Ce portrait, une œuvre de jeunesse annonce ce qui fera la renommée des portraits « informels» de Titien. Le peintre peint le modèle à mi-corps et de biais, le bras posé librement sur un support de marbre. D'allure souple mais noble, il occupe amplement l’espace de la toile, proche du spectateur mais cependant discret. Le fond, plongé dans l'obscurité et le vêtement noir permettent au peintre de mettre en évidence, par contraste, les particularités physiques du jeune homme : la transparence de la peau du visage, la moustache et la barbe naissantes, les mains veiné de lignes bleues.
L'éclat de la collerette irradie le visage de lumière, comme celui des manchettes les mains : procédé mis au point par l’artiste pour mettre en évidence la psychologie et l’attitude des personnages. Quelques éléments colorés comme le médaillon de saphir et de perle, la bague d’or armoriée et les gants retroussés en fine peau (signes d’une élégance toute humaniste) atténuent l’austérité ostentatoire de ce jeune aristocrate. Si le visage paraît encore rêveur, à la manière de Giorgione, les mains, placées au premier plan, à la manière florentine de Léonard de Vinci, sont expressives: l’une pointe sans doute le tableau qui serait son pendant, celui d’une promise ou d’une épouse, cependant que l’autre est nonchalamment abandonnée.
Les portraits préromantiques de la fin du XVIIIe siècle s’en inspireront.