OCTOBRE. Le temps des expositions
L’exposition ÇA S’EST PASSÉ COMME ÇA est ouverte!
Du vendredi 11 octobre au samedi 30 novembre 2019 à la MC 93 de Bobigny
en savoir + http://www.compagnieabc.fr/ca-sest-passe-comme-ca/

Kiana Khansmith
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@catherineboskowitzmc93
OCTOBRE. Le temps des expositions
L’exposition ÇA S’EST PASSÉ COMME ÇA est ouverte!
Du vendredi 11 octobre au samedi 30 novembre 2019 à la MC 93 de Bobigny
en savoir + http://www.compagnieabc.fr/ca-sest-passe-comme-ca/
OCTOBRE. Le temps des expositions.
L’exposition INCOGNITO VOYAGEURS est ouverte!
Du vendredi 4 au samedi 26 octobre 2019 à la Médiathèque Elsa Triolet de l’Île Saint Denis.
Du mardi 12 au samedi 30 novembre 2019 au Collectif 12 à Mantes-la-Jolie.
Du mercredi 4 au samedi 21 décembre 2019 à la MC 93 de Bobigny.
en savoir + http://www.compagnieabc.fr/incognito-voyageurs/
Création du spectacle LE PIRE N’EST PAS (TOUJOURS) CERTAIN les 26, 27 et 29 septembre au Festival des francophonies à Limoges
Ça y est le spectacle est créé! Grande joie! Les spectateurs sont là... Nous aussi...
Ce spectacle, peut-être plus particulièrement que certains autres, me rappelle très précisément aux raisons pour lesquelles j'ai, un jour, décidé de faire du théâtre. Non pas que cela ne soit pas passé avant... mais aujourd'hui, traversant les tornades, les tempêtes et les tsunamis qui secouent tout : politique, pensée, économie, rapports humains, théâtre, j'ai l'impression que nous - je veux dire l'équipe artistique que nous formons - nous sommes debout. Nous tenons debout. Et cela me donne une furieuse envie de continuer!
Rendez vous avec le spectacle les 28, 29, 30 novembre 2019 au Collectif 12 à Mantes-la-Jolie
Et du 11 au 21 décembre 2019 MC93 de Bobigny https://www.mc93.com/saison/le-pire-n-est-pas-toujours-certain
Extrait de la pièce :
Tableau 6
Un chien dans une rue qui longe un camp de réfugiés, près de Thessalonique.
Le chien
Aïe.... Whaou ! Saloperie de grecs !
Une godasse de militaire cloutée à 300 euros la paire et vas-y comme il me l’a envoyée en plein dans le cul !
Il s'adresse à un personnage imaginaire :
Y'aurait pas eu moyen de me la faire plus douce, celle là ? Toutes façons j'allais déguerpir de votre camp de merde ! Y a rien à y ronger – pas même un bout d'os, que des pierres. Bande d'abrutis ! Y z'ont l'air de quoi ces gardes chiourmes à la mort avec leurs treillis délavés et leurs ray-bans? Y gardent quoi ? La grille était grande ouverte. J'y suis entré en gentleman, au petit trot, droit dans mes bottes ! J'ai pas fait le filou. Si une porte est ouverte, c'est qu'on me convie à la fête !
Je traverse une espèce de parc à deux balles... les enfants ont l'air content de me voir ! Viennent tout de suite vers moi les petits nains, leurs mains tendues... Plus loin, allongés tout mou sur des nattes colorées, les parents, les mamans surtout, les rappellent illico. Ça je peux comprendre, on sait jamais !... Je pourrais mordre ( il rit grassement)
Mais je m'intéresse pas assez aux mômes pour m'attarder. J'avance... Et derrière ce parc minable aux quatre pins parasols qui se courent après, je découvre une ville de tentes. Je dis bien une ville ! Alignées les unes à côté des autres, se faisant face, ordonnées, distantes au cordeau, les tentes bordent une rue de caillasses. Derrière, d'autres rues plus étroites et des tentes à perte de vue... Y'a des odeurs, j'avance. Personne ne fait attention à moi, j'avance.
