Interview : Yellowcard (Sean Mackin)
(Sean, câest le monsieur avec la veste en jean pour les novices)
Sean Mackin, le trÚs sympathique violoniste de Yellowcard, a accepté de répondre à mes questions concernant le nouvel album de la formation, Lift A Sail. Un entretien réalisé par téléphone le 23 septembre dernier.
Salut Sean ! Comment ça va ?
Sean Mackin (violon) : Salut ! Merci de prendre le temps de discuter avec moi. Je vais trĂšs bien. La vie ne pourrait pas ĂȘtre plus belle pour moi, nous allons bientĂŽt sortir un nouvel album et en plus, je viens juste dâavoir une petite fille.
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FĂ©licitations ! Jâai pas mal de questions justement concernant le nouvel album, Lift A Sail. Il est assez diffĂ©rent de vos prĂ©cĂ©dents albums. Il sâagit plus de rock que de pop punk, il y a mĂȘme des Ă©lĂ©ments Ă©lectroniques. Comment dĂ©crirais-tu lâĂ©volution du groupe sur ce nouvel album ?
Je crois quâavec ce nouvel album, nous avons voulu garder le cĂŽtĂ© vintage de Yellowcard tout en y ajoutant des Ă©lĂ©ments plus modernes. Je pense que nous avons fait des choses, en tant que compositeurs, que nous avions envie de faire depuis longtemps, mais je ne sais pas si Yellowcard savait exactement comment faire ces choses dĂšs le dĂ©part. Nous avons donc pris lâopportunitĂ© qui sâoffrait Ă nous dâessayer de nouvelles choses, de faire ce que Yellowcard a toujours fait mais dâune maniĂšre diffĂ©rente. Ryan Key (ndlr : chant/guitare) avait une certaine vision des choses, il voulait ajouter des Ă©lĂ©ments Ă©lectroniques plus modernes, de la programmation, du synthé⊠Je crois que quand Yellowcard sâest formĂ© il y a 17 ans, nous nâavions pas spĂ©cifiquement envie dâĂ©crire des morceaux pop punk. Je pense que nos influences, notre Ăąge et notre passion pour la vie et la musique nous ont menĂ©s dans cette direction. Mais si lâon prend chaque membre de Yellowcard individuellement en tant que compositeur et que lâon considĂšre nos influences, il nâest pas seulement question de pop ou de punk⊠jâai une formation classique, dâautres membres du groupe aiment le grunge ou le rock de maniĂšre plus gĂ©nĂ©rale, nous voulions utiliser ces Ă©lĂ©ments sur le nouvel album. Nous voulions quand mĂȘme arriver Ă un rĂ©sultat qui restait trĂšs Yellowcard, tout en faisant les choses un peu diffĂ©remment. Pour lâinstant, les rĂ©actions ont Ă©tĂ© trĂšs bonnes. Nous avons beaucoup de chance de pouvoir continuer Ă jouer de la musique en sachant que les fans aiment toujours nos chansons et attendent les nouvelles avec impatience.
Tu parlais de synthĂ© Ă lâinstant, qui va sâen occuper pendant vos performances live ?
Ryan et moi jouons un peu du synthĂ©, et nous avons toujours tenu, pendant nos concerts, Ă ce que les sons qui sont entendus soient vĂ©ritablement jouĂ©s sur scĂšne. De nos jours, pas mal dâartistes utilisent principalement un ordinateur et se contentent de chanter. Donc si nous utilisons des bandes supplĂ©mentaires en live, nous nous assurons quâil sâagit vraiment de quelque chose que nous ne pouvons pas jouer nous mĂȘme. Ce nâest pas un secret, câest moi qui mâoccupe des instruments Ă cordes sur tous les titres de Yellowcard, et de toute Ă©vidence, je ne peux pas jouer du violon et du violoncelle en mĂȘme temps en live, par consĂ©quent, sur certains morceaux, une bande-son doit ĂȘtre utilisĂ©e. Donc, il y aura des parties synthĂ© que nous jouerons vraiment sur scĂšne, Ryan et moi nous partagerons le travail. Il ne nous reste quâĂ Ă©tudier chaque titre un Ă un pour dĂ©finir les moments oĂč il ne joue pas de la guitare ou oĂč je ne joue pas de violon. Jâai vraiment hĂąte dâapprendre Ă travailler avec cet instrument et de mettre ça en place avec Ryan.
MĂȘme si cet album sonne toujours comme du Yellowcard, il reste trĂšs diffĂ©rent de ce que vous avez fait auparavant. Nâas-tu pas peur de dĂ©cevoir les fans ?
