Il court devant l’écran, poussant de petits cris aigus, décrédibilisant sérieusement Josh Brolin qui tente de s’en sortir face à la plus haute montagne du monde.
Sa tante ainsi que sa mère sont hilares :
« C’est bien mon poussin, tu deviendras une star de bollywood ».
Veine frontale qui gonfle, buée sur mes lunettes 3D, crispation au niveau des trapèzes.
- Putainnnnnnn ! Vous allez tous fermer vos putains de gueules nom de Shiva de bordel de merde ! (Et de sortir ma Kalachnikov) Rrrrrrrraaaaatakakakakakakakakaka !
Prenez ça dans vos dents, et maintenant qu’on me laisse voir la fin du film en paix ! (Et de m’allumer un cigare cubain parmi les dépouilles ensanglantées.)
Aujourd’hui c’est Dimanche, je suis relax, pourquoi ne pas aller me faire un bon blockbuster Islando-ricain…Après tout, 3 balles la place de cinoche ça ne casse pas trois pattes à un rickshaw.
Le ticket à la main, je me fais fouiller « Airport-style » à l’entrée du temple du 7ème art.
Bah ouais, un attentat dans une salle de cinéma népalaise à 11h du mat’ un dimanche, faut vraiment être dans la Daech pour y penser…
(Vous venez de lire le meilleur jeu de mots de toute l’histoire du Poulpe.)
Je m’installe confortablement dans la pénombre, peu après viennent s’installer deux moines à côté de moi. Ils ont un énorme sachet de PopCorn.
- Where you do you are coming where from ?
- Haaaaa, Beijing ! Nice, donc tu est chinois !
-…Non, non je viens de BEL-GI-QUE, pas Beijing !
- Haaaaa…(une appartée en Népalais à son collègue) C’est où ce pays, jamais entendu parler ! C’est en amérique ?
- HAAAAAAAAAA okokokokokok, nice country ! Nous on est Népalais.
Le film commence, je sens un long frisson me parcourir l’échine, c’est parti pour deux heures de pur divertissement !
Les premières images tant attendues me font pleurer, c’est beau à crever, je me dis que…CRUNCH CRUNCH CRUNCH
Je toise d’un regard noir mon voisin en robe rouge.
- Heu non non, ça va merci…
J’en déduis que mon regard de mâle alpha débordant de testostérone évoque plus un caneton mendiant un petit morceau de pain sec.
L’équipe arrive à Kathmandou, s’attable et écoute le speech du chef d’expédition.
Voix grave, regard profond se plongeant dans les yeux de chaque membre de l’expédition…
- At the south col, which is above 7800 msl, your body is literally dying, so we need to move fast and FLASHHHHHH
Une lumière aveuglante à ma droite, mon voisin vient de se faire un petit selfie, à la bien, avec le blanc assis à côté de lui…
10 minutes plus tard, nous voici en train de survoler la superbe vallée de Dingboche, la 3D rendant la prise de vue saisissante! J’y suis! Je me rappelle l’odeur d’encens qui émane des monastères croisés le long de la route, les troupeaux de Yaks accompagné du délicat tintement de leur clochette avec en toile de fond les sommets majestueux de l’Amadablam, Nuptse, Lhotse et surtout la mère des océans…
- Ouaich Kabita, ramène toi, il est ici notre siège, shit, je ne vois rien.
- Attend prends ma lampe de poche (qu’est ce qu’elle fout avec une lampe de poche dans son sac…)
- hahaha excellent regarde, ya un étranger, trop drôle.
- Où ça, je ne vois rien ?
- Là, regarde, à côté des deux moines.
- Ha ouais…Il est sûrement anglais !
- (Les moines de répondre en cœur) Non il vient de BEL-GI-QUE, pas vrai mon frère ?
J’oublie vite l’incident, happé par l’ascension périlleuse à travers la cascade de glace du Khumbu, réputée pour ses séracs meurtrier !
Arrivé au camp 2 toute l’équipe est vidée de son énergie par le froid et l’altitude.
Seul Anatoli Boukrev, célèbre alpiniste Kazakh, semble ne pas être affecté par les conditions climatiques plutôt rudes.
Il est surnommé « Snickers man » par les autres membres de l’expédition car l’homme juge plus facile de se déplacer en petites basket de ville à 6500 mètres…C’est également l’unique membre de l’expédition à ne pas utiliser d’oxygène. Un gars balèze, qui avait pour dicton :
« La montagne n’est pas un stade où s’accomplissent des records, mais bien une cathédrale où je pratique ma religion ».
Malheureusement il fût emporter par…
- Ouais Prakash ! Je suis au ciné ! Et toi t’es où ? Tu as déjà mangé ?
- ( voix téléphonique incompréhensible)
- Ho c’est un film sur la montagne…Ouais ils se sont déjà embrassés trois fois.
- Je suis avec Sonam, et mon pote belge.
- Ouais, il vient de BEL-GI-QUE, et là il est au cinoche avec nous, attends je te le passe !
C’est à ce moment que j’aperçois un mioche dévaler les escalier, propulsé par ses chaussures « A couinement » en annonçant fièrement :
- Vous ne m’attraperez jamais-heu !
Ce qui nous amène au début de ce post…
Au Népal, le cinoche, c’est un peu comme le café du coin ; on y vient entre amis, pour discuter le bout de gras, et accessoirement regarder les images projetées à l’écran !
Si nécessaire on sort la nappe de piquenique, et on mâchouille joyeusement des pillons de poulet tout en donnant son avis sur la situation politique désastreuse que traverse le pays.
Il physiquement impossible pour deux Népalais de rester assis l’un à côté de l’autre plus de 4 minutes sans se parler. Véridique !
Ici les relations sociales sont primordiale et ultradéveloppées comparé à nos pays « ne-me-parlez-surtout-pas-je-n’ai-rien-à-vous-donner »
Les gens parlent, exorcisent certaines de leurs angoisses, cherchent des réponses à leurs questions, racontent leurs expériences au travers d’une discussion avec le quidam rencontré dans la rue. Parler c’est partager et ici les gens ont des histoires, nouvelles, légendes et potins en stock !
Au minimum de quoi tenir un trajet de 15 heures en bus, avec 5 heures de supplément en cas de transhumance de chèvre sur les petites routes de montagne.
Au fond, que l’équipe se gèle les couilles au col sud m’importe peu, de toute manière c’est un film Ricain-centré où même les Sherpas ont un accent californien.Pfff…
- Tu sais quoi ? Fais pètey un pop corn et raconte moi plutôt de quel village vous venez!