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Raconter sans but
Un poisson dans l'eau me dit-il. PlutĂŽt habituĂ© Ă me perdre au milieu du bassin de la piscine municipale et Ă ne pas reconnaĂźtre les gens dans la rue en raison de ma forte myopie je souris. Un poisson dans l'eau mais un poisson myope. Un poisson dans un ocĂ©an d'asphalte tel que semble le dĂ©crire Marguerite Duras dans Les mains nĂ©gatives. Un poisson qui ne voit pas clairement, qui semble craindre dâapprĂ©hender la ville semblable Ă une terre oĂč le dĂ©sir nâest pas permis. La ville sauvage, primitive, rude aux sentiments mais dans laquelle je suis happĂ©. Et mây voilĂ , la plupart du temps sans protection. « Il fallait descendre la falaise, vaincre la peur » ; câĂ©tait donc si simple. Un soir nous voyons par hasard un ami. Je me dis alors quâil y a autant de chance de tomber sur lui ici que dans le bourg de Saint-Georges-sur-Erve, Margerides et autres Thouarsais-Bouildroux. Je mâamuse de croiser des connaissances et de faire des rencontres, parfois de maniĂšre inattendue mais il faut reconnaĂźtre que lâon provoque certaines circonstances : Paris est un village ou peut-ĂȘtre une succession de lieux-dits par affinitĂ©s.
 Je reste myope mais la ville mâimpressionne moins. Ă mon esprit elle demeure une succession de parois, de textures et dâamplitudes lumineuses ; un objet permanent de curiositĂ© mais je nourris la mĂȘme fascination dans tous les endroits oĂč je me rends. Je dessine des plans dans ma tĂȘte. Ici la coulĂ©e verte, lĂ un Ă©largissement de la rue repoussĂ© sine die. Je balaye lâimage mentale que je me suis faite la derniĂšre fois, il y a des chemins plus simples, et me voilĂ bĂątissant de nouveaux itinĂ©raires. Et de cette gĂ©ographie synaptique je dĂ©duis que suis Ă la conquĂȘte dâun lieu oĂč je pourrais vivre et oĂč, câest certain, je veux passer du temps. Je laisse des traces, non des empreintes de main en nĂ©gatif sur un parement rocheux mais un simple jeu sur un tableau de liĂšge de hall dâimmeuble. Je joue avec le voisinage, Ă chaque passage je dĂ©place de façon alĂ©atoire une ou deux punaises, dâautres feront de mĂȘme un peu plus tard. Ce faisant me voilĂ presquâhabitant lâespace, mais je bouleverse les rĂšgles puisque je ne vis pas lĂ .
 Rentrant en marchant le long du canal, nous parlons. Il est lâun des rares avec qui je nâai besoin de rĂ©flĂ©chir ni de peser le moindre mot, le seul avec qui cela nâa presque jamais Ă©tĂ© nĂ©cessaire. Pour autant, je ne le mĂ©nage pas toujours autant que jâessaye de ne pas mâimmiscer dans certains interstices. Je lui dis que je mâĂ©tonne encore des rencontres faites les jours passĂ©s, certaines sont improbables, il sâen amuse. Jâen suis le dernier surpris visiblement. De mes sentiments, de quelques histoires et de la façon dont je vois le monde, je dis que jâaimerais Ă©crire. Il mây a toujours encouragĂ© mais je ne sais pas oĂč je vais. Alors je dĂ©cris et me questionne sur lâutilitĂ© de la description. Il mây encourage encore : « dĂ©crire câest dĂ©jĂ dire ». Quelques jours plus tard, mais je ne le sais pas encore, il parlera du dĂ©cor « cadre de lâimage vĂ©ritable ». Quelques jours plus tard, mais je ne le sais pas encore, jâirais voir un film de GaĂ«l LĂ©pingle. Jây reverrais des fragments de mon adolescence, des doutes vĂ©cus ou racontĂ©s, des images frappantes Ă lâesprit mais dont je ne saurais quoi tirer objectivement sinon que câĂ©tait dĂ©licat et beau.
 Alors je me convaincs que dĂ©crire câest bien, que raconter sans but câest aussi dire lâessentiel.
Je ne regarde pas mais
Soixante-trois fois sept mĂštres par deux virgule soixante-dix. Quatre-cent-quarante-et-un mĂštres linĂ©aires de vies projetĂ©es sur un plan de verre. Au sol, lâasphalte inerte au pas et Ă la vĂ©gĂ©tation mais parterre dâun furtif théùtre urbain. Je ne regarde pas chez les gens mais les lumiĂšres mâattirent ; pas celle des rĂ©verbĂšres qui emmaillote les murs de teintes tangerines, plutĂŽt le halo des nĂ©ons, diodes et autres sources domestiques. DĂ©jĂ au septiĂšme Ă©tage jâai remarquĂ© la mappemonde plaquĂ©e sur le carreau, celle des voyages dĂ©sirĂ©s ou rĂ©alisĂ©s. Lâampoule en dĂ©coupe les contours. Plus Ă gauche lâappartement dâun garçon que je nâai pas intĂ©ressĂ© trĂšs longtemps, câest bien dommage et seul demeure le souvenir exact du livre posĂ© sur son chevet. Plus en bas un drapeau breton coiffe la tĂ©lĂ©vision tandis que lâappartement adjacent affiche fiĂšrement un double-cĆur rouge. Au rez-de-jardin une cuisine partiellement dissimulĂ©e par un film translucide qui dĂ©coupe horizontalement la baie. Je ne regarde pas chez les gens mais les lumiĂšres mâattirent ; je ne fais que passer, sans mâarrĂȘter, un bref regard nourrit mon imagination et jâespĂšre dĂ©jĂ le retour du lendemain oĂč un nouveau rectangle de 700 par 270 centimĂštres sera Ă©clairĂ©. Je ne regarde pas mais je vois ce qui est donnĂ© Ă regarder, peu de choses mais quelques dĂ©cimĂštres accumulĂ©s de vies dont jâignore tout sans chercher Ă en savoir davantage.
