Nicolas - Vivre en attendant la mort
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@atelier1espebordeaux
Nicolas - Vivre en attendant la mort
Nicolas - Dans le désert
Nicolas - Attention Ă la marche
Maëva - Verdoyante
(Juliette)
Blog que jâai créé avec mes Ă©lĂšves (Florian)
Dans le cadre de lâatelier dâĂ©criture que je mĂšne dans mon lycĂ©e (Camille Jullian), nous avons créé un blog Tumblr. Câest le succĂšs de notre blog (ESPE) qui mâa poussĂ© Ă le proposer aux Ă©lĂšves... et ils ont adorĂ© lâidĂ©e ! Ils sont trĂšs heureux de partager leurs textes, quâils soient Ă©crits durant lâatelier dâĂ©criture ou pas. Je vous mets le lien pour apprĂ©cier leur travail :)
https://www.tumblr.com/blog/atelierdecriturecaju
Introspection
Lâimaginaire et la libertĂ© que je retrouve avec dĂ©lice dans le cinĂ©ma me permettent dâapprĂ©hender la vie sous une forme dâĂ©criture nouvelle. Câest la petite musique, le refrain incessant, la maison rĂ©confortante, la nourriture parfois culpabilisante dont jâai besoin au travail comme Ă la maison. Cela me permet de me plonger dans des histoires qui me font voyager dans la douce folie des relations entre les gens et qui donne des couleurs positives Ă mon paysage quotidien. Le cinĂ©ma et son image-mouvement, la photographie et son image fixe constituent un voyage mĂ©moriel qui donne des vacances Ă mon esprit. Le cinĂ©ma a donnĂ© un support Ă ma rĂ©volution personnelle, alors que jâĂ©tais au collĂšge, face Ă un cadre familial culpabilisant. Il contribuera Ă mes premiĂšres indignations face aux injustices de la sociĂ©tĂ© et Ă une certaine comprĂ©hension de la grande et de la petite mort. Câest un voilier qui me permet  de mieux gouverner ma vie, sur une eau parfois mouvementĂ©e, et de diriger celle-ci vers un avenir plus serein Ă travers des paysages numĂ©riques tout droit sortis dâun roman de fantasy.Â
Car oui, Monsieur, je peux encore vous lâaffirmer, lâimage est bien une Ă©criture Ă part entiĂšre, un lieu Ă la fois organique et imaginaire, un rĂ©ceptacle pour la mĂ©moire, car, comme le disait Jean Cocteau, un autre grand passionnĂ© du mythe dâOrphĂ©e dont il tira un film en 1950 : âLe cinĂ©ma est lâĂ©criture moderne dont lâencre est la lumiĂšreâ.
Ce logorallye Ă©tait une complĂšte nouveautĂ© pour moi. Il a Ă©tĂ© assez difficile de placer tous les mots (dâailleurs certains nây figurent pas). Je me suis surprise Ă Ă©crire un texte personnel et finalement un brin cathartique.  AprĂšs lâavoir Ă©crit et lu en classe, je nâai pas voulu apportĂ© de modification Ă mon premier jet dâĂ©criture, il me convenait tel quâil Ă©tait. En effet, peut-ĂȘtre est-ce Ă cause de sa dimension assez intime, jâai eu lâimpression quâaprĂšs avoir prononcĂ© les mots qui composaient ce texte Ă voix haute, celui-ci Ă©tait dĂ©finitivement âgelĂ©â. Des retouches mâapparaissaient alors incongrues, elles Ă©taient synonymes dâagression. Câest pourquoi je lâai retranscrit tel quel sur ce billet.
Jâai dormi dans la quatriĂšme dimension (2)
Une musique lancinante remplissait lâespace. Le plafond sâouvrait par intermittence, laissant passĂ© une fine pluie rougeoyante.
Une table basse flottait plus loin sur laquelle se trouvait un coffre ouvert dâoĂč sortait une vapeur verte qui embrumait lâesprit. Des objets sâanimaient dans la piĂšce et mâentrainaient dans une danse tĂ©nĂ©breuse, absurde et sensuelle.
La tĂȘte me tournait, mes paupiĂšres devinrent pesantes, la chaleur de la piĂšce montait...
Je me réveillais.
