Lily Rose Fine
Sinner, c. 2025, oil on wood and antique washboard Tempted, c. 2025, oil on wood in handmade hinged frame
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Lily Rose Fine
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Miles Cleveland Goodwin, “Capricorn”
oil on canvas, 2025
Butterfly Babes
Je me retrouve à me dire que les mots ne sont peut-être pas la bonne approche. Je m'enquérit de choses qui me concernent sans me concerner, une grande fatigue, un malaise.
Hier soir, la rue du Faubourg St-Denis -
Je crois que je me suis assise dans de la boue. Il me reste un mois de chômage, un jour de travail : vendredi, à condition d'y être.
De la boue froide de square du 13e.
Les mots ne sont peut-être pas la bonne approche, je parle beaucoup ces jours-ci.
Boulons, vis, chapeaux fripés; comment leur dire que mes mouvements relèvent de ma propre irresponsabilité?
Chapeau fripé - acte manqué - j'ai de la boue plein le cul maintenant, c'était un beau pantalon cela dit.
J'ai de la boue plein le crâne cela dit!
-> suite
Les gens me disent que j'ai l'air de savoir ou je vais, et la boue durcit.
Comment leur dire!
Les situations ne sont plus aussi binaires qu'avant.
E et sa métaphore des disques. A saura trouver les mots. T aussi.
Je ne devrais pas tout stocker de la sorte.
Un robinet de boue.
Une odeur d'herbe.
Situation lointaine, comment reprendre contact?
Réalité qui joue à cache-cache.
Si je m'écoutais je crierai quelque chose dans le genre : "Que quelqu'un me fasse un schéma ! Un mémo! Récapitulatif, niveau 1 s'il vous plaît et merci."
Je ne vais pas te demander ça, je ne vais pas te le crier dans les oreilles.
Chercher une réponse ruinerait tout, je cherche juste, à tord, un mode d'emploi.
Tout change, peur de tout foutre en l'air-
Chapeau fripé, bourde syntaxique, les mots ont un sens!
Les mots ont un sens? Pas pour moi, la boue durcit dans mon crâne.
Pas de confiance dans mes mouvements, dans mes mots - mon père m'a toujours dit de tout remettre en question, ma mère m'a toujours dit de faire attention. C'est fou tu sais? De prendre un protocole et de le lire à l'envers.
Les mots ne sont pas la marche à suivre, quelle folie tout de même. Ils s'étirent comme du chewing gum. Mes rêves sont si clairs pourtant: les visages, jamais les voix, je veux dire.
Mais toutes les infos passent. La peau, les gestes, la lumière et la température. Le crissement du plancher. Je pourrais écrire des tonnes. Mais ces deux trois mois, qu'est-ce que je peux vous en dire?
C'était beau à ne pas toucher un stylo? Oui, non? Si le stylo se lève, c'est fini? Non.
J'aime beaucoup les gens, j'ai atteri quelque part, attirée, qui sont ces dingues?
Mes sens ne sont plus les mêmes, comment vous dire?
Son visage, cette conversation, une voix chaleureuse, des poignées de mains, des rires, de l'anticipation, de la fatigue, une conversation s'en suit, qu a t elle voulu dire par là ? Comment dire?
Le mot juste,
Loupé de justesse.
Il y a des choses qui ne se disent pas, il y a des choses qui ne méritent pas d'être dites - et puis il y a des choses qui brûlent, des rêves qui brûlent. Des images qui brûlent parce que les voix sont vraies, les visages sont vrais, les mains, les cous, les nuques, les cheveux; les souffles, les souffles, les soupirs, les soupirs et les souffles, le temps qu'il n y a pas, les chemins, la terre battue -
On pourra dire que cet été a été celui des cigarettes à deux; on pourra dire que c'est des grandes vacances involontaires, des gestes involontaires. On pourra même dire que c'était l'été de Dehors -
L'été touche à sa fin, j'aurais vingt ans dans 4 mois, je passe mes journées avec un garçon étrange, je passe mes nuits à rêver de choses étranges, je ne veux pas faire l'amour avec mon corps, je veux publier quelque chose dans les cinq prochaines années, je me sens adolescente, encore, je cherche du travail, je travaille un peu, j'ai des boutons, je cherche les mots, encore, j'ai du mal à écrire, encore, je suis rarement sobre; quand je le suis c'est comme la meilleure des défonces -
Saul, Hélène, et Paul
Traditional digitalisé et censuré
Un mec et son muffin, quoi. Je n'y crois pas. Un muffin. Tu te foutrais pas un peu de ma gueule, sérieusement ? Parce qu'il est quand même six heure et demie, et tu es à la gare, et la seule chose que tu as trouvé de mieux à faire à six heure et demie à la gare, c'est d'acheter un muffin, et qui plus ai de T'ASSEOIR pour manger ton putain de muffin. Sérieusement.
