dit que c’était un bon moment non ?
Pas évident.
La matinée suivante fût dédiée à l’introspection, tout en regardant le plafond de la chambre en émettant de petits râles, signifiant que la fin est proche. Une sensation de mort m’envahit, je sens que je quitte cette terre peu à peu. Mon énergie se raréfie, je m’assèche…
- Bon, euh, on fait quoi là ?
- Mgggnnnhhhhrrrrfffffffff….
Ha oui, c’est vrai…On est deux. Une dynamique de groupe. Je ne suis plus le seul concerné par mes décisions. Je dois « penser » à l’autre…
Venant de passer 4 mois en autonomie dans la jungle équatorienne, il m’est quelque peu compliqué de renouer avec l’abc des relations humaines.
Je ne me suis nourri que de serpents et ai lutté contre des panthères plus d’une fois, et me voici terrassé par de l’alcool frelaté. De plus, mon ami me regarde avec des yeux ronds, assis sur le bord de son lit, dépendant de ma décision pour amorcer notre première journée « Discover the wonders of Bangkok. »
- Ok, ok on y va…
Le climat est inquisiteur, je me sens brûler sur le bûcher de l’astre solaire. Chaque pas résonne dans ma boîte crânienne, comme si l’on frappait violemment d’un marteau une tôle ondulée.
La première partie de notre expédition sera aquatique ; un bateau nous emmène vers notre destination, nous donnant un point de vue exclusif sur les terrasses des grands hôtels que sont le Mariott, Sheraton ou autres Hilton…
Là, au bord de la piscine, les chaires usées rôtissent au soleil, rassemblées en groupe, rappelant une échouerie de phoques, faisant passer le temps en s’hydratant de breuvage bien trop chers pour ces simples êtres dénués de discernements.
Cette journée sera christallisée dans l’interview que L’Ami donnera à Pitchfork®, à l’occasion de la sortie de son premier album solo :
« Passer une journée avec Guim dans Bangkok, c’est une des meilleures choses qu’il m’ai été donnée de vivre. Sa maîtrise parfaite de la langue Thaï ainsi que sa bonhomie sans faille m’ont assuré un « Inside-look » de ce qui est vraiment le Bangkok Underground. De plus, les gens l’adorent et le saluent dans la rue, provoquant toutes sortes de situations cocasses. Quand ce n’est pas un enfant qu’il a dans les bras, c’est une personne âgée qu’il aide à traverser….Un homme d’une rare bonté, que je suis honoré de compter parmi mes amis. »
Tout est dit.
Lors de la suite de notre escapade urbaine, l’Ami, féru de nouvelles technologies, me vanta les mérites d’un nouveau moyen de reproduction cinématographique.
Le nec plus ultra du 7éme art, l’avènement d’une nouvelle ère, le bouleversement fondamental de toutes formes d’écritures.
La 4DX…
- T’es sûr de ton coup là ? Parce que bon, 12 balles la place de cinoche, je veux bien mais bon…Ya rire et rire !
- Je te jure c’est un truc de malaaaaaade, tout en full 3D, avec les sièges qui bougent, les odeurs, le vent , la pluie. Like the real shit man !
- Ouais mais il faut qu’on achètes les lunettes non?
- Nannnn, ça doit être compris dans le prix !
- Bon….Mais j’avoue que « Mission Impossible 5 »…Pffffff.
- Alleeezzzzz, ça va être une expérience incroyable !
- Ok, ok…Je m’endormirai sûrement un peu moins con.
Nous nous introduisîmes dans la pénombre, cherchant tant bien que mal nos places ainsi que nos lunettes 3D.
- Messieurs, maintenant que vous venez d’acheter votre ticket « cher-et-vilain », je vous informe qu’il n’y a pas de lunettes 3D étant donné que le film est en 2D !
- Pardon ?
- Tout à fait, néanmoins vous bénéficierez de 4 effets complètement inédits durant la projection, bon film à vous.
- Putain…
Le résultat : Je me suis senti comme dans ces bus Népalais qui te secouent dans tous les sens, tout en projetant la dernière daube hollywoodienne pour que le trajet passe un peu plus vite. Ni plus, ni moins !
Le Karma est intervenu lorsque Tom plonge dans une cuve de refroidissement, et qu’une giclure d’eau est venu souillée la netteté des binocles de l’Ami qu’il s’est efforcé de nettoyer pendant un bon quart d’heure tout en jurant copieusement. Le meilleur moment du film, sans aucun doute !
L’Asie c’est un peu comme marcher dans un décor de film constant: on se sent à la fois dans une passion romantique dévorante, un thriller, un film de guerre.
Les Doors sont omniprésent, le ‘Nam n’est pas loin…
- Et si on allait se claquer l’apéro au bord de la rivière Kwaï ?
- J’en suis !
L’Ami cette fois-ci a fait très fort !
Luxuriance, prix abordables (Bien que l’argent ne soit plus vraiment un problème depuis la commercialisation de notre SexToy « Pikachu ») et nourriture de qualité furent au rendez-vous !
Deux journées de train, entrecoupées des indignations de mon collègue quant la quantité de nourriture que je suis capable d’engloutir dans un laps de temps très court.
Lorsque l’on s’amuse, le temps passe vite.
La semaine de travail touche à sa fin, les idées de sorties commencent à fleurir dans les esprits saturés de stress. L’envie de s’échapper de ce cercle infernal, vivre dans la peau d’un autre, ne serait-ce que pour quelques heures, envahit rapidement les méninges des composantes de notre société…
Pas pour nous. On ne travaille pas.
Ici, le weekend est synonyme de Tchatuchak, le plus grand marché d‘Asie du sud est. Des avenues, rues, allées et drèves de brol, fringues, chaussures…Il est même possible d’y trouver des chemises hawaïennes, disparues de la surface du globe européen depuis une bonne quinzaine d’années.
C’est accompagné de ses nouvelles parures fleuries que l’Ami tenta, en vain, de me faire payer 40 euros pour une croisière nocturne entourés d’Allemands rieurs mâchant bruyamment de la viande avariée, sur fond d’un spectacle typique dont tout le monde s’en fout.
La tristesse, même ornée d’alcool, reste tristesse.
Nous nous dirigeâmes donc vers un restaurant de qualité en bord de rivière. Le crabe y était délicieux, le coktail « Atomic Fuzz », servi dans un vase accompagné de neuf pailles, l’était un peu moins.
C’est ainsi que se clôtura cette semaine en compagnie de l’ami.
Les buts poursuivit furent atteints.
Je suis reparti détendu, avec une légère gueule de bois ainsi qu’une diarrhée infernale.
Mais dans notre monde de productivité, l’oisiveté est vu d’un mauvais œil. Je ne m’étalerai donc pas sur les bienfaits qu’engendre cette attitude risquant de m’attirer les foudres des plus rigoureux d’entre vous.
Mais n’oubliez jamais, on ne vit qu’une fois.
Amour et Luxuriance.
LIGHT MY FIRE
- Ouais les gars, vous en êtes où là ?
- Sorry Ramesh, on est bloqués dans les embouteillages, on fait au plus vite !
- Bon Ok, mais je vous attend avec les 5 litres, du coup grouillez vous !
En pleine pénurie d’essence, le pays du système D peut faire étalage de tout son savoir quant à la débrouille, pour le meilleur et pour le pire !
Pas de pétrole officiellement, mais d’où sort ce camion ?
Ces motos roulent-elles à la pisse ?
Et puis ces messieurs des U.N, auraient-ils percé le secret de la voiture à l’eau ?
Le « working-class-hero » népalais a deux options pour se procurer le précieux liquide :
1) Faire la file à la pompe durant 20 heures pour finalement se faire remballer au dernier moment.
- Sorry mon frère, le gars avant toi vient d’avoir la dernière goute…
2) Le marché noir : 4€ le litre.
- Ouais je connais un gars qui en revend, le neveu de la soeur de mon père !
- C’est à dire toi, un disciple du temple du henan !
- Bah ouais en fait…
Ce sera donc la seconde solution qui prendra son envol pour atteindre des sommets jusqu’alors inexplorés.
- Bon les gars ?
- Ouaiiiisss on fait au plus vite !
- Je dis ça, je ne dis rien mais j’ai toujours de l’essence qui vous attend…
- Merci Ramesh, t’es vraiment un cœur, je brûlerai une bougie au beurre de yak en ton honneur !
- Bah j’espère bien, ça fait une heure que je poireaute !
Une demi-heure de moto pétaradante plus tard, nous voici enfin arrivé chez « Ramesh ».
(Le prénom a été délibérément changé afin de préserver l’intégrité morale de cette personne.)