Jâai dormi dans la quatriĂšme dimension (1)
Jâai imaginĂ© ce travail dâĂ©criture avec pour point de dĂ©part le gĂ©nĂ©rique de la sĂ©rie The Twilight Zone (La quatriĂšme dimension en version française). A partir de lĂ , diffĂ©rentes scĂšnes de films me sont venues Ă lâesprit. Ces scĂšnes reprennent une imagerie onirique mĂȘlĂ©e au genre du fantastique, du merveilleux et de la science-fiction. Elles constituent mon inspiration et la base de mon histoire Ă©crite.
Jâai dormi dans la quatriĂšme dimension
Jâai dĂ©barquĂ© dans une dimension nouvelle, que lâon nomme communĂ©ment la quatriĂšme...
...durant une nuit de sommeil agitĂ©e, je suis tombĂ©e dans une spirale tourbillonnante.Â
Au bout de celle-ci un oeil géant me fixait outrageusement. Aspirée par sa pupille ...
...un liquide sombre, chaud et gluant mâentoura.
Je tombais dans une piĂšce entourĂ©e de centaines dâĂ©crans oĂč dĂ©filaient des films muets.Â
Juliette
Exercice : Jâai dormi + endroit insolite
RĂ©daction dâun texte illustrant lâune des situations Ă©noncĂ©es.
Jâai dormi dans un arbre - Jâai dormi dans un ravin - jâai dormi sur des bĂ»ches - Jâai dormi dans une mare - Jâai dormi sous un chapiteau
Ci dessus, les versions du texte, reprises et corrigées (suppressions, remplacements, ajouts), et ci-dessous la version finale, dactylographiée :
Quand jâĂ©tais petite, je partais pour les vacances Ă la campagne et jâaimais me promener dans la forĂȘt, observer les insectes et collectionner les feuilles. Je ne faisais pas toujours attention oĂč jâallais et je nâavais pas un sens innĂ© de lâorientation, alors un jour, je me suis perdue. Je lisais beaucoup de romans dâaventure et je me suis rappelĂ©e que dans lâun dâentre eux, le hĂ©ros, perdu comme moi, se rĂ©fugiait dans un arbre pour Ă©chapper aux bĂȘtes sauvages. Jâai donc grimpĂ© dans un petit figuier, je me suis installĂ©e sur deux branches relativement confortables, et jâai fini par mâendormir.
Anaphore et prosopopée
La figure de lâanaphore est assez poĂ©tique. Il sâagissait pour cet exercice dâutiliser la structure suivante :Â
âJâai dormiâ + complĂ©ment circonstanciel de lieu.Â
Puis, il fallait choisir une de nos phrases et faire une description du lieu citĂ© et imaginer ce qui avait pu se produire dans ce mĂȘme lieu.
Concernant ma source dâinspiration, elle a Ă©tĂ© presque instantanĂ©e puisque jâai pensĂ© immĂ©diatement Ă mon chat, Finn, qui fait pas mal de bĂȘtises en ce moment. Je me suis alors glissĂ©e dans sa fourrure...
Jâai dormi
Jâai dormi Ă la maison.
Jâai dormi dans la cuisine.
Jâai dormi prĂšs du radiateur oĂč lâair nâest que chaleur.
Jâai dormi Ă cĂŽtĂ© de la machine Ă cafĂ©.Â
Jâai dormi dans lâĂ©vier, sous le robinet.Â
Jâai dormi tout enroulĂ© sur mon fessier.Â
Pour continuer lâexpĂ©rience de la personnification, voire de la prosopopĂ©e, jâai choisi de me recentrer sur la cuisine puisque tout mon premier texte se passait finalement dans ce seul lieu. Jâai aussi essayĂ© de reprendre quelques aspects du premier texte pour apporter de la cohĂ©rence au tout.Â
Finn est un chat plutĂŽt espiĂšgle, alors jâai tentĂ© de faire ressortir ce trait-lĂ en imaginant un chat un peu joueur, un peu vengeur.Â
LâidĂ©e du second texte, câest que justement, le chat ne dort pas vraiment. MĂȘme sâil a Ă©tĂ© puni et enfermĂ© dans la cuisine pour la nuit (ses maĂźtres doivent penser quâil va sans doute finir par sâendormir), il cherche plutĂŽt Ă faire dâautres bĂȘtises !Â
Je prĂ©cise que je nâai apportĂ© aucune modification Ă ces deux textes.
