Besoin d’aide
Prédication par Andrew Rossiter le 14 juin 2026 à Bergerac.
Dans la boulangerie près de chez moi, il y a des piles de petites cartes qui proposent toutes sortes de services : aide à la personne, ravalement de façade, petits travaux de menuiserie, promenade de chiens, et ainsi de suite.
Une carte a retenu mon attention: «J’ai besoin d’aide pour entretenir mon jardin et pour nettoyer ma maison.» Avec un numéro de téléphone.
C’était la seule carte qui demandait quelque chose: toutes les autres offraient un service.
«Besoin d’aide», c’est le titre que j’ai donné à ma prédication ce matin.
Nous allons écouter les deux lectures bibliques : Exode 19,2-6, Matthieu 9,36 – 10,8
«Vous serez pour moi un peuple de prêtres, pour me servir et servir le monde.» «Vous serez mes ouvriers dans la moisson.»
Il y a beaucoup de souffrance dans le monde aujourd’hui. Mais vous n’avez pas besoin que je vous le dise. C’est une réalité quotidienne: la souffrance physique, émotionnelle, spirituelle, mais aussi la souffrance systémique liée à la violence, à l’injustice, à la pauvreté ou au racisme, pour n’en citer que quelques exemples.
La souffrance remplit les écrans de nos télévisions. Nous la voyons dans les larmes des autres et nous l’entendons dans leurs voix. Chacun d’entre vous pourrait raconter une histoire de souffrance vécue ou ressentie aujourd’hui, qu’il s’agisse de la vôtre, de celle d’un proche ou de celle d’un inconnu.
Bon, je sais, ce n’est pas très réjouissant de commencer une prédication ainsi. C’est dimanche matin, nom d’une pipe, nous n’avons pas besoin de plomber nos esprits. Et je ne serais pas surpris que vous vous demandiez: «Où veut-il en venir?»
C’est simplement que Jésus a aussi connu toute cette souffrance.
Matthieu, dans son évangile, tout au long des chapitres 8, 9 et 10, place Jésus face à la souffrance humaine. Je crois qu’il veut nous faire comprendre que Jésus poursuivait deux grands alignements dans sa vie.
D’abord, il s’alignait avec les personnes et leurs situations: une femme malade, un paralysé qui retrouve l’usage de ses jambes, des aveugles qui voient le monde à nouveau, un muet qui commence à raconter toutes sortes de choses.
Et puis il s’alignait sur ce qu’il percevait comme la vocation de Dieu: l’amour, l’acceptation, le pardon, le sens de la vie, l’hospitalité, la justice, la miséricorde, l’espérance, la guérison et la vie nouvelle.
Si le premier alignement est plutôt horizontal, j’appellerais le second l’axe vertical de sa vie. Jésus a vécu, et il est mort, à l’intersection de ces deux axes.
Dans l’Évangile d’aujourd’hui, Jésus poursuit cet alignement. Il parcourt «toutes les villes et tous les villages, enseignant dans leurs synagogues, proclamant la bonne nouvelle du Royaume et guérissant toute maladie et toute infirmité». Derrière chacune de ces actions se cache une forme de souffrance. Cette souffrance, dit Jésus, est comme une moisson qui attend des ouvriers. Mais les ouvriers sont peu nombreux. Face à la souffrance, il semble toujours y avoir plus de moisson que d’ouvriers.
Que faisons-nous devant la souffrance du monde?
Souffrance par Marc Alpozzo
Bien sûr, nous vivons dans une société où la souffrance est souvent prise en charge par des professionnels: les hôpitaux, les psychologues, les assistants sociaux, les associations d’entraide, et aussi les services d’entraide de nos Églises.
Et notre première réaction est souvent de prier. «Priez pour moi, s’il vous plaît.» «Nous allons prier pour vous.» Et bien souvent, ces prières nous placent précisément là où ça fait mal.
