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2 auteures, 2 belles lectures. Témoin, de Sophie G. Lucas, l'art de condenser des vies en un paragraphe ultra aiguisé. Et le plaisir fe l'écho durassien chez Dominique Sigaud.
Et toujours restent les yeux chargés d'un autre monde.
Henri Michaux. Mes propriétés
Monsieur Toussaint Louverture, évidemment.
Pourquoi ces 10 livres-là plutôt que d'autres ?
Je lis beaucoup de livres, au fil des mois. Je suis plutôt bon public, il est rare que je ne trouve pas un petit quelque chose pour nourrir mon addiction à la littérature, à la recherche littéraire, au remuement des neurones dans un bouquin. Bon, je ne lis que du bio, pas de l’industriel formaté, ça trie bien déjà . Pourquoi certains livres me marquent-ils plus que d’autres ? J’en ralentis la lecture pour y vivre plus longtemps, j’y reviens, j’en bassine tout le mond ou alors au contraire pas du tout, je les tais. Je me suis obligée à en choisir 10, c’est peu. Les 10 vers lesquels je vais spontanément, sans réfléchir. Ceux dont je sais qu’ils m’ont faite, cette année, un peu plus que les autres. Ceux que je ne prêterai pas, parce que j’ai besoin de les garder à portée de la main. En désordre :
Une fuite en Égypte, Philippe de Jonckheere. Bon, j’avais lu Désordre, un journal, chez Publie.net. Impossible à lâcher déjà . Je ne connais pas d’écriture plus nue, plus crue, plus juste. Je voudrais écrire : ce n’est pas un roman c’est une performance, mais dans ce contexte le mot performance est à côté de la plaque. La vie est faite de ces toutes petites choses, Christine Montalbetti. Raconter la dernière virée dans l’espace de la navette Atlantis avec la minutie d’une documentariste décrivant la traite des vaches dans une ferme de l’Aveyron. Sans effet. Une idée simple et magnifique. Et puis, enfin un roman sur lequel nous étions pareillement enchantés, mon astrophysicien maison et moi. C’est assez rare... Rue involontaire, Sigismund Krzyzanowski. Ah, celui-là n’est pas paru en 2017. Je suis tombée dessus par hasard dans une librairie du 18e, il y en avait tout un rayon. J’ai fait confiance au libraire et surtout au titre, parfait. Et découvert cet incroyable écrivain russe des années 30. L’histoire de ce livre est en elle-même un roman, disparu puis retrouvé totalement par hasard... Tout semble fictif, l’auteur, le roman, l’histoire du roman, jeu de miroir d’un Borgès slave... Libido des Martiens, Emmanuelle Pireyre. Emmanuelle Pireyre est mon écrivaine culte à moi, j’aurais aimé l’inventer, bien qu’en étant incapable. Comprenne qui peu. Décor Daguerre, Anne Savelli. Je crois que les romans déambulatoires me plaisent particulièrement. Celui-ci traîne dans Paris, baguenaude dans les films d’Agnès Varda et Jacques Demy (et en parle très bien), prend des RER, va en banlieue, revient dans Paris, s’arrête dans des cafés, les pensées se déroulent au fil des déplacements, jouent avec le passé, vont et viennent : bref, un roman mouvant, émouvant aussi (facile mais vrai), dans lequel je me sens chez moi. Bon, plein d’autres choses à dire sur ce livre, là je reste en surface. Jérusalem, Alan Moore, traduit par Claro. Inutile de déblatérer, ce livre est un chef d’œuvre, qu’il me marque fortement est juste une preuve de ma conformité littéraire (le contraire du conformisme...). Essai sur le fou des champignons, Peter Handke. Livre enchanté, d’autant plus pour moi qui reconnait certains lieux du roman. Mais au-delà du sujet (les champignons sont l’un de mes thèmes de prédilection en littérature, depuis Rhétorique Fabuleuse d’André Dhotel), il y a, surtout, cette façon d’écrire, d’inventer la phrase au plus près de la sensation. La Maison des Épreuves. Jason Hrivnak. Expérience de lecture, particulière, troublante, créant ce genre de malaise vers lequel on ne cesse de revenir pour tenter de se l’expliquer... Un bout du pré. Caroline Sagot Duvauroux. Pris sur une table au hasard, chez un libraire. Là encore, le sentiment que le livre te choisit. Te lit pour te désapprendre à lire sans être attentive, t’initie au sens des mots, développe ton acuité. Un livre aussi qui parle d’autres livres, d’autres poètes, ouvre tant de portes à la lectrice de poésie très béotienne que je suis. L’hiver de force. Réjean Ducharme. Découverte tardive de cet auteur québecois, déroutant et familier, ses merveilleux personnages parfaitement antisociaux et totalement séduisants. J’ouvre au hasard et je relis, par plaisir. Tiens, c’est une histoire d’addiction, comme dans le Peter Handke.
Livre de train. Excellent stimulant intellectuel. Dense, passionnant.
Tropisme québécois du moment. Plamandon, un conte parfait. France Daigle expérimentale à souhait. Réjean Ducharme un livre où il ne se passe pas grand chose et qu'on voudrait ne jamais finir. Merci #lalibrairieduQuébec
Poésie dans le rer. Comme une permaculture mentale en milieu urbain.