Jâai dormi dans la cuisine
Cette piĂšce est immense, mais moins vaste que le salon me semble-t-il. Les maĂźtres nâont rien laissĂ© au hasard, tout y est. Du petit confort de la machine Ă cafĂ© au grand luxe du piano de cuisson. On ne se refuse rien. Sauf pour mon cas Ă qui on autorise peu de choses. Pourtant, je savais quâil gronderait encore si je touchais Ă nouveau au terreau de ses orchidĂ©es chĂ©ries. Me voilĂ privĂ© de mon terrain de jeu. DĂ©pourvu de mes jouets favoris et de la chaleur humaine que jâaime tant. Je dois me contenter de ce qui se trouve dans cette cuisine... sans plante verte ! Rah ! Pour la peine, je vais mâĂ©tendre de tout mon long dans leur Ă©vier, sur la vaisselle sale tant quâĂ faire. Je pourrai toujours lĂ©cher les restes collĂ©s sur ces grandes assiettes. Oups ! Jâai renversĂ© du cafĂ© sur le carrelage en passant. Maudite queue ! Oh, puis tant pis, ça leur apprendra Ă mâavoir enfermĂ© dans la cuisine.Â
Acrostiche
Ecrire son prĂ©nom accompagnĂ© dâun mot de plus de cinq lettres appartenant au champ lexical de la nature ou des sentiments. Chacun Ă©change ses petits papiers et tente dâabord dâadresser un texte Ă la personne dĂ©signĂ©e par le prĂ©nom inscrit, puis dâĂ©crire quelque chose en rapport avec le mot. Le tout prenant la forme dâun acrostiche.Â
Cet exercice mâa Ă©tĂ© plus simple, car la personne Ă qui je devais mâadresser nâĂ©tait autre que mon amie Emmanuelle. MĂȘme si je dois reconnaĂźtre que son prĂ©nom est (trĂšs) long, lâexercice fut agrĂ©able et jâai Ă©cris dâune traite ce que je voulais lui exprimer. De plus, le mot quâelle avait choisi mâinspirait plusieurs choses.Â
EmmanuelleÂ
Eblouissante, tu souris Ă chaque instant.
Mon amie est généreuse et aime
Manger de bons petits plats bien
AssaisonnĂ©s. Edit: modifiĂ© avec lâautorisation dâEmmanuelle ;)
Manger de la charcuterie agrĂ©mentĂ©e dâun
Assortiment de formages, tout comme moi.Â
Nul besoin de feinter avec toi, ce nâest pas
Utile, puisque tu es vraie.Â
Emmanuelle aime rire aux éclats et aussi
Lire des romans Ă suspens, mais attention ! ... qui ne font pas trop peur.
Les livres, elle connaĂźt, car câest son univers Ă Â
Elle.Â
En ce qui concerne le mot quâelle avait choisi, il sâagissait de âLIBERTEâ.Â
Jâai dâabord Ă©cris un texte plutĂŽt sombre et assez nĂ©gatif. (voir v. 1), puis je me suis ravisĂ©e en pensant Ă ce pourquoi Emmanuelle avait dĂ» choisir ce mot. Dâun naturel optimiste et joyeux, elle avait sans doute voulu Ă©voquer quelque chose de plus lumineux. Câest donc la seconde version que jâai retenue (voir v. 2)
Liberté
Laisser le soleil pĂ©nĂ©trer la piĂšce et sâen immerger doucement.Â
Boire entre amis etÂ
Ecouter le crĂ©pitement du feu dans la cheminĂ©e.Â
Rire de bon coeur etÂ
Tirer le rideau sur tout ce qui nousÂ
Eloigne de ce sentiment prĂ©cieux quâest la libertĂ©.
Logorallye
Ce premier exercice consistait Ă Ă©crire dans un premier temps, trois mots correspondants Ă des choses nous prĂ©occupant Ă cet instant. A la veille des vacances, fatiguĂ©s de nos routines, le corpus final de mots reflĂ©tait plutĂŽt bien notre Ă©tat dâesprit. Dans un second temps, il fallait rĂ©diger un texte en intĂ©grant tous les mots recueillis. Un exercice qui sâest avĂ©rĂ© trĂšs difficile pour ma part. Ma premiĂšre version ressemble plutĂŽt Ă un âfourre-toutâ, car je mâĂ©tais obstinĂ©e Ă incorporer chaque mot en les cochant au fur et Ă mesure.Â
JâĂ©tais si peu fiĂšre de mon texte que jâai refusĂ© de le lire au groupe. NĂ©anmoins, de retour chez moi, Ă tĂȘte reposĂ©e, je me suis contrainte Ă rĂ©essayer lâexercice. Avec de la musique, la pratique de lâĂ©criture mâa toujours Ă©tĂ© plus aisĂ©e. Jâai alors relu lâensemble des mots et me suis mise Ă inventer une histoire. Lâhistoire dâun personnage en dĂ©tresse existentielle...