Ça smell pas good : La sueur et les couvertures pourries ! Personne en vue, à l'exception d'un vieux assis sur un cageot au seuil de sa toile branlante. Il fume, les yeux dans le vague. Je continue. Au bout de la rue principale, des fils barbelés... Y sèchent, des tee-shirts fatigués, des pantalons crades et quelques chemises qui flottent en drapeaux. Le soleil tape dessus comme sur un tambour... Derrière les fils, les collines blanches et sèches... Pas une, pas dix, mais des centaines de collines! Petites mamelles femelles. Ça doit grouiller de scorpions là-dedans ! Je tourne à droite et paf ! tombe sur un petit groupe d'hommes accroupis, parlant très bas, comme s'ils ne leur restaient qu'un filet de voix qui s'éteindrait en touchant l'autre. Je comprends rien à leur charabia... Que les raclements de gorges ! Je m'approche pas. Je connais cette race d'humains qui ont faim : aucune générosité ! Et un jet de pierre c'est pareil qu'une étincelle en temps de guerre, ça peut partir en rafale et t'as rien vu venir ! Je m'éloigne.
Je tombe sur une bulle blanche géante en toile cirée, je passe mon nez par l'ouverture. J'y vois en file indienne à l'intérieur, une centaine de personnes, plutôt des femmes qui avance lentement, un ticket à la main. Au bout de la file, un militaire casqué-branché questionne puis donne à chacun, un ou plusieurs sacs hermétiquement fermés et une bouteille en plastique pleine. Une fois servi, on repart avec ses bags et son eau. Ça ne sent rien et pourtant je sais que c'est de la nourriture. De la nourriture sans odeur.
Je sors au galop de cette tente du 21ème siècle où l'armée se déguise en mauvaise cuisinière.
Derrière un piquet, enfin des détritus ! La bouffe a beau être Iyophilisée, y aura bien un bout de peau qui traîne !...
Et c'est le moment où mon cul se soulève sous le coup de la semelle d'un con ! « Whaou » je crie ! Et je détalle. Pas envie de m'en prendre un second !
Je me retrouve en moins de deux à l'extérieur du camp, sur le goudron chauffé gluant par un cagnard de feu !
Avant de filer vers la ville Salonique qui s'étend loin plus bas, je lorgne un homme tout seul assis sur une pierre, de l'autre côté de la route, face à l'entrée du camp. Il a la tête dans les mains, le visage défait, son dos tout rond continue la courbe du caillou où il a posé ses fesses. Une figure d'un tableau de la Renaissance italienne, je me dis.
T'attends quoi l'arabe ? Que l'Europe vienne te chercher ? (le chien rit grassement et s'en và.)
AU TRAVAIL! (SUITE) LE PIRE N’EST PAS (TOUJOURS) CERTAIN... RÉPÉTITIONS JUIN/JUILLET 2019
Quelques images des répétitions cet été ... à la MC93
copyright Bruce Milpied - Hans Lukas
AU TRAVAIL! juin/juillet 2019
Pendant trois semaines, l’équipe artistique et technique du spectacle “Le Pire n’est pas (toujours) certain” est en répétitions à la MC93. Le spectacle commence à naître... Nous aurons d’autres répétitions à Limoges au mois de septembre. La création est prévue à Limoges les 26, 28, 29 septembre au Festival des Francophonies en Limousin et reviendra en novembre au Collectif 12 à Mantes-la-Jolie puis en décembre à la MC93.
Que se passe-t-il, en répétitions, lorsque nous installons le plateau pour jouer? Le travail des artistes et des techniciens ne consiste pas seulement à répéter mais aussi à préparer... En voici quelques images
copyright Bruce Milpied - Hans Lukas
ÉCRITURE
Ça y est! J’ai terminé l'écriture du spectacle “LE PIRE N’EST PAS (TOUJOURS) CERTAIN”!
L’écriture c’est comme un chat, ça va, ça vient, ça se tapit, ça saute puis s’immobilise, ça disparait pendant des jours, ça te bouffe ton espace, ça crache, ça te rejette, ça dort, ça caresse, ça chasse, ça tue, ça miaule à l’intérieur de toi, ça a faim, une faim dévorante, puis ça dort pendant des jours, ça se réveille la nuit, ça se bat, ça ronronne, ça voit dans le noir, ...
J’avais envie d’écrire une fable tout en fragments, comme un puzzle, sur ce qui nous arrive aujourd’hui... Le nous étant collectif, non séparatiste, le nous englobant les européens dont je fais partie et les étrangers venus d’ailleurs, fuyant leurs propres pays, essayant désespérément de passer les barbelés des frontières, celles de Schengen d’abord, puis celles qui se dressent contre eux à l’intérieur même de notre continent. Le nous qui nous oblige à penser ensemble.
