Entrevue avec Alice Jarry : Triennale Device_Art @Zagreb
Ă l'automne 2015, l'artiste en art numĂ©rique Alice Jarry a Ă©tĂ© invitĂ©e par Eastern Bloc Ă participer Ă la cinquiĂšme triennale internationale Device_Art qui se dĂ©roulait dans la ville de Zagreb en Croatie. Ătant donnĂ© que câest maintenant au tour des membres de lâorganisation de la triennale, Kontejner, ainsi que certains artistes croates et japonais, j'ai donc pris cette opportunitĂ© pour interviewer Jarry sur son expĂ©rience d'exposition passĂ©e et rĂ©colter quelques anecdotes artistiques sur son sĂ©jour en Croatie.
Emmanuel Lagrange Paquet: Zagreb, comme ville, qu'en as-tu pensé? Quelles ont été tes impressions à l'arrivée?
Alice Jarry: J'Ă©tais dĂ©stabilisĂ©e, mais in a good way. J'ai volĂ© Ă bord d'un avion minuscule qui allait de Bruxelles Ă Zagreb, Ă l'intĂ©rieur duquel j'ai mangĂ© une quantitĂ© incroyable dâolives et de feta [ricanement] pendant plusieurs heures pour finalement arriver dans la magnifique ville de Zagreb.
ELP : Ton endroit préféré là -bas?
AJ : Je n'ai malheureusement pas eu beaucoup de temps pour faire du tourisme, mon endroit prĂ©fĂ©rĂ© reste le lieu de la triennale, et spĂ©cifiquement tous les dĂŽmes gĂ©odĂ©siques en construction, endroit oĂč j'ai passĂ© Ă©normĂ©ment de temps, Ă©tant donnĂ© certains dĂ©lais que j'ai rencontrĂ©s Ă l'installation.
ELP : Ah oui? Peux-tu nous parler de ces délais?
AJ : Câest assez futile quand tu relativises, mais lâoeuvre [transportĂ©e par avion et envoyĂ©e prĂ©alablement Ă mon dĂ©part] est arrivĂ©e vraiment, vraiment, en retard. Comme câĂ©tait Ă lâautomne et que pas mal de rĂ©fugiĂ©s passaient par la Croatie, la compagnie aĂ©rienne responsable du transport a simplement dĂ©barquĂ© la caisse de lâavion pour faire entrer des convois de mĂ©dicaments.
ELP : J'imagine qu'il était difficile pour toi de te fùcher contre cette décision de la compagnie aérienne? Comment as-tu composé avec la situation?
Aj : Effectivement, câest juste du matĂ©riel, et au final, juste de lâart.  Par contre les dĂ©lais ont quand mĂȘme contribuĂ© Ă la complexitĂ© du montage, simplement parce que lâinstallation  [Spectrales] est dĂ©jĂ assez longue et fastidieuse Ă monter. Dâun autre cĂŽtĂ©, jâai eu Ă©normĂ©mement de temps pour rĂ©flĂ©chir au montage, faire un plan (voir image ci-bas), rĂ©flĂ©chir au lieu, Ă la complexitĂ© de ce projet dans un dĂŽme gĂ©odĂ©sique, et contempler la construction de tous ces dĂŽmes qui allaient servir de sites extĂ©rieurs pour la triennale.
ELP : Tu entretiens une certaine fascination pour ces dĂŽmes si je ne me trompe pas?
AJ : Ouiiii! [ricanements]. Je crois que c'est mon cĂŽtĂ© montrĂ©alais - biosphĂšre - Buckminster Fuller - TensĂ©gritĂ© - Drop City qui alimente cette fascination. J'Ă©tais tellement heureuse d'apprendre que mon installation allait prendre place dans un tel lieu. Pour le montage jâai dĂ» un peu reconditionner mon cerveau pour que lâoeuvre ne soit pas mise en espace selon une grille, comme câest le cas dâhabitude, mais selon une structure qui englobe toute lâoeuvre.
ELP : Tu as donc fini par rattraper le temps perdu lors de l'arrivée de tes colis ?
AJ : Oui. Et je dois dire que les gens de Kontjener et de la Triennale ont Ă©tĂ© trĂšs rassurants et aidants. J'ai vraiment senti un grand esprit de communautĂ©. Zagreb n'est peut-ĂȘtre pas une ville trĂšs luxueuse, mais les gens, eux, sont dâune gĂ©nĂ©rositĂ© incroyable.
ELP : Sans trop vouloir se concentrer sur le négatif, en art électronique, on le sait, on est souvent dépendant des infrastructures (électriques, etc.) qui varient à l'international. Comment as-tu vécu cela avec ton installation?
AJ : J'Ă©tais trĂšs prĂ©parĂ©e. J'avais testĂ© l'oeuvre deux fois plutĂŽt qu'une, car elle allait tourner en europe tout lâautomne, et ce n'Ă©tait pas de trop. Le Addison (fameux magasin montrĂ©alais de composantes Ă©lectroniques) n'existe pas lĂ -bas, ni le Digikey. Si ma mĂ©moire est bonne, il fallait aller Ă Ljubljana, en SlovĂ©nie pour ce genre d'achat et donc carrĂ©ment sortir du pays si on avait des bris de matĂ©riel.
ELP: Comment a été ton contact là -bas? Quelle a été la réception du public de ton oeuvre?
AJ : Assez fascinant car câĂ©tait un peu plus « grand public » que ce Ă quoi je suis habituĂ©e.  Comme câĂ©tait dans un espace public Ă lâextĂ©rieur, câĂ©tait une belle occasion de discuter avec les gens qui passaient. Il y a eu Ă©normĂ©ment d'enfants qui jouaient avec les fils et couraient Ă travers lâinstallation, câĂ©tait assez cool.
ELP : Ton coup de coeur lors de l'édition croate de la triennale?
AJ : L'oeuvre de Robertina Ć ebjaniÄ, qui a des allures de mĂ©duses, a particuliĂšrement captĂ© mon attention. Mais c'est surtout les artistes croates dans l'ensemble qui remportent la palme. Ce sont des gens trĂšs innovateurs, qui gagnent Ă©normĂ©ment Ă ĂȘtre connus. Le catalogue d'exposition produit par Kontejner et la qualitĂ© des textes des commissaires qui s'y trouvent  offrent Ă©galement une perspective critique des arts numĂ©riques vraiment intĂ©ressante.
Venez assister Ă lâĂ©dition nord-amĂ©ricaine de la triennale dont le vernissage est le 12 mai au Eastern Bloc. Lâexposition se dĂ©roule jusquâau premier juin.
Pour plus dâinformation
Site officiel : http://www.kontejner.org/en/project/deviceart-5016-canada
Eastern Bloc : http://easternbloc.ca/expositions-device-art-details.php
ĂvĂ©nement Facebook : http://bit.ly/1WXKoex
Site dâAlice Jarry : http://alicejarry.com/