Les mots du corpus sont en italique. La structure du texte avec plusieurs retours Ă la ligne est voulu pour donner plus dâintensitĂ© et de rythme Ă la lecture.
Un destin pas comme les autres
Seul, il se tient sur le bord de la falaise.
Penché vers ce paysage pittoresque, il songe.
Droit, indignĂ© et fier de se rĂ©volter contre la vie et les gens qui sâassujettissent Ă un avenir qui nâest pas le leur.
Il nâa plus rien Ă conquĂ©rir sur cette terre qui connaĂźtra bientĂŽt une grande rĂ©volution numĂ©rique.
Albert prĂ©fĂ©rait le monde dâavant, pour son histoire, sa matĂ©rialitĂ©, son authenticitĂ©.
Se rebellant dĂ©sormais contre toute fantaisie, il nâest plus attirĂ© par la folie exacerbĂ©e des sens.
Il fut un temps oĂč le sexe lui procurait ce dont il avait besoin pour se prĂ©tendre exister.
La nature humaine est bien étrange.
A la lumiĂšre des grands penseurs de ce monde, câest Ă travers les relations humaines que nous pouvons avoir la chance de nous Ă©panouir.
Lâeau et la nourriture ne suffisent plus pour vivre. Faut-il encore exister.
Du collĂšge au travail, de lâenfant Ă lâadulte, nous avons vocation Ă crĂ©er du lien social.
Partager des cultures communes par le biais de la musique, du cinĂ©ma ou de lâĂ©criture.
Albert nâa jamais Ă©tĂ© trĂšs sociable. Les autres ne lâintĂ©ressent pas.
Alors il avait essayĂ© de dĂ©velopper son imaginaire Ă travers ses voyages, câĂ©tait son Ă©chappatoire Ă lui.
A bord de son voilier, il se sentait libre, sans culpabilité aucune.
De retour Ă la maison, il nâen Ă©tait plus rien.
Il oubliait tout. Les photos de vacances ne suffisaient pas à raviver sa mémoire.
Lâadolescent nâa jamais su se montrer positif dans tout ce quâil entreprenait.
Seul, il se tient sur le bord de la falaise.
Cette fois-ci, il veut faire taire son imaginaire, Ă jamais, puisquâil nâest que nĂ©ant.
Albert recule pour prendre de lâĂ©lan, sâĂ©lance de tout son ĂȘtre.
Il court, court, vers ce quâil pense ĂȘtre sa seule consolation, la mort.
Il dĂ©tale de la falaise et, sâattendant Ă la chute, il rĂ©alise avec stupeur que son petit corps est suspendu dans les airs. Â
Le jeune homme parvient petit Ă petit Ă prendre son envol.
Il vogue parmi les nuages Ă©pais et savoure le panorama qui sâoffre Ă ses yeux confus.
Des rayons de soleil viennent caresser la surface de son dos et de ses bras qui sâallongent devant lui.Â
Albert sourit.
Le choix dâElĂ©a - V3 (enrichie)
ElĂ©a est inquiĂšte : demain, elle rentre au collĂšge dans une petite ville voisine du Manitoba. Autour dâelle, les gens nâont de cesse de lui rĂ©pĂ©ter que câest une chance inestimable pour elle, quâelle pourra dĂ©cider de son avenir et aider les siens Ă dĂ©fendre leurs droits. Car, dans son village, peu nombreux sont ceux qui ont Ă©tĂ© Ă lâĂ©cole : pour les OjibwĂ©s, amĂ©rindiens du Centre du Canada, les enseignements et les mĂ©thodes de lâĂ©cole canadienne ne correspondent pas Ă leur culture.