Pas vraiment. Nous ne vivons pas dans la peur de quoi que ce soit. De toute Ă©vidence, câest un risque que prennent les artistes quand ils crĂ©ent quelque chose de nouveau. Du moment que ça vient du cĆur, les gens sauront quâon donne ce quâon a de mieux. Je crois quâil y aura toujours des personnes dĂ©sireuses dâĂ©couter ce quâon a Ă leur offrir. Je pense que nous sommes Ă un point aujourdâhui oĂč nous nâavions pas envie dâĂ©crire un album de Yellowcard qui sentait le rĂ©chauffĂ©. Nous avons sorti sept albums que les gens peuvent Ă©couter et apprĂ©cier. Mais notre vie a changĂ©, et je crois quâil sâagit lĂ dâune collection de morceaux que les gens pourront Ă©couter en se disant « oh, il y a eu un peu de changement », et cela ne fait que reflĂ©ter ce qui sâest passĂ© dans nos vies. CâĂ©tait vraiment trĂšs enthousiasmant et amusant pour nous de crĂ©er quelque chose de nouveau et de frais, et je crois quâil est important pour tout artiste dây parvenir pour pouvoir sâamĂ©liorer et dĂ©couvrir de nouveaux horizons. Et câest ce que nous avons essayĂ© de faire avec Lift A Sail.
Jâai le sentiment que le violon est moins prĂ©sent sur lâalbum. Est-ce que câest vraiment le cas ou juste une impression ?
Je crois quâon a pas mal expĂ©rimentĂ© avec le violon sur ce nouvel album. Jâadore Yellowcard, je fais partie du groupe depuis le dĂ©but, jâĂ©cris pour ce groupe depuis plus de 15 ans et je ne pense pas pouvoir faire ce que jâaime et ne pas ĂȘtre inclus dans un projet aussi important que lâĂ©criture dâun nouvel album. Ma participation nâest pas aussi franche que celle de Ryan Key, mais je compose une partie importante des morceaux avec Ryan Mendez (ndlr : guitare). Ce quâon entend sur cet album nâest peut-ĂȘtre pas le violon classique traditionnel superposĂ© sur le chant quâon entend habituellement, je lâai davantage utilisĂ© par touches, en prĂȘtant une attention particuliĂšre Ă la texture des morceaux. Ă mon avis, si on nâutilise que du bleu, du rouge et du jaune quand on peint un tableau, câest-Ă -dire les couleurs primaires, bien Ă©videmment, le rĂ©sultat peut ĂȘtre bon, mais je pense quâon peut aussi les mĂ©langer et utiliser de petites Ă©claboussures ici et lĂ , câest ce quâon a essayĂ© de faire sur cet album. Je pense que câest un peu la mĂȘme chose avec les guitares, ce ne sont pas forcĂ©ment des guitares enragĂ©es que tu prends en pleine face, câest vraiment une technique de composition que nous voulions tester sur cet album. Je ne me sens en aucun cas exclu de ce projet, jâai fait tellement de choses avec mon violon que personne nâa jamais faites et que personne ne fait de nos jours.
Peux-tu nous en dire plus sur la collaboration avec Matty Mullins sur le titre « The Deepest Well » ?
Oui, câest le chanteur du groupe Memphis May Fire. Nous allons bientĂŽt commencer une tournĂ©e en co-headline avec eux aux Ătats-Unis. Câest un groupe aux sonoritĂ©s assez violentes. Je crois quâindividuellement, nous aimons tous des groupes un peu plus violents. Par exemple, je suis un grand fan de Thrice, je sais quâils ne tournent plus mais jâaime la maniĂšre dont ils ajoutent des touches mĂ©lodiques Ă un ensemble plus brutal. Nous avons fait pas mal dâĂ©normes festivals cette annĂ©e, nous avons rencontrĂ© pas mal dâautres musiciens avec lesquels nous sommes devenus amis. Tu leur dis « hey, nous allons bientĂŽt sortir un nouvel album, jâaimerais vivre dans un monde oĂč nous pourrions tourner ensemble » et câest comme ça que nous avons mis en place cette collaboration. Nous Ă©tions en studio et nous voulions donner un cĂŽtĂ© plus rock Ă notre morceau, travailler avec un chanteur qui avait des compĂ©tences un peu diffĂ©rentes des nĂŽtres. Le groupe de Matty nâest pas seulement super violent, il a aussi ce petit cĂŽtĂ© mĂ©lodique. Nous avons vraiment hĂąte de tourner avec eux cet automne et avec un peu de chance, on pourra jouer ce morceau une ou deux fois et demander Ă Matty de nous rejoindre sur scĂšne.
Quelles ont Ă©tĂ© tes principales influences pendant lâĂ©criture de cet album ?
