Elle n'aura pas été longtemps célibataire, pourtant cette parenthèse marque une éternité. La solitude c'est quand se meurt le mot amour.
Chloé Delaume, Le cœur synthétique
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祝日 / Permanent Vacation

Love Begins
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Elle n'aura pas été longtemps célibataire, pourtant cette parenthèse marque une éternité. La solitude c'est quand se meurt le mot amour.
Chloé Delaume, Le cœur synthétique
Grégoire est inventif, quant à Adélaïde, on la sait astucieuse. Ces deux-là se comprennent et ils savent s'étonner. L'amour c'est quand deux solitudes se surprennent à s'en faire trembler.
Chloé Delaume, Le cœur synthétique
Grégoire est perçu pour lui-même, il n'incarne pas une fonction. Adélaïde n'a plus besoin d'être sécurisée, elle est affectivement devenue autonome. Elle n'est plus en quête de fusion, elle tient à son intégrité. L'amour c'est quand deux solitudes se complètent sans se dévorer.
Chloé Delaume, Le cœur synthétique
Adélaïde plaît à Grégoire, comme quoi ça pouvait arriver. L'époque est au consumérisme, mais Grégoire préfère se fixer. Pour autant, il ne cherchait pas, Adélaïde s'est imposée. L'amour c'est quand deux solitudes se reconnaissent au point de s'embrasser.
Chloé Delaume, Le cœur synthétique
Elle n'a plus envie de personne, est soulagée d'être sans liens. Elle traverse les mois, les semaines et les journées plus forte et plus légère. Consciente d'être privilégiée, bientôt ce sera la fin du monde. Adélaïde se réjouit chaque jour de ne pas avoir fait d'enfants. La collapsologie s'impose mais ne l'atteint pas.
Chloé Delaume, Le cœur synthétique
L'automne dévore les crépuscules, Adélaïde enfin accepte son célibat. Elle se dit que c'est une phase et qu'elle doit l'accueillir, qu'à trop vouloir lutter son ego et son cœur finiront abîmés. Adélaïde est raisonnable, elle s'incline, elle n'a pas le choix.
Chloé Delaume, Le cœur synthétique
Sa bouche est un peu sèche, dedans, le goût du deuil. C'est une histoire de bleus, de cœur plein d'ecchymoses. Adélaïde Berthel, une femme comme toutes les autres. Qui s'est roulée en boule mais doit se relever.
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C'est presque octobre, il pleut, et dans le cœur d'Adélaïde il n'y a plus personne, personne pour le faire battre et lui donner l'envie de se maintenir vivante.
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Dans le lit elle se glisse et Martin ne bouge pas, plongé dans un ouvrage qui a eu le Pulitzer. Il est 23h30, elle essaie de dormir. Mais il est bien trop tôt et elle ne comprend rien. Martin éteint. Se tourne vers elle. Puis, sur le ton de la constatation, lui dit : Je t'aime mais je ne te désire pas.
Chloé Delaume, Le cœur synthétique
Adélaïde ne voit plus Martin avec le regard de l'amour. La bienveillance s'est dissipée et le réel lui crève les yeux.
Chloé Delaume, Le cœur synthétique
Elle le rejoint maintenant en se disant à quoi bon. Elle ne l'épousera pas, jamais, ce n'est pas le bon, celui avec qui elle passera sa seconde partie de vie. C'est très clairement l'automne, la saison des amours est morte et enterrée.
Chloé Delaume, Le cœur synthétique
Septembre s'emballe un peu. Adélaïde se demande si ce n'est pas le moment de changer radicalement de travail, de mode de vie. De plus en plus de monde se réorganise au cours de la quarantaine, Adélaïde se dit : Ouvrir une librairie. Puis se rappelle qu'elle ne possède rien et n'aura pas de prêt bancaire. Adélaïde déteste la nature, la campagne, son projet existentiel ne peut être qu'à la ville. Adélaïde, déjà, a habité ailleurs. Elle s'accroche à Paris parce que c'est le seul endroit où les gens marchent vite en étant très bien habillés.
Chloé Delaume, Le cœur synthétique
Il dit qu'il pense à elle absolument tout le temps mais ne l'appelle jamais, répond d'une demi-ligne à chacun de ses mails, la complimente pour à l'instant même la déstabiliser d'une question incongrue sur la couleur de ses cernes ou les plis de son cou, qu'il trouve profonds, étranges, comme si à la naissance le cordon ombilical avait été serré autour. Adélaïde se dit que Martin est cinglé. L'étant pas mal elle-même, elle accepte le deal. Mais s'en veut de plus en plus d'avoir bâclé sa demande aux déesses.
Chloé Delaume, Le cœur synthétique
À trop penser à lui, à tant l'imaginer, il n'a pas le même visage. Adélaïde pourrait, à cet instant précis se dire : Ce n'est pas un homme que je vois, c'est juste sa fonction. Ce qui aurait pour conséquence de lui faire prendre conscience que remplir le vide n'est pas de l'amour. Mais le cœur d'Adélaïde, épuisé de solitude, réclame l'abandon de toute raison.
Chloé Delaume, Le cœur synthétique
Adélaïde devrait avec le temps comprendre que l'épousite aiguë relève de la névrose, qu'à se projeter immédiatement dans un schéma sécurisant, elle s'interdit de vivre normalement le début de ses histoires d'amour. Adélaïde n'entend qu'amour, et les paroles de ses amies sont reléguées en fond sonore.
Chloé Delaume, Le cœur synthétique
C'est l'histoire d'une peur bleue qui se regarde dans le miroir. L'histoire d'une solitude qui se conjugue pour survivre. Adélaïde Berthel c'est une faille comme une autre, moins longue mais plus profonde que celle de San Andreas.
Chloé Delaume, Le cœur synthétique
La perte du temps conjugal, elle ne sait comment la compenser. Le début de soirée, le moment privilégié, le temps du débrief de la journée, de l'échange. Parfois elle se dédouble, s'encourage, s'interroge, se parle à haute voix, s'appelle 'Ma fille', de plus en plus fréquemment elle emploie 'Ma chérie'. Elle pénètre dans l'entrée, accroche sa veste, range ses chaussures, puis demande 'Ma chérie, qu'est ce qui te ferait plaisir ?' Si elle ne se soucie pas d'elle-même, personne ne le fera.
Chloé Delaume, Le cœur synthétique