Source : « OjibwĂ©s », LâEncyclopĂ©die canadienne [en ligne], http://www.encyclopediecanadienne.ca/fr/article/ojibwes/ [consultĂ© le 23/11/2016]
Câest dâailleurs cela qui inquiĂšte ElĂ©a : si elle ressemble Ă toutes les petites filles canadiennes de son Ă©poque, accrochĂ©e Ă son tĂ©lĂ©phone et Ă ses gadgets numĂ©riques, elle est aussi attachĂ©e Ă la mĂ©moire et aux pratiques culturelles de son peuple. Elle aime par-dessus tout Ă©couter les histoires des Anciens qui lui racontent leur version de la RĂ©bellion de Pontiac de 1863.
Pontiac, chef Outaouais
Source : âLa RĂ©bellion de Pontiacâ, WikipĂ©dia [en ligne],   https://fr.wikipedia.org/wiki/R%C3%A9bellion_de_Pontiac#Dowd2002
LâĂ©tĂ© dernier, son grand-pĂšre lâa emmenĂ© dĂ©couvrir lâĂ©tendue du territoire ancestral des Ojibwas : au milieu des paysages grandioses, oĂč la nature Ă©tait reine, ils ont vĂ©cu comme autrefois le temps des vacances, buvant lâeau de la riviĂšre et chassant leur nourriture. Le soir, alors que le soleil descendait dans le ciel, ElĂ©a sâasseyait au coin du feu aux cĂŽtĂ©s de son grand pĂšre. Dans la lumiĂšre dorĂ©e du soir, elle laissait son imaginaire vagabonder au grĂšs des histoires quâil lui contait de sa voix grave, aux accents si intenses quâil lui semblait pouvoir voir dĂ©filer les images devant ses yeux. Pour les Ojibwas, le conte est au cĆur de lâĂ©ducation : il leur permet de vĂ©hiculer les interdits et les rĂšgles de vie dans leur communautĂ©, les rites entourant la mort, les relations entre les individus, les rapports sexuels, la spiritualitĂ©. Rien nâest Ă©crit : tout se transmet oralement grĂące aux Anciens.
Source : Mishipeshu (le grand lynx dâÂeau) personnage des contes ojibwĂ©s, au site de pictogrammes dâÂAgawa (Parc provincial du lac SupĂ©rieur, Ontario) (photo de Serge LemaĂźtre) dans LâEncyclopĂ©die  canadienne [en ligne], http://www.encyclopediecanadienne.ca/fr/article/mishipeshu/
 Ce voyage avait Ă©normĂ©ment appris Ă ElĂ©a sur ses traditions et sa culture et aujourdâhui, elle sâattache Ă cette richesse. Câest bien pour cela quâelle craint de tout perdre en suivant lâĂ©ducation des Blancs, des Canadiens, qui ne laissent aucune place Ă sa culture. Sa sĆur, avant elle, a suivi ces enseignements. Comme on lui avait dit, cela lui a plutĂŽt rĂ©ussi pour sâintĂ©grer dans la sociĂ©tĂ© canadienne. Elle a pu trouver un travail et elle vit dĂ©sormais en ville, loin des siens. Lorsquâelle revient au village, elle montre Ă ElĂ©a des photos de sa nouvelle vie, elle lui raconte les spectacles de musique auxquels elle a assistĂ©, ses vacances en voilier dans lâouest Canadien ou encore les films quâelle va voir au CinĂ©ma. Positive, elle encourage ElĂ©a Ă suivre son exemple et Ă se donner les moyens de sortir de la pauvretĂ©. Mais ElĂ©a hĂ©site. Elle ne se sent pas « pauvre ». Elle culpabilise dâabandonner les siens pour se fondre dans une sociĂ©tĂ© qui nâaccepte pas sa culture et qui lui demande de choisir entre son identitĂ© et son avenir. Au fond dâelle, elle voudrait pouvoir concilier les deux.
Demain, ElĂ©a rentre au collĂšge et dans son cĆur, elle espĂšre trĂšs fort quâelle gardera cette pointe de folie et dâindignation qui lui permettra de rester elle-mĂȘme.