- Haaaaa, Furba, Guim, quelle bonne surprise ! Vous voici venu chercher de l’essence ! Asseyez vous, buvons un thé !
- Merci, mais là on a encore plein de choses à faire et…
- Tûtûtû, assieds toi et bois un thé !
Népal quand tu nous tiens !
Nous voici assis à slurper méthodiquement le breuvage lacté, se regardant en chiens de faïence.
- Mon bureau vous plaît ? Il est chic n’est ce pas ? C’est de l’acajou polonais !
- Haaaa, je me disais bien !
- Mais venez donc voir le matériel que j’ai récolté pour les enfants pauvres des montagnes…
- Ho putain, des couettes IKEA !
45 minutes à se faire des politesses, des ronds de jambes et à se renifler l’anus.
Le thé est fini depuis bien longtemps lorsque notre hôte nous emmène hors de son intérieur feutré.
Nous y voici, le but de notre visite, acheter de l’essence !
Je me sens comme dans Mad Max, une douce excitation pénètre les pores de ma peau à la vue de ces octanes dansant devant moi tel de petits diables enivrés de mauvais vin. Une musique d’un autre âge accompagne leurs frétillements ridicules, la lueur du vice lissant leurs plumes inutiles.
- Assieds toi, buvons un thé !
Bordel.
Une demi heure supplémentaire de :
- En tout cas on a de la chance avec le temps !
- Ha ça, surtout avec ce qui est tombé hier…
- La mousson met quand même de plus en plus de temps à quitter nos terres !
Sans m’en rendre compte, inexorablement, mes phalanges se serrent autour du verre; elles blanchissent dans une lutte perpétuelle avec le matériau transparent. Mes molaires se contractent à leur tour et ma paupière inférieur droite est prise de tremblements incontrôlables. Tel un volcan, je bouillonne intérieurement, impossible de continuer à contenir cette lave qui, de son intensité, brûle ma patience. Le liquide rougeâtre se fraie un chemin au travers des méandres de mon inconscient; et soudainement jailli au travers de la croûte de ma bienséance, telle une surprise nocturne dans le caleçon d’un pré-pubère.
- Aussinon, heu…A propos de l’essence qu’on est venu chercher ? Ce n’est pas que je passe un mauvais moment, bien au contraire, mais j’aimerais bien faire autre chose de ma journée que de boire DES PUTAINS DE THES EN DEBLATERANT DES INEPTIES SUR LE TEMPS QUI PASSE ! (Il va de soit que la dernière partie de l’intervention se passe dans l’antichambre de mon subconscient.)
- L’essence ?
- Bah ouais, tu sais, tu nous a appelé 5 fois pour qu’on vienne la chercher !
- Haaaaaa…Oui…L’essence…Vous allez rire, mais en fait je n’en ai pas !
- …
Je n’ai jamais autant ri de toute ma vie.
L’européen de base en quête de repères cherche une explication logique à chaque phénomène…
- Ho ben j’imagine qu’il cherchait un prétexte pour nous montrer son nouveau bureau en acajou. Au moins on a bu un bon thé, c’est déjà ça de pris ! Allez, fais pas la gueule, on rentre à la maison.
Je n’en suis qu’aux prémices de mon apprentissage dans ce pays où le temps est un concept circulaire contrairement à notre société rectiligno-centrée.
Arh !
CINEMAAAAAAA
Il court devant l’écran, poussant de petits cris aigus, décrédibilisant sérieusement Josh Brolin qui tente de s’en sortir face à la plus haute montagne du monde.
Sa tante ainsi que sa mère sont hilares :
« C’est bien mon poussin, tu deviendras une star de bollywood ».
C’en est trop…
Veine frontale qui gonfle, buée sur mes lunettes 3D, crispation au niveau des trapèzes.
- Putainnnnnnn ! Vous allez tous fermer vos putains de gueules nom de Shiva de bordel de merde ! (Et de sortir ma Kalachnikov) Rrrrrrrraaaaatakakakakakakakakaka !
Prenez ça dans vos dents, et maintenant qu’on me laisse voir la fin du film en paix ! (Et de m’allumer un cigare cubain parmi les dépouilles ensanglantées.)
Aujourd’hui c’est Dimanche, je suis relax, pourquoi ne pas aller me faire un bon blockbuster Islando-ricain…Après tout, 3 balles la place de cinoche ça ne casse pas trois pattes à un rickshaw.
Le ticket à la main, je me fais fouiller « Airport-style » à l’entrée du temple du 7ème art.
Bah ouais, un attentat dans une salle de cinéma népalaise à 11h du mat’ un dimanche, faut vraiment être dans la Daech pour y penser…
(Vous venez de lire le meilleur jeu de mots de toute l’histoire du Poulpe.)
Je m’installe confortablement dans la pénombre, peu après viennent s’installer deux moines à côté de moi. Ils ont un énorme sachet de PopCorn.
- Where you do you are coming where from ?
- Belgium…
- Haaaaa, Beijing ! Nice, donc tu est chinois !
-…Non, non je viens de BEL-GI-QUE, pas Beijing !
- Haaaaa…(une appartée en Népalais à son collègue) C’est où ce pays, jamais entendu parler ! C’est en amérique ?
- Lukaku ?Fellaini ?
- HAAAAAAAAAA okokokokokok, nice country ! Nous on est Népalais.
- Ha tiens ?
Le film commence, je sens un long frisson me parcourir l’échine, c’est parti pour deux heures de pur divertissement !
Les premières images tant attendues me font pleurer, c’est beau à crever, je me dis que…CRUNCH CRUNCH CRUNCH
Je toise d’un regard noir mon voisin en robe rouge.
-Tu veux un PopCorn ?
- Heu non non, ça va merci…
J’en déduis que mon regard de mâle alpha débordant de testostérone évoque plus un caneton mendiant un petit morceau de pain sec.
Soit.
L’équipe arrive à Kathmandou, s’attable et écoute le speech du chef d’expédition.
Voix grave, regard profond se plongeant dans les yeux de chaque membre de l’expédition…
- At the south col, which is above 7800 msl, your body is literally dying, so we need to move fast and FLASHHHHHH
Une lumière aveuglante à ma droite, mon voisin vient de se faire un petit selfie, à la bien, avec le blanc assis à côté de lui…
Merde…
10 minutes plus tard, nous voici en train de survoler la superbe vallée de Dingboche, la 3D rendant la prise de vue saisissante! J’y suis! Je me rappelle l’odeur d’encens qui émane des monastères croisés le long de la route, les troupeaux de Yaks accompagné du délicat tintement de leur clochette avec en toile de fond les sommets majestueux de l’Amadablam, Nuptse, Lhotse et surtout la mère des océans…
- Ouaich Kabita, ramène toi, il est ici notre siège, shit, je ne vois rien.
- Attend prends ma lampe de poche (qu’est ce qu’elle fout avec une lampe de poche dans son sac…)
- hahaha excellent regarde, ya un étranger, trop drôle.
- Où ça, je ne vois rien ?
- Là, regarde, à côté des deux moines.
- Ha ouais…Il est sûrement anglais !
- (Les moines de répondre en cœur) Non il vient de BEL-GI-QUE, pas vrai mon frère ?
Bordel…
J’oublie vite l’incident, happé par l’ascension périlleuse à travers la cascade de glace du Khumbu, réputée pour ses séracs meurtrier !
Arrivé au camp 2 toute l’équipe est vidée de son énergie par le froid et l’altitude.
Seul Anatoli Boukrev, célèbre alpiniste Kazakh, semble ne pas être affecté par les conditions climatiques plutôt rudes.
Il est surnommé « Snickers man » par les autres membres de l’expédition car l’homme juge plus facile de se déplacer en petites basket de ville à 6500 mètres…C’est également l’unique membre de l’expédition à ne pas utiliser d’oxygène. Un gars balèze, qui avait pour dicton :
« La montagne n’est pas un stade où s’accomplissent des records, mais bien une cathédrale où je pratique ma religion ».
Malheureusement il fût emporter par…
- Ouais Prakash ! Je suis au ciné ! Et toi t’es où ? Tu as déjà mangé ?
- ( voix téléphonique incompréhensible)
- Ho c’est un film sur la montagne…Ouais ils se sont déjà embrassés trois fois.
- krshrshhsttshhskshs
- Je suis avec Sonam, et mon pote belge.
- Krshkrshkrshkrshhh
- Ouais, il vient de BEL-GI-QUE, et là il est au cinoche avec nous, attends je te le passe !
Mais non…
C’est à ce moment que j’aperçois un mioche dévaler les escalier, propulsé par ses chaussures « A couinement » en annonçant fièrement :
- Vous ne m’attraperez jamais-heu !