Mais ce qui me frappe dans ce que Jésus fait, c’est qu’il laisse à peine le temps aux disciples de se mettre à genoux. L’Amen n’est pas encore prononcé qu’il les rassemble et les envoie. Il les investit d’une autorité pour agir, soulager la souffrance, panser les plaies et faire la différence. Jésus fait de ses disciples les acteurs de la réponse à la prière qu’il vient de dire.
Il leur dit d’aligner leur vie sur leur prière. De trouver l’intersection de ces deux alignements dans leur existence… et, par conséquent, dans la nôtre.
Jésus a vécu cette double cohérence et il nous appelle à vivre la même. Cela signifie affronter et porter notre propre souffrance ainsi que celle des autres. Et ce n’est pas facile. La plupart d’entre nous, je le soupçonne, préféreraient l’éviter. C’est tout simplement trop douloureux.
Le poète David Whyte nous rappelle : La douleur est la porte d’entrée vers l’ici et maintenant. La douleur physique ou émotionnelle est la forme ultime d’ancrage, disant à chacun de nous, en substance, qu’il n’y a pas d’autre lieu que celui-ci, pas d’autre corps que celui-ci, pas d’autre membre, articulation, douleur ou brûlure que cette présence brûlante.
Dans son livre Le Milieu divin, Teilhard de Chardin écrit : Lorsque sur mon corps (et bien plus sur mon esprit) commencera à marquer l’usure de l’âge ; quand fondra sur moi, du dehors, ou naîtra en moi, du dedans, le mal qui amoindrit ou emporte… donnez-moi, mon Dieu, de comprendre que c’est Vous… qui écartez douloureusement les fibres de ma substance pour m’emporter en Vous. (J’inclus cette citation à la fin de la prédication).
Je pense que cela exprime exactement la compassion de Jésus lorsqu’il regarde les foules. Et c’est important, parce que trop souvent nous imaginons que le Royaume de Dieu se situe dans une autre dimension meilleure: au ciel, au paradis. Comme si l’appel du disciple consistait à quitter ce monde de souffrance et de douleur pour atteindre un ailleurs. Or le Royaume se manifeste précisément par un engagement plus profond dans la souffrance et la douleur humaines.
Le Royaume vient à travers nous et notre manière de répondre à la souffrance autour de nous, dans nos villes et parmi celles et ceux que nous rencontrons.
Je crois que c’est pour cela que, lorsque Jésus envoie ses disciples «guérir les malades, ressusciter les morts, purifier les lépreux et chasser les démons», il leur dit aussi: «En chemin, proclamez cette bonne nouvelle : “Le Royaume des cieux est tout proche.”»
Le Royaume de la compassion se manifeste lorsque nous acceptons de ressentir et de porter la souffrance d’autrui, et lorsque nous tendons la main pour apporter du réconfort, de la guérison et du changement. C’est ainsi que nous alignons nos vies et notre témoignage sur le double alignement de Jésus.
Après nos prières d’intercession, vers la fin de ce culte, nous dirons, comme chaque dimanche, le Notre Père: «Que ton Règne vienne.» À cet instant, nous garderons un moment de silence afin que chacun(e) puisse discerner dans son cœur ce que signifie ce Royaume qui vient à travers nous, à travers nos actes, nos paroles et nos prières.
Voici la citation complète de Teilhard de Chardin «Lorsque sur mon corps (et bien plus sur mon esprit) commencera à marquer l’usure de l’âge; quand fondera sur moi du dehors, ou naîtra en moi, du dedans, le mal qui amoindrit ou emporte; à la minute douloureuse où je prendrai conscience que je suis malade ou que je deviens vieux; à ce moment dernier, surtout, où je sentirai que je m’échappe à moi-même, absolument passif aux mains des grandes forces inconnues qui m’ont formé; à toutes ces heures sombres, donnez-moi mon Dieu, de comprendre que c’est Vous (pourvu que ma foi soit assez grande) qui écartez douloureusement les fibres de ma substance, pour m’emporter en Vous.» (Pierre Teilhard de Chardin Le Milieu Divin, Edition du Seuil 1957. p. 95)












