L’avion passa inaperçu au milieu des centaines d’autres. Les canons et mitrailleuses s’en donnèrent à cœur joie ainsi que les chasseurs qui décollèrent à la hâte afin de détruire un maximum d’ennemis avant qu’ils ne touchent les navires. Les uns après les autres, les avions s’écrasèrent souvent dans la mer déchainée. Cependant quelques-uns atteignaient une cible, une frégate ou d’un destroyer sans vraiment faire de dégâts. La guerre était déjà gagnée, les japonais ne faisaient qu’un ultime sursaut d’orgueil.
Il fut un des derniers à s’écraser atteignant la piste d’un porte-avion. Toutefois, il n’explosa pas à cause du manque d’essence. Mike fut parmi les premiers à intervenir, extincteur à la main si besoin. Le kamikaze ne réagit pas en voyant les soldats américains encercler son engin, il gardait la tête basse malgré ses yeux ouverts ; une rafale de balles avait transpercé sa poitrine, Il avait réussi à survivre jusqu’à atteindre l’immense navire mais sans essence ni explosif, le suicide ne servit à rien. L’américain grimpa et vérifia qu’il était bien décédé. Il fouilla le corps toujours chaud mais trempé de sang. Il découvrit ensuite de nombreux objets sur lui. Mike trouva une espèce d’amulette enfermée dans un tissu violet. Il comprit qu’il s’agissait d’un texte religieux bien qu’il soit en japonais. Puis, en fouillant de nouveau, il découvrit une photo étrangement préservée malgré le sang qui recouvrait l’uniforme du mort. Il ne put s’empêcher de frémir en pensant à sa chère Sarah, sa fiancée qui vivait à New-York. D’ailleurs il réalisa que la photo de sa compagne était placée au même endroit que celle trouvée sur le pilote. Il regarda la jeune femme lui trouvant une ressemblance à Sarah. Les collègues retirèrent le corps du Mitsubishi avant de le balancer à la mer avec un minimum de respect religieux. Mike préféra déposer l’omamori, le porte bonheur dans le linceul du japonais mais conserva le portrait de la jeune femme.
Le soir, sur sa couche, il contempla la photographie. Il trouva la jeune japonaise admirablement belle avec sa coiffure exotique et son visage plutôt angélique. Il y avait dans la forme de sa bouche une humilité associée avec de la sérénité laissant à penser qu’elle souriait. Il sortit la photo de Sarah et compara les physiques. En dehors de leurs tenues, la jeune américaine montrait les mêmes traits. Sarah portait la dernière coiffure à la mode, il devina que cette inconnue faisait de même. Il sentit un léger malaise en réalisant que la photo de son amie pouvait tomber dans les mains d’un ennemi s’il mourrait. Puis il s’endormit, gardant les photos entre ses mains posées sur son ventre. Il rêva d’un voyage au Japon.
Lui et Sarah visitaient une grande cité quand ils arrivèrent devant la porte d’une maison en bois. Il ne frappa pas car cet homme les attendait le nez à la fenêtre pour leur ouvrir. L’aviateur kamikaze souriait grandement, courbant la tête afin de saluer le couple américain. Mike répondit par le même salut avant de présenter son épouse, car dans le rêve, ils étaient mariés. Après une accolade et des souvenirs de guerre, l’autochtone invita les touristes à entrer. Il présenta ensuite sa concubine. Elle était comme sur la photo, la même coiffure, le même maquillage, un kimono l’habillait magnifiquement. Elle fit un signe timide de la tête et partit dans une autre pièce, faisant claquer ses tongs de bois à chaque pas sur le parquet. Ils s’assirent à même le sol devant une table basse et commencèrent à grignoter en racontant des souvenirs qu’ils n’ont jamais vécus ensemble. Le pilote nippon parlait bien l’anglais ou, peut-être ne savait-il pas qu’il parlait le japonais ? L’alcool aidant, la soirée devint mémorable. Tous rirent et s’amusèrent à parler de leurs folklores, de leurs histoires. Parfois, Mike tenait la main de Sarah et racontait leurs projets. Cela fit rougir la jeune japonaise. Elle n’osa pas avouer attendre un enfant, préférant laisser son mari l’annoncer parce qu’elle aimait le regarder bomber les torse : Ca le rendait fier ! Dès lors, Mike lui fit une accolade pour le féliciter et ils burent un verre de saké, fêtant ainsi l’heureux événement.
Quand il se réveilla, le marin eut l’impression qu’il était ivre. Le navire tanguait étrangement, secoué par une tempête comme il n’en avait jamais vécue. En sortant pour reprendre son service, il apprit qu’une bombe avait éclaté sur une grande ville du Japon. Une bombe si terrible qu’elle anéantit la ville entièrement. La nouvelle impressionna ses camarades. L’un d’eux demanda le nom de la ville. Mike, regarda les quelques mots écrits sur le dos de la photo. Il ne connaissait pas l’écriture japonaise, toutefois, à la grande surprise de tout le monde, il murmura simplement : « Hiroshima». C’était la ville qu’il avait visitée dans son rêve, la ville où la jeune femme sur la photo habitait.