Ce qui nous amène au début de ce post…
Au Népal, le cinoche, c’est un peu comme le café du coin ; on y vient entre amis, pour discuter le bout de gras, et accessoirement regarder les images projetées à l’écran !
Si nécessaire on sort la nappe de piquenique, et on mâchouille joyeusement des pillons de poulet tout en donnant son avis sur la situation politique désastreuse que traverse le pays.
Il physiquement impossible pour deux Népalais de rester assis l’un à côté de l’autre plus de 4 minutes sans se parler. Véridique !
Ici les relations sociales sont primordiale et ultradéveloppées comparé à nos pays « ne-me-parlez-surtout-pas-je-n’ai-rien-à-vous-donner »
Les gens parlent, exorcisent certaines de leurs angoisses, cherchent des réponses à leurs questions, racontent leurs expériences au travers d’une discussion avec le quidam rencontré dans la rue. Parler c’est partager et ici les gens ont des histoires, nouvelles, légendes et potins en stock !
Au minimum de quoi tenir un trajet de 15 heures en bus, avec 5 heures de supplément en cas de transhumance de chèvre sur les petites routes de montagne.
Au fond, que l’équipe se gèle les couilles au col sud m’importe peu, de toute manière c’est un film Ricain-centré où même les Sherpas ont un accent californien.Pfff…
- Tu sais quoi ? Fais pètey un pop corn et raconte moi plutôt de quel village vous venez!
BE SLOW
-Nous je vous jure, je ne ressens vraiment pas le besoin de boire une 13 ème tasse de thé.
- Che ! (Bois/Mange/Cul-Sec)
- Non, non ! Vraiment, je…Comment dire, il est pour moi physiquement impossible d’ingurgiter la moindre goutte de lait supplémentaire…
- Che !
- Pitiéééé, non, non….Pas l’entonoir, je, je…GLGLLGLGLLGLGLHSHLLL
Boire un thé au lait, à Kathmandou, c’est un de ces petits plaisirs quotidiens qui font de la vie une aventure extraordinaire.
C’est doux, sucré, chaud…
Une fois que l’on sort de la ville poussière pour s’aventurer dans les montagnes, plus précisément en territoire Sherpa, étrangement, le sucre se change en sel…Plus haut encore, on y rajoute du beurre rance.
Histoire que cela tienne vraiment au corps. Juste au cas où…
Le plaisir se transforme en devoir.
Ici la manière la plus courante de se saluer est de dire :
« Assieds toi et bois un thé »
Le chemin de retour au village est forcément fréquenté QUE par des connaissances…Promesse d’un itinéraire long et semé d’embuches lactées.
- C’est parce qu’on n’a plus de maison que tu ne veux pas venir boire le thé ?
- … Ok ok.
- Ha ! c’est bien ce qu’il me semblait. Assieds-toi, bois un thé ! (S’en suis un profond raclement de gorge accompagné d’un épais glaviot.)
Je ne savais pas que mon corps était capable de contenir tant de liquide. Dans les descentes, j’avais l’impression que du beurre se formait peu à peu au fond de mon estomac.
Solu, département népalais au sud de l’Everest, fût l’un des plus touché par le second tremblement de terre. Des villages entiers ont été rasés de la surface du globe en l’espace de 40 secondes.
Je ne pense pas m’être rendu compte de l’ampleur des dégâts.
Certes à Kathmandou, certains bâtiments manquent à l’appel, des fissures sont visibles sur les façades des maisons, mais le paysage n’a pas radicalement changé.
Arrivés à Kinja, autrefois connu pour son marché du samedi, c’est un village entier qui a disparu…Il n’est juste plus là…
- Bah merde, j’étais certain que c’était ici…
4 ou 5 maisons surgissent d’entre les décombres, vestige d’une agglomération passée.
Tout le monde vit maintenant dans des « cottages », une forme d'architecture vernaculaire traditionnelle de type maison de campagne du Royaume-Uni.
La version népalaise, ce sont des bâches sur une structure en bambou à l’intérieur de laquelle toute la famille vit rassemblée, à côté de la maison fissurée/détruite.
On s’y installe pour écouter les histoires du tremblement de terre, les nouveaux ragots (La famille VanderMeulen a eu droit à plus de bâche pour son « cottage »…), et surtout des contes sans queue ni tête…
- Tiens Guim, tu sais pourquoi les chiens se reniflent le cul ?
- Pardon ?
- C’est simple, il se trouve qu’il y a bien longtemps les chiens voulurent accéder au paradis, pour ce faire ils avaient besoin d’une lettre écrite de la main du chef du ministère des entrées au paradis.
- …
- Ils reçoivent leur lettre, tout le monde est content, et ils se dirigent en groupe vers le paradis, la queue battant au vent de la rédemption. Mais ils se rendent compte qu’un énorme torrent leur barre la route.
- Comme par hasard…
- C’est alors que l’un des chiens a la lumineuse idée de mettre la précieuse lettre dans l’anus de l’un ses congénère, afin que la missive ne se retrouve pas mouillée et par conséquent illisible par le garde du paradis.
- Ok…
- Ils traversent le torrent, et une fois arrivés sur l’autre rive, dans la cohue générale, il se trouve que les chiens ne se souviennent plus qui a la lettre et ne peuvent donc pas rentrer au paradis. C’est donc pour cela qu’ils se reniflent tous le cul afin de retrouver le satané papier !
- Wow…Je…Je…Je ne sais pas quoi dire…
Dans les montagnes, il est comique de voir les différentes ethnies vivre ensemble, selon des us et coutumes totalement différents.
- Un Sherpa peut épouser une Bhujel qui fait partie de la caste des intouchables ?
- Oui, enfin…Avant c’était plus compliqué, mais maintenant ça va.
- Genre c’est largement accepté ?
- Bahhh pas forcément par la famille. Mais bon, si un homme de caste supérieur épouse une femme de la caste des intouchables, le gouvernement offre 1000 euros au couple, pour favoriser la mixité…
Les petites perles de la législation Népalaise…
Au boulot !
Une réunion de chantier au Népal commence par le sempiternel thé que l’on sirote en se regardant dans le blanc des yeux. Cela peut prendre jusqu’à 25 minutes.
- Che!
- Je vous en prie, vous d’abord
- Non, vous!
- Mais non je n’en ferai rien!
Ensuite une étrange forme d’élocution sévit dans ce pays : La répétition.
- Donc on va creuser une tranchée sur 6 kilomètres, depuis la source, jusqu’au village, qu’en pensez- vous ?
- Hèèèèèèèèè….Je pense que creuser une tranchée, de la source au village, ce qui nous fait environ 6 Kilomètres, serait une bonne idée ! Oui, oui, une tranchée de la source au village, oui. 6 kilomètres…Oui. Très bien une tranchée de la source au village. Une tranchée de 6 kilomètres.
- Du coup, pour cette tranchée de la source au village…
- De 6 kilomètres…
- Effectivement, merci Pemba, de 6 kilomètres, je pense que 15 hommes seront suffisants. Oui, aux alentours de 10, 15 hommes, cela devrait être suffisant. Une petite quinzaine d’hommes, pour creuser la tranchée de 6 kilomètre de la source au village, qu’en pensez -vous ?
- Haaaaaaaaaa…Pour les 6 kilomètres de tranchée de la source au village…
- (Les autres de reprendre en cœur) De la source au village.
- Hèèèèèèèè… Une quinzaine d’hommes, à vrai dire, entre 10 et 15 hommes, ce serait effectivement l’idéal, pour creuser…..
Bref, vous avez compris !
J’ai décroché quand on a abordé le thème du ciment.
- Bon les gars…
- Ouais ?
- Je vais faire un tour, je ne me sens pas très bien ça doit être l’altitude, toute cette pression, ce festival…
- Haaaaa…Bah ouais, je pense que ce doit être sûrement l’altitude, et puis surtout toute cette pression, le festival…
A Gepchuka-plage on discute du « comment », sans trop se soucier du « quand », et au fond, c’est ça qui est bon !
Je me suis souvent imaginé une ONG suisse-allemande débarquer dans ce village où à 11 heures du matin tout le monde est cramé à l’eau de vie…
Il est évident que cela ne fonctionnerait pas, car le problème de beaucoup de ces organisations est de vouloir effectuer un travail européen dans un pays comme le Népal.
Comme si l’on demandait à un Namurois de construire à la perfection un temple bouddhiste...
- Donc Serge, fait surtout attention à ton Samshara avant de commencer la construction ; d’ailleurs dans tes autres vies tu faisais quoi ?
-…Heu, j’aime ‘core bien la FGTBey…
Une fois de plus, l’épidémie du blanc « je-sais-tout » s’est répandue comme une trainée de poudre ; la situation « post-catastrophe » étant un milieu favorable à l’évolution de ce genre de virus.
