J'aime les têtes. J'aimes les têtes des gens que je croise dans la rue, le long des files d'attente, au détour de tel ou tel croisement, en enfilade sur les passages piétons, au restaurant, dans les wagons bondés des trains, dans les couloirs des métros, au café, sous les parapluies ou en grappe sur les chemins des plages, à la télé, sur les pages actualités d'internet, dans chaque magazine que je feuillette, à la ville comme au détour d'un chemin de randonnée: j'aime à la folie dessiner toutes les tronches que je vois. J'aimerai n'avoir à faire que ça. C'est un filon inépuisable. Il n'y a pas deux visages pareils, deux expressions semblables, il n'existe aucun fond dans l'exploration de ce continent souterrain: la figure humaine. Henry Miller parle quelque part de ces visages burinés dans le métro parisien qu'il se délectait de décrypter pendant des heures, comme autant de cartes de géographie. Et je ne peux que souscrire à la vision de Victor Hugo, applaudir des deux mains à ces mots : "Qu'on se figure une série de visages présentant successivement toutes les formes géométriques, depuis le triangle jusqu'au trapèze, depuis le cône jusqu'au polyèdre; toutes les expressions humaines, depuis la colère jusqu'à la luxure; tous les âges, depuis les rides du nouveau-né jusqu'aux rides de la vieille moribonde; tous les fantasmagories religieuses, depuis Faune jusqu'à Belzébuth; tous les profils animaux, depuis la gueule jusqu'au bec, depuis la hure jusqu'au museau. Qu'on se représente tous les mascarons du Pont-Neuf, ces cauchemars pétrifiés sous la main de Germain Pilon, prenant vie et souffle, et venant tour à tour vous regarder en face avec des yeux ardents; tous les masques du carnaval de Venise se succédant à votre lorgnette; en un mot, un kaléidoscope humain." Le projet: dessiner une page remplie de têtes chaque jour pendant trois ans: - une fournée appelée « Tronches », la première année, - Idem l’année suivante: « Trognes », - ainsi que la suivante et 3ème année: « Trombines ». Au total 1095 pages de « Tronches, trognes et trombines ». J’ai démarré le 25 avril 2018. Je me donne juste comme contrainte de poster quotidiennement chaque dessin sur Tumblr et sur Facebook, me servant de ces sites comme autant de contremaîtres afin de vérifier si j’ai bien pointé au boulot. Ne sachant pas si je tiendrai la longueur... ... Comme un embarquement ! Alain Garrigue