Snowpiercer ou le TGV sociétal: Analyse sociale
Il y a des films qui dorment sur votre disque dur dans le fichier "Films non vus" pendant de longs mois. Vous connaissez tous ce film dont vous remettez constamment le visionnage au lendemain. A vous demander pour quelle raison vous l'avez tĂ©lĂ©chargĂ© un dimanche aprĂšs-midi d'hiver, dans l'idĂ©e de le visionner le soir mĂȘme. 5 mois plus tard, vous ne l'avez toujours pas vu, et la curiositĂ© hivernale s'est transformĂ©e en poids pesant sur la mĂ©moire de votre disque dur. Alors, comme une obligation amaigrissante, vous prenez votre tablette pour Ă©pier la vie de vos amis virtuels sur Facebook, en mĂȘme temps que vous lancez sur votre Ă©cran, enfin affranchi de tout tube cathodique, le film Ă vous dĂ©barrasser dans le seul plaisir de pouvoir cliquez sur « supprimer » une fois le supplice terminĂ©.
En ce jeudi soir de printemps étonnement chaud, je me décidais a enfin commencer un blockbuster dont la pub (on admirera au passage l'influence de la publicité dans nos vies pour quelqu'un comme moi, pourtant habituellement assez réfractaire à toute nouveautés ultra médiatisés à coups de marketing et spots à outrance) était passé la veille à la télé. Le synopsis avait retenu mon attention et je me mis donc à enclencher le bouton lecture de ce film. Snowpiercer, Le Transperceneige.
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Comme il fallait s'y attendre, rien de bien transcendant au premier abord. Un bon film Américain à l'idée utopiste mais assez originale, et futuriste.
Je ne suis pas un expert en cinéma et je m'abstiendrai de toute critique cinématographique technique.
Le terrain social est bien plus intĂ©ressant. Câest ce qui fait lâhomme, lâhumain, le futur, lâambition, la rĂ©ussite, les valeurs⊠Câest de lĂ que tout part.
DÚs les premiers instants du film, un parallÚle entre ce scénario et une analyse des classes sociales me frappa.
Snowpiercer, le Transperceneige est un film de science-fiction américano-franco-sud-coréen
En 2014, une tentative de géo-ingénierie contre le réchauffement climatique entraßne un cataclysme : une glaciation de toute la planÚte, détruisant la vie et exterminant presque toute l'humanité. En 2031 des passagers enfermés dans un train forcé à rouler continuellement sont les seuls survivants sur terre. Les habitants des derniers wagons, contraints de vivre dans la promiscuité et le rationnement, se révoltent.
Le film commence par le dernier wagon. Celui de queue de train. Le film est une remontée de tous les wagons à travers la révolte du petit peuple.
L'arriĂšre du train vit dans le noir. Entre l'obscuritĂ© marquĂ©e par l'absence totale de fenĂȘtre et l'entassement des lits superposĂ©s ressemblant Ă©normĂ©ment Ă l'Ă©troitesse et l'inconfort des trains couchettes. Oui, ceux qui partaient de la Gare d'Austerlitz remplis de colos pendant les vacances de FĂ©vrier des annĂ©es 80-90 et qui aujourd'hui n'ont pas Ă©voluĂ©s d'un yota. Ces passagers des bas-fonds vivent, ou devrais-je dire survivent, dans une prĂ©caritĂ© qui n'a de synonyme qu'elle-mĂȘme.
Plus tu avances dans ce train et plus il apparaĂźt dĂ©veloppĂ©. Le wagon suivant est lumineux, et la prĂ©sence de fenĂȘtre donne vie Ă un visage humain. A des conditions somme toute modeste mais Ă©clairĂ©s et donc lumineuses et vivables.