- Et donc ce projet d’eau courante, quelle en est la raison…
- Bahhh…On a soif !
- Mmmmh, intéressant !
Un jour, lorsque la Dyle sortira de son lit pour inonder les caves de Court-saint-Etienne, est -ce que une armée d’ingénieurs Népalais débarqueront sur nos terres nous expliquant comment gérer le problème ?
Je serais curieux de voir la tête de Jean-Luc Roland lorsque Ramesh lui dira qu’il n’a vraiment rien compris en termes de gestion du courant fluvial.
Des fois, je me dis que les grandes ONG sont des entreprises dont les matières premières sont la misère et la catastrophe.
- Pedro Garcia, cultivateur de café colombien, s’en est sorti, tout roule pour lui !
- Oxfam annonce la suppression de 35 postes, cela suscite un vif émoi au sein de l’entreprise !
Payer 5000 euros par mois des « experts » blancs qui ne savent pas comment dire « bonjour » dans la langue locale me paraît être d’une aberration la plus totale.
20% des dons arrivent réelement dans le pays, les 80 autres servent aux « frais de gestion”...Consternant!
- Altruistes ? Nous ? Hahahaha! Ce que t’es con Dean ! Aller , je t’en remets une !
J’aimerais solutionner la faim dans le monde pour que tous ces vautours fassent faillite, et arrêtent de boires des cocktails entre expats’ servis par une main d’œuvre locale sous payée…
Hé mais…Attendez une minute! Il n’y aurait pas comme une odeur de colonisation par ici?
- Je mets de l’argent dans ton pays, j’ai donc droit de cité quant à la manière dont tu dois construire ta maison…Deal ?
Poussons un peu plus loin…Nous ne sommes plus à cela près !
Dans un petit village de l’Est Népalais, une ONG chrétienne est arrivée en proposant de gracieusement reconstruire une école à condition que le hameau se convertisse…
Ni une ni deux, les Népalais pas nés de la dernière pluie, se sont signés devant ce gars qui, selon les dires, en savait un rayon sur les clous et le bois.
Une fois les biffetons crachés par les puritains, les villageois se sont empressés de jeter les crucifix dans la rivière, retrouvant avec émoi la bonne vieille liturgie Népalaise.
Bouddha 1 – Jésus 0 !
Encore une pour la route ? Allé OK, c’est bien parce que le Poulpe est en forme ce soir !
La croix rouge a rassemblé 500 millions de dollars lors du tremblement de terre en Haïti.
Ils ont construits 6 maisons…
Be happy, Be Nepali, Be slow.
Ananda sanga garnousse !
(Faîtes en paix)
Back at it...
- Donc maintenant je vais vous demander de dessiner un plan de votre quartier, et de situer votre maison dessus.
- Bahhh, c’est quand même un peu chaud non ? Vous avez vu toutes les ruelles qu’il y a…
- Ho ben, une approximation ce sera OK…
- Je peux me permettre une petite question ?
- Je vous en prie…
- Je ne saisi pas vraiment le rapport entre l’ouverture d’un compte en banque et le plan de mon quartier…
Ha mais oui, c’est vrai, suis-je bête…Je suis au Népal!
Ici se poser des questions, c’est par moment une perte de temps et d’énergie.
Fais-le, un point c’est tout, ce sera plus facile pour tout le monde…
Les questions qui me taraudent quotidiennement sont innombrables, mais certaines d’entre elle ont heureusement trouvé une réponse :
“Pourquoi sur les paperasses officielles je dois toujours écrire le nom de mon père, ma mère, mon grand père et ma grand mère ?”
Il se trouve qu’ici il n’y pas beaucoup de variété au niveau des combinaisons nom/prénom.
Je m’explique : Le nom de famille de quelqu’un correspondra à son groupe ethnique/caste; ensuite en fonction de sa culture, plus ou moins de diversité sera disponible pour le prénom…
Les grands champions sont les Sherpas : Le prénom du moutard sera le jour de sa naissance…Tout simplement !
Du coup, des Jeudi Sherpa il y en a un paquet, par contre un seul aura une mère mardi, un père mercredi, un grand père dimanche et enfin une grand mère lundi ! Vous saisissez ?
Donc pour savoir à qui on a affaire, on recoupe avec son arbre généalogique, ainsi que son village, ses amis etc etc…
J’ai déjà assisté à des discussions de plus d’une heure afin de savoir qui est qui…Dingue !
Là ou ça se corse, c’est lorsqu’il s’agit de retrouvé tel Mardi Sherpa dans son annuaire GSM.
- Allo ?
- Allo !
- Allo ?
- Allo ! ( Au Népal on dit deux fois “allo” ...)
- Ho Mardi c’est toi ?
- Ouais, pourquoi ?
- Attends t’es quel Mardi ?
- Bah le frère de Jeudi, tu sais celui qui est borgne…
- Ha merde je me suis trompé, je cherche à joindre Mardi, dont la sœur s’est mariée avec ce gros con de Samedi, celui du village de Bouldanda.
- Haaaaa…Son numéro fini par 734 je pense…
- Ok Merci, sorry pour le dérangement ! A part ça la famille ça va ?
- Tout roule nickel !
- Allé, Ciao !
Par contre au niveau des questions sans réponses :
“Ou sont toutes ces vaches qui produisent tant de lait pour le thé qui est consommé au moins 47 fois par jour/par personnes…”
Il pleut : Buvons un thé
On doit attendre Ramesh : Buvons un thé.
Il faut discuter : Buvons un thé.
On doit boire un thé : Buvons un thé.
“ Pourquoi est ce que les toilettes sont toujours dans la douche…Quand je dis dans la douche c’est littéralement DANS la douche !”
- Qui vient de pisser partout sur la planche ? C’est dégeu !
- Ha non, je viens juste de me laver !
- Ha ok, cool !
Festival de questions qui reviennent à chaque fois, inlassablement, comme mes coups de soleils dans ce petit pays aux majestueuses montagnes.
Est ce quelque chose a changé depuis le Boukoumba ?
Au premier regard, non…Et puis, au fur et à mesure des heures qui s’effilochent tout au long des journées, on se rend compte, qu’imperceptiblement, ce ne sera plus pareil…Comme si un subtil goût n’y était plus, remplacé par une amertume latente.
Avec le Boukoumba, se sont effondrés bien plus que bâtiments et temples; beaucoup d’espoirs ce sont envolés à jamais. De ceux que l’on ne répare pas avec des briques et du ciment.
Quand les gens discutent, ils commencent souvent leurs phrases comme ceci :
-Avant …
Deux plaques qui s’entrechoquent générant une fracture temporelle.
“Boukoumba”, ça veut dire “tremblement de terre” en Népalais.
Mais très vite l’on aperçoit des t-shirt estampillés « Nepal will rise again », arborés fièrement sur des torses bombés, des rêves d’un meilleur pays, l’occasion d’une reconstruction sans précédent que fait miroiter le gouvernement, qui, après 8 ans de discussions, a enfin promulgué sa nouvelle constitution !
La nouvelle est accueillie par l’Inde de manière plutôt maussade.
Elle ferme tout simplement ses frontières avec le Népal, empêchant le pays de recevoir tout ses bien de consommations…Bah tient, ils avaient bien besoin de ça !
- Il me reste 100 grammes de merde, je vous en remets ?
Pénurie de pétrole dans tout le pays, les Kathmandoutois soudainement se prennent à rêver d’une ville verte, où les officiels iraient en vélo assister à leurs réunions…
L’ambassadeur de l’Inde se prononçant sur la situation de détresse du peuple : « Dans toute grande relation d’amour fraternel, il y a toujours des hauts et des bas… » . Sympa le grand frère…
-Tu me casses les couilles, du coup je te laisse crever de faim
- Ok, ça me parait plutôt corekk !
Toutes ces tracasseries ont pour effet de sérieusement refroidir les « selfies-addicts » venus des quatre coins du monde pour affronter les montagnes ; ou à tout le moins leur camp de base.
Thamel, autrefois réputé pour sa foule « Westerner » sur laquelle se précipitaient toutes sorte de rabatteurs « multitask » ( Trekking, hassish, girls, drugs, pinguins…), est aujourd’hui partiellement vidée de son gagne-pain.
Les vendeurs à la petite semaine jouent tranquillement aux cartes, ne remarquant même plus les quelques irréductibles Australiens en quête de sensations nouvelles.
Ya plus qu’à…
Il n’y a plus qu’à se retrousser les manches, respirer un grand coup de poussière, planter ses yeux dans l’horizon,(s’il n’est pas bouché par des montagnes...) et foncer à pleine bourre en regardant néanmoins où l’on va…
Parce qu’ici on touche à la vie, celle qui pique et qui rend ivre de bonheur à la fois. Celle pour laquelle on pourrait mourir, celle qui laisse un goût intense dans la bouche. La vie qu’il faut mériter, pour laquelle on se bat. Au jour le jour.