L’écriture a été pour moi un acte solitaire mais, depuis janvier 2018, au fil des mois passés à Bobigny, j’ai écrit en compagnie des hommes et des femmes que j’ai rencontrés ici ... des groupes avec lesquels j’ai travaillé, le groupe du foyer Oryema, le groupe de Sokay à travers son association “Loisirs tout azimuts”, le groupe des comédiens amateurs, l’équipe de la Mc93, mon équipe artistique... En compagnie veut dire à côté d’eux. Solitaire mais sociable, je n’en ai fait qu’à ma tête :
J’ai beaucoup écouté et j’ai parlé aussi, j’ai brandi le petit livre de Patrick Chamoiseau “ Frères Migrants” comme j’aurais pu, en d’autres temps, lever mon poing fermé. Mais cette fois, j’ai ouvert le livre et avec chacun j’en ai tourné les pages comme on ouvre un poing, doigt après doigt. J’ai rêvé à partir des mots de Chamoiseau. Et, avec les hommes et les femmes qui m’ont accompagnée, nous nous sommes mis à rêver ensemble, à dessiner, à tourner de petits films... Le temps filait. Rien n’était facile. Tout était facile. Mon écriture, tel un chat, se glissait entre les confidences recueillies ici ou là et les lignes de “Frères migrants”. Puis je pris mon indépendance et quittait peu à peu le livre pour trouver mon propre chemin et surtout tenter de faire quelque chose de ma fureur .
Parce que face à la posture des états, les nôtres, qui laissent chaque jour la méditerranée engloutir le peu de dignité qui leur reste et qui au lieu de créer des ponts, érigent des frontières, je n’ai que fureur.
Cette fable, ce conte, je l’ai écrit à partir d’un voyage - un de plus - que j’ai fait entre les camps de réfugiés de Thessalonique et la ville de Bobigny.
Arrivée à destination, j’ai habité en ville dans un petit chalet planté dans un jardin au milieu des cités. J’en ai fait ma grotte, l’endroit du repli nécessaire en plein coeur de l’urbain balbynien où j’ai pu dans une tranquillité relative, tendre l’oreille à ce qui se passait autour moi et continuer à écrire, laissant revenir à moi les souvenirs de la route que j’avais faite, la même empruntée par les réfugiés, Grèce, Macédoine, Serbie, Hongrie, Autriche...
En vélo, j’ai parcouru de long en large cette banlieue 93 chère à mon coeur que je croyais connaître... Lors de mes pérégrinations, j’en découvrais les chemins de traverses insoupçonnés qui me menaient vers d’autres paysages, vers d’autres gens installés ici depuis longtemps ou tout juste débarqués. Presque toujours dans les conversations, affleurait un mot, une image, un rappel de l’exil, des exils. Car ici, dans ces villes, l’exil s’il n’a pas toujours le droit d’asile est bien commun.
J’ai beaucoup ri aussi ici. Beaucoup ri. Estelle et moi avec les réfugiés du Foyer Oryema, nous nous sommes faits des blagues et avons fait des fêtes, avec la bande à Sok-Ay avons partagé de nombreux fous-rires sur de petites choses, les choses de la vie qui transforment parfois des tragédies vécues en d’hilarants récits, avec le groupe des amis amateurs, tentant ensemble des performances improbables et joyeuses, avec l’équipe des comédiens qui, révoltés contre mon insatiable appétit de travail, déjouaient en rigolant les petits pièges trop flagrants que je leur tendais au travers du texte que j’étais entrain d’écrire.
Si le chat ne rit pas ( quoique!), il peut en revanche sourire.
FIN DE LA TRÈVE HIVERNALE POUR LE FOYER ORYEMA.
Nous sommes le 1er avril et ça a l’air d’une blague... Mais non cette fois le Foyer Oryema ferme définitivement. Après l’étape cet automne de la “transformation” du foyer en 115, où nombre de résidents demandeurs d’asile ont été re-localisés ailleurs dans toute la France afin que le foyer ne soit plus qu’un hébergement d’urgence, aujourd’hui, il ferme - fin de trève hivernale oblige. Vingt résidents n’ont pas eu de solutions pour être relogés, tous demandeurs d’asile ils vont retourner à la rue. L’idée même est insupportable. Mais la réalité nous rattrape toujours.
Vendredi dernier, l’équipe du Centre Oryema, les résidents du foyer et la MC93 ont décidé de faire une dernière fête... J’en poste le flyer ci-dessus fait par l’équipe du Foyer Oryema. Il est magnifique. Il dit tout.
