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Qui est le Diable ?
Nous allons aborder un sujet sombre et passionnant : Le prince des ténèbres.
« Le Diable, Satan, Belzébuth, Lucifer », tous ces personnages, en réalité, ne font qu’un :
-Le diable (du grec « diabolos », le calomniateur) d’origine chrétienne est le nom employé, dans les contes et milieux populaires pour désigner le prince des enfers, il est le chef des démons qui s’opposa à Dieu, il incarne le mal et les pêchés.
-Lucifer (du latin “lux”, lumière et “ferre”, porter, littéralement : “Porteur de lumière”) Lucifer était le plus beau des anges et le plus brillant dis « l’étoile du matin » Il représentait l’air et personnifiait la connaissance mais, par avidité de pouvoir il voulut égaler Dieu et conduisit la rébellion contre lui. Plus tard il perdit la bataille et fut banni du paradis.
-Satan (de l’hébreu « haschtan », l’adversaire) c’est le nom donné à l’ange Lucifer après sa chute. C’est sous ce nom, que, dans la Bible, il prend la forme d’un serpent pour tenter Êve.
Tout au long de ce blog, nous allons donc découvrir comment le diable, représentatif de tous nos vices représente pour l’homme un objet de déculpabilisation.
Il serait intéressant de se demander dans quelle mesure le Diable reflète-t'il le mal chez l'Homme et dans la société, du Moyen Âge à l'époque Contemporaine
Le Diable au Moyen Âge
Pendant le Moyen Âge le Diable est représenté sur les pierres sculptées, les vitraux des églises et les peintures de l’époque. On le représente sous la forme d’un dragon, un mi-homme mi-bouc, une gargouille, un serpent, un homme avec des ailes de chauve-souris. Selon le moine Raoul Glaber le Diable a « le cou grêler, la face maigre, le front étroit, les lèvres gonflées, une barbe de bouc, des cornes droites et pointues, des dents de chien, la poitrine et le dos en bosse ». Cette image dégradante du Diable est crée pour évoquer la peur chez les hommes et aussi pour le montrer comme l’adversaire de Dieu et de l’Homme.
À cette époque l’Église dirige les populations. D’après les théologiens, Jésus n’a jamais ris, donc les chrétiens doivent suivre cet exemple. Rire, c’est ne plus se contrôler. Ainsi, nous pouvons constater que les gens sur les portraits datant du Moyen Âge ne sourient pas, (nous pouvons voir ceci sur la mosaïque si dessous, représentant le Christ entouré de Constantin IX et de son épouse).
Eglise Sainte Sophie (Istanbul) © The Yorck Project 10 000 chefs-d’œuvre de la peinture, DIRECTMEDIA Publishing GmbH
Rire est un péché et s’ils le commettent, cela leur empêchera d’accéder au Paradis, au salut éternel. Le rire est en effet symbole de méprise, d’indécence, de laideur… et est souvent associé au Diable, d’où l’expression « un rire diabolique ». Quelques fois certains moments de joie sont acceptés, mais il faut alors savoir faire la différence entre bon et mauvais rire. Paradoxalement, même si le rire est condamné par l’Église, au Moyen Âge la comédie fait son apparition en France.
La superstition est également quelque chose d’omniprésent au Moyen Âge. En effet, le Diable est craint de tous, il est le père des tentations et des vices et l’ennemi de Dieu. Le dogme catholique promet une lutte contre le Diable et les démons, ainsi les populations se rattachent à l’Église, craignant ce prince des ténèbres. À cette époque les gens pensent que si ils commettent le moindre péché ils iront en Enfer, chacun croit en l’existence du Diable. Pour eux, il se manifeste tant moralement que physiquement, en insufflant de mauvaises pensées ou en possédant certaines personnes.
Satan au milieu des enfers
"Les Très Riches Heures du duc de Berry"
Cette miniature, dont l’auteur présumé serait Jean de Limbourg, est inspirée d’un texte du milieu du XIIe siècle, Les visions de Tondale, récit d’un moine irlandais dénommé Marcus décrivant une vision de l’enfer et qui a beaucoup influencé l’imaginaire médiéval.
Au centre de la composition, Satan est allongé sur un gigantesque gril duquel il saisit les âmes pour les jeter vers le haut par la puissance de son souffle brûlant.