Sur ce je vous laisse, mon jeune employé de 12 ans vient de me signaler que mon Jacuzzi vient d’être coulé.
Ramro sanga Djanouss.
( Allez-y avec du bien ! )
Farsero pierets
- Quelle votre destination finale ?
- Bishkek
- Bishkek ? C’est en Russie ?
- Bah non, c’est la capitale du Kyrgyztan…
- Kyrgy-quoi ?
Welcome to KGZ !
Ce qui frappe directement, vu de l’avion, ce sont les étendues vides.
Rien…à perte de vue.
Une route vient timidement lacérer ce no man’s land, cordon ombilical entre l’aéroport et la capitale, plus au sud, que l’on devine encore endormie en cette heure matinale.
Les lumières de l’aurore jouent sur les cimes enneigées de l’ala-too, chaîne montagneuse voisine de la cité. Les tons pastels rappellent une photo panoramique un peu délavée d’un snack durum désuet.
La sortie de l’aéroport est rapide et sans encombres; pas de formulaires, pas de questions, même pas un regard. Bienvenue, un point c’est tout.
Comme toujours, le premier contact avec le peuple local se fait au travers d’un taximen cupide, avide de te laisser exsangue de tes premières devises locales fraichement échangées.
- Non, c’est gentil mais on va prendre le bus.
- Il n’y a pas de bus avant demain…
- Bah tient !
Autant être honnête, Bishkek, dans l’inconscient collectif, ne représente pas grand chose…
- Je reviens de New-York où j’ai assisté à un concert FA-BU-LEUX de Nicolas Jaar au MOMA…Enoorme !
(Regards gorgés d’intérêt, teintés d’un subtil mélange d’envie et d’intimidation)
Versus :
- Je reviens de Bishkek où je me suis fait une orgie de poivrons farcis, le tout arrosée de lait de jument fermenté…Enoorme !
(Regards vides)
- J’ai payé 300 euros mon aller-retour…
(Regain d’intérêt de l’assistance)
-Le litre de Vodka coûte moins d’un euros…
(Auditoire conquis, battant des mains à tout rompre, et le gars qui revient de New-York, dépité, et mis à la porte sans sommations.)
Fuck Nicolas et vive Dinara Akulova Zhayloodo…
Bishkek est calme, presque paresseuse sous sa chaleur écrasante. Bénéficiant d’un climat continental, l’été les mini-shorts paradent fièrement, l’hiver la Chapka et les gants en peau de renne deviennent l’ultime rempart contre le froid mordant.
- On a de la chance ici, ça ne descend jamais en dessous de – 20 degrés.
- C’est pour ça que vous mettez des tapis sur les murs ?
- Hahaha, non ! Ca c’est pour montrer qu’on a du pèse.
De larges avenues verdoyantes, flanquée d’immeubles cubiques, tous identiques, et vaguement délabrés. Les noms de rues sont évocateurs d’un passé USSR.
- Alors pour le supermarché tu prends Tolstoï et au croisement avec Lénine, tu continue sur Soviet…
- Merci Sergueï !
Une ville aux formes élégantes, il y a même une patinoire au sous sol d’un centre commercial, comme pour rappeler aux citadins qu’un jour ou l’autre l’hiver leur reviendraaaaa… (Moi, j'avais le soleil jour et nuit dans les yeux d'Emilie.)
Ici tout n’est que viande, à croire quelle pousse sur les arbres !
Impossible de ne pas manger de cadavre de vache, cochon, mouton, chèvre, cheval, rat, chien…Bref la viande est partout, de l’entrée au dessert, en passant par la salade.
- Bonjour, un snickers s’il vous plait.
- Bien sûr, bœuf ou poulet ?
Karakol, la ville fantôme.
Après 5 minutes à arpenter l’avenue principale, je me sens dans le Kyrgysztan que je m’étais « stupidement » imaginé et qui ne correspondait pas du tout à Bishkek.
Ici tout n’est que poussière et errance, un centre urbain autour duquel s’articule des avenues délaissées, un marché central, parsemé de containers reconverti en magasins…
- La quincaillerie ?
- l’Evergreen, à coté du ChinaTrans.
- Ha ouais, merci !
Tout trekkeur un tant soit peu consciencieux se doit d’acheter une carte de la région qu’il compte arpenter…
Je dirais qu’il serait plus facile d’enculer un hibou que de trouver ce précieux sésame au 1/25000.
- Ha non monsieur, on ne les a pas encore imprimées.
- …
- C’est à dire que nous les imprimons une fois par an et en faible quantité voyez vous…
- Dans quel but ?
- Ha bah c’est une bonne question que vous me posez là ! Par contre j’ai peut être quelque chose qui pourrait vous intéresser…
C’est donc avec un folder touristique du style « Découvrez le monde sauvage d’Aywaille », que nous nous sommes vaillamment attaqués à une petite partie de la chaîne du Tien-Chan ainsi que de ses cols enneigés.
Un citadin nous avait assurée que l’achat de vivres dans la montagne n’était « absolument » pas un problème en soit !
Je me suis permis de douter de la véracité de ses propos…Et pour une fois j’ai bien fait !
C’est donc avec 3 kilos de Gretcka (du sarasin dont tout les « stanais » raffollent) que nous nous introduisîmes délicatement dans de superbes vallées aux pentes recouvertes d’un riche gazon verdoyant.
Il y a quelqu’un ?
Au plus les heures passèrent au moins la civilisation se faisait sentir, jusqu’au point de non retour.
Nous somme seul !
Plus un bruit, aucun être humain, justes des chevaux et des vaches…
Mon partenaire décida de se mettre nu, afin de se laver dans le torrent.
Quelque peu décontenancé par la tournure que prirent les événements, je décidai de pudiquement détourner le regard et de me concentrer sur la préparation du repas.
Lorsqu’il revint, frais comme un gardon, il me regarda, hébété et me dit :
- Bah quoi, ya de toute façon personne, espèce de cake !
Les yeux rivés sur mon gretchka en train de bouillir, je compris alors qu’il ne s’agissait pas là d’une parade nuptiale mais bien d’une légitime envie de se défaire de cette odeur de yahourt rance qui l’accompagnait depuis bientôt deux jours.
Bozu or not bozu ?
Une yourte ça vend du rêve.
La steppe sans limite parsemée-ci et là de toiles immaculées, autour desquelles paissent tranquillement vaches, chèvres et chevaux.
Par moment un enfant rieur aux joues rougie par l’altitude vient lacérer de ses piaillements cette quiétude naturelle…
Passe deux jours enfermé dans une yourte parce qu’il pleut comme jamais, tu t’en foutras vite du gamin rieur qui de ses joyeux piaillements gna gna gna…
Parce qu’au fond ce ne sont que 10 mètres carrés qui tiennent dans un cercle ; c’est dans ce genre de situations que la vodka est ta meilleure alliée.
Ainsi qu’un jeu de Bagamon portable !
D’aucuns ne vous diront que faire du stop dans un pays pareil est chose aisée…
Le problème ne réside pas dans le fait que les voitures ne s’arrêtent pas…Loin de là !
Ici il n’y a juste personne…
- Guim, je pense que le gars qui vient de nous prendre est sourd-muet…
- Ha merde…Bon j’arrête de lui crier « merci » alors…Attends, j’ai une idée, je vais lui écrire.
- Ha ouais bien vu…Bah merde il ne lit pas non plus…
- Mais enfin il veut quoi ce gars…
Notant notre gène, le conducteur s’empresse de crier :
- Chinachinachina…
- Bah merde…
- Hahahahahahah je viens de comprendre : Il est chinois et ne pète pas un mot de Kirgize ou de Russe…Hahaha on est con ! Sourd/muet, non ! Juste Chinois…
(Pour notre défense : Que fait un Chinois perdu au beau milieu de ce pays ? Et deux belges, me direz vous…)
Parce que bon, avec le melting-pot culturel qu’il règne ici, il faut bien reconnaître que savoir “qui est qui” relève de l’épreuve d’anthropologie !
Mongols, Ouzbèque, Russes, Turcs et tout les mélanges qui vont avec…Saupoudrez le tout de deux langues officielles et 27 dialectes, s’écrivant toutes cyrillique ou en arabe…
- Alors moi dans la vie ce que J’A-DORE par dessus tout, c’est la complexité !
On dirait le sud…
D’être écrasante, la chaleur passe à devenir insupportable…De grosse goutes de sueur perlent sur le front de mon camarade, ne lui laissant aucun répit quant à mes viles moqueries.