 Lors de cette marche je reçois de I. un enregistrement de Delphine BreteschĂ©. Lâartiste y parle de vacances, de trente centimĂštres dâagenda reprĂ©sentant quinze jours dâun repos salvateur et mĂ©ritĂ©. Et dans ce manifeste, sur â et contre mais rien nâest certain â la mesure du temps, une phrase mâattire : « Je tiens Ă mon centimĂštre, câest bon dâavoir son centimĂštre pour exprimer son moi Ă soi. » Mesurant lâespace dâĂ©volution des autres je me mets Ă envier ce centimĂštre, ces quelques millimĂštres de cocagne et ces mesures qui ne se voient pas. Exit le portfolio que je me fais de cette façade dâimmeuble, lâĂ©talonnage de ces existences est ailleurs et je nâen aurais pas la clĂ©.
 Au matin plus rien nâest visible de mes fantaisies du soir passĂ©. Mes soixante-trois fois sept mĂštres par deux virgule soixante-dix sont devenus silencieux, ne reflĂ©tant que la couverture de stratus laiteux. Je ne regarde pas chez les gens mais les nuages mâattirent ; et face Ă ce qui ne mâappartient pas je songe Ă glaner mes centimĂštres, ceux auxquels jâai accĂšs mais qui sâĂ©chappent quand mon regard ne se prĂ©occupe pas assez de mes aspirations profondes.
 Sed fugit interea, fugit irreparabile tempus, singula dum capti circumvectamur amore
Je te parlerai de Nantes
Je te parlerai de Nantes comme dâun horizon. De ce premier souvenir de la flĂšche de Saint-ClĂ©ment surgissant des cimes printaniĂšres aux frimas de dĂ©cembre qui engourdissent le corps Ă la remontĂ©e vers la rue de BrĂ©a. Et la ville, mutique autant que flamboyante dans son corset de pierre brune que le temps Ă©mousse et que les hommes remplacent, parfois, souvent, sans crier gare.
 Je te parlerai de ces matins cours Saint-Pierre, mâemparant du tapis de feuilles comme dâun ocĂ©an ouvrant vers un ailleurs ; dâun soir dâĂ©tĂ©, un ailleurs aussi, oĂč quelque abri de bĂ©ton des rives de lâErdre devint le prolongement du refuge de la nuit passĂ©e ; des anciennes couleurs des murs du musĂ©e, du chĂąteau sans dorures ni oriflammes et de la rue du Calvaire gaie comme un canal sous la pluie.
 Je te parlerai de mes crĂ©billonages Ă lâattente dâun rendez-vous, de Trentemoult oĂč les chats se font discrets lorsque le fleuve sâenfonce dans un cerneau de bruine, de mon amour que je ne peux pas justifier pour les anciennes aubettes du tramway, de ma noyade dans deux iris au beau milieu du hall de gare. Â
 Je te parlerai dâune ville oĂč jâai tout envisagĂ© et oĂč lâĂ©motion ne sâĂ©claire quâau secret du vĂ©cu.
De la liberté de ne classer ni les sentiments ni le Monoprix
Il est neuf heures lorsque tintent les horloges de la maison, lĂ©gĂšrement dĂ©calĂ©es elles semblent se rĂ©pondre. Sur le sol des Ă©clats de braises de la veille constellent la terre cuite vernie. Dans la cuisine le ronronnement du micro-ondes annonce lâimminence du cafĂ©. LĂ mĂȘme oĂč jâai lâhabitude de mâasseoir, façon Anne-Aymone le 31 dĂ©cembre 1975, je parle des journĂ©es passĂ©es, de mon travail, de mon livre Ă venir, du Monoprix de Fontenay-le-Comte qui nâest toujours pas classĂ© monument historique alors quâil devrait lâĂȘtre, de ce qui mâĂ©meut, mâagace et me transporte. Jâaime venir ici, on converse de tout et lui me parle de la libertĂ© quâil voit en moi.
 Il sait ce qui mâanime depuis un aprĂšs-midi de printemps il y a plus de trois ans. Jâai mis du temps Ă lui expliquer tous les ressorts ; de comment jâai simplement voulu saisir ce qui arrivait sans chercher Ă me projeter dans un quelconque impossible ni vouloir abĂźmer ce qui existait dĂ©jĂ . Ătre une composante complĂ©mentaire, diffĂ©rente, constitutive sans ĂȘtre opposĂ©e. En cela il voit de la libertĂ© et peu aprĂšs je reçois un message dans lequel il est justement sujet de la mĂȘme libertĂ©.
 Pour autant, je ne suis certain de rien. Pas mĂȘme de savoir ce quâest ĂȘtre libre. Le suis-je, je lâignore mais jâaime ce que je vis et mâestime chanceux que les choses soient ainsi. Rien ne saurait figer lâimmuable ardeur et, subsistant librement Ă rebours de toute logique, le Monoprix de Fontenay-le-Comte ne sera pas classĂ©. Ainsi est le constat livrĂ© par cette conversation, un matin comme souvent au coin dâune cheminĂ©e Ă©teinte.