Le Diable, un personnage profondément humain
Dans la Bible, le Diable est l'ange déchu pour avoir voulu être plus puissant que Dieu. Dans le Nouveau Testament il est humanisé, se montrant à Jésus et le le tentant dans le désert. Dans l'évangile de St Luc, il lui propose le pouvoir. Aux hommes il cherche à les convaincre d'assouvir des désirs typiquement humains : de gloire, de pouvoir, de richesse, de séduction, d'amour... Le Diable est un personnage créé par l'Homme qui reflète ses idées et sa façon de penser. En effet, au Moyen Âge le Diable est représenté riant sans cesse, se moquant, or le rire est le propre de l'homme. Il est souvent représenté difforme et inhumain pour l'éloigner le plus possible de l'homme mais cela reflète l'idée des hommes selon laquelle le mal est associé à la laideur. Les chrétiens de l'époque attribuent ces traits hideux aux nombreux vices et maux qui l'ont rongés, et ce physique ingrat est mis en avant afin d'encourager les hommes à ne pas pécher.
Le Diable en Enfer, d'Hans Memling (1435-1494)
Ici nous pouvons voir un démon représenté au Moyen Âge avec des très hideux. Il piétine trois damnés dans une grande gueule enflammée, qui est l’entrée des Enfers. Au dessus de lui est écrit : « En Enfer pas de rédemption (In inferno nulla est redemptio) ».
L'Enfer, du Jardin des Délices
(1480-1490)
Voici l’Enfer, représenté dans le côté droit du triptyque de Jérôme Bosch (1450-1516). Cette partie de l’œuvre est également divisée en trois grandes parties. En effet au premier plan nous pouvons voir la dénonciation de certains vices du monde. Puis, au second plan, les punitions et tortures physiques. Enfin, à l’arrière-plan se trouve la représentation du monde en pleine apocalypse.
Le Diable et les sept péchés capitaux
Le Diable se retrouve souvent dans des contes pour symboliser les vices humains, il représente les plaisirs coupables et les désirs de l’homme. C’est à dire les Sept Péchés capitaux. Chaque péché est représenté par un démon : Mammon pour l’avarice, Satan pour la colère (sa colère contre Dieu), Léviathan pour l’envie, Belzébuth pour la gourmandise, Asmodée pour la luxure, Belphégor pour la paresse et Lucifer pour l’orgueil.
Mammon dans le Dictionnaire Infernal de Colin de Plancy
Mammon, signifie « riche » mais dans le Nouveau Testament le mot « Mammon » signifie « possession », il est mentionné dans la Bible : « Aucun homme ne peut servir deux maitres : car toujours il haïra l’un et aimera l’autre. On ne peut servir à la fois Dieu et Mammon » (Matthieu 6 :24).
"Lucifer Tricéphale" de Gustave Doré.
Satan, le nom de Lucifer après sa chute. Il est associé a la colère pour sa colère contre Dieu. Le Lucifer Tricéphale apparait dans "La Divine Comédie" de Dante Alighieri.
"Destruction de Léviathan" de Gustave Doré
Un monstre marin évoqué dans la Bible, il peut être considéré comme l’évocation d’un cataclysme terrifiant capable de modifier la planète. Il serait l’un des quatre monstres présents au Banquet de l’Apocalypse.
Asmodée dans le Dictionnaire Infernal de Colin de Plancy
Il est représenté avec un bas de bouc, l’animal de la luxure.
Belphégor dans le Dictionnaire Infernal de Colin de Plancy
Gravure de Lucifer par Gustave Doré
Lucifer, le plus brillant des anges, le porteur de lumière est représenté par l’orgueil, car son orgueil l'a poussé à se rebeller contre Dieu.
Dans la genèse, le Diable qui était représenté sous forme de serpent, pousse Ève à pécher. Il lui dit « Dieu a-t-il réellement dit : Vous ne mangerez pas de tous les arbres du jardin » et Ève répondit au serpent « Nous mangeons du fruit des arbres du jardin. Mais quant au fruit de l’arbre qui est au milieu du jardin, Dieu a dit : Vous n’en mangerez point et vous n’y toucherez point, de peur de que vous ne mouriez » donc pour pousser Ève a manger le fruit, il lui dit « Vous ne mourrez point : mais Dieu sait que, le jour où vous en mangerez, vos yeux s’ouvreront, et que vous serez comme des dieux, qui connaissent le bien et le mal ». Le Diable est alors l’incarnation même du côté sombre de la femme, il est son envie de pécher. Dans Faust il encourage L’alchimiste dans ses projets démesurés. Il incarne ses envies inavouées.