Les compartiments ne cessent de s'enchaĂźner au rythme des qualitĂ©s de vies. Une salle de classe d'enfants (de bonne famille) d'une dizaine d'annĂ©e constitue l'ensemble d'un wagon. On note au passage une des clĂ©s du dĂ©veloppement intellectuel et social : lâĂ©ducation. Les wagons du fond ne doivent pas rĂ©flĂ©chir, ne doivent pas penser, sâĂ©veiller intellectuellement. Il ne faut pas leur donner de moyens dâaccĂšs Ă une rĂ©flexion qui leur ferait prendre conscience de leur situation (on connait de fonctionnement et ce maintient dans lâignorance dans Ă©normĂ©ment de pays et de grandes pages de lâhistoire du monde. Aujourdâhui encore cela fonctionne comme cela de façon bien Ă©videment plus cachĂ© mais plus vicieuse dans Ă©normĂ©ment de pays). Viennent ensuite un restaurant de sushi, un cabinet mĂ©dical. Ensuite, le luxe s'instaure dans notre ascension pĂ©destre vers l'avant de ce fameux "Transperceneige". Des compartiments individuels. Un grand restaurant avec salle de rĂ©ception et un bar ou des dames en robes et en chapeaux Ă plume boivent des scotchs auprĂšs d'hommes Ă la barbe blanche bien taillĂ©s. Un salon de coiffure et d'esthĂ©tique. Un wagon composĂ© uniquement de cabines de sauna. Un wagon boĂźte de nuit ou la vulgaritĂ© et la drogue font bon mĂ©nage tout juste avant une piĂšce rĂ©servĂ©e Ă la prostitution de luxe et autre libertinage d'Ă©lite. Puis ensuite les commandants de bord sur leurs Ă©crans. La salle des machines.
Les classes sociales sont multiples.
Le chemin allant du plus bas de l'Ă©chelle sociale au plus haut de cette mĂȘme Ă©chelle est un long et immense train faisant le tour du monde.
Des le 3Ăšme ou 4Ăšme wagon en partant du fond, les passagers n'ont jamais vu leur semblables du dernier wagon. Ils ne savent rien d'eux. Ils ne s'imaginent pas la souffrance et l'inhumanitĂ© qu'ils subissent. Ils ont des aprioris, des pensĂ©es vagues sur leur condition. Ils se basent sur les on-dit des passagers du wagon prĂ©cĂ©dent le leur. Ils se disent qu'aprĂšs tout ils ont un peu ce qu'ils mĂ©ritent. Que la misĂšre et le prolĂ©tariat ne sont que des consĂ©quences de choix mauvais. Que la vie n'est qu'une stratĂ©gie et qu'ils ont choisi la mauvaise. Qu'aprĂšs tout il faut bien des riches et des pauvres. Que si ils en sont la c'est forcĂ©ment qu'ils manquaient d'Ă©ducation Ă la racine mĂȘme de leur indĂ©pendance dans le monde rĂ©el.
Les prĂ©jugĂ©s sont le bouclier des peureux. Les prĂ©jugĂ©s servent Ă se rassurer face Ă un manque de confiance en soi ou en ses opinions. Ils servent Ă se voiler par rapport aux raisons vĂ©ritables d'une situation. DâĂ©viter de se remettre en question, remettre en question sa rĂ©ussite ou le terreau qui entourent cette poussĂ©e brillante de sa petite personne dans la sociĂ©tĂ©. Si l'ont se convaincs que la personne qui a Ă©chouĂ© Ă Ă©chouĂ© car elle le mĂ©ritait ou qu'elle n'a rien fait pour Ă©viter l'Ă©chec, alors je ne chercherai pas d'autre maux sociaux qui expliqueraient les raisons de cet Ă©chec. AprĂšs tout, si j'ai rĂ©ussi dans mon ascension sociale, pourquoi ne pas flatter ma rĂ©ussite en barrant la route Ă toute opposition du mĂ©rite? Pourquoi se poser la question du pourquoi de ma rĂ©ussite si cela amĂšne Ă rĂ©aliser qu'elle n'est pas uniquement due Ă mes propres efforts, mes propres compĂ©tences et mon auto dĂ©termination? Si le narcissisme et la fiertĂ© existe, et que j'ai atteint le seuil lĂ©gitimant leur utilisation, pourquoi ne pas le faire? Cela serait de l'auto destruction. Soyons lĂąche. La vie est bien assez rude pour ne pas s'envoyer des fleurs quand nous faisons parties d'une poignĂ©e Ă avoir trouvĂ© la voie de la solution, tandis que des centaines d'autres peinent encore Ă dĂ©cortiquer l'Ă©nigme?