Avoir pu rencontrer toutes ces personnes avec qui nous avons travaillé là-bas, Estelle et moi, pendant un an, résidents demandeurs d’asile comme l’équipe en charge du Centre Oryema a été une chance, un éveil, une raison de continuer. Je les remercie d’être ce qu’ils sont.
Aujourd’hui ma tristesse est immense.
ÉCRITURE - DESSINS- PRÉPARATION D’INSTALLATIONS ET D’EXPOSITIONS
FÉVRIER/MARS 2019
J’écris-je lis-j’écris-je dessine...
Je suis ici depuis maintenant un peu plus d’un an. J’habite ici. Au sens figuré - je me sens d’ici - comme au sens propre - je loge depuis huit mois dans une petite cabane/chalet dans le jardin de gens qui m’accueillent, à cinq cent mètres de la MC93 . Les rencontres, les ateliers et les répétitions que je mène à Bobigny commencent à faire trace dans le chemin que j’ai choisi.
Le parcours avec les résidents en demande d’asile du Foyer Oryema, la bande de femmes que nous formons avec l’association de Sok-Ay, les amis des ateliers amateurs que j’ai menés, l’équipe de la MC93, les comédiens et les artistes qui m’accompagnent, tous m’aident à penser à ce spectacle que je construis et plus le temps passe plus, oui et j’en suis certaine, le pire n’est pas toujours certain! C’est le titre que j’ai choisi pour cette pièce que j’écris. Parce que dans l’époque inquiétante que nous vivons, les personnes que je rencontre ici me donnent la force de croire que l’improbable est toujours possible et que cet improbable adviendra de ces personnes qui, ici comme ailleurs partout dans le monde, chacune à leur dimension et à la mesure de leur énergie, agissent pour que nous soyons encore capables de tenir debout et de penser ensemble le monde différemment de ce qu’il est aujourd’hui ... Possible conjugaison de ces points de vue pluriels pour tenter de faire pencher la balance vers plus d’égalité et de confiance.
Et le travail artistique dans tout cela, me direz-vous? Il est sans doute l’un des éléments que les politiques ne “calculent” plus, pour replacer la culture au centre des enjeux de vie et d’espoir pour nous qui peuplons cette planète.
À la manière des fourmis, certains d’entre nous, creusent de petits sillons.
Résidence de recherche et de création avec l’équipe artistique du spectacle “Le pire n’est pas (toujours) certain.
JANVIER 2019
Je réunis mon équipe pour quinze jours dans la salle de spectacle Bourgois de la MC93. Il s’agit de confronter le texte que j’écris au plateau et de fouiller les pistes qui s’ouvrent à nous. Nous travaillons comme des fous souvent avec la joie des explorateurs...
Le spectacle sera créé à l’automne prochain. le temps est notre allié, plusieurs résidences sont prévues d’ici là. Celle-ci est déterminante dans les choix dramaturgiques et scénographiques. Je coupe, recolle, remonte les scènes... les comédiens découvrent, improvisent, proposent... Le plateau “bouge”, c’est à dire qu’il se transforme au fur et à mesure des essais. Quelques moments du spectacle futur apparaissent. Je réécris certaines scènes pour que s’éclaire le propos, les fils conducteurs.
L’expérience est passionnante, c’est la première fois que j’écris de bout en bout un spectacle... avec quelques références de taille : Chamoiseau, Claudel, Arendt, Tabucchi... Et de fait, c’est sans doute la première fois que je me livre tant...
Le projet est né d'une expérience tout à fait personnelle. J'ai passé plusieurs semaines à Thessalonique en Grèce, à l'accueil des réfugiés qui viennent du Moyen Orient. À l'aller, j'avais pris le bus avec une amie metteure en scène comme moi, Leyla Rabih, de Dijon à Thessalonique en passant par Zagreb, Sarajevo, Pristina et Skopje. J'ai fait à ce moment-là, le chemin inverse du chemin de fuite des réfugiés. Lorsque je suis arrivée en Grèce, les frontières venaient d'être bloquées, notamment à Idoméni à la frontière macédonienne où un camp qui s'était créé spontanément venait d'être démantelé. Je suis donc arrivée puis restée à Thessalonique plusieurs semaines où j'ai travaillé avec des grecs et avec des réfugiés qui aidaient d'autres réfugiés...