Un personnage qui évolue avec la société
Au Moyen Âge, les hommes sont très attachés à la religion, le côté sombre de l’homme réside donc dans sa tendance à commettre des péchés capitaux. À cette époque, le Diable est donc l’incarnation même de ces péchés : la peau rouge pour la colère, le bas de bouc pour la luxure… Dans la Genèse, le Diable est la source du péché c’est lui qui pousse Ève à commettre l’irréparable. D’ailleurs, dans le passage où le Diable (sous forme de serpent) pousse Ève à pécher, la discussion entre Ève et le Diable ressemble étrangement à un combat se livrant dans l’Esprit d'Ève, pesant le pour et le contre. Vers l’époque moderne le Diable, tout comme les hommes, se détache progressivement de la religion, bien qu’il incarne toujours les péchés, il incarne désormais également de nouvelles valeurs négatives telles que la jalousie, la fourberie ... Le Diable devient un professionnel de la dissimulation et ment, déforme la vérité. Or, c’est à cette période qu’avec le développement du commerce et de l’industrie, la figure du marchand qui dissimule et déforme la vérité se développe. Le Diable est alors associé à un commerçant rusé, fourbe et avare correspondant donc à cette figure du «nouveau méchant ». Le conte populaire datant de l’époque moderne : « Le conte du sac empli d’or » représente d’ailleurs très bien cette association du diable au statut de marchand : un paysan, enfoncé dans les dettes se trouve obligé, pour s’en sortir de conclure un pacte avec le Diable, il y a un extrait, en particulier, qui illustre parfaitement cette attitude d’homme d’affaire : « -En me remettant cent écus vous me feriez un grand plaisir - Cent écus ? Hé, pauvre cornard que te ferons cent écus ? Ai donc l’esprit de voir un peu plus large, un peu d’allant, allons, un peu de tour et d’hardiesse ! Sors pour un coup de ton innocence champêtre : veux-tu ? Faisons affaire ! » .
Dans ce passage, le Diable adopte des stratégies totalement commerciales pour parvenir à ses fins. Il montre au paysan le peu d’usage qu’il pourra faire de ce qu’il demande et l’incite à voir plus grand. Il excite également son amour-propre « sort un peu de ton innocence champêtre ». Et associe la question rhétorique « veux-tu » à une affirmation « faisons affaire ». Faisant croire au paysan qu’il a le choix alors qu’il est évident que ce n’est pas le cas. Le diable s’adapte donc aux temps moderne. Le côté marchand/ commerçant est d’ailleurs toujours présent de nos jours dans l’image du Diable. Cependant, un important changement est à noter de l’époque moderne à l’époque contemporaine. La laideur du Diable tend à s’effacer au profit d’une beauté éclatante. Cela est sans doute du au fait que, de nos jours les hommes d’affaires, avocats et autres hommes jouissant d’un bon statut social et réputés pour leur manque d’honnêteté parviennent à leurs fins personnelles en utilisant leur beauté et leur charisme. Ce changement dans l’apparence du Diable s’adapte parfaitement à l’adage « les apparences sont trompeuses » qui caractérise bien la société d’aujourd’hui.
Le Diable, un bouc émissaire parfait
Le Diable est donc la « quintessence » des vices de l’homme. Ainsi, dès le Moyen-Âge les hommes se servent du Diable pour expliquer l’origine des vices de l’homme déchargeant toutes leurs fautes sur une créature chimérique. Il semblerait d’ailleurs que le Diable n’a été créé que pour servir de bouc émissaire aux hommes. Le Diable est, pour les religieux, responsable de la médiocre condition des hommes, chassés du paradis et condamnés à vivre sur terre dans la souffrance, puisque c’est lui qui pousse Ève à commettre le péché originel.. Cette vocation de bouc émissaire est plus forte au Moyen Âge où la science avait encore de grands progrès à faire, et la religion faisait office de loi, poussant les hommes dans la superstition. Tous les phénomènes inexpliqués étaient alors causés par le Malin. Cependant si, dès la renaissance certains mouvement tentent de combattre cette tendance à décharger toutes les fautes sur le Diable (humanisme combattant l’obscurantisme, raison, avancées scientifiques), le phénomène est encore largement présent ; Même jusqu’à l’époque contemporaine comme le montre le passage suivant de maître Zacharius ou l’horloger qui avait perdu son âme, daté de 1854 : En effet ce roman à visée satirique montre qu’une certaine catégorie de personnes très religieuses aux idées moyenâgeuses, représentée ici par Scholastique (dont le nom parle tout seul puisque la scolastique était l’enseignement de la philosophie et de la théologie dans les universités au moyen âge). Utilisent encore le diable comme prétexte pour tout
De tout temps également on « met sur le dos » du diable des événements catastrophiques et on le soupçonne de toutes sortes de complots ; Comme au XV où apparaît chez Alexandre V et certains inquisiteurs la croyance de l’existence d’un complot de sorcières ayant conclu un pacte avec le diable visant à renverser l’Eglise Chrétienne. Plus récemment est également apparue une théorie selon laquelle l’attenta du 11 septembre 2001 serait un « immense rituel-sacrifice » visant à créer l’anarchie et la panique et à défier dieu :
Ce genre de théorie est la preuve qu’encore aujourd’hui les hommes ne peuvent s’empêcher de décharger leurs fautes sur le diable, refusant de voir la réalité et se servant encore de lui comme bouc émissaire.