Amavi
De la ville je connais tous les ponts sur le fleuve et les architectes Ă lâorigine des poteaux portant les catĂ©naires du tramway. De la ville je connais aussi la fonderie dâoĂč est sortie la structure mĂ©tallique de lâescalier du passage couvert. Lui, connaĂźt spontanĂ©ment lâĂ©cartement des rails posĂ©s sur le quai. Je ne le dis pas mais cela me touche au-delĂ de me rĂ©jouir. La nuit passĂ©e nous nous sommes perdus. Je veux dire je me suis perdu, lui comme passager, moi chantant des chansons dĂ©suĂštes en essayant de trouver mon chemin, et de fait jâĂ©tais amusĂ©. « Tu vas voir, ma voiture a connu Chirac Premier ministre. » lui ai-je dĂ©clarĂ© fiĂšrement. Cet Ă©tendard automobile jâen suis fier, autant que ma capacitĂ© Ă psalmodier nâimporte quel texte, dâune notice dâutilisation de lave-vaisselle Ă un roman Harlequin.
 Cette campagne mâest familiĂšre, son parcellaire comme ses usages et son paysage olfactif : la rosĂ©e fraĂźche dans le ray-grass, lâodeur de lâĂ©pandage en soirĂ©e, le souffre Ă©manant du vignoble, la moiteur sĂšche des caves oĂč la poussiĂšre terreuse recouvre un sol de bĂ©ton. Dâune ville Ă lâautre la route est droite, mais je me suis perdu. Dans un village, rĂ©verbĂšres Ă©teints, un demi-tour, les phares Ă©clairant le panneau dâinformations touristiques, une autre manĆuvre, laborieuse il faut lâavouer, et câest la façade sans Ăąge dâun tabac-presse qui se retrouve illuminĂ©e. Ă lâĂ©tage, un homme curieux de regarder ce qui sâavĂšre ĂȘtre lâĂ©vĂ©nement de la nuit. Lâesprit engourdi, il faut lâavouer aussi, je reprends notre route et lâĂ©coute quand il parle autant que je lui montre le paysage. LĂ , Ă gauche, lâhĂŽpital psychiatrique donnant sur le fleuve, ici la biscuiterie et le dĂ©part du canal. Et la nuit, dont les pensĂ©es sortent saisies dâexaltation. Â
 Le lendemain nous cheminons, je dirais mĂȘme que nous musardons â musarder est un de mes verbes prĂ©fĂ©rĂ©s â au grĂ© de nos envies. Je pourrais tout lui dire, tout lui montrer, mais je me rĂ©frĂšne assez naturellement. En dâautres temps je sais que jâaurais parlĂ© sans discontinuer, davantage par timiditĂ© que pour occuper lâespace. Jâai appris Ă apprĂ©cier les silences et les regards. Devant le mur aux figures peintes je ne mâempĂȘche pourtant pas de parler de lâhistoire de la ville, celle plus ou moins glorieuse et celle improbable parfois. Ăcrivant une carte postale, jâinvente les vacances de mon fils, Hector, qui a bĂąti un chĂąteau de vase sur une grĂšve fluviale. Cela lâamuse autant que moi et plus tard je lui explique que la passerelle piĂ©tonne que nous allons emprunter est montĂ©e sur vĂ©rins de maniĂšre Ă garder une hauteur de passage suffisante pour les bateaux.
 La journĂ©e se poursuit et chaque moment semble ĂȘtre lĂ pour perpĂ©tuer le vif souvenir du prĂ©cĂ©dent. Un sentiment entraine un mouvement qui, lui-mĂȘme, suscite un enthousiasme. Sans Ă©garements mais avec ardeur les Ă©motions se dĂ©ploient. Sans remparts elles trouvent un Ă©cho en nos corps. Et lorsque le jour rend les armes Ă lâheure du retour il nâest pas question de dĂ©chirement mais dâun constat, celui dressĂ© par lâune des devises de la ville : Amavi, jâai aimĂ©.
La plaine, Fritz et le réel
De la ville, la premiĂšre silhouette est celle de la gare. AussitĂŽt lui dis-je quâelle est de Victor Laloux, le mĂȘme qui a rĂ©alisĂ© la basilique et dâautres choses connues mais dont jâai oubliĂ© le nom Ă cet instant. Il mâĂ©coute et je continue, je pourrais lui parler de la technologie Inorail qui alimente le tramway en Ă©lectricitĂ© et il mâĂ©couterait encore. Je ne le fais pas, simplement je le regarde et cela est bien mieux. Je sais que mes histoires lâamusent, quâil sait que dans chaque ville traversĂ©e je trouverais quelque chose Ă raconter. De mon silence je me contente et goĂ»te la sensation du vent qui, de lâEst, transporte ce que le lieu a de parfums et de chaleur.
 à une touriste qui souhaite ĂȘtre prise en photo devant une ruine jâexplique lâarchitecture de la premiĂšre Renaissance, je me fais des auto-concours de datation de monuments et dĂ©jĂ nous cherchons la carte postale la plus laide, celle avec un chaton et des gĂ©raniums, pour tĂ©moigner de notre passage en cette auguste citĂ©. Jâaurais aimĂ© quâil en existĂąt une avec lâAĂ©rotrain dont il mâa montrĂ© le rail de bĂ©ton dĂ©ployĂ© sur la plaine cĂ©rĂ©aliĂšre. « Bons baisers du Loiret » au-dessus dâun chaton roux conduisant un prototype de Jean Bertin.
 Il mâa photographiĂ© dans le train duquel nous regardions la promesse technologique des Trente glorieuses, et dont il mâindiqua quâelle pourrait revoir le jour. « Raymond Depardon » a-t-il dit. Je me suis davantage vu dans un safari sans lions ni girafes, une exploration de ce que la sociĂ©tĂ© industrielle a semĂ© comme autant dâanimaux tapis dans le lointain.