Le choix dâElĂ©a - V2
Le choix dâElĂ©a - V1
ElĂ©a est inquiĂšte : demain, elle rentre au collĂšge dans une petite ville du Manitoba. Les gens autour dâelle lui rĂ©pĂšte sans cesse que câest une chance inestimable pour elle, quâelle pourra dĂ©cider de son avenir et aider les siens Ă dĂ©fendre leurs droits. Car, dans son village, peu nombreux sont ceux qui ont Ă©tĂ© Ă lâĂ©cole : pour les Ojibwas, amĂ©rindiens du Centre du Canada, les enseignements et les mĂ©thodes de lâĂ©cole canadienne ne correspondaient pas Ă leur culture. Câest dâailleurs cela qui inquiĂšte ElĂ©a : si elle ressemble Ă toutes les petites filles canadiennes de son Ă©poque, accrochĂ©e Ă son tĂ©lĂ©phone et Ă ses gadgets numĂ©riques, elle est aussi attachĂ©e Ă la mĂ©moire et aux pratiques culturelles de son peuple. LâĂ©tĂ© dernier, son grand-pĂšre lâa emmenĂ© dĂ©couvrir lâĂ©tendue du territoire ancestral des Ojibwas : au milieu des paysages grandioses, oĂč la nature Ă©tait reine, ils ont vĂ©cu comme autrefois le temps des vacances, buvant lâeau de la riviĂšre et chassant leur nourriture. ElĂ©a a profitĂ© en mĂȘme temps des histoires de son grand pĂšre et elle a laissĂ© libre cours Ă son imaginaire pour reconstruire les images de ces contes dans sa tĂȘte. Pour les Ojibwas, le conte est au cĆur de lâĂ©ducation : il leur permet de vĂ©hiculer les interdits et les rĂšgles de vie dans leur communautĂ©, les rites entourant la mort, les relations entre les individus, les rapports sexuels, la spiritualitĂ©. Rien nâest Ă©crit : tout se transmet oralement grĂące aux Anciens. Ce voyage a Ă©normĂ©ment appris Ă ElĂ©a sur ses traditions et sa culture. Elle craint dĂ©sormais de tout perdre en suivant lâĂ©ducation des Blancs, des Canadiens, qui ne laissent aucune place Ă sa culture. Sa sĆur, avant elle, a suivi ces enseignements. Elle a pu trouver un travail et elle vit dĂ©sormais en ville, loin des siens. Lorsquâelle revient au village, elle montre Ă ElĂ©a des photos de sa nouvelle vie, elle lui raconte les spectacles de musique auxquels elle a assistĂ©, ses vacances en voilier dans lâouest Canadien ou encore les films quâelle va voir au CinĂ©ma. Mais ElĂ©a hĂ©site. Elle culpabilise dâabandonner les siens pour se fondre dans une sociĂ©tĂ© qui nâaccepte pas sa culture et qui lui demande de choisir entre son identitĂ© et son avenir.
Demain, ElĂ©a rentre au collĂšge et dans son cĆur, elle espĂšre trĂšs fort quâelle gardera cette pointe de folie et dâindignation qui lui permettra de rester elle-mĂȘme.
Jâai dormi (derniĂšre version)
Je suis la foule paniquĂ©e. Je monte enfin dans un train. Il est prĂȘt Ă partir. Des hommes, des femmes et des enfants affluent encore. Ils se bousculent devant les portes du train dĂ©jĂ bondĂ©. Je ne sais quelle est sa destination. Peu importe. Les passagers assis, debout ou accroupis, sont entassĂ©s dans les wagons. Ils sont Ă©puisĂ©s. Des sacs desquels sortent des vĂȘtements rĂ©cupĂ©rĂ©s Ă la va vite, jonchent le sol. Le bruit est assourdissant. La poussiĂšre empĂȘche de respirer. Les plus ĂągĂ©s toussent. Des enfants affolĂ©s, crient, pleurent. Lâun dâeux hurle. Dâautres, abasourdis et effrayĂ©s, restent figĂ©s sans mot dire. Les visages ensanglantĂ©s des femmes et des hommes sont hagards. Tous sont sales. A certains, il manque une chaussure. A dâautres, ce sont des morceaux de vĂȘtements qui ont Ă©tĂ© arrachĂ©s.
Le train dĂ©marre avec un grand fracas. Il roule. Il sâĂ©lance. Les fenĂȘtres sont ouvertes. Le vent chaud et sec sâengouffre dans le wagon. Las, les corps sont secouĂ©s ; ils sursautent. Les paysages dĂ©filent. Les yeux regardent dans le vague. Les portes claquent. Le bruit criard du moteur du train est incessant. Lâangoisse et la peur se lisent sur les regards. Des voix soudain se sont tues. On nâentend plus le hurlement de cet enfant. Câest le chaos, le dĂ©sordre aprĂšs la fuite.
