J’ai l’impression de me complaire dans la tristesse. Enfin non, il s’agit bien plus que d’une simple impression : c’est une réalité, la mienne. Une réalité partagée par bien d’autres, un mal commun. Une souffrance que l’on s’inflige, qui nous ronge de l’intérieur et que l’on peine à extérioriser.
J’ai essayé de me débarrasser de cette voix qui ne m’accepte pas, qui me reproche sans cesse d’être ainsi et pas autrement. J’ai longtemps essayé de m’accepter, en vain. Non pas que je n’apprécie pas qui je suis, cette voix sourde ne cesse d’envahir mon esprit. Enlisé, empêtré dans des idées et concepts, toujours comparé et rabaissé par la voix, je ne cesse de vivre par procuration : mal à l’aise dans le présent, je me projette dans un futur fantasmé et me laisse envahir par le passé, souvent réécrit.
Je me confie rarement, j’intériorise beaucoup. Pourtant, j’ai au fond de moi une réelle volonté de m’ouvrir, de partager, de me libérer de mes maux. Des idées contraires viennent cependant obscurcir cette volonté : sentiment d’être égoïste, de surévaluer mon mal, de jouer la comédie, de bouder par facilité le bonheur au profit du malheur. Peut être n’ai-je pas (encore) eu la bonne oreille ? Jusqu’ici, mes tentatives d’expliquer mon mal ce sont toujours soldés par des échecs cuisants. Face à moi, je ne trouve que déni de mon mal et confrontation des degrés de peine. Oui il y a toujours pire ailleurs, mais est-ce une raison pour s’oublier ? Si imaginer une telle chose permet bien, à mon sens, de relativiser vis à vis de nos souffrances, cela ne reste tout au plus qu’un pansement sur une jambe de bois.
La voix ne disparaît pas, ses critiques non plus.