Les bagages posĂ©s nous rendons visite Ă Fritz, lâĂ©lĂ©phant naturalisĂ© aprĂšs quâun cirque eĂ»t lâidĂ©e dâoffrir sa dĂ©pouille Ă la ville. Je repense au safari dans la Beauce et me dis que la bĂȘte est aussi liftĂ©e quâun silo Ă grains dont on a rĂ©novĂ© la couverture zinguĂ©e. Quâimporte, Fritz devait ĂȘtre une brave bĂȘte et les conditions de son existence nous le rendent sympathique.
 Dans cette Ă©tape nous voilĂ sur un isthme, mi touristes mi habitants. La grande roue nous attire, tout comme une escapade loin de lĂ , sur lâautre rive. Et lorsque nous y cheminons, je lui demande sâil a dĂ©jĂ grimpĂ© dans un clocher dâĂ©glise. Je monte, pousse la trappe, elle me rĂ©siste mais peu de temps, lui indique quâil peut venir. « Câest solide ? » Oui, je nâen doute pas. Jâai regardĂ© ma montre : « Ăa devrait faire bong dâici une minute ». Les cloches tintent, nous Ă©tions prĂ©parĂ©s.
Nous Ă©tions prĂ©parĂ©s Ă voir Fritz, Ă trouver le meilleur PMU pour un cafĂ© allongĂ©, Ă musarder outre-Loire et Ă contempler le paysage depuis un wagon sans doute commandĂ© par Olivier Guichard. Vivre et Ă©prouver ici nous lâavons anticipĂ©, mais semblables Ă une premiĂšre fois continue il est des sentiments que lâon mesure quâau prisme du rĂ©el.
La possibilitĂ© dâun rĂ©cit
« Nous ne sommes rien, ce que nous cherchons est tout. »
 Traversant de nouveau la place Saint-Georges je repense Ă ce quâĂ©crit Hölderlin dans HypĂ©rion. Et tandis que cette phrase me vient Ă lâesprit, il ne me semble pas excessif de mâidentifier Ă ce jeune homme trouvant en une figure aĂźnĂ©e un point dâancrage pour sortir de ses errements. Peut-ĂȘtre la comparaison doit-elle sâarrĂȘter lĂ , mais il y a quelque chose de la prospection intime dans ce qui me mĂšne ici maintenant, comme Ă chaque fois que je me rends Ă Paris.
 La fois prĂ©cĂ©dente jâavais trouvĂ© la porte de son immeuble ; aujourdâhui je ne me rappelle plus de quel numĂ©ro de la rue il sâagissait. Cela importe-t-il dâailleurs vraiment dâidentifier une façade monochrome et lisse, parmi dâautres murs eux-mĂȘmes inertes Ă mon regard. Et que mâapporterait de reconnaĂźtre cet immeuble quand bien mĂȘme je ne pourrais jamais en percevoir davantage que ce que la rue donne Ă regarder. Ni Ă©tage ni numĂ©ro dâappartement pour mâorienter. Les correspondances que jâai rangĂ©es avec soin ne me livrent quâun intĂ©rieur de papier mais des reliefs beaucoup plus utiles Ă ce que ma mĂ©moire se figure.
 Il y a peu je parlais Ă un ami cher de ce quâapporte le rĂ©el au rĂ©cit ; me demandant si la recherche de trop dâexact ne pouvait pas empĂȘcher le dĂ©ploiement de ce que lâon dĂ©sire exprimer. Lui disant « jâaime lâidĂ©e que tu tisses toute la matiĂšre sensible, par dĂ©duction et invention, sans peut-ĂȘtre la connaĂźtre vraiment », je me suis rendu compte que je parlais aussi de moi et de mes questionnements qui nâauront pas tous de rĂ©ponses. Et jâai repensĂ© Ă Romain Gandolphe qui, sorti des Beaux-Arts de Lyon, est retournĂ© dans le dĂ©sert Mojave Ă la quĂȘte dâun relief photographiĂ© par Robert Barry en 1969. Et de cela apparaĂźt lâidĂ©e que la dĂ©marche est peut-ĂȘtre plus constitutive quâune finalitĂ© claire.
 Ce jour, place Saint-Georges, est nĂ©e la possibilitĂ© dâun rĂ©cit. Un rĂ©cit sans finalitĂ© scientifique mais dont jâai compris ce quâil devait comporter de choses palpables comme non dites.
Et on regardait les cargos
Dâune extrĂ©mitĂ© Ă lâautre du chenal les cargos semblent se parler. Ă lâapproche de lâĂ©tale de haute mer les rotations peuvent commencer. Au front du danger, le pilote du port dĂ©roule un fil dâAriane imperceptible dans un labyrinthe linĂ©aire oĂč les obstacles sont autant de murs et de Minotaures tapis sous la surface du flot marin. Deux cargos ne peuvent se croiser, je nâen ai pas la preuve mais jâen suis certain ; un axiome vernaculaire quâil vaudrait mieux ne pas chercher Ă dĂ©montrer par lâexemple. Je lui parle de tirant dâeau ou encore de la diffĂ©rence entre la gĂźte dâun bateau dont les cales sont vides et de celle quand elles sont gorgĂ©es de blĂ©. Jâai lâimpression de mây connaĂźtre. Peut-ĂȘtre est-ce vrai et comme jâaime comprendre ce qui rĂ©git les fonctionnements quotidiens je suis crĂ©dible.
 Le surprenant je lui prends la main, tandis que le cargo Ă pavillon madĂ©rois reste liĂ© Ă lâesquif qui le tient Ă©loignĂ© des dangers. Jâobserve le regard des passants, je ne crois pas avoir dĂ©jĂ tenu la main dâun garçon ici. Et finalement ce regard est dâune neutralitĂ© qui me convainc de poursuivre. Ă lâextrĂ©mitĂ© de la jetĂ©e la surface de lâeau affleure celle du sol, câest le privilĂšge des forts coefficients associĂ©s Ă une mer calme et irradiĂ©e du soleil de lâavant ou de lâaprĂšs saison.
