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Le phénomène Claire Underwood : féminisme ou féminité ?
Sous ses cheveux coupés courts d’un blond de blé, un regard d’acier. Claire Underwood (brillamment interprétée par Robin Wright) dans la série House of Cards, hypnotise. C’est que plus qu’un simple personnage issu de l’imaginaire de l’auteur de la télésérie à succès américaine, Beau Willimon, ce qu’elle représente est l’ascension de la femme vers le pouvoir, cette femme forte, déterminée, prête à tout pour parvenir à ses fins.
Loin de se soumettre à la volonté de son mari, elle incarne une femme libérée des clichés traditionnellement associés à l’apparence de la première dame, tant dans son style avant-gardiste que dans sa personnalité atypique. Pourtant, des femmes qui aspirent à des postes de décision, des femmes de tête à l’énergie insatiable, il en court les rues en 2016.
Hier encore, j’avais une discussion très intéressante avec mon amie allemande. Étudiante en Sciences politiques, Veronika aspire un jour à travailler à l’Union européenne. Je la compare régulièrement à Claire Underwood, car leur physique est très semblable. Grande, élancée, cheveux courts et traits fins, qui mise tout sur son intellect et non sur son apparence. Pourtant, cette femme aussi confiante soit-elle, m’explique qu’elle doit se plier à des contraintes physiques si elle veut obtenir le même degré de crédibilité que ses collègues masculins. Adieu queue de cheval et robe de princesse, bonjour la coupe au carré et les pantalons !
Nous vivons à une drôle d’ère. Notre ministre de la Condition féminine, Lise Thériault, croit qu’on n’a plus besoin d’être féministe. Pourtant, aujourd’hui encore, les femmes vivent constamment une pression sur leur apparence. Est-ce parce que le « sexe faible » représenterait une menace trop grande pour ces Messieurs ? Qu’arriverait-il, je me le demande, si les femmes en position de pouvoir, décidaient d’assumer leur sexualité jusqu’au bout ?
Dans La révolution du féminin (Gallimard), la professeure de sciences politiques Camille Froidevaux-Metterie explique l’importance de se détacher d’une image maternelle de la femme.
« Après avoir été pendant des siècles dépendantes des hommes et de leur progéniture pour donner un sens à leur existence, écrit-elle, les femmes ne veulent plus aujourd’hui compter que sur elles-mêmes. Après avoir été empêchées pendant des décennies d’accomplir leurs rêves professionnels du fait de grossesses subies et inattendues, elles peuvent dorénavant si elles le souhaitent s’imaginer un avenir sans enfants.»
Notre chère Claire Underwood, en est un bon exemple, puisqu’elle n’a pas eu d’enfant et ne compte pas en avoir. On comprend très bien pourquoi d’ailleurs, son attention étant entièrement fixée sur son ambition d’être la présidente des États-Unis. Si la femme tente de se libérer du carcan traditionnel, de cette image de femme au foyer, de mère destinée à enfanter une progéniture, doit-elle obligatoirement se masculiniser ? Je déplore le fait que pour s’affranchir des modèles de beauté dénaturants pour la femme, on doive du même coup rejeter toute féminité.
Voilà pourquoi l’irréprochable Claire, toujours parfaitement vêtue en carte de mode, bien féminine dans sa robe du soir, intimidante avec son impeccable port du pantalon, est une oeuvre d’art. Mais surtout, bien que la glaciale Claire soit en parfaite maîtrise de ses émotions, elle fait de sa sensibilité sa force et use de son charme comme d’un atout redoutable. On souhaite en voir plus dans la vraie vie, des modèles de femmes de tête qui tirent les ficelles de notre société sans pour autant se dénaturer.
Le syndrome Ghomeshi
Le 24 mars, le juge rendra un verdict historique au sujet de l’affaire Ghomeshi qui sera lourd de conséquences en devenant une référence pour le traitement des cas d’agressions sexuelles dans le futur.
Le procès ultra-médiatisé de l’ex-animateur vedette de l’émission culte « Q » de CBC a déjà fait couler beaucoup d’encre. C’est que le scandale à saveur de Fifty Shades of Grey soulève avec lui des questions plus profondes, notamment sur la fine ligne qui sépare l’intérêt public de la vie privée, sur le traitement de faveur des célébrités, mais également sur les lacunes de notre système judiciaire en ce qui à trait à la protection des victimes à la barre.
L’avocate de la défense, Marie Henein, a bien su envoyer ses flèches là où le bât blesse en minant la crédibilité des plaignantes. La plus visée par cet examen est l’actrice Lucy DeCoutere, la seule des trois plaignantes ayant accepté de divulguer son identité. On lui reproche d’avoir « omis » de remettre à la police un échange de courriels à caractère sexuel survenu après son agression, alors qu’elle avait affirmé avoir cessé tout contact avec l’accusé. Me Marie Henein voudrait démontrer que l'actrice était en fait amoureuse de M. Ghomeshi.
Il est évident que ce que l’on tente actuellement d’occulter de ce procès, c’est la notion de consentement, pourtant centrale pour le verdict. Lucy DeCoutere avait peut-être des sentiments pour l’animateur vedette, et elle ne serait pas la première à être victime de ce qui s’apparente au syndrome de Stockholm, s’il en est. Et si c’était le cas, le fait qu’une femme soit éprise d’un homme justifie-t-il de tels actes de violence ? On est encore devant un cas de culture du viol, où l’homme qui abuse de son pouvoir et pratique la domination non consentie réussit à banaliser son crime en imputant la faute à la victime.
La star affirmait dans une missive publiée sur son compte Facebook quelques instants après avoir été remercié de ses services à CBC n’avoir entretenu que des rapports sadomasochistes consensuels. Actuellement, il plaide non-coupable à quatre chefs d’accusations sexuelles, dont l’un pour avoir tenté d’étouffer une personne pour vaincre sa résistance.
Qu’il soit coupable ou non, il est déplorable que le procès de Jian Ghomeshi ait pris des tournures de campagne de dénigrement à l’égard des plaignantes. En 2014, Statistique Canada rapportait que seulement 5 % de toutes les agressions sexuelles sont signalées à la police. Dans une autre étude conduite par la criminologue Holly Johnson de l’Université d’Ottawa, on relève que sur 1000 incidents, 33 sont rapportés à la police, 12 donneraient lieu à des poursuites, 6 se rendront en cour et seulement 3 se concluront par une condamnation.
Alors que les projecteurs sont braqués sur les plaignantes et l’accusé use de son droit de garder le silence devant les lourdes accusations qui sont portées contre lui, on ne peut que regretter que l’avocat de la Couronne n’a pas maintenu le cap sur le réel enjeu de ce procès et soit tombé dans le cercle vicieux qui aura malheureusement pour effet de dégoûter encore plus les femmes qui souhaitent porter plainte contre leur bourreau.