Le troisiĂšme jour Ă El Castillo, Peter, un australien vivant Ă Londres mâa rejoint. Je lâavais dĂ©nichĂ© sur FB, dans un groupe de backpackers, et ensemble on avait rĂ©servĂ© le tour dans la jungle de la rĂ©serve Indio Mais.Â
Enfin, le jour tant attendu est arrivĂ© ! Ce nâest pas Juan, le guide avec qui je discute depuis 2 semaines qui nous emmĂšne, mais son ami Yarlen. Yarlen a 38 ans, il est nĂ© dans la rĂ©serve, y a servi de garde forestier durant des annĂ©es et connaĂźt toute la jungle et ses habitants. Il peut repĂ©rer nâimporte quel animal Ă 150 mĂštres (et les attraper Ă mains nues) et sait exactement oĂč les trouver.
Durant les trois jours, on a descendu le fleuve en canoe, pour mieux approcher la faune, comme je lâavais dĂ©jĂ fait Ă BornĂ©o et au Laos. DĂšs les premiĂšres minutes on aperçoit un nombre hallucinant de bestioles. HĂ©rons, aigrettes, paresseux, singes, iguanes, perroquets, agoutis et autres tortues viennent se sĂ©cher au sommet des arbres ou sur les rives, dĂšs quâun rayon de soleil apparaĂźt miraculeusement entre deux averses.
On se baigne dans les affluents du Rio San Juan (dans le fleuve vivent crocos et caĂŻmans, mais aussi des requins dâeau douce, vers lâestuaire) on boit des noix de coco avec du rhum, on essaie de faire un feu et de cuisiner en se protĂ©geant des pluies diluviennes sous des bĂąches en plastique. Lors dâun court trek de deux heures on aperçoit de nouveaux animaux, dont des lĂ©zards JĂ©sus Christ (qui courent sur lâeau) et des fourmis de 3cm de long, dont la morsure est si redoutable que la douleur est impossible Ă apaiser durant 24h.Â
La premiĂšre nuit nous dormons dans des hamacs installĂ©s sous un abris en bois sur lequel on a installĂ© des bĂąches. Aller pisser est une aventure, Ă chacun de nos pas on vĂ©rifie minutieusement quâaucun serpent, fourmi, araignĂ©e ou grenouille venimeuse (les indiens Rama prĂ©lĂšvent leur poison pour y tremper les Ă©pines des arbres quâils utilisent comme flĂ©chettes pour leurs sarbacanes) ne se trouve sur le chemin ou en dessous de nos fesses. MalgrĂ© lâorage qui nous force Ă nous lever pour installer de nouvelles bĂąches, je dors comme un bĂ©bĂ© et me rĂ©veille 12h plus tard (!) avec le petit dejâ servi au lit.Â
Le deuxiĂšme jour nous continuons nos explorations. Sur la rive gauche, cĂŽtĂ© Nica, la forĂȘt est majestueuse, intacte et sauvage, sur la droite, cĂŽtĂ© Tico, elle est arrachĂ©e, clairsemĂ©e de champs et de plantations. Yarlen nous donne des milliers de dĂ©tails sur ses animaux prĂ©fĂ©rĂ©s et me promets dâattraper un serpent quand il apprends que je suis gaga de tous les animaux, mĂȘme des araignĂ©es et des reptiles. En installant le camp le 2Ăšme soir sur une petite Ăźle (hamacs installĂ©s sous des bĂąches en plastiques tendues sur des bambous) il trouve un joli petit boa constrictor quâil place dans mes mains. (Avant ça jâai aussi eu droit Ă une tarentule, un iguane et un gecko, jâai Ă©tĂ© couverte de cadeaux.) LâĂźle nâest pas naturelle : câest en rĂ©alitĂ© un bateau qui a coulĂ© il y a 200 ans, et sur lequel la nature a dĂ©cidĂ© de sâinstaller. Les navires apportaient des vivres aux chercheurs dâor qui travaillaient le long des rives, et repartaient avec les richesses du pays, direction lâAngleterre et lâEspagne.Â
Le 3Ăšme jour on remonte les rapides dans un bateau Ă moteur qui est venu nous chercher. On peut ainsi sâapprocher plus prĂšs des crocos et des caĂŻmans que nous nâavions pas vu lors de nos expĂ©ditions nocturnes. A peine de retour Ă El Castillo, jâai dĂ©jĂ envie de repartir dans la jungle... Au Costa Rica se trouve la pĂ©ninsule dâOsa, rĂ©putĂ©e pour sa forĂȘt sauvage et ses plages de sable blanc, et je crois ne pas avoir trop de mal Ă convaincre Patrick dây aller avec moi quand il viendra me retrouver.