 Sur la terrasse du phare le temps semble arrĂȘtĂ©. Non en raison de la pĂ©riode de lâannĂ©e qui est celle oĂč la station balnĂ©aire sort de sa torpeur hivernale, mais parce que la vie qui sây dĂ©roule prend des accents fantasques et dĂ©licieusement dĂ©suets. Torse nu, un pĂȘcheur au lancer se fait remarquer tant par son air dĂ©sinvolte â fier Ă la Hugo Koblet sur le Tour de France 1951 â que par la musique de Giorgio Moroder et Joe Esposito qui sort de son enceinte. Lancinantes, les rotations des navires se poursuivent et ne perturbent personne. On regarde lâhorizon, on contemple les bateaux. Je me tiens prĂšs de lui. Il me parle des Vacances au bord de la mer de Michel Jonasz, je mâidentifie sans lui dire aux mĂŽmes de Jean-Louis Aubert.
 Au retour je lui parle encore des bateaux, de ceux qui font le tour du monde ; je lui en ai dĂ©jĂ parlĂ© mais il mâĂ©coute. Je rajoute des Ă©lĂ©ments nouveaux, mes souvenirs et ce que ma mĂ©moire a peut-ĂȘtre bĂąti ex-nihilo. LĂ encore je suis crĂ©dible et le demeure quand je parle du voilier orange qui Ă©tait mon prĂ©fĂ©rĂ© quand jâĂ©tais gosse. LâocĂ©an ne trahit pas, Ă chaque passage il ajoute de la matiĂšre et câest Ă chaque passage que lâon remarque quâil attise lâesprit bien dâavantage quâil ne lâĂ©mousse.
 Les bateaux partent, la plupart du temps reviennent. Il en est ainsi des reliefs de notre histoire, un ressac de sentiments dans ce quâils ont de beau et de palpable.
Necora puber
Est-il important de donner un nom Ă une jeune Ă©trille ? Je veux dire y-a-t-il un sens Ă donner Ă une appellation autre que Necora puber Ă ce petit crabe dĂ©posĂ© sur le sable par une vague mourante. Nâest-ce finalement pas lâimage de lâanimal se rĂ©fugiant Ă lâombre de la chaussure qui est plus importante. La vision dâun petit ĂȘtre piĂ©gĂ© par un dĂ©pouillement soudain et se blottissant dans le premier refuge en attendant dâĂȘtre repris par une nouvelle vague.
 Et au mĂȘme moment, les embruns dans ses cheveux, ma main sur le sable semblable Ă la texture douce de sa peau constellĂ©e de lĂ©gĂšres taches de rousseur, les souvenirs, aussi, des matins dâĂ©quinoxe occupĂ©s Ă pĂȘcher les crustacĂ©s dans de petites balances tenues par des cordelettes.
 Il faisait froid ces matin-lĂ oĂč la brume mordait les mains jusquâĂ les engourdir. HĂȘtres, pins maritimes et chĂȘnes verts scandaient le cheminement dans la forĂȘt tandis que lâodeur de la criste et de lâimmortelle annonçaient lâestran encore nappĂ© dâun voile dâargent.
 DĂ©jĂ les langues de schiste commençaient Ă se dĂ©voiler. Sombres, elles plongent dans lâocĂ©an Ă chaque marĂ©e haute et se fondent avec le sol dĂšs que les flots se sont retirĂ©s. Ă mesure que les vagues quittent le rivage, commence la descente progressive, balances en main, jusquâĂ lâendroit oĂč lâeau cesse de sâĂ©loigner en nĂ©gatif de lâaltitude zĂ©ro.
 Dans la litanie du sac et du ressac, les petits filets cerclĂ©s de mĂ©tal flottent et disparaissent tenus par leur cordelette. Sortis de lâeau, ils dĂ©voilent ce que lâocĂ©an garde en son sein. Ces petits crabes qui sâagitent et qui semblent surpris dâĂȘtre tirĂ©s dâun abĂźme oĂč les bipĂšdes nâosent sâaventurer.
 Ces jours-lĂ , quâimporte si la pĂȘche fut un succĂšs ; il mâĂ©tait plus intĂ©ressant de courir sur les rochers, de crĂ©er des barrages dans les trous dâeau et des torrents dans le sable. Aujourdâhui, il mâa plu dâimaginer quâun crustacĂ© sans nom a retrouvĂ© son milieu Ă la marĂ©e montante. Il y eut ni proie ni conquĂȘte, seulement une Ă©niĂšme description dâun souvenir associĂ© Ă un lieu. Un nouvel arpent dĂ©voilĂ© du territoire que je frĂ©quente.
 Il aime quand je lui parle de mes souvenirs, quand je me perds dans un monologue face au paysage avant de me raccrocher Ă ses yeux qui ne semblent pas se lasser. Il y eut ni proie ni conquĂȘte, je ne suis pas sĂ»r dâaimer capturer ou conquĂ©rir, seulement mes mains contre une peau que je connais et mon attention envers un souffle que jâai plaisir Ă Ă©couter. Et cette nuit, une petite Ă©trille qui retrouvera son gĂźte au fond de lâeau.