Jâai dormi.
La scĂšne ci-dessus sâest produite dans lâhistoire Ă diverses reprises et se rĂ©pĂšte aujourdâhui...
Retirada, 15 fĂ©vrier 1939. CerbĂšre, frontiĂšre franco-espagnole arrivĂ©e dâun convoi de rĂ©fugiĂ©s espagnols © Bettmann-Corbis
Source : http://www.histoire-immigration.fr/des-dossiers-thematiques-sur-l-histoire-de-l-immigration/la-retirada-ou-l-exil-republicain-espagnol-d-apres-guerre
Des migrants qui viennent de pénétrer en Hongrie remontent une ligne de chemin de fer. Delphine Roucaute/Le Monde
Source : http://www.lemonde.fr/europe/article/2015/09/10/a-la-frontiere-serbo-hongroise-derriere-les-barbeles-la-peur-des-camps_4750820_3214.html
COMMENTAIRES SUR LA GENETIQUE DU TEXTE :
                                          JâAI DORMI
Afin dâavoir une vue globale de lâĂ©volution du texte au fil des réécritures, jâai utilisĂ© un code couleur matĂ©rialisant les diffĂ©rentes modifications, dâune part, puis disposĂ© les trois versions successives du texte les unes Ă la suite des autres, dâautre part. Tumblr nâoffrant pas la possibilitĂ© de mettre le texte en couleur, jâai photographiĂ© mon document Word et lâai intĂ©grĂ© Ă Tumblr.
1)Â Â Â Â Â Ecriture lors de lâatelier
Jâai dormi⊠dans un train.
Lors de lâatelier, je me souviens avoir choisi, sans hĂ©sitation, le train comme cadre de mon rĂ©cit. Cet endroit est propice au sommeil. Finalement, je suis partie dâune situation rĂ©elle pour bĂątir mon texte. Jâai dormi dans un train : il nây a rien de plus banal.
Par ailleurs, le train Ă©voque le dĂ©part, voire la fuite. Je lâai associĂ©, sans que cela soit une hypothĂšse dâĂ©criture au dĂ©part, Ă lâactualitĂ©, Ă savoir la situation des migrants fuyant des pays en guerre. Ce sont certainement ces faits, qui, sans que je mâen rende compte dans un premier temps, ont guidĂ© ma plume. Jâai notĂ© sur ma feuille ce quâil me passait par la tĂȘte, sans scĂ©nario bien prĂ©cis, mais avec une chute préétablie : « Jâai dormi ». Je remarque, Ă nouveau, que ce sont des situations existantes qui ont orientĂ© mon rĂ©cit.
« Jâai dormi » est la derniĂšre phrase du texte. Il sâagissait de ne laisser aucune ambiguĂŻtĂ© pour le lecteur : la scĂšne dĂ©crite nâest pas un cauchemar mais bien la rĂ©alitĂ©. Câest lâĂ©puisement physique du narrateur, aprĂšs avoir pris la fuite pour Ă©chapper Ă un danger imminent, qui lâentraĂźne dans le sommeil.
Dans cette premiĂšre version, les phrases sont trĂšs courtes. Je voulais donner lâimpression que lâaction se dĂ©roule dans la prĂ©cipitation et la panique. Le cadre temporel limitĂ© de lâatelier dâĂ©criture explique aussi certainement cette Ă©criture rapide. Je nâai pas eu le temps de rĂ©flĂ©chir sur le choix des mots, ni de donner beaucoup de dĂ©tails.
 2)     PremiÚre réécriture
A la relecture du texte initial, il mâa semblĂ© que celui-ci constituait finalement un cadre ou bien une sorte de plan quâil convenait de complĂ©ter pour lui donner plus de profondeur.
En effet, les mots du premier texte ne mettaient pas suffisamment en valeur la gravitĂ© de la situation, du moins telle que je lâenvisageais. La description de lâatmosphĂšre ambiante du lieu nâĂ©tait pas assez expressive.
Par consĂ©quent, jâai effectuĂ© deux types dâajouts :
-Jâai ajoutĂ© des adjectifs empruntĂ©s au vocabulaire de lâordre de lâĂ©motion (« paniquĂ©e » et « effrayĂ©s » par exemple).