Câest marrant parce que quand nous Ă©crivions un album pour Yellowcard, en particulier par le passĂ© avec des albums comme Ocean Avenue et Lights And Sounds, nous Ă©coutions encore Ă peu prĂšs tous le mĂȘme style de musique. CâĂ©tait un peu diffĂ©rent avec cet album. Personnellement, jâavais juste quelques albums avec moi dont le nouveau Bastille, je nâĂ©coutais pas des groupes similaires au nĂŽtre ou avec lesquels nous avons tournĂ©, jâai essayĂ© de me plonger dans des textures diffĂ©rentes et de me concentrer sur ces artistes qui Ă©crivent le genre de chansons que Yellowcard nâa jamais Ă©crites. Donc personnellement, je me rappelle avoir Ă©coutĂ© dâautres styles de musique mais je suis sĂ»r que ce fut diffĂ©rent pour chaque membre du groupe.
Vous avez signé sur Razor&Tie pour ce nouvel album. Comment avez-vous choisi de travailler avec eux en particulier ?
CâĂ©tait une bonne opportunitĂ© de travailler avec un nouvel associĂ©. Yellowcard a toujours opĂ©rĂ© dâun cĂŽtĂ© sur la scĂšne indĂ©pendante et, Ă ce titre, Hopeless Records a fait du bon boulot avec notre groupe, ils comprenaient ce quâon essayait de faire, nous avons pu beaucoup tourner comme nous lâavons toujours fait, et dâun autre cĂŽtĂ©, il y a la part de nous qui a connu un trĂšs gros succĂšs grĂące aux passages en tĂ©lĂ© ou Ă la radio. Nous avons toujours Ă©tĂ© entre deux eaux. Je crois que le plus important dans le monde de la musique, câest de trouver un associĂ© qui comprend ce que tu essaies de faire avec ton groupe. Razor&Tie est un label indĂ©pendant qui Ă©coute ses artistes mais qui a aussi les outils nĂ©cessaires pour sĂ©curiser des passages en radio par exemple. On sâest assis autour dâune table et avons parlĂ© de ce que nous voulions faire et Razor&Tie a compris ce que nous voulions et je pense quâils veulent la mĂȘme chose que nous. Mais Yellowcard a toujours eu beaucoup de chance, mĂȘme quand nous Ă©tions sur Capitol Records, personne nâest jamais venu nous voir dans le studio pour nous dire sur quel bouton appuyer ou quelle note jouer. Nous avons toujours travaillĂ© dur, nous avons tournĂ© intensivement, parfois jusquâĂ 10 mois dans lâannĂ©e. Pendant la pĂ©riode Ocean Avenue, de 2003 Ă 2005, je me souviens avoir tournĂ© 320 jours par an. Je pense que le fait de travailler dur nous a permis par la suite dâavoir plus de libertĂ© et de flexibilitĂ© pour crĂ©er ce que nous voulons sans avoir lâimpression de subir de pression de la part dâune personne dans un bureau. Razor&Tie nous a donnĂ© ces opportunitĂ©s et a fait du bon boulot jusquâĂ prĂ©sent. Le fait de vivre Ă lâĂšre dâInternet fait que certaines personnes auront toujours envie de partager certaines informations avant que vous ne le faisiez vous-mĂȘme, ce qui est un peu frustrant, mais la plupart de nos fans sont gĂ©niaux, ils nous respectent et ils sont enthousiasmĂ©s par ce que nous faisons. Nous ne prenons jamais rien pour acquis.
Jâaimerais justement revenir sur le fait quâun site de fans a postĂ© sur Twitter la tracklist et lâartwork de Lift A Sail avant que vous ne le fassiez vous-mĂȘmes. Est-ce que tu penses quâInternet fait en rĂ©alitĂ© plus de mal aux groupes quâil ne fait de bien ?