Interroger la vision dâune politique urbaine pour la rĂ©vĂ©ler
SollicitĂ© par le Centre vendĂ©en de recherches historiques pour la rĂ©daction dâun article prĂ©sentĂ© dans le dernier numĂ©ro de la revue scientifique Recherches vendĂ©ennes, jâai choisi de traiter la question de lâurbanisme dans le centre historique de La Roche-sur-Yon entre 1965 et 1985. Quelques mois aprĂšs la publication jâai jugĂ© nĂ©cessaire de revenir en quelques lignes sur le propos de cet article, notamment pour les personnes qui ne lâauraient pas lu (et parce que je nâai pas eu lâoccasion de le prĂ©senter en dĂ©tail sur ce blog).
 Du passé faisons table rase ?
1965-1985, rĂ©flexions autour de lâidentitĂ© architecturale de La Roche-sur-Yon
 FondĂ©e par dĂ©cret le 25 mai 1804 dans un but de pacification de la VendĂ©e, La Roche-sur-Yon est longtemps restĂ©e circonscrite au pĂ©rimĂštre dessinĂ© par les ingĂ©nieurs civils des ponts et chaussĂ©es. Ă lâimage de nombreuses villes europĂ©ennes, moyennes et grandes, la prĂ©fecture vendĂ©enne connaĂźt un dĂ©veloppement rapide lors des Trente Glorieuses, gĂ©nĂ©rant un fort besoin en matiĂšre dâinfrastructures et de logements. Ă lâĂ©cart de ce bouillonnement, le cĆur de ville est une zone engourdie par sa faible densitĂ© de population, la congestion automobile, une fuite des activitĂ©s Ă©conomiques vers lâextĂ©rieur, etc. Pour y remĂ©dier, la municipalitĂ© de Paul Caillaud, suivie par celle de Jacques Auxiette, tente de trouver des solutions, parfois radicales, au prix de contestations culturelles ou politiques et dâappels Ă aller plus loin.
 Interrogatif bien plus quâaffirmatif, le titre est un appel Ă tordre le cou Ă ce qui est souvent entendu localement sur une idĂ©e selon laquelle il y eĂ»t une volontĂ© affirmĂ©e de dĂ©truire les traces du passĂ© pour moderniser la ville. Tordre le cou Ă©galement Ă une certaine chronologie affective se basant sur  la prĂ©sence dâune majoritĂ© municipale Ă un moment donnĂ©, une opposition de la population dans les urnes, puis une politique de la ville radicalement diffĂ©rente. Une approche scientifique ne peut se contenter de telles assertions. Comme cela a toujours Ă©tĂ© le cas dans mon travail de chercheur et de confĂ©rencier, jâai tenu Ă mettre en perspective documents dâarchives, tĂ©moignage dâarchitectes et coupures de diffĂ©rents journaux. Bien davantage quâune approche yonno-centrĂ©e, il mâĂ©tait essentiel de traiter la question locale comme un exemple type parmi dâautres en France et en Europe lors de la mĂȘme pĂ©riode.
Remettre en perspective câest ici livrer une analyse de la question dĂ©mographique et des profondes mutations Ă©conomiques du territoire pour expliquer, au moins partiellement, une approche radicale de la ville sur une pĂ©riode prĂ©cise. AffirmĂ©e, la finalitĂ© est la mise en avant dâune rĂ©flexion urbaine reposant sur une approche pragmatique bien plus que sur la volontĂ© rĂ©volutionnaire souvent dĂ©peinte.
 LĂ est la vision que je tiens Ă dĂ©fendre pour cet article que vous pouvez trouver en librairies (Recherches vendĂ©ennes n°25 https://www.histoire-vendee.com/ouvrage/recherches-vendeennes-n-25/) et dont jâaurai plaisir Ă prĂ©senter des aspects lors des prochaines JournĂ©es europĂ©ennes du patrimoine.
Tout est lĂ , mais rien nâexiste
Lâavenue qui mĂšne Ă lâOcĂ©an est dĂ©serte. InstallĂ©s dans une forme de latence, une maison parĂ©e de galets roulĂ©s et un vieil hĂŽtel dont les lambrequins de bois sont prĂȘts Ă tomber. Tout pourrait revivre mais rien ne bouge. LâimmobilitĂ© est lâessence du lieu, le mouvement de la vie y est Ă peine perceptible. Les personnes surgissent et se dispersent comme une nuĂ©e sans jamais avoir habitĂ© la ville. MĂȘme les palmiers, religieusement disposĂ©s dans leurs emplacements bornĂ©s par des carrĂ©s de bĂ©ton moulĂ©, ne font illusion. Une fois les yeux fermĂ©s, ils disparaissent. Car câest en fermant les yeux que lâon mesure que rien nâexiste vraiment ici. Pourtant, tout est lĂ . Dâavril Ă octobre, chaque semaine les mĂȘmes visages, les mĂȘmes rites, le mĂȘme ronronnement des tubes nĂ©on entrecoupĂ© du roulement du tiroir-caisse ; qui tel un fracas dans les allĂ©es clairsemĂ©es de la supĂ©rette, rappelle quâil pourrait y avoir quelques traces de vie dans cette station balnĂ©aire.
 Mais le mouvement y est si peu durable. Ă peine est-il perçu quâil se volatilise. Furtive, la ville nâexiste pas. Seul lâOcĂ©an se dĂ©ploie pleinement, lâespace lui appartient irrĂ©mĂ©diablement.