A 5 heures du matin le Muezzin appelle les fidèles à la prière.
La bière rafraichis nos corps et engourdit peu à peu nos esprit !
Ultime incursion en terrtoire Ouzbèke dans la petite bourgade d’Arslanbob, fameuse pour sa position dominante dans le buisness de la noix…S’il en est un.
La légende veut qu’Alexandre le grand en ai ramené en Europe depuis ce village paisible à flan de montagne.
Quiétude et barbecue règnent ici en maître !
Un dernier trekking dans cette région pour se rendre compte que, même dans le sud, la pluie est au rendez-vous à partir du moment où l’on chausse ses bottines !
- On a rarement vu un mois de juin aussi pluvieux !
- Ravi de l’apprendre !
Nous nous estimons chanceux lorsqu’il ne s’agit que d’un petit crachin, redoutant farouchement la tempête de grêle à venir !
L’épopée n’en est que plus enivrante !
Après un mois d’apéritif Kirghize, il est tentant d’y revenir pour approfondir les routes, polir les discussions et bâtir de nouvelles aventures.
Attaquer le plat principal !
Essayer de comprendre pourquoi la plupart des adresses que l’on vous communiquent n’existent pas, et surtout retrouver ce délicieux met qu’est la soupe de poivrons farcis, Farsero pierets, en russe !
Dasvidagna !
POULPE + 1
Un an.
Jour pour jour.
Plutôt que de palabrer inutilement sur la futilité du temps qui s'écoule je me contenterai d'une citation profondément ancrée dans la réalité.
" Dans les égouts de ce monde instable, une bonne partie des ordures est formée de fleurs déchues". Eiji Yoshikawa.
Essayons de ne pas nous faner trop vite, histoire de ne pas faire partie à notre tour de la fosse septique de l'humanité.
Joyeuse nouvelle année du Poulpe.
Le Tier-Quart
Remettons les choses au clair , ici la vie commence à 5h30 du matin , par une succession de perturbations sonores clairement identifiables les unes des autres.
Comme un enchainement d’opérations destinées à enclencher le démarrage de la journée.
La première étant le coq rouillé.
Un animal concept , mi- métal , mi- vivant , qui « cocoriquote » selon une logique dont la meilleure des définitions serait « aléatoire ».
- Mmmmh quelle merveilleuse après-midi d’automne , et si je me sirotais un petit jus de mangue dans mon hamac !
- Reureuuuurikeuuuuuu
-…
Toujours est il que, invariablement, notre gallinacé est le premier à gueuler, tous les jours aux alentours de 5h17 du matin…
Seul et unique signe d’une certaine conscience professionnelle.
Ensuite, aux alentours de 5h23, un son tout droit sortit de l’enfer viens meurtrir nos tympans détendu par le doux ronronnement du souffle de Morphée.
Un bruit venant des profondeurs abyssales du métal; comme si chaque molécules criaient leurs rage dans un rugissement dissonant, faisant parcourir de morbides frissons le long de la colonne vertébrale.
- HEIN….Quoi ?!!!!!! C’est la guerre, les robots nous attaquent, vite mon mac, l’Ipod et tous à l’abri ! Viiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiite !
- Maaaais non Guim, comme tous les matins, c’est le mec du magasin d’en face qui ouvre son volet métallique…Rendors toi !
- Mais…La guerre…et puis les crevettes aussi! Qui s’occupera des triangles après tout ça…mgnrrffff !
Je pense que le magasinier d’en face doit être un fétichiste des sonorités atroces.
Il éprouve sûrement un plaisir certain à lentement introduire la clef dans les cadenas, qui, une fois ouverts, libèreront l’horrible monstre métallique.
Se saisissant délicatement des bords d’attaques, chaque phalanges serrant peu à peu les deux poignées qui serviront à déchiré la quiétude matinale …
L’excitation monte peu à peu, l’homme serre de plus en plus les poings, ferme les yeux et sens l’exaltation pénétrer chaque pores de son corps.
Une douce langueur s’empare de lui, un frisson de plaisir irrépressible le parcourant de la tête aux pieds.
Ni tenant plus, il contracte ses muscles, tend ses jambes et soudain enroule le monstre d’acier, dans un mouvement sec et précis, autour de sa bobine.
RATAKTAKTAKATAKTAKATAKTA !
Le magasin est ouvert, ce qui veut dire qu’il est disposé à acheter pour ensuite revendre. Principe élémentaire du commerce.
Introducing : Le défilé des grossiste Indiens.
Il faut savoir qu’il existe différent types d’Indiens dans mon quartier, en bon européen qui se respecte, je les ai donc classifiés afin de me créer quelques repère dans cette partie du monde ou les gens disent non pour dire oui…
Premièrement il y a «L’indien-pomme-de-terre » , il s’annonce par le cri suivant
-Haaaaaaaaaaalllllooouuuuuuuuuuuu
(littéralement : Pooooooommmmmee deee terrrreeeee)
Parce que oui, ici on s’annonce en criant, du style vieux ferrailleur, mais à la seule force de l’organe vocal.
Chacun y va de son cri pour que tout le quartier sache que, par exemple, « L’indien-bouteilles-de-verre-vide » est là pour collecté les vidanges de nos vices.
- Putain le sifflet, fais chier…Les poubelles , VIIIIIIITTTTE.
Ici point de ramassages de PMC et autres sophistications écologiques, les poubelles c’est tout dans le même sac qu’un type sur un tracteur vient récolter dans des intervalles de temps très aléatoire !
Du coup quand ta terrasse est remplie d’immondice, et que tu entends crier
"Foooooooooooooooooooooorrrrrrrrhhhhhhhhhh" ( suivi d’un sifflet genre rassemblement scout…)
le fait qu’il soit 5h53 du matin importe peu; tu bondis tel un jaguar hors du plumard, et cours à moitié à poil dans la rue avec tes 5 sacs poubelles te dégoulinant dessus, parce que « L’Indien-poubelle » c’est le plus mystérieux de tous, on ne sait jamais vraiment quand il vient et il arrive toujours au moment où on l’attend le moins…
Donc il faut profiter et bénir sa venue en toutes circonstances.
A ce stade là on peu déjà considérer la journée comme bien entamée, mais par moments, la flemme, cette maladie internationalement connue mais qui ne connais aucun traitements, mis à part l’auto-discipline et la rigueur (…Arh !), nous ré-entraine lascivement dans les draps pour encore grappiller misérablement une heure ou deux de sommeil.
Les yeux se ferment , et peu à peu tout le corps se détend, près pour un dernier round avec le dealer de sable !
- RrrrrrrrrrrrrrrrhhhhhhhhhhhhhhhhhKRCHHHHaaaaaaaaaaaa ! Pfffffffft !
-Ho Putain…
Bah ouais le matin les "Kathmandoutois" on pleins de glaires dans la gorge, privilège unique de vivre dans une des villes les plus polluées du monde, du coup il faut qu’ils s’en débarrassent.
Je les soupçonne parfois de faire des « battle » entre eux histoire de voire qui fera le plus de bruit en se raclant le fin fond de l’œsophage!
- Ouech vas y Ramech, montre ce que t’a !
- RRrrRRrrrRrRRRrRRRRRRRrrhhhHHhHHH !
- Ouaiiiiissss groooooos ! Sanjay , là mon gars, tu t’es fait niquer !
- ( Et les autres de reprendre en chœur) BRI-BRI-BRI Check ça cousin !
Il est 6h30, et il sera impossible de dormir plus tard , d’ailleurs voilà mon GSM qui sonne !
-Allô c’est Furba…Quoi ? T’es encore au lit ? Vous me faites trop rire vous les occidentaux hahahahah ! Pas croyable !
Pas croyable ouais…
Tout les matins , il y a quelque chose qui change, une infime variation surprise qui rend chaque journée différente, un petit élément qui rajoute du piment à un plat déjà fort épicé à mon goût !
- Ha! Les moines d'à côté on décider de se lancer dans une jam-session de trompette tibétaines...Ma foi, pourquoi pas!
Et c’est ça qui est bon !
Le petit déjeuner ?
Direction chez Lambu, exilé tibétain qui parle autant Népali qu’un Lapon , c’est dire…Toujours est il qu’il fait le meilleur Aluh-Roti du quartier.
La formule est simple, des pommes de terre (Aluh) et des poix chiches baignant dans une sauce piquante, le tout accompagné de petits pains plats et rond ( Roti).
Ça tient au corps, et les matins d’hiver ça réchauffe l’âme.
Le tout est arrosé du sempiternel thé au lait !
Le "starting-process" du début de journée est complété !
Il est 7h10.
¡ Olé !