Toi et ton muffin, merde.
-Je porte un bleu de travail rital avec une marque de coup de shlass sur la poche de poitrine.
Récemment tu t'es coupée les cheveux très courts et je me demande si tu n'es pas fâchée.
Je fais attention à ce genre de choses, tu sais.
La nuit était déjà tombée quand la vielle Greta eut finit de préparer son fameux ragoût - une soit-disant recette de famille sordide qui ne plaisait pas vraiment à ses naufragés, surtout à Jeanne.
Ce n'était pas chose inhabituelle, la nuit arrivait tôt ces temps-ci - Paul en avait fait le constat pas plus tard que la semaine passée.
La grosse lune jaune éclairait le ciel noir, obsucr et parsemné d'étoiles, loin de toute pollution lumineuse, quasi omniprésente dans le reste du conté, à l'exception de quelques zones oubliées de tous, Pierre-Grise incluse.
Paul s'était occupé des chiens pendant toute l'après midi, une longue balade dans la forêt accompagnée par une Jeanne aux anges, désormais sûre de s'être fait un nouvel allié.
Hélène se trouvais évidemment au plus haut de son podium de personnes chéries, mais cette dernière était distante et pas vraiment marrante ces derniers temps, la dernière fois qu'elles avaient jouée dans la forêt ensemble remontait maintenant a une dizaine de semaines - au moins.
pour le coup, Paul n'avait pas passé une aussi bonne après-midi que la petite ; après avoir suivi des bruits dans les fourrés qu'il pensait être des sangliers, ou pire, des soldats, il s'était retrouvé nez a nez avec une sacrée vision d'ensemble de ses deux camarades en train de forniquer dans une cabane de ffortune. Cette vision torride lui avait collé un rouge au joue terrible, si bien qu'il fut obligé de plonger sa tête dans l'eau glacé d'un ruisseau environnant pour chasser ces images de son esprit, au moins pour une durée limitée.
Saul et Hélène provoquaient chez lui un sentiment difficile a définir, comme si il était un chiot d'appartement, lâché parmis des chiens de chasses retraités, blasés, puissants et pleins de secrets - et ce depuis leur première recontre aussi recente soit elle.
Saul a la manie assez détestable d'emmener sa bayonette partout où il va. Ils ont beau avoir le même âge, il a l'air plus grand, plus fort, plus de poil au menton, et ses cheveux bouclés et longs grillés par le soleil lui donnent un air de marin, fils prodigue, casse cou casseur de coeurs.
Hélène quand a elle, arbore une expression de glace peut importe la situation; ses traits son fins mais dégagent malgré tout une dureté inexplicable. Sa peau serait mate si elle voyait plus le soleil, et à 20ans et des poussières c'était déjà une femme.
Paul se sentait comme un gamin magrichon et incapable en comparaison; quand Henri l'avait trouvé dans la forêt ce matin là il y a deux mois, il l'avait porté sur son dos jusqu'à la ferme de Greta convaincu qu'il allait lui claquer entre les doigts.
Puis, s'en était suivi un long sommeil de 72h qu'on pourrait aisément qualifier de coma avant que Paul ne puisse ne serait-ce que d'envisager d'essayer de prononcer son propre nom.
Seule des bribes brumeuses de sons et d'odeurs lui restaient de son arrivée quelque peu bordélique.
Il se rappelle de l'odeur de la soupe que quelqu'un avait vaguement essayé de lui faire ingurgiter pendant son hibernation fiévreuse; il se rappelle aussi de voix inconnues et inquiètes; le linge humide posé sur son front, les petites mains - ne prouvant être autres que celles de Jeanne - qui jouaient avec ses cheveux trempés de sueur, une vaine tentative de recoiffage pour le rendre presentable.
Aujourd'hui il regrettait amèrement de s'être trouvé dans une situation aussi vulnérable devant Saul et Hélène, le fait accompli rendant toute tentative pour se placer sur un pied d'égalité impossible.
Tous attablés, Paul s'efforcait de fixer un morceau hazardeux de viande (?) qui flottait dans son assiette, évitant à tout prix le regard des deux autres. Leur simple présence ne cessait de faire remonter dans l'esprit de Paul des photographies mentales non voulues de la scène intime de cette après-midi.
Le silence régnait autour de la petite table, seulement brisé par les bruits produits par la cuillère de Jeanne, qui pataugeait tristement dans son ragoût douteux.
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