« Bonjour mon grand, tâas pas de boulot ? »
 Ce jour-là ça nâĂ©tait pas la derniĂšre fois. Seulement lâun de ces moments habituels Ă boire un dĂ©cafĂ©inĂ© soluble sous le patronage dâune queue de vache suintant dans la cocotte et du canevas reprĂ©sentant un cerf prĂšs dâun torrent. Au moment de la quitter, elle dĂ©clara, de maniĂšre tout aussi abrupte quâen ouvrant la porte une heure plus tĂŽt, « Tâes beau comme un as ! »
 Il fallait cueillir lâinstant, capter ce compliment inattendu, presque aussi doux que les pĂątisseries pressĂ©es dans lâantique gaufrier Gorenje et conditionnĂ©es dans un sac en plastique de supermarchĂ©. Parfois, il y avait sa Supercinq dans la cour de la maison ; souvent le jour de NoĂ«l. La difficultĂ© dâalors Ă©tait de trouver un cadeau pas trop durable mais pas trop ridicule non plus. Le type de prĂ©sent qui serait apprĂ©ciĂ© sans devenir encombrant plus tard.
 Un jour il y eĂ»t une voiture moderne devant chez elle, celle de mon petit-ami. Elle nây vit pas dâinconvĂ©nients, pas une seconde, sinon quâil ne pouvait mâapporter un travail stable. Le secteur culturel, elle sâen mĂ©fiait. Les choses simples lâattiraient davantage.
 Un soir, Papy apporta un poste de tĂ©lĂ©vision. Il avait un peu bu, ce qui Ă©tait rare. AprĂšs quâil se soit fait remonter les bretelles la tĂ©lĂ© est restĂ©e. Câest elle qui devint sa compagne du quotidien, câest par elle quâelle me voyait quand je travaillais trop loin pour la voir.
 Arriva le moment oĂč elle quitta sa commune natale, ce qui nâĂ©tait jamais arrivĂ© sinon pour voyager ou pour des besoins mĂ©dicaux. Longtemps dĂ©jĂ elle avait laissĂ© derriĂšre elle la ferme et la maison de famille. Le vieux LĂ©on Ă©tait mort, les pins parasols avaient tous disparu ; et le terrain de bord de mer synonyme des vacances en Renault 16 Ă©tait devenu une jachĂšre face Ă une zone pavillonnaire.
 VoilĂ ce quâelle Ă©tait et c'est parce qu'elle a toujours eu la rudesse d'Ăąme des femmes que le travail de la terre a façonnĂ© qu'elle m'est encore plus absente depuis quelques semaines.
Conférence de présentation de mon livre sur Fontenay-le-Comte
Fontenay, son territoire et les grands courants nationaux, une cité de haute importance culturelle.
 ConfĂ©rence-prĂ©sentation de lâouvrage Ă la dĂ©couverte de Fontenay-le-Comte Ă©ditĂ© dans la collection Les Indispensables par le Centre VendĂ©en de Recherches Historiques en juin 2020.
 Lâauteur William Chevillon, jeune mĂ©diateur culturel, est une personnalitĂ© atypique et singuliĂšre qui sâintĂ©resse au patrimoine, Ă lâurbanisme moderne et lâart contemporain. Il prĂ©sentera lâouvrage Ă travers quelques aspects originaux et peu connus ; dâAlphonse de Poitiers Ă lâusine de Georges Mathieu en passant par Fontenay dans les pas dâOctave de Rochebrune. Aujourdâhui encore, Fontenay est une ville dont lâimportance culturelle reste manifeste, lâhĂ©ritage visible ne cesse de le prouver.
 Rencontre et séance de dédicace en présence de la librairie FlorilÚge.
 Le 17 septembre 2020 à 18:30, salle des OPS, 102 rue de la République, 85200 Fontenay-le-Comte. Entrée gratuite. Conférence organisée avec le soutien de la Ville de Fontenay-le-Comte.
 Outre lâĂ©change avec le public, cinq thĂ©matiques seront abordĂ©es lors de la confĂ©rence :
 ·        Une cité forte et indépendante entre la Loire et le Marais poitevin
Centre politique confortĂ© par Alphonse de Poitiers, Arthur de Richemont et le pouvoir royal, Fontenay-le-Comte est une ville qui a du poids, notamment face Ă la puissance religieuse. Ville dâhumanistes, dâartisans et de notables, Fontenay est, avec Maillezais ou Coulonges-les-Royaux, le cĆur dâun bassin culturel majeur.
 ·        La ville et sa résilience aprÚs les conflits
Marquée par les conflits médiévaux, les guerres de Religion et la Révolution, Fontenay se relÚve avec succÚs. Si la ville se modernise et se développe, elle compose avec les difficultés si bien que le corps urbain a su garder une grande cohérence.
 ·        Comment une route royale sauve la ville ancienne au XVIIIe siĂšcle et permet aujourdâhui de conforter le cĆur de la citĂ©
Traversant Fontenay, les rues de la République et Georges-Clemenceau témoignent de la modernisation du territoire national lors de la seconde moitié du XVIIIe siÚcle. En contournant la ville par le sud, la route royale évite la destruction de nombreuses maisons anciennes. Lieu des échanges sociaux, la rue de la République a permis au centre de Fontenay de résister face au développement extérieur.
 ·        Fontenay, un emblĂ©matique terrain dâexpĂ©rimentations pour la sauvegarde et la valorisation du patrimoine grĂące Ă quelques hommes et femmes de conviction
DotĂ©e dâun hĂ©ritage riche et reconnu, Fontenay doit sa renommĂ©e Ă des personnalitĂ©s qui ont posĂ© les bases de la valorisation actuelle du patrimoine. Octave de Rochebrune Ă Terre-Neuve et dans la ville, Ămile Boutin en tant quâarchitecte, Henry-Claude Cousseau au musĂ©e ou sĆur Saint-Pierre avec le musĂ©e de plein-air, plusieurs gĂ©nĂ©rations se sont succĂ©dĂ©es et ont apportĂ© leur vision, parfois Ă contre-courant.