-Jâai ajoutĂ© des phrases qui dĂ©taillent davantage la scĂšne dans le but de lui confĂ©rer plus de vĂ©racitĂ©.
 Jâai supprimĂ© des mots ou phrases qui sâavĂ©raient redondants (« il est « poussiĂ©reux » remplacĂ© par « la poussiĂšre empĂȘche de respirer » par exemple) par rapport aux ajouts effectuĂ©s. Ont Ă©galement Ă©tĂ© retirĂ©s des mots impertinents (par exemple, « sautillent ») par rapport Ă la gravitĂ© ambiante dont je souhaitais imprĂ©gner le texte.
Jâai par ailleurs dĂ©placĂ© certaines phrases ou propositions pour maintenir une cohĂ©rence dans le rĂ©cit compte tenu des diffĂ©rentes modifications.
Enfin, Ă force dâajouter du texte, deux temps sont apparus dans la narration sans que cela soit une intention de ma part. Par souci dâune meilleure lisibilitĂ© du texte, jâai pensĂ© quâil serait prĂ©fĂ©rable de scinder le texte en deux paragraphes : dâabord lâembarquement dans le train et la situation dâattente avant le dĂ©part puis le dĂ©part du train et le voyage proprement dit.
3)     Seconde réécriture
Jâai laissĂ© passer du temps entre ma premiĂšre réécriture et ma seconde réécriture. Cela prĂ©sente un inconvĂ©nient : un effort de concentration doit ĂȘtre fait, non pas pour entrer dans lâĂ©criture, mais afin de mobiliser sa mĂ©moire et se souvenir dans quel Ă©tat dâesprit le texte initial puis la seconde version avaient Ă©tĂ© rĂ©digĂ©s. Câest une posture qui mâa semblĂ© nĂ©cessaire pour que le texte garde toute sa cohĂ©rence et ne soit pas dissonant par rapport Ă lâĂ©tat dâesprit de dĂ©part. Jâai Ă©galement eu besoin de relire la consigne que jâavais rapidement prise en note lors de lâatelier dâĂ©criture : « jâai dormi ; choisir un lieu ; dĂ©crire le lieu ; raconter ce quâil sâest passĂ©. »
AprĂšs la relecture des deux textes, il restait Ă dĂ©terminer les modifications Ă apporter Ă la deuxiĂšme version. Autrement dit, je me suis posĂ©e plusieurs questions : pourquoi modifier le texte ? Dans quel sens ? Quel est le but ? Ne sâagirait-il que de modifications mineures ou bien au contraire dâune réécriture en profondeur ? Pour rĂ©pondre Ă ces questions, je me suis demandĂ©e si lâobjectif qui avait guidĂ© ma premiĂšre réécriture avait Ă©tĂ© atteint dâune part, et si je souhaitais ajouter une autre dimension Ă ce texte, dâautre part.
Au final, jâai ressenti le besoin dâintensifier la gravitĂ© de la scĂšne. Je rĂ©alise en mĂȘme temps que ma réécriture ne serait pas, quant Ă elle, instinctive mais contrĂŽlĂ©e en vue dâatteindre un but prĂ©cis.
Cette réécriture fut laborieuse dans un premier temps. Toutes modifications risquaient de dĂ©sĂ©quilibrer lâensemble du texte. Je nâai presque pas effectuĂ© de suppressions ou de remplacements, ni de dĂ©placements.
Jâai principalement fait des ajouts dĂ©crivant et suggĂ©rant le caractĂšre dramatique de la situation et la dĂ©tresse humaine. Jâai eu recours Ă un vocabulaire ayant trait aux effets physiques et psychiques immĂ©diats de lâĂ©vĂ©nement sur les individus dans le premier paragraphe et aux effets Ă venir dans le second paragraphe.
   Je prĂ©cise enfin que lorsque jâai commencĂ© Ă travailler sur le texte de la seconde version (soit la premiĂšre réécriture), en mĂȘme temps que je réécrivais, je pensais aux multimĂ©dias Ă insĂ©rer dans Tumblr. Jâai pris vite conscience quâil fallait que je renonce Ă mon prĂ©occuper durant cette phase. Jâai craint que le choix de multimĂ©dias au stade de la réécriture ne dĂ©vie le cheminement de ma pensĂ©e. En lâespĂšce, il est censĂ© enrichir le texte a posteriori. La recherche de multimĂ©dias nâest alors intervenue quâen dernier lieu.