Le Diable et la superstition
Comme nous l'avons vu plus bas, au Moyen Âge le Diable faisait peur, suscitait la crainte et selon l’Église, tous les maux venait de lui. Ainsi, à la Renaissance cette vision change, le Diable est alors perçu comme un objet de l'obscurantisme, c'est-à-dire de l'opposition à l'instruction, à la raison et au progrès. Avec l'arrivée d'humanistes, l'humain est mis en valeur ainsi que la possibilité de se réaliser par les seules forces de la nature. L'accent mis sur l’individualisme va atténuer l'impact de la religion et donc le pouvoir du Diable dans la croyance. À la Renaissance l'étude des classiques redevient à la mode et permet aux humanistes tels que Brandt, Rabelais ou Machiavel de combattre les superstitions et l'obscurantisme médiéval. Le Diable n'est plus pensé comme une superstition, le Diable devient un homme, il n'apparaît plus sous forme animale ou avec des ailes et des cornes, mais sous des traits déformés par le vice et l'homme en lui-même.
Le Diable est celui qui encourage les hommes à commettre des péchés, on peut constater cela en lisant Faust de Goethe.
Illustration du pacte entre Méphisto et Faust, de Julius Nisle, 1840
Ce livre commence par un monologue sur le dégoût du savoir, Faust sait presque tout mais ce savoir ne lui permet pas de vivre des expériences. Plus tard, le démon Méphistophélès (l'un des sept princes de l'Enfer qui incarne le Diable sur Terre), vient à lui et lui propose son âme contre la découverte des jouissances de la vie. Il lui dit "engage-toi; tu verras ces jours-ci tout ce que mon art peut procurer de plaisir; je te donnerai ce qu'aucun homme n'a pu même encore entrevoir". Ce Diable encourage l'ivrognerie et la paillardise . Goethe semble supposer que désormais l'homme porte en lui-même assez de faiblesses et de contradictions pour pouvoir souvent se passer du démon. Plus tard, en 1874 dans l'horloger qui avait perdu son âme, le personnage de scolastique représente les superstitieux, elle est par ailleurs tournée en ridicule, elle associe toute chose mystérieuse au diable et est assez ignorante en opposition à la figure de Gérande, qui semble guidée par la raison:
il se passe un fait absolument incompréhensible. Toutes les montres que votre père a faites et vendues depuis quelques années s'arrêtent subitement. On lui en a rapporté un grand nombre. Il les a démontées avec soin ; les ressorts étaient en bon état et les rouages parfaitement établis. Il les a remontées avec plus de soin encore ; mais, en dépit de son habileté, elles n'ont plus marché.
— Il y a du diable là-dessous ! s'écria Scholastique.
— Que veux-tu dire ? demanda Gérande. Ce fait me semble naturel. Tout est borné sur terre, et l'infini ne peut sortir de la main des hommes.
On retrouve ici deux thèses opposées :d'un côté,"les choses mystérieuses sont dues au diable" et de l'autre "il y a une explication raisonnable et scientifique à tout". Jules Verne semble ici prendre le parti de la raison, c'est sa manière de lutter contre les superstitieux récalcitrants.
Aujourd'hui, les superstitions sont beaucoup moins présentes et même tournées en dérision dans les médias.
