mon corps réagit à l'annonce de mon prénom. sitôt prononcé, je me retourne, mon oreille me dicte la juste direction, on s'adresse à moi, ce prénom c'est moi, je cherche la voix qui m'appelle, je me sens concernée. j'ai l'habitude de l'entendre dans la bouche des autres. en revanche, dans ma propre bouche, mon nom sonne un peu mal. comme à côté. comme à défaut. comme si j'utilisais un mot pour désigner une chose à défaut de connaître un autre mot plus approprié. comme s'il existait pour moi un mot plus approprié. c'est cet à-côté, ce léger malaise, ce décalage que j'entretiens avec mon prénom. comme avec mon pronom. et quand on me demande comment je souhaite être genré.e, je me retrouve face à un choix que je ne souhaite faire. [...] seul ce léger malaise, ce décalage entre ce qu'exprime mon corps et ce qui le nomme, me permet une marge de liberté. me permet d'exister dans le trouble.
Al Baylac, Colza, 2022.









