Et ce n'est pas parce qu'à ce jour tout vraiment menace et fond en fumée par delà les mers et les continents, ce n'est pas pour cela non, que nous renonçons à faire advenir ce qui repose à l'intérieur de nous. On vous passera les problèmes de digestion, la médecine ayurvédique s'en chargera, on vous parlera plutôt, au-delà des cris s'élevant des rues, plus loin encore que l'histoire passée et présente, de celle à venir, car elle s'étend encore loin au devant de la lunette de ma longue vue de capitaine volée à tous les pères souffrants de prostate, elle s'étend loin en passant par la Vallée des saints , traonnien ar sent, par les statuaires somptuaires de granit lancées à l'éternité plus loin encore, que les tombeaux du temps d'Hypérion. Par cette lunette, je vous raconte, on voit bien les étoiles émailler le ciel de leurs chemins brillants des vieilles histoires, et oui je radote, les vieilles histoires dans le ciel, et celles que nous prononçons, comment les écrire dans le ciel, comment dites-moi ?
Comme je fais confiance à mes enfants et à leurs enfants, qui sont aussi les vôtres, comme désormais je parle depuis un tabouret de marbre blanc taillé par mes soins avec des ornements qui racontent l'aléatoire mythique, je pense ceci : ces enfants, ils sauront sans tout faire brûler ouvrir les boîtes grises, gardée dans les coffres ventilés des déserts humains, pour y trouver comme par antan nous cherchions dans le ciel s'effaçant, ces mots-là de maintenant et c'est à nous de poser dans ces boîtes diaboliques et célestes les contes dont ils auront, alors, désespérément besoin, et dont nous-mêmes, en cet instant, sommes travaillés comme l'enfant travaille le ventre de sa mère avant l'envie de voir le jour. Et oui toutes nous savons bien tout a déjà été écrit, il faut savoir où trouver les mots perdus avec les lieux qui les ont engendrés, comme autrefois le marais cataplasmant la Terre, comme le fleuve de Calydon, comme l'Olympe dressée au beau milieu des temps obscurs. Mais il faut sans cesse retrouver ces mots en creusant l'humus des forêts décharnées et les répéter dans les nouveaux langages, comme faisaient celles et ceux sur les chemins noirs, déclamer les textes les sortir de leur peau de papier, de leur peau parcheminée menacée par l'oubli. Nouveaux langages, mêmes histoires.
Maintenant, depuis mon lit, avec ma digestion défectueuse, je persiste à croire : il faudra aller en Guyane, puis au Mexique, parcourir mille routes et chanter tout du long. Ensuite, trouver la décapotable rutilante pour traverser les États-Unis d'Amérique et repartir en radeau pour les îles Pacifiques, les survoler depuis le niveau de l'Océan immense afin de repêcher les proférations englouties sous les eaux glaciaires, chérir les mélanges alphabétiques recueillis dans nos amphores de plastique, ou de terre, ou de pierre, mais la pierre est bien lourde pour un radeau, la pierre reste chez elle, la pierre. Puis retourner là où nous sommes nés, aspirer comme font les éponges images du désastre, déclarations de guerre et souffles de paix. Depuis ce point, commencer le grand voyage : à pied, la traversée européenne, en bateau, celle de la mer Egée, atteindre la Géorgie puis le Paradis qu'on a nommé, Arménie, la seule montagne existante monter en haut de l'Ararat, et là, seulement, graver dans la première pierre les trois ou quatre signes les plus nécessaires, dans l'alphabet le plus ancien et s'il faut, se contenter d'écrire la comptabilité du désastre c'est-à-dire, quelques mots d'excuses et de pardon, une flèche pour indiquer le ciel.