Je crois que comme dans tous les aspects de la vie, il y a du bon comme du mauvais. Il y a cette phrase dans Spiderman, « un grand pouvoir implique de grandes responsabilitĂ©s ». Nous travaillons trĂšs dur, nous avons consacrĂ© des mois de nos vies Ă composer et Ă Ă©crire cet album. Puis nous nous sommes dit que ce serait super cool de dĂ©voiler ces informations sur lesquelles nous avons bossĂ© pendant des heures, des jours et des mois. On a pensĂ© que ce serait super cool de dĂ©voiler les infos vraiment petit Ă petit. Et honnĂȘtement, certains de nos fans nous suivent depuis des annĂ©es, ils font des kilomĂštres, ils se donnent du mal pour partager des moments avec nous, ils achĂštent nos T-shirts et notre musique, donc nous voulions faire quelque chose dâun peu particulier pour eux, et en un instant, quelquâun a Ă©goĂŻstement postĂ© ces informations sur Internet, peut-ĂȘtre pour voir leur nom ĂȘtre mis en avant dans un article sur un site internet quelque part. Peut-ĂȘtre que câest excitant pour eux mais moi, je ne rĂ©cupĂšre pas les heures perdues Ă travailler dur pour organiser quelque chose de spĂ©cial pour les personnes qui aiment ma musique. Câest le cĂŽtĂ© frustrant des choses. Le bon cĂŽtĂ© des choses, câest le fait de regarder mon tĂ©lĂ©phone et dây voir des milliers de messages, des gens qui disent en 140 caractĂšres que ma musique a changĂ© leur vie et si jâavais plus de temps, je rĂ©pondrais Ă autant de personnes que possible, câest presque comme si je leur envoyais un texto depuis mon tĂ©lĂ©phone et câest incroyable, ça nous a vraiment rapprochĂ© de tous les fans de Yellowcard. Le monde est immense, je nâarrive pas Ă croire que Yellowcard ait jouĂ© sur tous ces continents, câest complĂštement fou. Je serai toujours reconnaissant pour ça, dâavoir la chance de jouer en France, au Japon ou encore au BrĂ©sil⊠Le monde est immense mais Internet lâa rendu un petit peu plus petit. Câest vrai que câest frustrant de voir que ces moments me sont presque volĂ©s, on ne me renvoie pas toute lâĂ©nergie que jâai fournie. Mais câest une guerre que je ne peux pas mener. Certaines personnes nâont aucun respect pour le dur travail des autres. Je ne vis pas ma vie comme ces personnes mais il est aussi important de se concentrer sur lâaspect positif des rĂ©actions de nos fans Ă propos du nouvel album.
Nate Young dâAnberlin assure la partie batterie sur le nouvel album, vous allez avoir un autre batteur pendant votre prochaine tournĂ©e : est-ce que vous comptez engager un nouveau batteur Ă plein temps ou souhaitez-vous continuer Ă quatre ?
Jâadorerais rĂ©pondre Ă cette question. Notre ancien batteur a commencĂ© un nouveau groupe, nous avons jouĂ© ensemble pendant trĂšs longtemps et câest un musicien phĂ©nomĂ©nal, il nây a pas de doutes lĂ -dessus. Je ne pense pas que nous allons prendre de dĂ©cisions prĂ©cipitĂ©es Ă ce sujet et engager le premier venu juste parce que câest le premier venu. Je connais Nate depuis 11 ans, il jouait dans un groupe nommĂ© Acceptance, qui est un groupe gĂ©nial. Je le connais depuis 11 ans et on a toujours Ă©tĂ© comme des frĂšres. Ă chaque fois quâon se revoit, câest comme si on ne sâĂ©tait jamais quittĂ©s. Il a vraiment ajoutĂ© son grain de sel Ă Lift A Sail. CâĂ©tait un peu angoissant dâĂ©crire un album de Yellowcard sans lâun des membres fondateurs. Et je pense que le fait dâavoir jouĂ© avec Nate pendant lâĂ©tĂ© sur le Warped Tour, câĂ©tait vraiment un moment spĂ©cial pour Yellowcard, câest un artiste merveilleux. Nous sommes vraiment heureux dâaccueillir Tucker (ndlr : Rule) parmi nous, nous avons tournĂ© avec Thursday sur le Warped Tour notamment. Tucker est un bon batteur et câest un mec phĂ©nomĂ©nal. Je ne sais pas encore sâil sera notre nouveau batteur officiel. Quoi quâil en soit, ce nâest pas une dĂ©cision Ă prendre Ă la lĂ©gĂšre. En attendant, Tucker est un bon batteur et jâespĂšre quâil nous prĂȘtera ses talents pendant aussi longtemps que possible. Il va commencer Ă jouer avec nous en octobre et jâai hĂąte de voir comment ça va se passer.
Une derniĂšre question : la tournĂ©e amĂ©ricaine commence donc le mois prochain⊠est-ce quâon vous verra en Europe prochainement ? (ndlr : depuis, le groupe a annoncĂ© une date Ă Paris)
Oui, pas suffisamment vite, mais pour lâheure, nous sommes heureux de sortir Lift A Sail. Yellowcard est une machine Ă tourner et je pense quâune fois la sortie de lâalbum passĂ©e, nous allons pouvoir rĂ©vĂ©ler quelques secrets que nous avions gardĂ©s sous le coude. Avec un peu de chance, nous reviendrons en Europe plus tĂŽt que tard. Nous sommes tellement chanceux dâavoir tant de fans merveilleux. Nous nâavons pas lâoccasion de remercier nos fans français aussi souvent que nous le voudrions. Nous avons hĂąte de vous voir et ce sera le cas je lâespĂšre en 2015, on peut organiser ça tu ne penses pas ?
Oui, je lâespĂšre ! Merci beaucoup Sean dâavoir pris le temps de faire cette interview.
Merci Ă toi et Ă bientĂŽt jâespĂšre !