Considérations sur le prix des jeux
Un article un peu particulier aujourd’hui car il prolonge une discussion Twitter que nous avons eue avec @vmazuka, @blublugrublu, @merlindumesnil, @shahindoh et d’autres au sujet du prix des jeux.
Nous avions des positions bien tranchées sur le prix d’un jeu et je ne vais pas tenter de retranscrire leur position au risque de les avoir mal interprétées.
Nous cherchions les “justifications” au prix des jeux et nos limites d’acceptation.
Je souhaitais clarifier en plus de 140 caractères mon commentaire suivant :
“le prix d’un jeu ne suit aucune logique économique, ni des biens de “production”, ni des biens “culturels””
Déjà, je retire le “aucune”, et j’ajoute “en France”… Par contre, je persiste sur la fin de ma phrase, en effet, trop souvent, les discussions autour du prix d’un jeu s’orientent vers les arguments suivants :
- C’est trop cher, mais il y a du matos
- C’est trop cher, mais il y a de la qualité dans le sens artistique/culturel
Les articles sur le prix des jeux sont de plus en plus nombreux mais ils expliquent plutôt le prix public. En gros, on explique le prix final en ne prenant en compte qu’un morceau de la chaîne, la distribution. Ces articles concluent sur le fait que le prix “Editeur” est multiplié par 2 par le “Distributeur” puis, par 2 par le “Vendeur”. Une boite à 40€ s’achète donc environ 20€ au distributeur qui l'achète lui même 10€ à l’éditeur (gardons pour la suite cette hypothèse)
Si la production de jeu suivait la logique des biens de production, le prix serait effectivement très corrélé au matériel (enfin, plutôt au lieu de production de ce matériel, mais sachant que de plus en plus d’éditeurs font produire en Chine… ce qui est écologiquement et socialement une aberration, mais c’est un autre sujet). Or ce n’est pas le cas, le matériel entre deux boites du même prix peut-être tout à fait différent. Par ailleurs, si on prend pour hypothèse qu’il y a assez peu d’évolution technologique dans la fabrication des jeux (il y en a sans doute mais assez marginales, donc gardons cette hypothèse), le prix moyen devrait avoir tendance à baisser.
Si la production de jeu suivait la logique “culturelle”, le prix serait effectivement quasiment identique entre les jeux de même catégorie (avec un effet sur le coût du matériel très faible). C’est le cas actuellement sauf que (exceptés les livres qui ont un “prix unique”) le prix des biens culturels baisse drastiquement lorsque :
- Le succès est au rendez-vous : En gros, la marge ce fait sur le volume et non le prix
- Le succès n’est pas du tout au rendez vous : Le vendeur/distributeur cherche à réduire ses frais de stockage et brade
- Le bien est ancien : Regardez le prix des CD, DVD… 1 ou 2 ans après la sortie…
Dans le monde du jeu, en France en tout cas, cette logique n’est pas suivie (vous pourrez me dire que des boutiques font des déstockages… et c’est vrai, mais c’est tout à fait marginal…)
Elle l’est plus en Allemagne où le Spiel se retrouve rapidement bradé (la marge se faisant sur la masse), où un jeu de 2 ou 3 ans se trouve déstocké (Regardez les offres queen games, les magasins de déstockage genre spiel offensive…). Depuis que je me suis remis à jouer et à suivre ce “monde” (environ 2007), j'entends (surtout des éditeurs, distributeurs, acteurs du “marché” du jeu français) que le marché allemand, c’est la cata, que tout va s’effondrer… depuis, je constate que j'achète mes jeux beaucoup moins cher à Essen (et dans les boutiques en ligne allemandes le reste du temps), que les “gros” éditeurs, et beaucoup de moins gros existent toujours… il n’y a néanmoins plus de magasin spécialisés “en dur” en Allemagne et on sent que les éditeurs/distributeurs sont un peu plus sur les dents.
En France, ce n’est pas le cas… l’ensemble de la profession, “s’entend” pour définir et conserver un prix “à la taille de la boite” du jeu, et le prix (consommateur) à plutôt tendance à augmenter beaucoup plus rapidement que l’inflation. Attention, ce n’est pas une critique de la profession, ce prix élevé permet à des commerces de proximité de vivre (contrairement à l’Allemagne), à certains éditeurs de survivre (grâce à un succès “indémodable” qui permet d’en sortir d’autre ou de garder la tête au dessus de l’eau) et aux distributeurs d’avoir les reins assez solides (cf, les récentes opérations financières). Mais soyons conscients que cette “dynamique” vertueuse est majoritairement soutenue par le consommateur final.
Le consommateur, souvent passionné étant prêt à payer un peu plus et à trouver une justification… matos… qualité du jeu… mais jusqu’à quel niveau ? pour supporter quelle chaîne économique ?
Personnellement, ma position est la suivante, OK pour payer un peu plus cher un jeu créé par un auteur talentueux, bien édité, produit “durablement” et acheté dans une boutique de proximité. Par contre, mettre 50€ dans un jeu fabriqué en Chine, acheté sur Amazon… je cherche encore la justification :)
Merci à Blublugrublu pour sa relecture !