Je suis passée de camps en camps, la plupart repris et gérés par des militaires. Et avec une association grecque basée à Thessalonique, je me suis chargée plus précisément de la distribution de vêtements et de nourriture. A ce moment là, pendant toutes ces semaines, je n'ai plus pensé au théâtre et j'ai lâché ma caméra, mon enregistreur... J'étais là-bas, j'aurais pu y rester longtemps.
Je suis tout de même repartie, toujours de bus en bus, mais seule cette fois, en passant par Belgrade, Budapest et Vienne, où j'ai rencontré dans chacun de ces endroits, des groupes d'activistes qui œuvraient pour l'accueil aux réfugiés.
En rentrant à Paris, je ne savais plus faire du théâtre. Ou plus exactement, je ne savais plus si je pouvais continuer à en faire avec ce que j'avais dans la tête. J'ai alors été accueillie à Bobigny, en résidence à la MC93 et j'ai écrit une pièce : « Le pire n'est pas (toujours) certain ».
LE PIRE N’EST PAS (TOUJOURS) CERTAIN
Catherine Boskowitz Écriture et mise en scène
Distribution (ordre d'apparition) : Marcel Mankita un activiste, la femme à la torche, Nègre de Feu, le Chien, Abdoukarim. Nanténé Traoré une activiste, Jumana, le Chien. Frédéric Fachéna un activiste, l'homme attaché au mât, Désiré, le Délégué européen aux affaires migratoires (Michel), le Chien. Estelle Lesage une activiste, Enfant 3, la Fée Clochette. Andreya Ouamba un activiste, enfant 4, le Chien, le fils de Jumana. Catherine Boskowitz L'Europe.
Jean-Marc Foussat Musicien (composition et interprétation). Laurent Vergnaud Créateur Lumière. Jean-Christophe Lanquetin Scénographe. Zouzou Leyens Costumière. Laura Baquela Assistante à la mise en scène. Kosta Tashkov et Khalid Adam Stagiaires technique plateau. Avec l'accompagnement amical de Anne-laure Amilhat Szary, géographe, professeure à l'Université Grenoble-Alpes et à Pacte, Laboratoire de Sciences Sociales.
Photos de la résidence de janvier 19 à la MC93 :
Récits, gravures, autoportraits
JANVIER 2019. Groupe de femmes de l’association Loisirs Tout Azimuth
Il y a beaucoup de joie à être avec les femmes que Sok Ay réunit dans le petit local de son association. Cela fait bientôt un an qu’Estelle et moi, nous les retrouvons deux fois par mois, au moins... Du chemin a été parcouru ... Depuis octobre dernier nous mettons en forme ensemble les récits qu’elles ont bien voulu me confier. Estelle et moi lisons à voix haute, par épisodes, ces fragments vie racontées, enregistrés puis retranscrits par mes soins. C’est une sorte de feuilleton intime à plusieurs voix. Je tourne les pages et lis. Estelle fait de même. Chacune, Tamasus, Yasmina, Madeleine, Sok-Ay, Hafida, écoute sa propre histoire et celles des autres, comme si, tous les récits n’en faisait plus qu’un et qu’il appartenait à toutes. Je me surprends en lisant chaque semaine, à être parfois bouleversée par une phrase, un mot - que pourtant je connais - et ma voix devient fragile... Je respire et je continue... je sais que l’émotion est partagée car en levant les yeux, j'en aperçois aussi les signes dans leur façon de me suivre, une main qui effleure la table comme une caresse, un regard qui se voile qui se perd, un balancement régulier de la tête... ces moments sont précieux, très précieux, ils livrent des secrets.
Et parmi les mots écrits maintenant, quels sont ceux qu’elles choisiront pour les afficher en regard des gravures qu’elles composent? Quels sont les récits qui feront partie de l’exposition? c’est ce que nous préparons actuellement et qui fait l’objet de ces réunions où la confiance se tisse...
photos prises par Sok Ay
Décembre 2018. Foyer Oryema. RETENIR LE TEMPS (Mission presqu’impossible)
Les semaines passent et petit à petit, les amis d'Oryema s'en vont. Chacun « placé » ici où là … Strasbourg, Grenoble, Centre de la France, peut être certains à Aubervilliers... Pour eux, c'est la fin d'une séquence – Bobigny. Une de plus dans leur voyage au long cours... Pour nous, désemparées, c'est le moment de dire au-revoir... Salut Ali, salut Hussein, salut Khalid, Habib, Philip, Azari, Algassimou, salut Yassine, salut Kacem, salut Kosta, salut Ejaz, Abdoulaye, Festu, salut Djuma, salut vous tous ... A très vite, hein?