 ·        Lâusine de Georges Mathieu, un monument majeur dans lâhistoire de lâart
InaugurĂ©e en 1973, lâusine Ă©toile dĂ©note dans le paysage Ă©conomique et architectural vendĂ©en, elle est aujourdâhui un rare tĂ©moignage dâune Ćuvre bĂątie confiĂ©e Ă un artiste lors de cette pĂ©riode (dans la mĂȘme dĂ©cennie lâagence Barto contribue au projet du cinĂ©ma Concorde Ă La Roche-sur-Yon). Lâusine Ă©toile est une rĂ©alisation majeure, un manifeste politique et social pour Georges Mathieu.
Sortie de mon livre sur Fontenay-le-Comte
AprÚs un long travail, je vous annonce la parution de mon 1er livre aux éditions du Centre vendéen de recherches historiques (conseil scientifique Sorbonne-Université). BientÎt en librairie, il est une invitation à découvrir et comprendre Fontenay-le-Comte, riche cité d'Ancien Régime mais pas que ! https://www.histoire-vendee.com/ouvrage/a-la-decouverte-de-fontenay-le-comte/
LâĂąme dâun théùtre
Ce texte est le morceau dâune lettre. Je nâen dirai pas davantage mais peut-ĂȘtre que ce fragment fera sens pour certain.e.s.
« [...]
Un théùtre a-t-il une Ăąme ? La question mĂ©rite dâĂȘtre posĂ©e dans ce cas comme pour tout autre lieu de crĂ©ation.
 Si elle existe, lâĂąme dâun théùtre est-elle un ensemble de personnes. Peut-ĂȘtre. Est-elle un ou plusieurs lieux. Sans doute. Est-elle ce qui nimbe les murs quand spectateurs, artistes et Ă©quipes sont partis. Câest probable.
 Est-elle le fruit de tout cela dans un agrégat impalpable. Assurément.
 Mais elle est aussi ce qui Ă©mane dâune lente construction ; et par cette construction tant dâĂ©lĂ©ments se mettent Ă graviter. Pour autant, rien nây est perpĂ©tuel sans quâune impulsion vienne relancer le fragile Ă©difice. Cette impulsion câest tout ce qui sây dĂ©roule de non-habituel, de douloureux parfois, de jubilant aussi. Les murs dâun théùtre ne sâĂ©moussent pas Ă lâusage mais lâĂąme sâestompe Ă lâhabitude. Il faut convoquer autant de constance que de tumulte pour tenir une telle maison. La longĂ©vitĂ© nây est pas routine, elle ne peut lâĂȘtre, elle naĂźt de lâacuitĂ© que lâon garde et que lâon nourrit.
 LâĂąme dâun théùtre ou de tout autre lieu de crĂ©ation nâest pas seulement ce qui y demeure. Câest ce qui sây dĂ©roulera parce que les choses ont Ă©tĂ©. Câest la vague qui renaĂźtra parce quâun jour quelquâun a allumĂ© lâocĂ©an.
[...] »
Je suis sorti
Je suis sorti, sans mon attestation je le reconnais. Je suis sorti sans mon attestation mais je ne suis pas allĂ© bien loin. Pas bien loin physiquement je veux dire. Et je nâai croisĂ© personne. La Lune Ă©tait gibbeuse et je ne dormais pas. Je suis sorti et jâai marchĂ© dans lâallĂ©e. La Lune Ă©tait gibbeuse, si peu dĂ©croissante que je ne dormais pas et, sur ma droite jâai vu lâarbre devant lequel nous Ă©tions pris en photo quand nous Ă©tions petits. Pas lâarbre mort qui reste droit face Ă sa chute inĂ©vitable, celui juste Ă cĂŽtĂ© dont le tronc dessine une fourche proche du sol. Jâai marchĂ© jusquâĂ mâarrĂȘter au milieu de la chaussĂ©e, dans la rue. Pas la moindre lumiĂšre Ă lâhorizon, ni sur lâasphalte, ni Ă travers les fenĂȘtres. Seulement une chaleur un peu faible libĂ©rĂ©e par le sol, reliquat dâune journĂ©e oĂč lâair Ă©tait lourd pour la saison. Jâai regardĂ© et je nâai pu mâempĂȘcher de me dire ce qui me revient souvent depuis des semaines : La nuit est redevenue la nuit.
Quand bien mĂȘme elle finira par ne plus ĂȘtre la nuit â Je veux dire pas le lendemain matin, mais le jour oĂč les bruits humains recommenceront Ă transpercer lâobscuritĂ©. â, elle a aujourdâhui repris ses droits comme on le dirait du monde vĂ©gĂ©tal et animal recolonisant une ville dĂ©sertĂ©e. Ce soir-lĂ lâautoroute Ă©tait muette, la route dĂ©partementale mutique, et les chiens des alentours pas bien plus bavards. Jâai marchĂ© jusquâĂ mâarrĂȘter au milieu de la chaussĂ©e et jâai regardĂ© le ciel Ă travers le reflet laiteux de la Lune. Jâai surtout entendu le murmure des prĂ©s alentours. Non, pas un murmure mais plutĂŽt une quantitĂ© de bruissements. Je me suis rappelĂ© les sorties vespĂ©rales oĂč, attifĂ©s de bottes et dâĂ©puisettes, nous allions essayer de trouver quelques tritons dans les mares. Je ne sais pas quel bruit fait un triton mais le coassement des grenouilles je le connais. Et ce soir-lĂ les grenouilles conversaient. Je nâentendais quâelles. Finalement ce nâĂ©tait pas une quantitĂ© de bruissements mais une immense clameur qui avait repris possession du ciel.
Je suis sorti, sans mon attestation je le reconnais. Je suis sorti sans mon attestation mais les grenouilles nâen avaient pas non plus.