FOR SALE : EVEREST
Une fois de plus ma candeur sans limites m’a fait tomber dans les épais filets de l’illusion ; du culturel « carte-postale » , de la connerie qui ne connaît pas de frontières
Mais bon , commençons par le commencement.
J-4
Putain , je vais au camp de base de l’Everest…Wouhouuuu !
J-3
Les courses pour 20 jours de bouffes,Check !
Le permis de trek, Check !
J-2
Se pèté le maillet avec les potes,Check !
J-1
Les billets de bus , Check !
Le clefs de l’apart’ sous le paillasson, Check !
J-J ( Goldman …)
YAAAAHAAAAAAAAA !
Replaçons les choses dans leur contexte, il y a beaucoup de manières d’arriver à l’EBC. ( EverestBaseCamp, seulement pour les cools…)
La majeure partie des gens prend un vol de Kathmandù à Lukla, dixit l’aéroport le plus dangereux du monde
(Once you get there there is no way back man, nooo way back at all !) et de là ils font l’aller retour en 8 jours.
Et puis il y a ceux qui veulent vraiment marcher, qui ont vraiment le temps, et surtout qui sont vraiment fauché pour se payer l’aller retour en avion…
9 heures de bus et 8 jours de marche, voilà ce qui attend l’intrépide marcheur, pour seulement rejoindre Lukla, le chemin qui mène au sanctuaire des sanctuaires.
8 jours à vivre au rythme des Sherpas et des Raï, les deux ethnies majoritaires peuplant la région.
Bière de riz, cacas de Yaks et fou rires en tout genre du a mes tentatives, souvent soldées d’échecs, de m’exprimer en Sherpa .
Une fois la surprise passée, les portes s’ouvrent, les sourires se creusent sur les visages burinés par le vent et le travail.
Soudainement l’alcool frelaté de la grand-mère coule à flot !
« Chez nous on boit jusqu’à ce qu’on tombe, c’est la tradition ! »
Ok les gars, mais on va un peut se calmer, demain il va me falloir marcher 9 heures avec un sac de 20 kilos sur le dos…
« Quand on est invité, on ne peux pas refuser ! »
Le vice est décidément partout !
Des soirées entières autour du feu avec la famille, à tenter de formuler quelques phrases, à se raconter nos différences, les sourires comblant le silence.
De l’authentique avec des gros morceaux !
« Tu me tiens mon yak deux minutes, il faut que j’aille pisser ! »
Quand tu arrives à l’étape, tu dois chercher le proprio du lodge dans tout le village, qui, neuf fois sur dix, est en train de s’enivrer de Chang ( Bière de riz et également héro de Hergé.) dans un tripot sans nom.
Ici pas de menu pour choisir sa bouffe du soir ; Daal Bhat pour tout le monde accompagné de Raksi (Alcool…Bah tiens !), et Tsampa au petit déjeuner. Un point c’est tout.
Mais qu’est ce que la Tsampa ?
Un mélange de farine d’orge et de froment, diluée dans du thé au beurre salé.
Voilà.
Tout ce que je peux dire c’est que avec ça au creux de l’estomac tu ne crains ni le vent, ni la pluie, ni le froid. Encore moins la faim.
« Excusez moi, mais où se trouvent les matelas ? »
Regard interrogateur. Incompréhension.
Typique regard vide Népali signifiant :
« Je n’ai pas de réponse à ta question, mais je ne veux pas laisser transparaître mon ignorance. »
« Pas de matelas vous dites…Ok,Ok pas de stress, une planche en bois c’est parfait. D’ailleurs je dirais même que c’est un des plus beaux lits qu’il m’ait été donner donné de voire ! »
Tentative pitoyable du blanc de base que je suis pour se rattraper tant bien que mal, histoire que mon hôte ne perde pas la face.
Au Népal, ne jamais faire remarquer ce qui ne va pas.
Ici on sourit, c’est tout.
8 jours de paysages sublimes, de « lever&coucher » de soleil sur tout le massif Himalayen.
8 jours sans voir de blancs, ou alors de très loin (ils reflètent fort le soleil.)
Le Népal et son magnifique peuple sans artifices, et business touristique malsain.
Ici le mieux que l’on ai à t’offrir, c’est la place près du feu, réservée aux invités importants.
Et c’est le plus grand des honneurs car il est sincère et viens du cœur.
Ici on donne ce qu’on a avec fierté.
Les pendules sont remises à l’heure.
Une fois de plus.
Un reset des valeurs humaines.
Dereï Danébad, Tutchétché. (Merci beaucoup –Népali&Sherpa)
8ème jour – 14h53
Le chemin rejoint le sentier principal.
L’autoroute sur laquelle sont vomis par de petits avions des milliers de trekkeurs par jours.
Le carrefour entre les deux chemins pourrait se décrire de la manière suivante :
« Le silence et la quiétude furent la constante dominante dans ce monde régis par la seule course du soleil.
Tout à coup une rumeur, au loin, se fît entendre.
Le murmure devint un bruit constant pour finalement se muer en un vacarme infernal.
Des milliers de chaussures martelant le pavé, sans répits.
Ces hommes et ces femmes, emmitouflés dans de trop chère tuniques pour qu’ils puissent les salir, affluant inexorablement vers cette chimère toujours plus haute, encore plus froide. »
Voilà, j’ai basculé de l'autre côté.
Celui régis par l’échelle de KaoSan*.
Celui où il faut absolument montré qu’on y était. Selfie à l’appui.
Celui ou savoir dire bonjour et merci dans la langue locale est considéré comme un exploit.
*Echelle de KaoSan :
Tristement célèbre rue de Bangkok regroupant le pire de ce que le tourisme de masse peut produire comme aberrance et concentré de connerie humaine.
Cet extrême me sert d’échelle, a l’instar de Richter, pour mesurer la sismique touristique d’un lieu.
« Qu’est ce que je fous ici à faire la file pour traversé un pont ? Et puis pourquoi cet homme Népali porte les affaires de 5 personnes alors qu’il n’est chaussé que de simples Tongues ? »
Les plus fidèles d’entre vous savent que J’ADOOOOORE les contextualisations historiques.
Nous y voici.
Pour commencer, le vrai nom du toit du monde n’est évidemment pas Everest, mais bien Sagarmatha ( En Népali : La mère des océans) ou encore Chomulungma (En Tibétain : La déesse mère des vents).
Everest à été donner en honneur au chef et prédécesseur du type qui, par triangulation astrale, à déterminé que c’était la montagne la plus haute du monde.
Évidemment les gens de la région l’avaient vu depuis bien longtemps, c’est dur de passer à coté…
Enfin, toujours est il que c’est quand même un blanc qui l’a découvert avant tout le monde. Un point c’est tout.
En 1953 il est escaladé pour la première fois par Tenzing Norguay et Edmund Hillary.
Check !
Dans les années 80 un Texan en surpoids et saturé de cholestérol est arrivé au sommet en s’exclamant :
« Ouhh Yeaaaah ! Si j’y sui aWivé, tout le monde peut le faiWe »
Le con…
Il aurait mieux fait de la fermer ce jour-là !
Il a ouvert la boîte de pandore qui n’est pas prête de se refermer…
Actuellement, en saison ( Avril&Mai), ce sont entre 30 et 50 personnes qui atteignent le sommet…Par jour.
Le but est en partie atteint grâce à la consommation excessive d’oxygène dont les bouteilles vides ont transformé le col sud (8000 mètres…) en véritable décharge à ciel ouvert.
Celui qui débourse enter 50 et 60 milles dollars est quasiment assuré d’avoir sa photo au sommet.
Le camp de base, le temps d’un mois, devient un cirque où les hommes transformés en animaux, bombant fièrement leurs torses, s’apprêtent à mener une bataille d’égo sans précédent.
Et pour hydrater tout ces «Aventuriers des temps modernes », on a même monté à dos d’homme du café de chez Starbucks©…
Tout cela, bien évidemment au dépend de la vie de nombreux Népalais ; comme l’a démontrer l’avalanche qui, en mai dernier, emportait une quinzaine de Sherpas dans l’autre monde.
La connerie humaine, une fois de plus, a battu un nouveau record.
Par moment je me surprends à rêver que soyons restés de simples amibes préhistoriques. Jamais nous n’aurions évolués. Nous serions de simples être sans conscience, se laissant innocemment portés par le courant.Mmmmh.
Soit… revenons à nos moutons férus de trekking.
Plein de gens, moi le premier, veulent voir LA montagne.
Le problème est le suivant : Peu de gens ont l’énergie, la motivation ou tout simplement la condition physique suffisante pour se coltiner au minimum 8 jours de trek avec un sac digne de ce nom, regroupant les affaires utiles à une rando de cette envergure.
