“Je remettais ta couette en place quand l'air qu'elle a déplacée à fait tomber le dessin qui était accroché à ton mur, dans un sac plastique transparent. Un Louange tombé du ciel.Mécaniquement j'ai pris le dessin pour le raccrocher et pour le mettre dans le bon sens : je l'ai regardé. Je ne pourrais plus jamais me passer de tes dessins ! Ce loup, sa gueule, sa physionomie, son contentement triste, son auréole, ses ailes, son pelage et sa queue, ces loups que tu dessines je ne peux plus m'en passer je les adore. Du coup j'en suis venu à me demander comment il avait pu être accroché là et que je ne l'ai jamais regardé. Tu as été fairplay, c'est le seul dessin que tu aies accroché dans ta chambre mais tu ne m'as même pas demandé de le regarder. J'ai mis plusieurs jours à le voir alors que je l'adore. Alors je me dis que parce qu'il y avait des dessins partout dans ta pièce, je n'ai pas prêté attention à un plus qu'à un autre. Mais du coup comment faire pour que ceux qui viennent à ton expo une fois comprennent ce qu'il faut comprendre de ce que, moi qui te fait l'amour et qui renaît dans tes bras, trouve génial ? Le génial du génie, le dessin juste de la description que j'aurais mis 10 ans à faire. Le loup qui m'a sauvé 100 fois ces derniers mois, c'est le Louange. J'aurais pu faire un livre sur la fragilité de ce loup et des encyclopédies sur sa robustesse, ça n'aurait jamais été mieux dit que par ce dessin. Je veux vivre dans ton génie mais je voudrais faire savoir ce génie. Je voudrais que les gens sachent ce qui sort de tes doigts. Et là tout de suite, en y pensant, j'ai l'impression que le génie de ton dessin c'est sa vérité, j'ai l'impression que tu devrais être plus nue que jamais pour que les gens aient accès à ce qui te fait peur, à ce qui te fait rire, à ce qui te fait pleurer, à ce qui te tort les boyaux, à ce qui te fait gerber, à ce qui te fait pousser, à ce qui te fait jouir. Je pense que la rançon de ton talent c'est de devoir montrer et partager ton ADN. Je pense que tu dois accepter d'être toute nue pour que, une fois en face de ton tableau, dessin, collage, on fasse le même chemin que moi : on dépose une goutte d'ADN pure sur l'idée de ce dessin, 3000 milliards d'enzymes brut qui font dégouliner le dessin le plus simple d'une mer de complexités. Du plus simple >o< au plus compliqué. Tous les enfants de ta tête ne se ressemblent pas : il y a les enfants qui se marre sans s'arrêter comme des moches, il y a les enfants qui sont aimé comme les Schneider, les enfants qui sont crispés comme les redienhcS, les enfants qui jouissent bruyamment comme les Joules, les enfants qui donneraient tout sans jamais s'arrêter comme les Louanges, les enfants qui refusent, ceux qui vomissent, ceux qui en font trop, ceux qui aiment sans perdre la foi, ceux qui sauvent, ceux qui gratte, ceux qui veulent dormir en tente, ceux qui sont gauches, ceux qui boivent trop, ceux qui regrettent, ceux qui dorment la couette à l'envers, … Tous les enfants de ta tête ne se ressemblent pas mais tous les enfants de ta tête sont fait du même ADN et surtout tous les enfants de ta tête sont coincés entre l'obligation de grandir et l'envie d'aller envoyer se faire foutre chacune des règles existantes. Ce n'est sûrement pas ma position pour t'aider, ce n'est sûrement pas la bonne idée mais je vais te le dire quand même. Ton exposition elle est prête. Toi c'est l'accumulation qui te fait penser qu'elle aura de la valeur. Moi c'est le point commun qui me fait penser qu'elle aura de la valeur. Pour moi le point commun c'est ton ADN. Qui es-tu ? Qui sont ces gosses ? Tu m'en a montré plein déjà. Il y en a que j'ai pris en pleine gueule, d'autres que j'ai détestés. Mais il y a surtout ceux qui ont campé devant ma porte quand je la laissais fermée, ceux qui m'ont pardonné sans que je le demande, ceux qui m'ont aimé, ceux qui ont cru en moi sans discontinuer et tous les autres que j'attends de voir. Je connais ton ADN parce qu'il irradie les gens que tu aimes. Mais comment en tâcher tes dessins ? La première chose que les gens devraient voir à ton exposition et bien c'est ça. Ton ADN. Que tu le peignes, que tu le bricoles ou que tu le feutre, pour moi, il ne te reste plus qu'un seul et unique dessin à faire. Celui qui sera pour toujours et à jamais à chacune de tes expos, au début, avant que les gens ne rentrent dans ta tête. Depuis la nuit des temps, les organisations humaines sont représentées, les enfants dans ta tête sont en vrac parce qu'il n'ont jamais eu de porte-parole. Donne leur en un. En fait il y a autant d'enfants dans ta tête qu'il n'y a de dessins d'Alice Schneider sur Terre et c'est au moment de l'écrire que je le comprends et j'en ai les larmes aux yeux.”
Germain KPAKOU









