Trop fumé, trop bu, trop dormi, trop diverti les neurones qui ne ressemblent plus à rien.
Et soudain l’on est à court.
On a épuisé toutes les solutions, toutes les ressources pour échapper à ça.
On sent que dehors il y a des gens qui sont en vie, tandis qu’on reste tapi à l’intérieur, comme des animaux malades, à guetter la fuite.
On s’invente des voyages.
Partir seul, au bout de la terre, sans prévenir, juste disparaître un temps, pour les autres et pour soi-même.
Echapper, en somme, à cet emprisonnement sournois, ce petit carré dans lequel on bouge librement, dans lequel on nous rabâche ce que c’est le bonheur, combien il faudra lutter pour l’atteindre peut-être jamais.
Et les autres sont à leur vie.
On aimerait leurs bras, leur bouche, leur âme, et ils sont à l’autre bout de la vie, quelque part, dans un silence aux murs lisses.
On ne montre pas de signes.
On ne montre pas les dents.
On prend un thé, pour faire passer l’ivresse morbide qui bientôt se changera en gueule de bois.
On fait un brin de vaisselle histoire de donner l’illusion, en se disant que si c’est ça, si ce n’est que ça, il vaudrait mieux crever un peu plus vite.
Non, les lendemains ne chantent pas.
Le soleil ne montre plus sa trogne.
Une lente solitude fait sa révérence, et pousse déjà dans l’autre sens.
Ces soirs-là, c’est comme un rideau qui tombe.
La lucidité allume ses phares et vous éblouit la gueule.
On pourrait faire n’importe quoi, mais regarder le plafond devient la seule activité logique.
Parce qu’il n’y à rien à faire contre ça.
Attendre que l’illusion viennent souffler à nouveau ses fumées dans le petit matin, engourdir l’épaule qui porte le sac, rabattre la capuche qui couvre la tête dans la fraîcheur du jour encore couché, et voici tout ce qui fera passer, ça.
On oubliera, puisqu’il ne s’agit que d’oublier.
On oubliera les soirées solitaires où l’angoisse se déshabille et montre sa peau hideuse.
On oubliera le froid qui s’invite jusque sous la couverture.
On oubliera l’atroce pensée qui s’enroule comme une plante grimpante au fil de l’âge.
On oubliera cette attente stérile, tant que Morphée sait bercer les coeurs délavés.