Dans le wagon du fond, le dernier de tous, le wagon des misĂ©reux, des bannis et des voyous soit disant nommĂ©s comme tels pour ne pas que des « bobos » Ă©mergent avec lâidĂ©e dâen faire quelque chose dâautre que de la main dâĆuvre, la rĂ©alitĂ© Ă©tait tout autre. EntassĂ©s dans des lits superposĂ©s ressemblant aux tiroirs de la morgue, ils survivaient comme ils pouvaient. La nourriture n'existait plus depuis bien longtemps. Du moins plus pour eux. Pour la prĂ©server dans les wagons de tĂȘte, on l'avait banni des wagons de queue. Les pestifĂ©rĂ©s mangeaient une barre de protĂ©ine constituĂ©e d'insectes, qui broyĂ©s et durcis, rendait l'apparence d'une grande barre cĂ©rĂ©aliĂšre. On tuait le pauvre. Le pauvre ne dirige rien, il subit. Il n'a pas besoin d'ĂȘtre la tĂȘte pensante (on revient Ă lâĂ©ducation). Le pauvre peut manger de la merde, sa santĂ© n'est pas primordiale Ă la survie des banques, du pouvoir et des mondains. Ils vivaient au milieu des rats. L'hygiĂšne n'a pas d'importance quand on ne possĂšde rien, lorsque lâont nâest rien. Quand la puanteur de l'un ne dĂ©range que celui qui est lui mĂȘme dĂ©rangĂ© par la tienne. Ils souffrent entre eux. En silence. Chut. Pas un mot. Pas mĂȘme une odeur corporelle agrĂ©able et qui donnerait envie Ă un passager de la classe sociale juste au dessus de s'intĂ©resser Ă toi. L'odeur, c'est dangereux. C'est l'artifice qui fait briller le pouilleux. Ăa se nomme le parfum, lâeau de Cologne, la senteur⊠La senteur ça rend fou un peuple. Et cela depuis lâĂ©poque royaliste. Le parfum a Ă©tĂ© créé pour trois choses : honorer les dieux, lutter contre les maladies, puis sĂ©duire. Encore une fois, on note la dĂ©cadence et lâartifice des valeurs au fils des Ăšres. Passer de lâhonneur, de la donation de soi et de sa personne, Ă lâentraide, pour en arrivĂ© Ă lâapparence factice et au dĂ©guisement du paraitre dans un but dâauto-acquisition. Acquisition dâune personne, dâun travail, dâune chose grĂące Ă la faussetĂ© de sa personne et de ce que lâont a dĂ©cidĂ© que lâont Ă©tait. Une gĂ©nĂ©ration qui choisit le personnage quâil souhaite ĂȘtre et qui le devient⊠PathĂ©tique. Un des synonymes de « artificielle » est « endimanchĂ© ». On ne pouvait pas mieux choisir pour illustrer ce long passage sur ce quâest et reprĂ©sente le parfum.
Dans une discussion entre, le hĂ©ros des affamĂ©s du fond du train qui a rĂ©ussi Ă braver les multiples portes et wagons reliant la queue Ă la tĂȘte du train, et le grand directeur de la firme inventrice du fameux moyen de transport immortel, le boss des boss rĂ©vĂšle un postulat de base au fonctionnement d'une sociĂ©tĂ©. Et Ă la survie d'une classe Ă©litiste (Ă©litiste dans  la classe sociale et non dans le vĂ©ritable statut que lâont peut attribuer Ă un « mĂ©ritant » lâĂ©tant devenu â grand auteur des lumiĂšres, grand penseur, peintre, artisteâŠ). AprĂšs avoir confessĂ© qu'il dirige les actions et met en place les lois concernant les « gens du fond », il admet ne jamais y avoir mis les pieds. "Nous sommes tous Ă notre place". Il explique que tout le monde est prisonnier du train, parallĂšle que j'applique ici Ă la classe sociale qui rĂ©git nos vies de tous les jours. Nous sommes tous coincĂ©s dans notre classe. "Pour conserver un Ă©quilibre, des recours Ă des mĂ©thodes radicales sont nĂ©cessaire. La population Ă besoin d'ĂȘtre rĂ©duite. L'urgence de certaines actions nous prive d'attendre la sĂ©lection naturelle. La bonne solution est d'amener un groupe Ă liquider un autre groupe. Des Ă©meutes, des rĂ©voltes, des rĂ©volutions... ».