Heureusement pour eux, nous vivons dans une époque où tout est devenu facile, sinon c’est nul !
Les plus fortunés prendront l’hélico. (1000 $ Lukla-EBC-Lukla)
Les nouveaux riches, quant à eux, se contenteront d’un yak pour transporter leurs précieux manteaux de plumes. (15$/Jour).
Enfin, le « working-class-hero » ordinaire se contentera d’un homme. (7$/Jour)
Il se chargera d’emporter à la force de ses mollets les affaires de ces messieurs dames.
Pour un prix largement inférieur l’homme présente de nombreux avantages par rapport au yak :
L’homme ne fait pas caca partout sur le chemin.
L’homme n’essaie pas de s’accoupler avec la première femelle qui passe, provoquant un embouteillage de marcheurs sans précédents.
L’homme ne s’arrête pas à chaque buissons pour y brouter de délicieuses baies.
L’homme n’a pas besoin d’un autre homme pour le contrôler.
(Enfin pas directement…).
Néanmoins le Yak est capable de porter 100 kilos alors que l’homme « seulement » 50 kilos à la seule force de son front.
L’homme présente un autre inconvénient :
- Le mien ce matin puait l’alcool ! Ré-pu-gnant !
- Ca va ! Estime toi heureuse, le mien ne souris même pas et crache tout le temps en soupirant.
- Enfin moi je trouve qu’ils devraient quand même être un peu plus poli avec nous, déjà qu’on leur donne du travail…
Un travail que tu n’imposerais même pas à ton pire ennemi, Connasse !
J’ai compté :
(pour une fois je n’exagère pas…J’ai passé une matinée à recensé le nombre de gros sacs.) :
2 % des gens rencontrés portent leur propre sac-à-dos.
Indicateur de l’état de la condition des marcheurs rencontrés ici.
- Mais ? Vous ne favorisez pas l’économie locale ?!
- … ( Sois poli Guim.)
Les mêmes qui ne laisseraient pas faire de tels choses dans leurs sacro-saint parc des Écrins, sont ici bien contents de pouvoir gambader avec 500 grammes sur le dos.
L’homme est un loup pour l’homme.
Autre chose étonnante, nous croisons ici des gens que l’on ne verrait jamais dans les Alpes, les Pyrénées ou encore en plein milieu des Andes.
Comme une race spéciale de trekkeurs se concentrant uniquement sur ce bout de chemin Himalayen de 70 kilomètres…Étrange.
Il faut croire que la Magic Mountain a jeté son sort sur les masses avides de « I was there » sensationnels.
Ici le Backpacker de passage viens se frotter aux pieds du colosse.
Je n’ai jamais vu un pseudo-hippie vêtu d’un poncho ainsi que d’un pantalon « réservoir-à-caca » au signal de Botrange et encore moins autour du Mont-Blanc.
Une valise à roulette pour franchir un col à 5000 mètres.
Au delà de l’aspect comique de certains, désolant pour d’autre ; il y surtout le côté sécuritaire qui est plutôt alarmant.
« Je n’ai jamais fais de trekking de ma vie et j’embarque pour une randonnée en solo pendant 3 semaines entre 4500 et 6000 mètre.
Ca va être d’enfer !
Bon j’ai que mes Nikes air max et une carte 1 : 1500000 mais ça devrait le faire, j’ai vu des vidéos sur youtube… »
Chaque années des trekkeurs manquent à l’appel, tombés dans un ravin, fauché par une tempête et faute d’équipement, morts de froid…
« The mountain doesn’t play games; it sits there unmoved. »
Mais rassurez vous chèr(e)s lecteurs(rices), tout n’est pas sombre aux pays des chevaux du vent; et puis nous ne somme iciqu’à un peti 4,8 sur l’échelle de KaoSan.
Avec un peu d’inventivité, une bonne cartes et des rudiments de Népalais, il est aisé de sortir des sentiers battus, et retrouver une certaine authenticité et rusticité toute himalayenne.
Des vrais enfants tout sales avec plein de morves, comme sur les photos, et du caca de Yak pour alimenter le poêle !
Je me demande si ils appelle ça un poêle à bois du coup…
« Dawa, allume le poêle à crottes, veux-tu ? »
Dans la vallée de Thame les heures ont arrêté de s’écouler pour laisser place à la contemplation.
« Combien de temps jusqu’au village, je n’en sais rien moi!
Il n’y que vous les occidentaux pour poser des questions pareilles. Hahahaha.
Nous on compte en journées, c’est plus facile, vous devriez essayer. Tout ce que je peux vous dire c’est que vous arriverez avant la nuit.
Hahahahhahah, allez prenez un peu de viande séchée pour la route !
A la prochaine ! »
A la prochaine madame de 83 ans qui se tape 20 kilomètres a pied tout les jours pour emmener paître ses yaks.
A la prochaine Sagarmatha, c’est vrai que t’es vachement grand !
A la prochaine Himalaya.
Phéribetoungla !
Pêle-mêle : Décharge du col sud,8000 mètres - Lever de soleil - coucher de soleil sur le Cho-oyu - La foule a partir de Lukla - Porteurs dasn la vallée de Thamé.
U.N
Voilà, il y a des moments au Népal, où l’on se rend compte que ce pays est à des années lumières du nôtre…Je désirais partager ceci avec vous, dans le vif de l’action. 1) SITUATION INITIALE J’attends un bus en plein soleil, dans le centre de Katmandou. Il fait insupportablement chaud. Je me dessèche tel une vieille figue oubliée au fond d’un panier de récolte. L’astre solaire échauffant sérieusement le sommet de mon crâne, je décide négligemment de me réfugier dans l’ombre prodiguée par le mur d’enceinte du siège des Nations Unies, bureau officiel de la branche Asie- Pacifique. 2) ELEMENT MODIFICATEUR Une porte s’entre-ouvre, d’où me parviennent les accords d’une musique, qui en ce lieu parait irréels… -Bonjour! Est-ce le côté obscur de la force ? -Non monsieur, nous sommes la sécurité et nous voulons nous assurer que tout va bien pour vous ? - Ha, heu ouais j’attend juste à l’ombre le bus parce que j’ai vachement chaud…Voilà tout ! -Désirez vous éventuellement pénétrer dans notre poste de contrôle, où nous bénéficions d’air climatisé ainsi qu’un distributeur gratuit de boissons fraîches, afin que votre attente soit moins pénible ? - … ( Tcheu il y a une couille dans le pâté , c’est pas normal , sois vif Guim , sois vif !) Ok , pas de problèmes ! (Vif j’ai dis ! Enfin…de toutes façons tu ne m’écoute jamais…) 3) PERIPETIES Une fois confortablement installé dans un fauteuil extrêmement moelleux, je me rends compte que je suis bien dans le QG de la sécurité de l’édifice de l’UN, et que en face de moi, un garde me fixe de son regard pénétrant. Je le fixe à mon tour, feignant de ne pas être intimidé le moins du monde par ses deux yeux inquisiteurs. Je ne suis pas un trafiquant de drogue monsieur l’agent…Je suis juste un quidam attendant patiemment un bus…Pitié… -Where are you from ? -Heuu…Belgique -Brazil ? -Heu non , la Belgique , en Europe…Jacques Brel, tout ça quoi… -Mmmh je ne suis pas sûr que ton pays existe… -Hé bien , figurez vous maintenant que vous me le dites , je n’en suis pas si sûr non plus…Enfin soit ! Peut être que l’on m’a menti depuis que je suis petit… Silence pesant. Merde, qu’est ce que je fous là… 4) ELEMENT DE RESOLUTION - Tu veux prendre une photo avec moi ? - Pardon ? - Je t’ai demandé si tu veux prendre une photo avec moi… - Heuuuu…. - Prend une photo avec moi ! Allé, ça va être comique ! Et voilà , tout ça pour ça…Le garde était juste dévoré par l’envie de s’offrir un shooting privé avec le blanc qui passait par là… Nous voici donc, tout sourire, dans les jardins privés de l’UN , en train de s’enlacer tendrement comme un couple de jeunes tourtereaux ! Un peu plus à contre jour, mmh oui , par ici….Attend , regarde un peu plus la camera…Oui, voilà, comme ça ! Aime l’objectif ! Rapproche toi…STOOOOOOOOP. Le garde sens l’alcool et a les mains baladeuses. Yeuk ! 5) SITUATION FINALE Après avoir batifolé longuement devant l’objectif, nous voici revenu sur terre, dans l’austère bureau de la sécurité. Accolades et poignées de mains en tout genres concluent ce moment d’une abstraction sans nom ! Encore sous le choc , je me fait gentiment reconduire à la porte , avec une dernière tape dans le dos ! - Ne rate pas ton bus et reviens nous voire souvent !