Peintre d'origine russe» l'un des initiateurs de l'art abstrait. Il naît à Moscou» passe son adolescence à Odessa» et fait d'abord des études de droit» qui le mènent à un poste de chargé de cours à la faculté de droit de Moscou.
En 1898, Il découvre Monet et part l'année suivante à Munich pour étudier la peinture. Il réalise ses premiers tableaux en 1900, fonde dès 1901 le groupe « Phalanx », qui organise douze expositions reçues comme « hypermodernes », où sont réunis peinture et arts décoratifs.
En 1904, Kandinsky voyage en Hollande et en Tunisie et expose dans plusieurs villes d'Europe dont Paris ; il publie à Moscou un album de gravures sur bois, suivi d'un second en 1906, à Paris.
En 1908, il se partage entre Munich et Murnau, où il achètera une maison. Avec sa compagne Gabriele Münter, il fréquente régulièrement Jawlensky, puis Franz Marc. Ses travaux, qu'il classe en « Compositions » ou « Improvisations », se distinguent nettement de l'expressionnisme ambiant en prenant une liberté de plus en plus nette relativement à l'objet.
Murnau avec église II, 1910.
En 1910, Kandinsky a peut-être réalisé une première aquarelle abstraite, mais jusqu’en 1913, il hésite encore à supprimer totalement le motif, comme en témoigne cette toile, l’une de ses plus « expressionnistes ». Mais son expressionnisme se traduit moins par un emportement stylistique que par l’importance que prend la subjectivité du peintre dans la restitution du sujet.
Il s’agit ici d’un paysage, et la reconnaissance de ses éléments ne pose guère de problème, dans la mesure où les apparences sont évoquées, non certes de manière fidèle ou naturaliste, mais avec une précision relative qui permet de repérer un ciel, des reliefs, des bâtiments, etc.
Lorsque Kandinsky la montre lors de sa première exposition personnelle, fin 1911, à la galerie Tannhatiser, elle est cependant très mal reçue et paraît inacceptable, précisément en raison de la vision totalement subjective qu’elle propose.
Ce qui paraît choquant à l’époque, c’est sans doute autant le traitement chromatique que la déformation infligée au paysage, qui se trouve ici modelé par le peintre, plutôt qu’il ne fait office de modèle. Kandinsky est le premier qui affirme la prédominance du « modèle intérieur » sur le modèle extérieur, priorité qui se vérifie dans les œuvres qu’il réalise en 1909-1910 : la nature est prétexte à effusion colorée et à une reconstruction qui la transforme en motif lyrique.
Aussi la couleur est-elle irréaliste, et employée beaucoup plus en fonction des exigences de la composition que des formes ou objets auxquels elle renvoie.
La toile obéit à un dynamisme qui déporte les formes vers la droite, et son équilibre est maintenu grâce aux masses vertes des collines qui, en plan moyen, contrarient les lignes de force des clochers, des toits et des formes du premier plan.
Ce vert des collines s’entrouvre pour accueillir une quatrième colline multicolore, dont les différentes zones n’obéissent à aucun* souci réaliste. Le même vert se retrouve au premier plan, en deçà de bâtisses et de champs dont la coloration est hautement arbitraire - tout particulièrement lorsque des hachures bleues ponctuent un fond jaune et blanc.
Le même arbitraire, relativement à une figuration naturaliste, s’affirme dans le traitement du ciel. L’efficacité du puzzle coloré est telle que le regard hésite sur la conception de l’espace pictural : il y a bien étagement de plans successifs, mais ces plans ne sont évoqués que partiellement et empiètent les uns sur les autres, de sorte que les formes s’inscrivent également sur une surface affirmée comme telle, sans véritable effet de profondeur. De surcroît, les touches de pinceau, pratiquement toutes orientées vers la droite, empêchent la mise en place de formes nettement découpées, dont certaines se trouvent cernées de lignes diversement colorées. Kandinsky n’hésite pas à user des moyens les plus divers pour introduire simultanément dans sa composition mouvement et stabilité.
Lui qui s’était étonné, en voyant la peinture de Monet, de n’en repérer les motifs que grâce aux titres du catalogue, en est arrivé au point où la vision objective l’intéresse moins encore que Monet.
Puisque, selon le titre de l’essai qu’il rédige en cette même année 1910, Du spirituel dans l’art, la peinture doit unifier vision subjective et monde objectif. Pour l’instant, ce dernier semble encore utile, au moins comme point de départ, à l’expansion du subjectif. Mais on devine que le peintre pourra bientôt s’en passer totalement.