Ce temps passé ensemble, nous le retenons encore un peu en décidant avec l'équipe de la MC93 d'imprimer une quinzaine de photos en série au format A5 cartonné.
Chacun choisit les photos qu'il emporte avec lui.
Les voici :
Décembre 2018. Groupe amateur MC93.
À L'ARRACHE !
Je lis aux amis amateurs quelques extraits du texte en cours d'écriture pour mon prochain spectacle. En deux jours de chantier, ils découpent plusieurs fragments pour les mettre en scène et les interpréter. Kosta et moi leur volons quelques images tournées à l'arrache.
Décembre 2018. Groupe de femmes – Loisir tout azimut TON VISAGE...
Elles ont raconté, elles gravent et encrent leurs séries de portraits...
Je les regarde faire, prendre soin des couleurs et les appliquer sur la feuille. Recommencer, chercher... se raconter autrement, rire et recommencer toujours... jusqu'à ce qu'apparaisse, en lignes pleines et déliées, leurs visages. Elles avaient dix, vingt ou trente ans dans les années 80. On les reconnaît toutes... Un sourire, un regard, le pli de la bouche...
Nous choisiront une dizaine de portraits tirés en grands formats pour l'exposition qui aura lieu à la MC93 en automne prochain.
Sok-Ay
Tamasus
Novembre/décembre 2018. Groupe amateur MC 93.
LES POUPÉES QUI PARLENT... Je les présente au groupe. Elles sortent de mon grenier où, il y a longtemps, je les avais abandonnées après les avoir confectionnées. Elles ont l'air contentes de renaître même si c'est dans notre monde... Pour elles non plus, le pire n'est pas (toujours) certain... Que ce soit dans un port de la méditerranée où elles improvisent leur mort sur un quintet de Schubert ou dans l'imagination de celui ou celle qui s'en empare pour leur donner vie dans l'interstice, entre les mots de Chamoiseau et les miens.
Novembre 2018. On continue jusqu’à...
Dernière nouvelles du Foyer Oryema : L'Etat a finalement choisi de réorganiser l'hébergement des "migrants" à horizon du 1er janvier 2019. Deux mois de semi-répit.
Estelle et moi maintenant accompagnées de Zoé, continuons donc à nous y rendre toutes les semaines. ... Nous travaillons sur les visages. Chacun s’y prête. Les gestes sont simples.
Octobre 2018 MoMA-ORYEMA
Nous sommes invitées, Zoé de la MC93, Estelle et moi au foyer Oryema ce soir là. Les résidents ont décidé de faire une fête. Contre le pire et l’angoisse du démantèlement du foyer... personne ne nous empêchera de danser quand nous le déciderons!
Avec tous, nous improvisons une exposition.
Vingt minutes d’accrochage et voici nos masques au musée !
L’expo est ouverte! On se croirait presque au MoMA...
Vernissage oblige...
Octobre 2018 Les mots d’elles
L’association Tout Azimut menée par Sok-Ay a changé de local. Nous ne sommes donc plus au quartier Pont de Pierre. Nous retrouvons le groupe de femmes juste derrière la MC93 dans une petite pièce que Sok-Ay s’est empressée d’aménager le plus chaleureusement possible pour les différentes activités.
Ce jour là, j’arrive avec six textes. Ce sont les paroles retranscrites qu’ont bien voulu me confier chacune à leur tour, dans l’intimité, chaque femme du groupe. Le point de départ des entretiens était : “Où étais-tu dans les années 80?”. Elles ont parlé. Elles ont raconté. J’ai enregistré. Toutes venues d’ailleurs, elles retracent leur arrivée à Bobigny. Puis la parole se déploie, déborde du cadre donné, circule dans le temps. Chaque histoire pourrait être le début d’un roman dont la narratrice serait le personnage principal. Une cartographie improbable se dessine, des lignes se tendent, se croisent et se séparent, du Cambodge en Algérie, de la Champagne-Ardenne au Poitou et, en passant par Mazamet, de Casablanca à Bobigny.
Estelle et moi proposons de leur lire quelques extraits à haute voix. Elles nous écoutent. A travers nos voix, elles s’écoutent... Il y a beaucoup d’émotion et de silence entre les pages.