Câest Ă©videment comme cela que le monde fonctionne et nous pouvons officiellement dĂ©clarer aujourdâhui sans ĂȘtre taxĂ© de « complotiste extrĂȘme » que des grands Ă©vĂ©nements ont Ă©tĂ©s prĂ©mĂ©ditĂ©s et connus Ă lâavance par des « hauts placĂ©s ».  Les guillemets sont vraiment une belle invention en littĂ©ratureâŠ
Le train est le monde, nous sommes l'humanitĂ©. L'avant du train fonctionne uniquement grĂące aux petites mains de l'arriĂšre du train, en l'occurrence un enfant. JâĂ©pargnerais Ă mon blog un moralisme reprenant les thĂ©matiques « nike », « chine », « enfant », « cout du travail ». Votre raisonnement est assez dĂ©veloppĂ© pour illustrer mes propos par ce genre dâexemple flagrant et on ne peut plus lĂ©gitime.
A la fin du film, le train déraille, et laisse le constat froid et glaçant, mais toutefois réaliste, que sans classes, sans pauvres, sans riches, sans inégalités, le monde ne peut fonctionner...
La rĂ©volution nâest quâune supercherie orchestrĂ©e avec lâun de ses principal meneur, pour, entre autres, rĂ©guler la population et assouvir le dĂ©sir de rĂ©bellion, dans un cadre vouĂ© Ă lâĂ©chec. Encore une fois, sans ĂȘtre jugĂ© de complotiste, je demande juste Ă tout le monde une rĂ©flexion sur qui nous sommes, ce Ă quoi nous servons, pour qui nous servons, et par qui nous sommes manipulĂ©s ? Surtout en ces temps de pseudo guerre froide 2.0, de printemps Arabes, de Syrie, de bons et de mauvais rebellesâŠ
Et pour finir et Ă©viter de transformer cette rĂ©flexion en billet politique, jâillustrerais mes pensĂ©es par un extrait dâune chanson de LĂ©o FĂ©rrĂ© de 1973 qui Ă©trangement Ă©tait pour le coup « dans le futur »⊠A mĂ©diter :
« Les révolutions? Parlons-en!
Je veux parler des révolutions quŽon peut encore montrer parce quŽelles vous servent, parce quŽelles vous ont toujours servis.
Ces révolutions qui sont de "lŽHistoire".
Parce que les "histoires" ça vous amuse, avant de vous intéresser.
Et quand ça vous intéresse, il est trop tard, on vous dit quŽil sŽen prépare une autre.
Lorsque quelque chose dÂŽinĂ©dit vous choque et vous gĂȘne, vous vous arrangez la veille, toujours la veille, pour retenir une place dans un palace dÂŽexilĂ©s, dans un pays sĂ»r, entourĂ© du prestige des dĂ©racinĂ©s.
Les racines profondes de ce pays, cÂŽest vous, paraĂźt-il
Et quand on vous transbahute dŽun désordre de la rue, comme vous dites, à un ordre nouveau, vous vous faites greffer au retour et on vous salue.
Depuis deux cents ans, vous prenez des billets pour les révolutions.
Vous seriez mĂȘme tentĂ©s dÂŽy apportĂ© votre petit panier.
Pour nÂŽen pas perdre une miette, nÂŽest-ce-pas?
Et les vauriens qui vous amusent, ces vauriens qui vous dérangent aussi, on les enveloppe dans un fait divers pendant que vous enveloppez les vÎtres dans un drapeau⊠».