Du Mal incarné au tentateur
Au VIe siècle, les chrétiens de l’époque attribuent au Diable un physique terrifiant et hideux. Ses traits sont associés aux vices et maux de l’homme. Cela les encourageait à ne pas pécher. On remarque que son physique joue un rôle très important. Par exemple, dans La Divine comédie de Dante Alighieri, le Diable est représenté comme un démon gelé au centre d’un enfer glacé : image terrifiante évoquant le mal par excellence : cela fait penser à l'expression « avoir un cœur de glace ». Dante décrit le Diable comme ayant trois têtes alignées verticalement et des ailes de chauve-souris. Lorsque le Diable bat des ailes, il créé un vent glacial qui traverse tout l’enfer.
« Deux ailes s'étendaient dessous chaque figure,
Mesurant sur l’oiseau leur énorme envergure.
Les voiles de la mer envieraient leur hauteur.
Le monstre battait l’air avec ces ailes fauves,
Sans plumes, comme on voit celles des souris-chauves.
Trois vents s’en échappaient et soufflaient furieux,
Et tout autour de lui se gelait le Cocyte.
Bavant, suant le sang, cette larve maudite
Versait sur trois mentions les pleurs de ses six yeux.
Ses dents en même temps broyaient dans chaque gueule
Un pécher, l’écrasant comme un grain sous la meule :
Ils étaient ainsi trois à la fois torturés.
Pour celui de devant, c’était peu des morsures :
Les griffes lui faisaient de bien autres blessures.
La peau des chairs pendait sur les flancs déchirés !
-Cette âme, dont là-haut, plus cruelle est la peine,
Dit mon maître, celui qui si fort se démène,
La tête au fond, le corps au dehors, c’est Judas.
Cette autre suspendu a la figure noire,
Et qui, la tête en bas, pend hors de la mâchoire,
C’est Brutus : il se tord, mais il ne parle pas.
Et l’autre qui paraît si membrue, autre traître :
Cassius ! Mais la nuit commence a reparaître ;
Il est temps de partir, car nous avons tout vu.
Alors, suivant son ordre, a son cou je m’enlace.
Lui, saisissant a point et l’instant et la place
-Lucifer ouvrant l’aile, - a son râble velu »
L’Enfer, Chant XXXIV, Dante Alighieri
Ici, il est représenté comme l’incarnation du Mal (il punit les trois traîtres), il est source de souffrances atroces : champ lexical de la souffrance: "torturés, morsures, blessures, peau des chairs, flancs déchirés". Il est l’allégorie du châtiment infini.
Mais au cours du temps Le Diable devient, petit à petit, un tentateur qui incite l’homme au mal.
Pendant la Renaissance, le Diable change de statut, il est plus fin, plus malin, il est l’acteur de la chute de l’homme et non plus le châtiment même de l’homme, il le séduit et le tente. Il devient moins maléfique encore pendant l’époque Moderne. Il est plutôt représenté comme un tentateur. Son rôle est de séduire l’homme en échange de son âme. Le Diable s’ancre dans la littérature et devient un personnage. Son aspect physique devient moins effrayant et il prend souvent la forme d’un homme comme s’il vivait parmi nous. On parle maintenant d’un pacte avec le Diable, un thème récurant dans la littérature.
Bibliographie et sitographie
Bibliographie
- CHEVALIER Jean et Alain GHEERBRANT, Dictionnaire des symboles. Mythes, rêves, coutumes, gestes, formes, figures, couleurs, nombres, éditions Robert Laffont et Jupiter, Paris, 1969, 1110 pages.
- DANTE ALIGHIERI, Inferno. Volume I Of The Divine Comedy, Penguin Books, The Penguin Group, New York, 2013, 2011 pages.
- GOETHE, Faust, Traduction de Gérard de Nerval, Malesherbes, GF Flammarion, 173 pages.
- LAVEY Sandro Anton, The Satanic Bible, Avon Books, New York, 2005, 272 pages.
- MUCHEMBLED Robert, Une histoire du diable. XIIe – XXe siècle, étions du Seuil, collection Points, 2000, 404 pages.
- VINCENT Jean-Didier, La chair et le diable, éditions Odile Jacob, Paris, 1996, 287 pages.
Sitographie
- GANEAUX Yves, « Images du Diable et Parodie au début du XIXe Siècle », http://hicsa.univ-paris1.fr/documents/pdf/CIRHAC/La%20Parodie_%20Gagneux%201.pdf
- GILLET Thomas, « La Représentation du Diable », http://thomas.gillet.free.fr/sites/culture_et_metiers/Moyen-Age%20et%20Renaissance/index.html